Verrerie
Verrerie des Culattes
1842 — 1934
Aussi connue sous : Gaspard Mesmer · Mesmer fils et Saumont · Mesmer et Dumond · Mesmer et Cie — Verrerie de la Gare · Mesmer et Jayet (1re société) · Mesmer et Jayet (2e société) · Mesmer et Jayet Frères · Compagnie générale des Verreries du Lyonnais · Société anonyme des Verreries de la Gare
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Noms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La Verrerie des Culattes est l’établissement verrier le plus important et le plus durable du quartier de la Mouche, à La Guillotière (Lyon). Fondée en 1842 par Gaspard Mesmer sur sa propre propriété au chemin des Culattes, dans un quartier déjà animé par la verrerie voisine de la Ferratière, dont Gaspard était issu, elle constitue une création propre, distincte de tout établissement antérieur. Fils d’un souffleur de verre, petit-fils d’un exploitant de bois bugiste dont la famille venait des forêts de Savoie et du Tyrol, Gaspard Mesmer en devient le maître incontesté à partir des années 1840. Sous sa direction, l’établissement se transforme en un pôle industriel majeur de la rive gauche lyonnaise, baptisé « Verrerie de la Gare » en référence à la gare de marchandises de La Guillotière, point d’entrée du charbon stéphanois qui rend cette révolution possible.
La verrerie produit de la gobeleterie ordinaire, de l’éclairage, de la bouffeterie et des flacons pour la pharmacie, la chimie et la parfumerie. À son apogée, sous « Mesmer et Jayet Frères », elle exploite conjointement avec un second site à Gerland sept fours et emploie plusieurs centaines d’ouvriers. Cette concentration industrielle en fait l’épicentre des conflits sociaux qui secouent la verrerie lyonnaise dans les années 1880-1891, et le théâtre d’une exploitation systématique de mineurs italiens dont le recensement de 1896 et les enquêtes contemporaines livrent un témoignage accablant.
La fin du contrôle familial intervient en 1894. Après le décès d’Étienne Jayet en 1896 et la revente de 1898, la Société anonyme des Verreries de la Gare reprend le flambeau sous la direction de Célestin Drogue et poursuit l’exploitation jusqu’à la crise des années 1930. La liquidation amiable est prononcée à l’assemblée générale du 7 septembre 1934, après quatre-vingt-douze ans d’histoire verrière ininterrompue sur ce site.
Historique
Fondation : la création de Gaspard Mesmer (1842)
Gaspard Mesmer n’hérite pas d’une verrerie existante : il en fonde une. Le 14 mai 1842, il dépose sa demande d’autorisation pour établir une verrerie sur sa propriété au lieu-dit « la Mouche », chemin des Culattes. Le 22 juin, le Génie Militaire s’y oppose : la propriété est contiguë au fort de la Vitriolerie, et la fumée « nuirait à la santé des citoyens et à la végétation ». Mesmer ignore les injonctions et commence les travaux. Le 18 octobre 1842, le préfet du Rhône est contraint d’informer le maire de La Guillotière que « la construction de la verrerie est déjà commencée » 1.
Ce geste fondateur s’inscrit dans un milieu verrier qu’il connaît de l’intérieur : son père Philippe Mesmer est établi comme cabaretier au même chemin des Culattes, et Gaspard a côtoyé, dans la verrerie voisine de la Ferratière (établissement distinct, au n°2 du même chemin), Simon Pély, Emmanuel Saumont (son beau-frère) et Joseph Fassion-Labatie. C’est ce réseau humain, et non une quelconque filiation industrielle, qui fournit l’élan initial de l’entreprise.
Le litige avec le Génie Militaire s’enlise cinq ans faute de plans versés au dossier. En juin 1847, un jugement par défaut est rendu contre lui ; quelques jours plus tard, il remet enfin les plans et obtient un sursis. Le 24 mars 1852, le gouvernement autorise finalement l’établissement. Il a fallu dix ans. Entre-temps, l’activité a continué : le recensement de 1846 place déjà Gaspard Mesmer à l’adresse de l’usine, qualifié de « fabricant de verre et propriétaire » 2.
L’ère Mesmer et Saumont (1845 — 1857)
La première raison sociale officielle associe Gaspard Mesmer à son beau-frère Emmanuel-Casimir Saumont. Dès avril 1845, la presse locale vante « MM. Mesmer fils et Saumont » et leur « bel assortiment » de gobeleterie, bouffeteries et articles de chimie 3. Les annuaires du commerce confirment l’association de 1849 à 1858, au chemin des Culattes, 6. Le recensement de 1851 place à la même adresse Philippe Mesmer (64 ans, propriétaire), Gaspard Mesmer (40 ans, fabricant de verre et propriétaire), Emmanuel Saumont (48 ans, chef ouvrier logé) et sa femme Simone Mesmer : toute la famille réunie sous le même toit que les ouvriers 2.
La société de fait est officiellement dissoute le 7 octobre 1857 par acte Me Laforest. Saumont se retire ; Gaspard Mesmer reste seul maître à bord.
L’affirmation de la « Verrerie de la Gare » (1860 — 1877)
Une parenthèse associative unit brièvement Gaspard Mesmer à un certain Dumond en 1858-1859, dissoute en février 1861 4. À partir de 1860, la raison sociale devient « Mesmer et Cie » et le nom commercial « Verrerie de la Gare » s’impose, référence directe à la gare de marchandises de La Guillotière, point névralgique pour l’approvisionnement en houille du bassin de la Loire 4.
C’est l’âge d’or. La gamme s’élargit aux articles d’éclairage. Un brevet d’invention et de perfectionnement pour articles de moulinage est déposé. En novembre 1862, Mesmer signe dans le Salut Public une lettre ouverte contre la Compagnie de chemin de fer P.L.M., qui menace de déplacer le fret de la gare de la Guillotière à la Part-Dieu 5. Gaspard Mesmer constitue parallèlement un patrimoine foncier considérable aux abords de l’usine, dont la valeur finira par dépasser celle de l’outil industriel.
La transmission : Mesmer et Jayet (1877 — 1889)
En 1877, Gaspard Mesmer entame sa succession en associant son gendre Étienne dit Joanny Jayet à la direction. Ce n’est qu’en 1882, à 68 ans, qu’il se retire définitivement. La transition s’opère en deux sociétés successives documentées par un double acte exceptionnel du 1er juillet 1882 : dissolution de la première société (Gaspard père + Étienne Jayet) et formation immédiate d’une nouvelle (Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer, fils + Étienne Jayet), au capital de 200 000 francs 6.
Le 26 février 1887, la société s’élargit avec l’entrée de Francisque Jayet, frère d’Étienne. La nouvelle raison sociale « Mesmer et Jayet Frères » exploite alors deux sites : chemin des Culattes, 31 (4 fours) et la verrerie chemin de Gerland, 41-43 (2 fours). Le fonds social atteint 1 040 000 francs 7.
La société est dissoute dès le 12 janvier 1889.
Les conflits sociaux (1886 — 1891)
La Verrerie des Culattes est l’épicentre des luttes ouvrières qui secouent la verrerie lyonnaise sur cette période.
La grève de 1886 est un mouvement général pour la revalorisation des salaires. L’usine Mesmer est envahie par les grévistes en juillet. L’accord final aligne les tarifs Mesmer sur ceux de la seule usine non gréviste, Sadler et Béroud 8.
Les grèves de 1887-1888 sont plus ciblées. En novembre 1887, les ouvriers obtiennent le renvoi de deux manœuvres refusant de s’affilier au syndicat. En août 1888, un conflit éclate autour d’un projet de fermeture d’un four à Gerland et de fusion des effectifs aux Culattes, décision patronale vécue comme une attaque directe contre les conditions d’emploi 9.
La grande grève de 1891 est la plus dure. Déclenchée par la décision unilatérale de Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer de revenir sur les tarifs de 1886, elle s’étend à toutes les verreries lyonnaises. Le 28 janvier 1891, en plein conflit, les quatre industriels forment la « Compagnie générale des Verreries du Lyonnais », un cartel défensif plus que véritable fusion 10. La grève dure huit mois, plongeant plus de mille familles dans la misère. Elle se termine en octobre 1891 sur une victoire patronale sur les conditions d’embauche, avec le rétablissement des tarifs de 1886 11.
Le journal socialiste L’Égalité offre à cette occasion un témoignage précieux : il confirme qu’Étienne Jayet était fils d’un épicier installé près de l’usine et bénéficiant d’un monopole de fourniture des ouvriers, que Dupuis, futur directeur de la verrerie de la Grosse Mouche, avait débuté sa carrière comme simple comptable chez Mesmer, et que Philippe Mesmer avait « vécu misérablement dans sa jeunesse, couchant sous les fours de la verrerie ». L’usine Mesmer est qualifiée de « véritable pépinière à exploiteurs » 11, formule sévère, mais qui révèle la réalité d’un écosystème industriel qui a formé et lancé toute une génération de patrons verriers lyonnais.
La vente et la fin du contrôle familial (1894 — 1898)
Le 20 juin 1894, les deux verreries Mesmer et Jayet sont mises en vente par licitation. Le lot du chemin des Culattes (4 fours, 11 690 m², plus une propriété adjacente de 24 400 m²) est adjugé le 4 août 1894 à 256 700 francs, soit 47 % de plus que la mise à prix, reflet de la valeur foncière d’un terrain dans un quartier en pleine expansion 12. Étienne Jayet rachète les parts et devient seul propriétaire.
Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer, libéré de ses obligations industrielles, divorce en avril 1895 et quitte Lyon. On le retrouve en 1911 à Beaune, où il s’est reconverti en hôtelier avenue de la Gare — une adresse qui sonne comme un écho involontaire au surnom de l’usine de son père 13.
Étienne Jayet décède le 29 mai 1896. Ses biens sont remis en vente en décembre 1898, pour un montant de mise à prix de 300 000 francs 12. La revente porte sur le même périmètre qu’en 1894, confirmant que Jayet avait acquis l’ensemble du site.
La Société anonyme des Verreries de la Gare (vers 1895 — 1934)
La société anonyme est en réalité constituée dès avant la vente de 1898, ou immédiatement après : une audience du Tribunal de la Seine du 30 janvier 1895 l’oppose déjà au chemin de fer de Lyon sous la dénomination officielle « Société anonyme des Verreries de la gare de Lyon » 14. C’est donc Étienne Jayet lui-même, ou ses héritiers immédiats, qui en sont les fondateurs. Les acquéreurs de 1898 — dont Célestin Drogue, installé « industriel chemin des Culattes, 35 » depuis au moins cette date — en prennent le contrôle et en assurent la direction sur les trois décennies suivantes.
La SA connaît une période de prospérité remarquable après la Grande Guerre. L’exercice 1919-1920, malgré quatre mois de grève, dégage des bénéfices de 541 533 francs et permet de doubler le capital sans versement des actionnaires, portant celui-ci à 320 000 francs. En mars 1922, les actions sont admises à la Bourse de Lyon. L’apogée est atteint en 1926, avec un dividende de 180 francs par action. Le conseil annonce dès 1920 la mécanisation progressive et la rénovation des voies ferrées : la tradition du soufflage à la bouche commence à reculer face aux machines 15.
Le reflux s’amorce avec la crise. Le dividende tombe à 75 francs en 1928, l’exercice 1932 est déficitaire. En mai 1933, les cinquante jeunes verriers de l’usine obtiennent encore, après négociation, une augmentation de deux à trois francs par jour — dernière victoire sociale dans un établissement moribond 16. À l’assemblée générale du 7 septembre 1934, les actionnaires approuvent une perte de 250 000 francs et prononcent la liquidation amiable de la société 17. La verrerie fondée par Gaspard Mesmer en 1842 cesse officiellement d’exister après quatre-vingt-douze ans d’histoire.
Le relevé parcellaire de 1937 mentionne encore le site sous la raison sociale « Société anonyme des Verreries de la Gare » : la liquidation amiable a pu se prolonger plusieurs années, ou le document reflète simplement un état cadastral en retard sur la réalité industrielle — phénomène courant dans les matrices parcellaires. En 1953, le terrain est intégralement absorbé par les Constructions Métalliques et Entreprises Anciens Établissements Derobert.
Situation géographique
Localisation
La verrerie était implantée au chemin des Culattes (actuel boulevard Yves Farge), dans le quartier de la Mouche, à La Guillotière, commune indépendante jusqu’à son rattachement à Lyon en 1852, devenue le 3e arrondissement puis intégrée au 7e arrondissement actuel. L’adresse évolue au fil des sources : « chemin des Culattes, 6 » dans les années 1849-1862, puis « chemin des Culattes, 31 » à partir des années 1880, enfin « 41 à 49 » dans les relevés du XXe siècle. Elle se situait un peu au sud de la verrerie de la Ferratière (n°2 du même chemin), établissement distinct avec lequel elle a parfois été confondue dans la littérature.
La proximité du fort de la Vitriolerie (aujourd’hui intégré au Quartier Général Frère) est une constante de l’histoire de l’établissement : source d’opposition militaire en 1842, point de repère topographique dans toutes les descriptions ultérieures, et frontière symbolique entre l’espace militaire et l’espace industriel de la rive gauche. Au nord-ouest, légèrement en retrait, s’établit à une date indéterminée la Chocolaterie Révillon, dont l’usine occupe en 1920 un emplacement qui était encore, dans les années 1850, une lône du Rhône : la transformation du paysage fluvial en paysage industriel est ici lisible en stratigraphie.
Infrastructure ferroviaire
L’approvisionnement en charbon par voie ferrée, qui avait justifié le nom commercial « Verrerie de la Gare » dès les années 1860, a perduré jusqu’à la fin de l’exploitation. Le relevé parcellaire de 1937 montre une bifurcation ferroviaire privée qui part de l’usine et rejoint la gare de marchandises de La Guillotière ; le compte rendu de 1920 mentionne la rénovation des voies ferrées parmi les investissements programmés. Cette infrastructure de desserte a disparu entre 1937 et 1953. La rue Lortet prolongée — tracée à cette époque dans le prolongement de la rue Gustave Nadeau — suit exactement son ancien tracé : un fantôme ferroviaire inscrit dans la voirie actuelle du 7e arrondissement.
État actuel
Le site est entièrement absorbé par le tissu urbain du 7e arrondissement. Le boulevard Yves Farge a remplacé le chemin des Culattes. Aucun vestige industriel n’a été identifié. Un plan du quartier de 1847 (Gallica, ark:/12148/btv1b53085001v) permet de situer précisément l’établissement et ses abords, notamment la « Maison de la Grosse Mouche » et l’ancien lit du Rhône.
Personnages liés
Simon Pély : directeur de la verrerie voisine de la Ferratière en 1841, avant de fonder la verrerie de la Grosse-Mouche. Son rôle dans l’histoire des Culattes reste indirect mais son parcours est emblématique du vivier humain que constituait ce quartier.
Gaspard Mesmer (22 octobre 1814, La Balme — après 1882) : fondateur et âme de l’établissement pendant quarante ans. Fils de Philippe Mesmer, petit-fils de Simon Mesmer, exploitant de bois du Sappey et du Tyrol.
Emmanuel-Casimir Saumont : premier associé de Gaspard Mesmer, son beau-frère (époux de Simone Mesmer). Verrier issu du même réseau bugiste, associé de 1845 à 1857.
Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer, dit Philippe (22 octobre 1862, Lyon — après 1911) : fils de Gaspard, reprend la direction en 1882 aux côtés d’Étienne Jayet. Protagoniste principal des conflits sociaux de 1886-1891. Le 16 décembre 1885, il dépose à l’INPI un brevet de 15 ans pour un « procédé de moulage pour pièces en verre » (n°172957) — geste d’un technicien autant que d’un industriel, à un moment où la mécanisation commence à menacer le soufflage artisanal. Après la vente de l’usine, il divorce en avril 1895 et quitte Lyon. On le retrouve à Beaune en 1911, reconverti en hôtelier avenue de la Gare. Son fils Gaspard Valentin Alexis Mesmer (né le 2 juillet 1885 à Lyon 3e) sera employé de commerce puis publiciste ; marié à Paris, il divorce le 24 mars 1921, se remarie en 1925, divorce de nouveau en 1946, se remarie peu après en novembre 1946, et décède le 17 octobre 1971 à Lyon 5e. La troisième génération Mesmer est définitivement hors du monde du verre.
Marie-Thérèse Mesmer (née le 6 septembre 1857, légitimée le 14 août 1860) : fille de Gaspard, épouse d’Étienne Jayet. Mentionnée comme « fabricant verrier » dans le recensement de 1886 — elle détient des parts dans l’entreprise.
Étienne Jayet (19 octobre 1850 — 29 mai 1896, Fontaines-sur-Saône) : gendre de Gaspard Mesmer, associé de 1877 à 1894, acquéreur du site en 1894. Fils d’un épicier installé près de l’usine selon L’Égalité.
Francisque Jayet : frère d’Étienne, associé dans « Mesmer et Jayet Frères » (1887-1889), exploitant le site de Gerland.
Célestin Drogue (22 juin 1861, Lyon 1er — après 1932) : fils de Jacques Drogue, fabricant de velours, et petit-fils de Jean Drogue, fabricant de soie à Oullins. Il est établi « industriel, chemin des Culattes, 35 » dès son mariage en juin 1896, deux ans après la vente Jayet ; ses naissances d’enfants en 1898 et 1904 le qualifient d’abord « industriel » puis « directeur de verrerie » à la même adresse. Il est réélu administrateur de la SA à toutes les assemblées générales connues, aux côtés de Robin (président en 1926 au moins) et Laperrière. Il incarne la direction de l’établissement pendant plus de trois décennies et pilote son déclin jusqu’à la liquidation de 1934. Son frère Jean-Baptiste Drogue est également employé au chemin des Culattes.
Victor Franckhauser (28 mai 1831, Meisenthal — après 1901) : verrier, l’un des fidèles les plus remarquables de l’établissement. Issu d’une grande famille verrière de Meisenthal (Moselle) dont les traces remontent à au moins 1760, fils de Michel Franckhauser, lui-même verrier ayant travaillé à Baccarat et à Meisenthal, Victor épouse à Lyon 3e le 23 octobre 1858 et s’installe au chemin des Culattes dès la même année. Il y travaillera comme verrier pendant plus de quarante ans, encore recensé à son poste en 1901 à l’âge de 70 ans. Un François Franckhauser, 70 ans, également verrier, figure dans le recensement de 1896 au chemin des Culattes : sans doute un frère ou cousin aîné de Victor, attestant que c’est toute une fratrie de Meisenthal qui a émigré vers Lyon.
Marius Franckhauser (6 septembre 1879, Lyon 3e) : fils de Victor, mécanicien de formation comme ses frères, il effectue une reconversion remarquable en devenant directeur de la Cristallerie de Lyon en 1931. Dans une famille où le passage de souffleur à mécanicien marque déjà la rupture avec la tradition verrière, Marius illustre la trajectoire inverse : un homme de la mécanique qui remonte vers la direction d’un établissement verrier, mais par la voie de la gestion et non du four.
Éléments techniques
L’établissement compte un four à sa création, puis quatre fours dans les années 1860. Sous « Mesmer et Jayet Frères » (1887), les deux sites réunis totalisent sept fours, dont six effectivement actifs selon la presse de 1888 : quatre aux Culattes (dont trois en fonctionnement) et deux à Gerland (dont un seul actif). Le rapport Paulucci de 1897 cite encore « la verrerie de la Gare, avec 7 fours » parmi les établissements de la région 18.
La transition technologique du bois vers la houille est au cœur de l’histoire de cet établissement. Gaspard Mesmer adapte ses fours au charbon dès l’origine. Le charbon arrive d’abord par caravanes depuis Saint-Étienne (vers 1848), puis par voie ferrée après la mise en service de la ligne (16 avril 1855), d’où le nom commercial « Verrerie de la Gare ». Une voie de desserte privée reliait encore l’usine à la gare de la Guillotière en 1937 ; sa rénovation est planifiée dès 1920.
Production documentée : gobeleterie ordinaire, articles d’éclairage, bouffeterie (verre soufflé), flacons pour la pharmacie, la chimie et la parfumerie. En décembre 1885, Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer dépose un brevet de 15 ans pour un « procédé de moulage pour pièces en verre » (INPI n°172957), qui témoigne d’une tentative de mécanisation du façonnage à un moment charnière pour l’industrie verrière. Un brevet d’invention et de perfectionnement pour articles de moulinage avait déjà été déposé dans les années 1863-1864. Le compte rendu de l’assemblée de 1920 annonce l’acquisition de « machines qui diminueront le nombre des ouvriers » : la mécanisation, amorcée dans les années 1880, s’accélère après la Grande Guerre. Des fouilles archéologiques ont retrouvé des produits de la Verrerie Jayet des années 1880, non encore consultées.
Contexte social
Le recensement de 1876 révèle la composition cosmopolite du personnel : très peu d’ouvriers originaires du Rhône, beaucoup venus de loin (Meurthe, Isère, Moselle, Ardèche, Savoie, Côte-d’Or, Var) et des étrangers de Prusse, Bade, Belgique et Italie. Parmi eux, un certain Jean Fassion, ouvrier verrier d’Isère, dont le patronyme rappelle l’ancienne dynastie verrière du Dauphiné 2.
Le recensement de 1896 (AML, cote 6 M 421) offre une photographie saisissante de la transition sociologique à l’œuvre dans la verrerie lyonnaise de la fin du XIXe siècle 19. On y voit coexister les derniers représentants des grandes familles verrières traditionnelles — Victor Franckhauser (64 ans, Meisenthal), François Franckhauser (70 ans), François Greiner (35 ans, époux de Marie Franckhauser) — et une main-d’œuvre italienne en pleine installation, structurée en réseaux familiaux et communautaires. Les Battagliotti, Uguessi, Bassetti et Verglio arrivent comme manœuvres, mais leurs fils sont déjà déclarés verriers : la relève s’opère en une génération.
La figure d’Antoine Verglio (55 ans, « sans profession ») mérite une attention particulière : il héberge à son domicile quatorze adolescents italiens, tous déclarés « verriers », âgés de 13 à 19 ans, aux noms caractéristiques des Abruzzes et de Calabre. Ce « sans profession » qui vit du travail d’une quinzaine d’enfants est exactement ce que le marquis Paulucci de Calboli, dans son enquête publiée par Le Matin un an plus tard, nomme un « entrepreneur » — en réalité un rabatteur qui recrute des mineurs dans les campagnes du sud de l’Italie, les transporte en France et les loue aux industriels verriers 18. La « Verrerie de la Gare, avec 7 fours » figure nommément dans le rapport Paulucci parmi les établissements des départements du Rhône et de la Loire employant des mineurs italiens, estimés à plus de 1 300 pour la région. Le recensement de 1896 confirme cette présence avec une précision que l’enquête diplomatique ne pouvait atteindre.
Les âges déclarés pour ces enfants — tous situés entre 13 et 19 ans, avec un plancher étrangement proche de la limite légale de 14 ans fixée par la loi du 2 novembre 1892 — sont très vraisemblablement falsifiés. Le chef de ménage, Verglio lui-même, remplit la déclaration de recensement et n’a aucun intérêt à signaler des ages réels qui rendraient le travail de certains illégal. L’article Paulucci dénonce précisément cette pratique : les patrons « se gardent bien d’en parler, dans la crainte que les autorités, émues à la vue du danger que courent ces jeunes garçons, ne leur défendent ce genre de travail ».
Pendant ce temps, les fils de Victor Franckhauser — Antoine, Louis, Joseph, Marius — se sont tous tournés vers la mécanique. Ce n’est pas un hasard : partout en France, les fils de « souffleurs de race » quittent le métier de leurs pères pour les nouvelles professions industrielles, tandis que les places se remplissent d’immigrés. La verrerie artisanale que Gaspard Mesmer avait fondée en 1842 est, en 1896, déjà un autre monde.
En mai 1933, au crépuscule de l’établissement, les cinquante jeunes verriers de l’usine descendent encore à la direction pour réclamer une augmentation de salaire et l’obtiennent 16 : la tradition de la lutte ouvrière, qui avait éclaté en 1886, 1887, 1888 et 1891, tient jusqu’au bout dans cet établissement.
L’article de L’Égalité du 4 mars 1891, malgré son ton polémique, constitue un document social de premier ordre sur la formation du patronat verrier lyonnais et les conditions de travail dans cet établissement 11.
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
Pelletier (1887) affirme que Mesmer cède son usine « en 1827 » à son fils et à son gendre. Il s’agit d’une erreur manifeste : la cession intervient en 1882, confirmée par l’acte notarié du 1er juillet 1882. La confusion 1827/1882 suggère une erreur typographique jamais corrigée, reprise sans vérification dans la Revue Rive Gauche (1965).
Pelletier confond par ailleurs les deux sociétés « Mesmer et Jayet » successives : l’une avec le père Gaspard (1877-1882), l’autre avec le fils Gaspard-Philippe-Emmanuel (1882-1889). La similitude des prénoms (Philippe grand-père, Gaspard père, Gaspard-Philippe-Emmanuel fils) explique en partie ces confusions, que les actes notariés permettent de démêler avec certitude. Cela illustre néanmoins le manque de rigueur d’un historien local de cette époque, ce qui, dans le cas de Pelletier, est manifeste à plusieurs reprises dans son ouvrage. Mais ce livre constitue malgré tout une oeuvre majeure qui n’a pas d’équivalent. On doit l’accepter avec ses défauts.
La Revue Rive Gauche affirme que Gaspard Mesmer « possédait une verrerie à Poncin vers 1830-1835 » avant son installation à Lyon. Cette affirmation est chronologiquement douteuse : Gaspard est né en 1814, et les verreries forestières du Bugey ferment vers 1823. Il s’agit très probablement d’une confusion avec son père Philippe ou son oncle Gaspard (né vers 1791). Il ne nous a pas été possible de découvrir d’éléments concernant cet éventuel établissement.
La Revue Rive Gauche attribue par ailleurs l’implantation à « Philippe Mesmer fils » : c’est bien Gaspard qui dépose la demande d’autorisation en 1842, comme l’établit sans ambiguïté la procédure administrative documentée dans le même article.
Plusieurs sources anciennes, dont Pelletier, ont confondu la Verrerie des Culattes avec la verrerie voisine de la Ferratière (établissement Bulliod-Lacombe, puis Pely-Defassion-Bovagnet, au n°2 du même chemin). Ces deux établissements sont distincts : la Ferratière est fondée en 1826 et disparaît en 1854 ; la Verrerie des Culattes est une création propre de Gaspard Mesmer, fondée en 1842 sur une propriété distincte, un peu plus au sud. La présence commune de plusieurs acteurs (Pély, Saumont) dans les deux établissements à différentes époques a entretenu cette confusion.
Points non résolus
- Le lien de parenté exact entre Victor et François Franckhauser (recensement 1896) reste à établir par les registres de Meisenthal ou les actes d’état civil lyonnais.
- Les fouilles archéologiques mentionnées comme ayant retrouvé des produits Jayet des années 1880 n’ont pas été consultées.
Footnotes
-
Revue Rive Gauche, n°14, octobre 1965, p. 20-21 (source principale pour le détail de la procédure administrative). Gazette nationale ou le Moniteur universel, 8 décembre 1848 (autorisation intermédiaire). ↩
-
Recensements de La Guillotière et de Lyon — 1841 (chemin des Culattes, ménages 6398, 6402, 6403) ; 1846 (adresses n°3 à n°5) ; 1851 (chemin des Culattes, Les Rivières, adresse n°6) ; 1876 (chemin des Culattes, 33) ; 1886 (rue Victor Hugo, 44). ↩ ↩2 ↩3
-
Journal de la Guillotière, 6 avril 1845. Annuaire général du commerce, de l’industrie, etc., éditions 1849 à 1858. ↩
-
Le Progrès, 11 février 1861 (dissolution Mesmer et Dumont). Annuaire général du commerce, éditions 1859 à 1866. ↩ ↩2
-
Annuaires généraux du commerce, éditions 1863-1864 (brevet de moulinage). Salut Public, 29 novembre 1862 (lettre ouverte contre la PLM). ↩
-
Salut Public, 21 juillet 1882. Le Messager de Paris, 2 août 1882. Collection personnelle : facture Mesmer et Jayet, 17 juin 1878. ↩
-
Salut Public, 13 mars 1887 (formation Mesmer et Jayet Frères, acte du 26 février 1887). Salut Public, 26 janvier 1889 (dissolution au 12 janvier 1889). ↩
-
Salut Public, 29 mai 1886, 5 juin 1886, 2 juillet 1886, 12 juillet 1886, 12 septembre 1886. Le Temps, 12 juillet 1886. ↩
-
Le Cri du peuple, 7 novembre 1887. Gazette nationale ou le Moniteur universel, 8 novembre 1887. Le XIXe siècle, 9 novembre 1887. Salut Public, 9 août 1888, 10 août 1888. L’Homme libre, 25 août 1888. Le Petit Journal, 10 août 1888. ↩
-
Salut Public, 13 février 1891. Courrier de Saône-et-Loire, 13 février 1891. L’Univers, 14 février 1891. Salut Public, 22 février 1891. ↩
-
L’Égalité, 4 mars 1891. Le Stéphanois, 19 octobre 1890. Salut Public, 16 octobre 1891. ↩ ↩2 ↩3
-
Salut Public, 20 juin 1894, 22 juillet 1894. Salut Public, 20 décembre 1898. Acte de décès d’Étienne Jayet, 29 mai 1896 (Lyon, 3e arrondissement). ↩ ↩2
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Jugement de divorce, Lyon 3e, 11 avril 1895, acte n°234bis. Recensement de Beaune (Côte-d’Or), 1911. ↩
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La Loi, 19 novembre 1895, p. 2/4. ↩
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La Journée industrielle, 9 novembre 1920. Cote de la Bourse et de la banque, 6 mars 1922. L’Information financière, 28 octobre 1926 et 30 octobre 1928. ↩
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L’Information financière, économique et politique, 11 septembre 1934, p. 3/10. ↩
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Le Matin, 30 août 1897, p. 4/4 (rapport Paulucci de Calboli). ↩ ↩2
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Recensement du chemin des Culattes, 1896, Archives municipales de Lyon, cote 6 M 421. ↩
Personnages associés
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6 mars 1828. Autorise les sieurs Durand jeune et Bulliod à établir une verrerie à verre blanc 'près de la Vitriolerie en aval du pont de la Guillotière'. Concerne la verrerie de la Ferratière (établissement distinct, au n°2 du chemin des Culattes), citée ici pour mémoire car elle constitue le contexte verrier immédiat dans lequel Gaspard Mesmer fonde son propre établissement en 1842.
Annonce publicitaire : 'MM. Mesmer fils et Saumont, dont le commerce est très étendu, tiennent un bel assortiment de toutes espèces d'objets en verrerie, gobeleterie, bouffeteries, articles chimie, flacons de tout genre.' Premier document attestant la raison sociale Mesmer et Saumont.
1841 : Simon Pély, directeur de la verrerie voisine de la Ferratière, chemin des Culattes ; Philippe Mesmer, cabaretier, même chemin. 1846 : Gaspard Mesmer, 'fabricant de verre et propriétaire', même adresse que son père ; les deux verreries (Lacombe au n°2, Mesmer au n°5-6) apparaissent distinctement. 1851 : Gaspard Mesmer, 'fabricant de verre et propriétaire', 40 ans, chemin des Culattes n°6, avec Philippe Mesmer (64 ans, propriétaire) et Emmanuel Saumont (chef ouvrier logé, 48 ans). 1876 : chemin des Culattes, 33 — Gaspard Mesmer (63 ans, né en Haute-Savoie), Étienne Jayet (29 ans), Marie Mesmer (19 ans, épouse de Jayet). Personnel verrier très cosmopolite (Meurthe, Isère, Moselle, Savoie, Prusse, Bade, Belgique, Italie). 1886 : rue Victor Hugo, 44 — ménage Étienne Jayet et Marie Mesmer avec leurs enfants.
Document capital pour la sociologie ouvrière de l'établissement à la fin du XIXe siècle. Recense au chemin des Culattes : Victor Franckhauser (64 ans, verrier, avec ses enfants Antoine, Louis, Joseph et Marius, tous mécaniciens) ; François Franckhauser (70 ans, verrier, sans doute frère ou cousin de Victor) ; Michel Bonino (51 ans, manœuvre, italien) ; Felice Bassetti, Leone Tomasone, Ermiglio Giai, Joseph Gabareni (19, 17, 18 et 18 ans, verriers, italiens) ; François Greiner (35 ans, verrier, époux de Marie Franckhauser) ; Joseph Uguessi (46 ans, manœuvre, italien) et son fils (16 ans, verrier) ; Felice Battagliotti (48 ans, manœuvre, italien) et ses fils Jean et Jacques (25 et 23 ans, verriers) ; Antoine Verglio (55 ans, sans profession, italien), ses fils Pierre (30 ans, manœuvre), Dominique (20 ans, manœuvre) et Antoine (17 ans, verrier), ainsi que quatorze adolescents italiens hébergés à son domicile, tous déclarés verriers, âgés de 13 à 19 ans (Cullio Joseph, Conachella Cesidio, Conachella Benoît, Appruzzise Donato, Cullio Antoine, Benedetti Morelli, Raza Alexandre, Aprozeso Cesidio, Cario Dominique, Gerardo Tulio, Figlio Alabasteo, Adonio Chiado, Lavalle Loretti, Michello Chiado). Ce dernier groupe constitue un témoignage exceptionnel sur le travail des enfants immigrés dans la verrerie lyonnaise de la fin du XIXe siècle.
Résiliation de la société de fait entre Emmanuel-Casimir Saumont ('fabricant verrier, demeurant à Lyon, chemin des Culattes, 6') et Gaspard Mesmer. Publié dans le Salut Public du 13 octobre 1857.
Autorisation accordée à 'le sieur Mesmer' d'établir une verrerie à La Guillotière (Rhône). Confirme une activité officielle avant la légalisation de 1852.
Lettre ouverte de 'Mesmer et Cie, Verrerie de la Gare, chemin des Culattes, 6', contestant le projet de la Compagnie PLM de déplacer le fret de la gare de la Mouche à la Part-Dieu. Document confirmant le nom commercial 'Verrerie de la Gare' et la dépendance stratégique au réseau ferroviaire.
Dissolution de la 1re société Mesmer et Jayet (Gaspard père + Étienne Jayet) et formation immédiate d'une 2e société (Gaspard- Philippe-Emmanuel + Étienne Jayet), capital 200 000 francs, siège chemin des Culattes, 31. Publié dans le Salut Public du 21 juillet 1882 et Le Messager de Paris du 2 août 1882.
Publié dans le Salut Public du 13 mars 1887. Associés : Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer (chemin des Culattes, 31), Étienne Jayet (rue Victor Hugo, 44) et Francisque Jayet (impasse Gerland, 26). Deux usines apportées : chemin des Culattes 31 (maison, usine, entrepôts, grande cour, jardin) et chemin de Gerland 41-43 (usine, terrains, cours, entrepôts). Apport Mesmer : 500 000 francs. Apport Étienne Jayet : 500 000 francs. Apport Francisque Jayet : 40 000 francs. Total : 1 040 000 francs.
Formation de la Compagnie générale des Verreries du Lyonnais (28 janvier 1891). Dirigée par Philippe Mesmer (rue Henri IV, 14), Dupuis père et fils (chemin de la Scaronne, 9), Jean-Charles Béroud (route de Vienne, 15) et Henri-Francisque Jayet (rue Victor Hugo, 52). Capital : 200 000 francs.
Long article sur la grève des verriers lyonnais. Témoignage précieux sur les origines sociales des patrons : Jayet fils d'épicier, Dupuis ancien comptable chez Mesmer, Philippe Mesmer 'ayant vécu misérablement dans sa jeunesse, couchant sous les fours de la verrerie'. Qualifie l'usine de 'véritable pépinière à exploiteurs'.
Annonce la fin de la grève des verriers. Accord : tarifs de 1886 rétablis ; patrons libres d'embaucher et de licencier ; Mesmer, Jayet et Béroud rallument chacun un four. Durée de la grève : environ 8 mois.
Vente par licitation des deux verreries. Lot des Culattes (chemin des Culattes 31 : 4 fours, voie ferrée, 11 690 m² + propriété adjacente 24 400 m²) adjugé le 4 août 1894 à 256 700 francs (mise à prix : 175 000 francs, soit +47%). Lot de Gerland (41-43 : 2 fours, 10 000 m²) adjugé à 117 000 francs (mise à prix : 100 000 francs).
Vente Jayet suite au décès d'Étienne Jayet (29 mai 1896). Premier lot : usine chemin des Culattes, 104 ares 90 centiares, mise à prix 125 000 francs. Second lot : terrain avec bâtiments, 2 ha 38 ares, mise à prix 175 000 francs. Surfaces correspondant à celles adjugées en 1894, ce qui confirme qu'Étienne Jayet avait racheté les parts Mesmer cette année-là.
Compte rendu de l'audience du Tribunal de la Seine du 30 janvier 1895, opposant le chemin de fer de Lyon à la 'Société anonyme des Verreries de la gare de Lyon'. Premier document attestant la constitution de la SA, dont la dénomination officielle est ici établie.
Compte rendu de l'étude du marquis Paulucci de Calboli, secrétaire de l'ambassade d'Italie à Paris, publiée dans la Revue des Revues, sur la traite des mineurs italiens dans les verreries françaises. La 'verrerie de la Gare, avec 7 fours' est nommément citée parmi les établissements des départements du Rhône et de la Loire employant des mineurs italiens (estimés à 1 300 au moins pour la région). L'article documente les conditions d'hébergement et de travail, la falsification probable des âges, et les accidents dissimulés par les patrons.
Brevet de 15 ans déposé le 16 décembre 1885 par Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer pour un 'procédé de moulage pour pièces en verre'. Témoigne de l'orientation technique du fils de Gaspard, qui cherche à mécaniser le moulage à une époque où la soufflerie manuelle commence à être concurrencée.
Lyon, 3e arrondissement — acte n°234bis. Divorce d'avec Thérèse Marie Gabrielle Alémonières, épousée à Lyon 3e le 21 octobre 1889. Un fils issu de cette union : Gaspard Valentin Alexis Mesmer, né le 2 juillet 1885 à Lyon 3e.
Philippe Mesmer, né à Lyon en 1862, hôtelier avenue de la Gare à Beaune, avec son épouse Maria Mesmer. Très vraisemblablement Gaspard-Philippe-Emmanuel Mesmer après son divorce et sa sortie du monde verrier lyonnais.
Compte rendu de l'assemblée générale des Verreries de la Gare. Capital : 320 000 fr. (doublé sans versement). Bénéfices exercice 1919-1920 : 541 533 fr. 60, malgré quatre mois de grève. Dividende : 150 fr. par action. Le conseil annonce l'acquisition de machines pour réduire la main-d'œuvre et la rénovation de l'outillage et des voies ferrées. Administrateurs réélus : Drogue et Robin.
Admission des actions des Verreries de la Gare à la Bourse de Lyon. Publication du bilan.
Assemblée générale du 26 octobre 1926. Dividende maintenu à 180 fr. brut par action. Réélection de MM. Robin et Drogue.
Assemblée générale du 27 octobre 1928. Dividende réduit à 75 fr. brut par action. Réélection de M. Laperrière.
Assemblée générale du 27 octobre 1932. Bilan déficitaire, solde reporté à nouveau. Réélection de M. Drogue.
Le 6 mai 1933, les 50 jeunes verriers de la Verrerie de la Gare de Lyon descendent à la direction pour réclamer une augmentation de salaire. Malgré les manœuvres du directeur qui offre 1 fr. d'augmentation, ils obtiennent 3 fr. pour les plus de 20 ans et 2 fr. pour les moins de 20 ans. Dernière attestation d'activité sociale dans l'établissement.
Assemblée générale du 7 septembre 1934. Perte de l'ordre de 250 000 fr. La société est en liquidation amiable. Les actionnaires toucheront encore une répartition. Acte de clôture de la vie de l'établissement.
Archives municipales de Lyon, 2e arrondissement, 1896, Mariages, cote 2 E 1745, vue 123/284. Célestin Drogue, né le 22 juin 1861 à Lyon, 'industriel, chemin des Culattes, 35', épouse Blanche Françoise Antoinette Meysson. Témoins : Jean Baptiste Drogue (39 ans, employé chemin des Culattes, 35, frère) et Jean Drogue (37 ans, artiste peintre à Paris, frère).
Archives municipales de Lyon, 3e arrondissement, cote 2 E 1796, vue 24/105. Père : Célestin Drogue, 'industriel, chemin des Culattes, 35, trente-six ans'. Témoin : Jean Baptiste Drogue, 'employé chemin des Culattes, 35'.
Archives municipales de Lyon, 3e arrondissement, 1905, Naissances, cote 2 E 2003, vue 3/212. Père : Célestin Drogue, 'directeur de verrerie, chemin des Culattes, 35, quarante-trois ans'. Premier document qualifiant Drogue de 'directeur de verrerie'.
Paris, 1887, pages 246-247. Source de référence pour la période mais multiplie les inexactitudes : date de cession erronée (1827 au lieu de 1882), confusion entre père et fils Mesmer, confusion entre les deux sociétés Mesmer et Jayet successives.
Synthèse utile sur l'histoire de la verrerie, mais reprend les erreurs de Pelletier et attribue à tort l'implantation à 'Philippe Mesmer fils' (c'est Gaspard qui dépose la demande en 1842). Affirme également que Gaspard aurait possédé une verrerie à Poncin vers 1830-1835, ce qui est chronologiquement douteux.
Extrait cartographique montrant l'ancien lit du Rhône ('gare d'eau de la Vitriolerie'), le chemin de la Scaronne et la 'Maison de la Grosse Mouche'. Permet de situer précisément les différents établissements verriers du secteur et leur rapport au fleuve.
Lyon, 3e arrondissement — Mariages — 1860 — 2E878 — vue 254/413. Gaspard Mesmer qualifié de 'propriétaire et manufacturier, demeurant chemin des Culattes n°6, né à La Balme (Ain) le 22 octobre 1814'. Légitimation de Marie-Thérèse Mesmer (née le 6 septembre 1857). Témoin : François Fournier, graveur sur cristaux, rue Montesquieu, 53.
Lyon, 3e arrondissement — Décès — 1856 — 2E867 — acte n°662 — vue 87/208. 'Philippe Mesmer, rentier, soixante-dix ans, fils de défunt Simon et Marie Chemit, époux de Marie Rose Buret, domicilié chemin des Culattes.' Déclarants : un employé du chemin des Culattes et un garde du fort de la Vitriolerie. Son fils Gaspard ne s'est pas déplacé.
Facture émise par 'Verrerie de la Gare, près La Guillotière — Mesmer et Jayet'. Porte les médailles de l'Exposition universelle de Lyon 1872. Adressée à un charretier de Luy, pour 190 litres de demi-lignes à 28 francs. Premier document établissant la raison sociale Mesmer et Jayet avant la dissolution-recréation de 1882.
Matrices parcellaires couvrant les années 1920, 1937 et 1953. 1920 : site aux adresses 41, 43, 47 et 49 du chemin des Culattes, portant une dénomination approximative ; une impasse privée Mesmer dessert l'intérieur du site. 1937 : même site, désigné 'Société anonyme des Verreries de la Gare' ; la bifurcation ferroviaire reliant l'usine à la gare de la Guillotière est encore présente, bien que la société soit en liquidation depuis 1934. 1953 : la verrerie a disparu ; le site est absorbé par 'Constructions Métalliques et Entreprises Anciens Établissements Derobert' ; l'impasse Mesmer est tronquée ; une 'Rue Lortet prolongée' a été tracée dans le prolongement de la rue Gustave Nadeau, suivant exactement le tracé de l'ancienne bifurcation ferroviaire supprimée entre 1937 et 1953.
Fils de Victor Franckhauser, verrier, domicilié chemin des Culattes, âgé de 28 ans. Premier document attestant la présence de la famille Franckhauser dans l'orbite de la verrerie Mesmer.
Fils de Victor Franckhauser, verrier, demeurant chemin des Culattes, 19, âgé de 48 ans. Victor Franckhauser a donc travaillé au chemin des Culattes de 1858 à au moins 1901.