Verrier
Nicolas Crine
3 novembre 1819 — 14 juillet 1873
Maître de verrerie, figure centrale de l'histoire verrière stéphanoise des Crine
Biographie
Résumé
Nicolas Crine est la figure centrale de l’histoire verrière stéphanoise des Crine. Fils de Jean-Pierre Criner, verrier de Givors, et petit-fils d’une longue lignée de verriers alsaciens remontant jusqu’à Nicolas Griner de Lièpvre, il s’installe à Saint-Étienne après ses frères — qui ont fondé la verrerie du Mont-Bellevue en 1854 sans lui — mais prend rapidement l’ascendant sur l’ensemble du réseau familial. Sa qualification de « fabricant de verres » dès 1859, quand ses frères restent « verriers », marque sa position de chef d’entreprise autant que d’artisan.
Sa mort le 14 juillet 1873, à 53 ans, rue de la Montat où il vivait et travaillait, déclenche une cascade de dissolutions et de conflits qui aboutiront en moins de dix ans à la disparition des deux verreries stéphanoises des Crine. En ce sens, Nicolas est à la fois le pivot et le point de rupture de toute cette histoire.
Filiation et réseau familial
Nicolas est le fils de Jean-Pierre Criner (13 janvier 1792, Givors — 31 janvier 1841, Lyon), verrier spécialisé en bouffeterie, époux de Marie Anne Richard (? — 30 avril 1863, Lyon), fille du verrier François Richard. L’acte de naissance de Nicolas constitue d’ailleurs, selon les recherches effectuées, la première trace documentée d’un établissement verrier à Rive-de-Gier.
Jean-Pierre Criner descend d’une longue lignée de verriers alsaciens, tous prénommés Nicolas, remontant à Nicolas Griner ou Greiner (? — 4 octobre 1740, Lièpvre), actifs notamment à Ribeauvillé.
Le couple Criner-Richard a eu de nombreux enfants, dont la majeure partie se retrouvera à Rive-de-Gier puis Saint-Étienne : Melchior, Jean-Baptiste, Étienne, Joseph et Thomas, tous verriers. C’est avec plusieurs de ces frères que Nicolas travaillera.
Nicolas épouse le 13 août 1847 à Rive-de-Gier Antoinette Pitiot (14 septembre 1831, Rive-de-Gier — 3 juin 1878, Saint-Étienne), fille de Jean Antoine Pitiot (tamiseur) et Antoinette Grosset. Le couple aura de nombreux enfants, dont :
- Marie Antoinette (22 novembre 1849, Rive-de-Gier — 16 décembre 1917, Paris 13e), épouse de Gustave Bertholon (27 juillet 1872, Saint-Étienne)
- Étienne (23 septembre 1851, Outre-Furens — 12 août 1911, Saint-Étienne), verrier au Mont puis armurier
- Thomas (27 octobre 1853, Lyon — ?)
- Marie Anne (19 mars 1856, Saint-Étienne — 18 février 1898, Lyon 5e)
- Claire (30 avril 1858, Saint-Étienne — ?)
- Antoinette (22 décembre 1859, Saint-Étienne — 21 juillet 1936, Saint-Étienne)
- Marie Joséphine (10 novembre 1861, Saint-Étienne — ?)
- Marie Louise Eugénie (17 février 1866, Saint-Étienne — ?)
- Marie Claire Léonie (17 février 1870, Saint-Étienne — 13 décembre 1926, Paris)
La relation avec Gustave Bertholon
Le gendre de Nicolas, Gustave Bertholon (10 février 1843, Saint-Étienne), est une figure doublement liée à lui. Il épouse en 1872 Marie Antoinette, fille aînée de Nicolas — mais il est aussi le fils de Marie Catherine Criner (2 septembre 1815, Rive-de-Gier — 25 avril 1870, Lyon), sœur de Nicolas, et d’Andéol Bertholon, commis. Gustave est donc à la fois le gendre et le neveu de Nicolas. Cette double relation explique la confiance accordée à Bertholon comme comptable de la société Crine frères, et la complexité des conflits successoraux qui éclatent après la mort d’Antoinette Pitiot en 1878 : les héritiers Crine qui s’opposent à Bertholon sont en même temps ses oncles et beaux-frères.
Trajectoire verrière
Premiers engagements (1847 — 1853)
Au moment de son mariage en août 1847, Nicolas réside au quartier de la Pomme à Rive-de-Gier, le même quartier qu’Antoinette Pitiot et que son cousin Melchior Crine, qualifié de “verrier en bouffeteries” dans l’acte. La verrerie de la Pomme, alors dirigée par Maras et fils, est l’établissement le plus proche. Il est très vraisemblable que Nicolas y travaillait à cette date.
Après cela, Nicolas ne reste pas dans sa ville natale. En septembre 1851, la naissance de son fils Étienne à Outre-Furens le révèle “verrier demeurant à la Verrerie”, c’est-à-dire la verrerie de la Montat, alors sous la direction de Pierre-Annet Chambeyron. Il connaît donc ce site dès 1851, huit ans avant que ses frères ne le reprennent en 1859. Le témoin à l’acte, Eugène Festor (38 ans, verrier), est présent à la Montat depuis 1840 au moins, signe d’une communauté ouvrière stable dans laquelle Nicolas s’est intégré.
En octobre 1853, à la naissance de son fils Thomas à Lyon, Nicolas est domicilié “à la Mouche, lieu de la Ferratière, maison Rémy” dans le 3e arrondissement. La Ferratière est le secteur de la verrerie des Culattes de La Guillotière, fondée par Simon Pély et dirigée par Gaspard Mesmer et où Emmanuel-Casimir Saumont était ouvrier verrier dès 1827. Ce passage dans l’orbite Mesmer-Saumont n’est sans doute pas anodin : il est tentant de le rapprocher de la décision de Saumont, dix ans plus tard, de s’installer précisément au Mont-Bellevue que les Crine venaient de libérer.
Arrivée au Mont-Bellevue (vers 1854 — 1863)
Nicolas est absent de la fondation de la société Crine frères et Compagnie au Mont-Bellevue, le 19 juin 1854. Ses frères Melchior, Jean-Pierre, Étienne, Joseph et Jean-Baptiste y figurent avec François Valin, mais pas lui. Il était alors vraisemblablement encore à Rive-de-Gier ou dans un autre établissement. Son arrivée est attestée au plus tard en mars 1856, lorsqu’il est qualifié de « verrier au Mont (Valbenoîte) » dans l’acte de naissance de sa fille Marie Anne.
Ascension à la verrerie de la Montat (1859 — 1873)
Dès 1859, deux évolutions convergent : les Crine reprennent l’exploitation de la verrerie de la Montat, et Nicolas y est qualifié pour la première fois de “fabricant de verres”, distinction significative qui le place au-dessus du statut d’ouvrier ou d’artisan. La même année, il réside rue de la Montat 46, puis rue de la Montat 66 dès 1861 : l’adresse qui restera la sienne jusqu’à sa mort.
Il prend rapidement l’ascendant sur ses frères et cousins. La société Crine frères repose en grande partie sur ses épaules. Ses voisins immédiats révèlent l’épaisseur du réseau verrier qui l’entoure : Melchior Huot (verrier, 1861), de la famille Huot du Bugey présente à la Montat depuis les années 1820 ; Étienne Schtingre (magasinier verrier, rue de la Montat 64, 1866), descendant des Stingre/Stenger du même quartier depuis l’époque Moussy.
Un retour au Mont envisagé (vers 1873)
Vers 1873, Nicolas envisage probablement un retour au Mont-Bellevue. Le bail de la verrerie Bessy avait expiré en 1863, les Crine en étaient partis, mais le site restait sans doute dans leur mémoire. La rapidité avec laquelle sa veuve et son gendre Gustave Bertholon constituent une société de fait sur le terrain de Paul Durif, neuf mois seulement après son décès, suggère une préparation dès 1873. Ce projet se réalisera néanmoins sans lui : Nicolas décède le 14 juillet 1873.
Les conséquences de sa mort
La mort de Nicolas déclenche une cascade d’événements qui démantèlent en moins de dix ans ce qu’il avait construit avec ses frères :
- Avril 1874 : dissolution judiciaire de la société Crine frères à la Montat. Liquidateur désigné : Gustave Bertholon.
- Juin 1874 : Bertholon rachète le site de la Montat lors de la vente sur licitation — mettant la main sur l’actif immobilier de la famille.
- 1er avril 1874 : simultanément, sa veuve Antoinette Pitiot et Bertholon constituent une société de fait au Mont-Bellevue, sur le terrain de Paul Durif, la mise à exécution probable du projet qu’il n’avait pu réaliser.
- 3 juin 1878 : formalisation de la société devant Me Moyse, au chevet d’Antoinette Pitiot mourante. Bertholon tente de verrouiller ses droits face aux héritiers Crine en faisant signer un acte à une femme à l’article de la mort.
- Mai 1882 : la justice invalide la manœuvre. Dissolution judiciaire.
- Juin 1883 : faillite et vente sur faillite — rachetée discrètement par Joseph Saumont.
Pendant quinze ans, Nicolas avait été le ciment de la société Crine frères. Sa disparition révèle que cet équilibre reposait sur un seul homme.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- Jean-Pierre Crine, cité parmi les fondateurs de la société de 1854, n’a pas encore été formellement identifié dans les actes : s’agit-il d’un frère de Nicolas, ou d’un cousin plus éloigné de la lignée Criner ?
- La date exacte d’arrivée de Nicolas à Saint-Étienne reste à préciser — entre juin 1854 (fondation de la société sans lui) et mars 1856 (première attestation au Mont).
- Le projet de retour au Mont vers 1873 est une inférence raisonnée, non un fait documenté. Aucun acte ou correspondance ne le confirme explicitement.
Frise chronologique
Fils de Jean-Pierre Criner, verrier, et Marie Anne Richard. Acte déclaré le 4 novembre, en présence de Pierre Grange, menuisier, et Jean Marie Bassin, ouvrier aux mines. Cet acte constitue la première…
Nicolas Crine réside au quartier de la Pomme à Rive-de-Gier lors de son mariage le 13 août 1847 — même quartier qu'Antoinette Pitiot et que son cousin Melchior Crine, également verrier en bouffeteries…
Nicolas Crine, verrier, quartier de la Pomme, épouse Antoinette Pitiot, lingère, même quartier. Son père Jean-Pierre Criner est décédé à Lyon le 31 janvier 1841 — Nicolas est donc orphelin de père à 2…
Nicolas Criner, 30 ans, réside rue des Verchères lors de la naissance de sa nièce Marie Héleine (5 juin 1850, fille de Jean-Baptiste). La verrerie des Verchères — fondée par Louis Coste avant 1806, pu…
Présent à la verrerie de la Montat dès septembre 1851, alors sous la direction de Pierre-Annet Chambeyron. Il connaît ce site huit ans avant que ses frères ne le reprennent en 1859. Eugène Festor, ver…
À la naissance de son fils Étienne le 23 septembre 1851, Nicolas est qualifié de « verrier demeurant à la Verrerie » — c'est-à-dire la verrerie de la Montat, commune d'Outre-Furens, alors sous la dire…
Domicilié « à la Mouche, lieu de la Ferratière, maison Rémy » à la naissance de son fils Thomas (27 octobre 1853, AM Lyon 3e, cote 2 E 856, acte n°1238, vue 212/260). La Ferratière est le secteur de l…
À la naissance de son fils Thomas le 27 octobre 1853, Nicolas est « verrier demeurant à la Ferratière, maison Rémy ». La Ferratière est le secteur de la verrerie des Culattes de La Guillotière, fondée…
Absent de la fondation de la société Crine frères et Compagnie (19 juin 1854), Nicolas rejoint ses frères entre cette date et mars 1856 — première attestation comme « verrier au Mont (Valbenoîte) » da…
Absent de la fondation en juin 1854, Nicolas rejoint ses frères entre 1854 et mars 1856. Première attestation comme « verrier au Mont (Valbenoîte) » dans l'acte de naissance de sa fille Marie Anne (19…
Qualifié de « fabricant de verres » dès 1859, distinction qui le place au rang de chef d'entreprise. Réside rue de la Montat 66 jusqu'à sa mort. La société repose en grande partie sur ses épaules — sa…
Première qualification de « fabricant de verres » dans l'acte de naissance de sa fille Antoinette (22 décembre 1859), adresse rue de la Montat 46. Distinction significative qui le place au rang de che…
Décès constaté le 15 juillet 1873 à 9h30 du matin. Déclarants : Gustave Bertholon, 30 ans, comptable (gendre du défunt), et Melchior Crine, 27 ans, verrier (cousin du défunt). Tous trois résidaient ru…
Parcours géographique
5 verreries
Sources
- etat civil Acte de naissance de Nicolas Crine — 4 novembre 1819 (AD42, Rive-de-Gier, NMD 1819, cote 3NUMEC2/3E187_11, vue 117/135) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtad9685d550e2b4bc4/img:AD04212_3E187_011_0262
Jean Pierre Crine, verrier, déclare la naissance de son fils Nicolas, né le 3 novembre 1819 à huit heures du soir. Témoins : Pierre Grange, menuisier, et Jean Marie Bassin, ouvrier aux mines, tous deux domiciliés à Rive-de-Gier. Cet acte constitue la première trace documentée d'un établissement verrier à Rive-de-Gier.
- etat civil Acte de mariage de Nicolas Crine et Antoinette Pitiot — 13 août 1847 (AD42, Rive-de-Gier, Mariages et décès 1847, acte n°71, cote 3NUMEC2/3E187_22, vue 39/176) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta6c75b4b3eb3a242f/img:AD04212_3E187_022_0459
Nicolas Crine, verrier, demeurant quartier de la Pomme à Rive-de-Gier, épouse Antoinette Pitiot, lingère, même quartier. Témoins : Melchior Crine, verrier en bouffeteries, 37 ans, cousin de l'époux ; Joseph Catherin, verrier en bouffeteries, 40 ans ; Zacharie Palluy, plâtrier, 65 ans ; François Matrat, plâtrier, 47 ans. La résidence de Nicolas au quartier de la Pomme suggère un engagement à la verrerie Maras et fils, alors active sur ce site avant son intégration à la Compagnie Générale.
- etat civil Acte de naissance de Marie Anne Crine — 19 mars 1856 (AM Saint-Étienne, Naissances 1856, cote 2 E 64, acte n°794, vue 63/276)
Nicolas Crine, 36 ans, « verrier au Mont (Valbenoîte) » — première attestation de sa présence au Mont-Bellevue. Témoins : Jean Antoine Remillieux, teneur de livres, et Claude Thomas, boulanger.
- etat civil Acte de naissance de Marie Joséphine Crine — 10 novembre 1861 (AM Saint-Étienne, Naissances 1861, cote 2 E 69, acte n°3009, vue 252/308)
Nicolas Crine, 42 ans, « fabricant de verres, rue de la Montat 66 ». Témoin notable : Melchior Huot, 32 ans, verrier, même maison — de la famille Huot du Bugey, réseau verrier présent à la Montat depuis les années 1820.
- etat civil Acte de naissance de Marie Louise Eugénie Crine — 17 février 1866 (AM Saint-Étienne, Naissances 1866, cote 2 E 74, acte n°422, vue 34/298)
Nicolas Crine, 47 ans, « fabricant de verre, rue de la Montat 66 ». Témoin : Étienne Schtingre, 49 ans, « magasinier verrier, rue de la Montat 64 » — descendant des Stingre/Stenger présents à la Montat dès 1820.
- etat civil Acte de naissance de Marie Claire Léonie Crine — 17 février 1870 (AM Saint-Étienne, Naissances janvier-juillet 1870, cote 2 E 79, acte n°477)
Nicolas Crine, 50 ans, « fabricant de verres, rue de la Montat 66 ». L'officier d'état civil est « Chevalier de la Légion d'Honneur », mention protocolaire qui n'est évidemment pas relative à Nicolas.
- etat civil Acte de décès de Nicolas Crine — 15 juillet 1873 (AM Saint-Étienne, Décès 1873, cote 4 E 80, acte n°1508, vue 117/256)
Nicolas Crine, 53 ans, verrier, rue de la Montat 66, né à Rive-de-Gier, époux d'Antoinette Pitiot, décédé le 14 juillet 1873 à dix heures du soir en son domicile. Déclarants : Gustave Bertholon, 30 ans, comptable (beau-père du déclarant — c'est-à-dire Bertholon est son gendre) et Melchior Crine, 27 ans, verrier (cousin du défunt). Tous trois résidaient rue de la Montat 66.
- article Mémorial de la Loire — formation société Crine frères et Compagnie https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/30-juin-1854/4/c13e5230-b8fb-4a22-acd3-98db7e8cb986
30 juin 1854 : publication de la formation de la société Crine frères et Compagnie, acte du 19 juin 1854, devant Me Buhet, notaire à Saint-Étienne. Associés : Melchior, Jean-Pierre, Étienne, Joseph et Jean-Baptiste Crine, et François Valin. Nicolas n'y figure pas — il n'était pas encore installé à Saint-Étienne à cette date.