Verrerie

Verrerie de la Pomme

vers 1819 — 1853 (puis Compagnie Générale)

Aussi connue sous : Verrerie Neuvesel · Verrerie Lanoir · Donzel · Maras fils et Cie · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie Neuvesel
Nom d'usage vers 1819 — 1841
Verrerie Lanoir
Nom d'usage 1824 — vers 1839
Donzel
Nom d'usage vers 1839 — 1844
Maras fils et Cie
Raison sociale 1844 — 1853
Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône
Raison sociale 1853 — ?

Histoire

Résumé

La verrerie de la Pomme est l’une des nombreuses usines qui ont ponctué le quartier du même nom à Rive-de-Gier tout au long du XIXe siècle. Fondée vers 1819-1820 par François-Joseph Neuvesel fils sur un terrain issu d’un grand acte d’acquisition collectif de 1818, elle reste dans le giron de la famille Neuvesel pendant plus de vingt ans, avant de passer à Arsène Juillet — dont la mère est précisément une héritière Neuvesel — puis d’être exploitée en amodiation par Laurent Maras jusqu’en 1853.

Son histoire est d’abord celle d’un réseau familial étendu qui relie Rive-de-Gier à la Franche-Comté. Irénée Lanoir, qui prend la direction de l’usine en 1824, arrive directement des verreries de Miellin et Malbouhans, où il travaillait avec Henri Bolot — et il est le gendre de Neuvesel, son beau-père. La continuité entre les exploitants n’est jamais purement commerciale : elle est aussi matrimoniale.

L’usine est cédée à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône en 1853, désignée dans les documents comme le « four Juillet (loué à Maras) ». Elle disparaît alors comme entité autonome.


Historique

La grande acquisition de 1818 et la fondation (vers 1819-1824)

Le terrain sur lequel sera bâtie l’usine est acquis le 5 juin 1818 par un ensemble d’acheteurs — les frères Robichon, les frères Crozet, Nicolas-Joseph-Henri Bolot, François-Joseph Neuvesel fils, et les Ninquerier père et fils — auprès des frères Laporte, négociants lyonnais. Ce grand achat collectif, qui est à l’origine de plusieurs établissements du quartier de la Pomme, est suivi le 22 avril 1819 d’un acte de partage entre acquéreurs. La part de François-Joseph Neuvesel fils lui revient, et c’est sur ce terrain qu’est créée la verrerie, probablement en 1819 ou 1820.

François-Joseph Neuvesel revend ensuite le terrain et l’usine à son père Joseph Neuvesel le 29 octobre 1826. Le père, déjà âgé, laisse probablement la direction effective à d’autres.

Irénée Lanoir et la connexion franc-comtoise (1824 — vers 1839)

En 1824, Charles-Irénée Lanoir prend la direction de l’usine. Son arrivée est directement liée aux réseaux verriers de Franche-Comté : il a épousé en 1813 Anne Marie, fille de Joseph Neuvesel, et travaillait depuis cette date avec Henri Bolot aux verreries de Miellin, dans le Jura, puis à Malbouhans. En 1824, après la dissolution de la société avec Bolot, il abandonne la Franche-Comté pour reprendre l’usine de son beau-père à Rive-de-Gier. La société est dissoute le 1er mai 1824 et aussitôt reconstituée avec ses deux frères.

Ce mouvement illustre la mobilité caractéristique des familles verrières de cette époque — les mêmes noms circulent entre les verreries de l’est et de la région lyonnaise, reliés par des liens matrimoniaux autant que professionnels. Pelletier note que Lanoir « dirigea d’abord la verrerie de la Pomme, qui appartenait à son beau-père » — avant de fonder sa propre verrerie rue de la Barrière, où il développera une spécialité dans les verres de couleur et les vitraux.

De Juillet à Maras (1841 — 1853)

Le 20 décembre 1841, l’usine est vendue par les héritiers de Joseph Neuvesel à Jean-Baptiste-Arsène Juillet — dont la mère, Anne-Marie-Scholastique Neuvesel, est précisément fille et héritière de Joseph Neuvesel. L’usine reste donc dans la famille, passant d’une branche à l’autre par voie successorale.

Juillet exploite l’établissement en amodiation à Laurent Maras, maître de verreries. La raison sociale Maras et Cie apparaît dans les annuaires à partir de 1845. Laurent Maras réside au quartier de la Berthelasse — voisin immédiat — et figure dans un acte notarié du 3 avril 1847. En 1855, son fils représente l’usine à la foire de Beaucaire, seul exposant de vitrerie, avec des marchandises qui trouvent preneur en moins de deux jours.

Dans le recensement de 1861, Jean Maras, 48 ans, maître de verreries, vit dans le quartier de la Pomme avec ses trois filles, voisin de Jean-Baptiste Boichot. Ses fils ne sont pas verriers — la transmission du métier s’interrompt avec lui.

Le 26 juillet puis le 18 août 1853, Arsène Juillet cède l’usine à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône. Pelletier la désigne dans la liste des apports comme « four Juillet (loué à Maras) » — un four à bouteilles. L’usine perd alors son identité propre.

Les années de la Compagnie Générale des Verreries (1853 — ?)

A une date inconnue, cette verrerie à un unique four a été absorbée par sa voisine, la verrerie de la Berthelasse (anciennement Robichon), qui en possédait trois. C’est ce qui explique que Pierre Pelletier, verrier et historien né à la Berthelasse, mentionne tantôt trois, tantôt quatre fours pour cette usine. Cet événement a sans doute eu lieu quand la Compagnie Générale a commencer à spécialiser ses usines et à fermer les fours les moins rentables, vers 1870-1880. D’ailleurs, les fours de la Berthelasse ont finis par être remplacés par trois fours modernes à fusion continue dans les années 1880. Ils ne produisaient que des bouteilles. C’est donc certainement à ce moment-là que le petit four édifié par Neuvesel vers 1820 a été démantelé. La verrerie de la Pomme disparaissait de l’histoire verrière.


Situation géographique

Localisation

L’usine était située dans le quartier de la Pomme, Rive-de-Gier, sur le vaste terrain issu du partage de 1819. Elle est issue du même acte d’acquisition que la verrerie Jalabert voisine, dont elle est séparée par quelques dizaines de mètres.

Attention : dans ce quartier très dense, plusieurs établissements portent des noms similaires ou sont désignés par le même toponyme. L’appellation « verrerie de la Pomme » peut renvoyer à plusieurs usines distinctes selon les sources et les époques.

Carte du site

À venir — localisation sur plan cadastral.


Éléments techniques

La verrerie produisait des bouteilles — c’est sous cette spécialisation qu’elle apparaît dans les annuaires et qu’elle est apportée à la Compagnie Générale. La production de verre à vitre n’est pas documentée pour cet établissement, même si l’acte de 1855 sur la foire de Beaucaire mentionne des « vitres » vendues sous la marque Maras — ce qui peut désigner un produit commercialisé mais pas nécessairement fabriqué sur place.

Un seul four est mentionné dans la liste des apports à la Compagnie Générale en 1853.


Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • L’identité du sieur Donzel : la raison sociale Donzel apparaît dans les annuaires entre 1839 et 1844. S’agit-il d’un exploitant en amodiation, d’un associé de Juillet, ou d’un propriétaire intermédiaire ? L’identité de ce personnage n’a pas été établie.
  • Le rôle exact de Lanoir : Pelletier dit qu’il « dirigea » l’usine — était-il locataire, associé, ou simple gérant pour le compte de Neuvesel ? La dissolution et reconstitution de société du 1er mai 1824 implique ses frères mais les détails de cette structure restent obscurs.
  • La verrerie de la Pomme comme dénomination : plusieurs usines voisines ont été désignées sous ce nom à différentes époques. L’identification précise de chaque établissement nécessite une consultation systématique des plans cadastraux du quartier.
  • Le destin de l’usine après 1853 : une fois intégrée à la Compagnie Générale, on perd la trace de cet établissement spécifique dans les sources disponibles.

Personnages associés

Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.

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Sources

archive notariale Purge d'hypothèques — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire

6 mai 1855 — historique complet de la propriété depuis 1818, suite à la cession par Arsène Juillet à la Compagnie Générale. Source principale sur l'historique foncier de l'usine.

livre Verriers et verreries de la région lyonnaise — Pelletier, Pierre

Page 203 — mentionne Charles-Irénée Lanoir comme gendre de Neuvesel et directeur de la verrerie de la Pomme. Liste des apports à la Compagnie Générale : 'four Juillet (loué à Maras)'.

livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — Michel, Guy-Jean

Tome 2, pages 618-619 — parcours d'Irénée Lanoir, de Miellin et Malbouhans à Rive-de-Gier en 1824. Mariage avec Anne Marie Neuvesel en 1813.

article Annuaire du commerce — diverses éditions

Raison sociale Neuvesel (1825-1839), Donzel (1839-1844), Maras et Cie (1845-1853).

article La Gazette

7 août 1855 — présence de Maras fils à la foire de Beaucaire avec des vitres, seul représentant de la vitrerie.

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire

12 mai 1870 — vente de bâtiments dans le quartier de la Pomme, impliquant les héritiers de Laurent Maras, décédé.

archive notariale Acte de purge d'hypothèques

3 avril 1847 — mention de Laurent Maras, maître de verreries, demeurant à Rive-de-Gier, quartier de la Berthelasse.