Verrier

Joseph Fassion-Labatie

19 mars 1806 — 24 décembre 1854 (acte du 26 décembre)

Verrier, dernier rejeton d'une dynastie de gentilshommes verriers dauphinois (de Fassion de Labatie, forêt de Chambaran) ; ouvrier verrier à Bonnevaux puis copropriétaire de la verrerie de la Ferratière à La Guillotière ; interdit, interné, mort à l'asile en 1854

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Biographie

Joseph Fassion-Labatie est, dans cette saga lyonnaise, la figure la plus tragique — et la plus emblématique. Héritier d’une dynastie de gentilshommes verriers dauphinois vieille de quatre siècles, il en incarne le crépuscule : descendu de l’écuyer-maître de verrerie à l’ouvrier de faubourg, il tente un dernier défi à la Ferratière, échoue, est écarté par les siens, et meurt à l’asile. Comme Philippe Mesmer, c’est un homme du monde d’avant que la Révolution industrielle laisse sur le bord du chemin ; mais lui tombe de plus haut.

Une dynastie de gentilshommes verriers dauphinois

Les de Fassion appartiennent à l’ancienne noblesse du Dauphiné et comptent, depuis le XVe siècle, parmi les plus importantes familles de gentilshommes verriers de Roybon et de la Bâtie, en forêt de Chambaran. La branche de Joseph descend de François Désiré de Fassion du Rizet (écuyer, maître verrier, allié aux Marin du Mollard — les Marini d’Altare), puis de François Désiré (1728-1780) et d’Antoine de Fassion-Labatie (1767-1841) ; elle est distincte du rameau d’Isaac de Fassion, acquéreur de la Morfondière en 1683 1. (Le détail de cette nébuleuse relève des fiches à venir — la Bâtie/Chambaran, Bois-Maret/Primarette — et de l’Histoire des gentilshommes verriers du Bas-Dauphiné.)

D’Arzay à La Guillotière : la descente (1806-1841)

Joseph naît le 19 mars 1806 à Arzay (Isère), fils d’Antoine, alors « ouvrier en verre », et de Magdeleine Chanas 2. Le glissement social est déjà engagé : l’écuyer s’est fait ouvrier. À vingt ans, Joseph épouse à Villeneuve-de-Marc, le 8 janvier 1827, Marie Anne Petit, et se dit encore « propriétaire à Bossieux » 3. Mais en 1829, à la naissance de sa fille Mélanie, il est « ouvrier en verre à la Verrerie de Bonnevaux » — la grande verrerie forestière du Bas-Dauphiné, alors en voie d’extinction 4.

C’est de là qu’il descend à Lyon, parmi les premières recrues du nouveau pôle verrier de La Guillotière. Dès 1834, il est « verrier chez M. Lacombe », quartier des Rivières — à la verrerie de la Ferratière —, puis « verrier à la Mouche » en 1841 5. On ne saura jamais par quel canal il fut recruté ; mais il fait indéniablement partie du premier noyau d’ouvriers de la Ferratière, aux côtés des Mesmer, Saumont et Pély (recensement de 1836). À ce titre, il incarne la filière de Bonnevaux que ce faubourg capte au moment où la forêt dauphinoise cesse de produire — de même que les Mesmer, Pély ou Caterin incarnent la filière du Bugey. (Un autre verrier de chez Lacombe, Jean-Baptiste Chapuy, est lui aussi fils d’un ouvrier mort à la verrerie de Bonnevaux et né à Arzay : la Ferratière paraît avoir aspiré, en quelques années, deux filières forestières mourantes à la fois — observation à étayer, non encore une thèse.)

Le dernier défi : la Ferratière (1851-1854)

En 1851, Joseph a gravi un échelon : il est « maître verrier » au lieu des Ferratières, et copropriétaire de la verrerie au sein de la société Pély, Defassion et Bovagnet 6. Pour le rejeton d’une lignée déchue, c’est un dernier sursaut — la tentative de redevenir maître de son outil, comme l’avaient été ses ancêtres. Précisons que « maître verrier » signifie ici maître de verrerie : Joseph dirige et possède une part, l’établi de souffleur n’étant plus son quotidien depuis longtemps.

Le sursaut tourne court. En 1854, tout s’effondre en quelques mois : Joseph est frappé d’interdiction (placé sous tutelle, confiée à sa femme Marie Anne Petit, le 20 avril 1854), puis interné en maison de santé ; Simon Pély requiert la licitation de la société, qui est dissoute et la verrerie vendue 7. Écarté de son propre bien par sa famille — sa femme tutrice, son gendre Auguste-Édouard subrogé tuteur —, il meurt le 24 décembre 1854 à l’asile Saint-Jean-de-Dieu, route de Marseille 8. Le « dernier samouraï » des Fassion verriers s’éteint dans la folie et l’oubli, à quarante-huit ans.

La perpétuation par Simone

L’histoire, pourtant, ne s’arrête pas là — et c’est sa plus belle ironie. Par sa fille Jeanne Simonne (née en 1834 à La Guillotière), mariée en 1852 à Barthélemy-Joseph Bovagnet, la « race verrière » se perpétue de la plus digne des manières : devenue veuve, Jeanne Simonne succédera à son mari à la tête de la verrerie de la Mulatière. Le sang des gentilshommes verriers de Chambaran, qui semblait s’éteindre à l’asile en 1854, reparaît ainsi, une génération plus tard, à la tête d’un établissement lyonnais. Sans l’avoir cherché, en mariant sa fille, Joseph a transmis ce qu’il n’avait pu sauver.

Rigueur et incertitudes

  • L’acte de décès de 1854 est massivement faux : il fait Joseph « né à Bossieux », « fils de Hyppolite et de Marie Anne André » — parents et lieu de naissance erronés. Cas d’école d’acte tardif fautif ; la filiation est établie par les actes d’Arzay et de Villeneuve-de-Marc, non par cet acte 8.
  • Auguste-Édouard de Fassion, déclarant au décès, n’est ni un frère ni un neveu de Joseph, mais son gendre (époux de sa fille Mélanie, mariage du 23 septembre 1845 à Chatonnay), et jamais verrier (légiste, propriétaire) ; il est issu d’une branche cousine restée en Dauphiné. À ne pas confondre avec un éventuel homonyme verrier.
  • Simon Pély témoin au décès : c’est un fait. Qu’il s’y soit « pris d’affection » pour le gentilhomme déchu est une lecture séduisante — mais Pély était aussi son associé, et témoigner pouvait relever du devoir autant que du cœur. Le geste reste, en tout cas, le dernier lien d’un monde verrier soudé jusque dans la chute.

Réseau

  • ⬆️ Père : Antoine de Fassion de Labatie (1767-1841), « ouvrier en verre » puis rentier. Mère : Magdeleine Chanas. (Par la première épouse d’Antoine, demi-sœur Brigitte et alliance Boullianne de Saint-Martin / Boulianne-Colombe → verrerie de Pont-de-Vivaux à Marseille.)
  • ⬇️ Épouse : Marie Anne Petit (Lieudieu, 1811), tutrice à son interdiction (1854).
  • ⬇️ Enfants : Mélanie (1829, × Auguste-Édouard de Fassion, cousin) ; Jeanne Simonne (1834, × Barthélemy-Joseph Bovagnet → verrerie de la Mulatière) ; Nicolas Hypolithe (1837) ; Célestin Victor (1841).
  • ↔️ Associés : Simon Pély et Barthélemy-Joseph Bovagnet (société de la Ferratière, 1851-1854).
  • ↪️ Alliances verrières lointaines (renvois) : Marin du Mollard (Marini, d’Altare), de Queylar (Drôme), Borniol/Barbier — à traiter dans les fiches généalogiques, non ici.
  • 🔍 Jean Petit dit Bagnard, ouvrier à la verrerie de Bonnevaux (témoin, 1829) ; Thomas Schmid(t), verrier à la Mouche, venu de la verrerie Neuvesel à Givors (témoin, 1841).
  • ↪️ Verreries : Bonnevaux (verrerie-de-bonnevaux, à créer) et la Ferratière.

Notes

Footnotes

  1. Synthèse généalogique (recherche A. Balandras) d’après le Dictionnaire des familles françaises (Chaix d’Est-Ange, 1921, t. XVII), les inventaires des AD Drôme et Saône-et-Loire, et Pelletier (1887) ; la branche de Joseph (François Désiré de Fassion du Rizet → Prodhun, Lalizolle) est distincte du rameau d’Isaac de Fassion (Morfondière, 1683).

  2. AD Isère, Arzay, Naissances An XI-1822, cote AC016/6, vue 16/87 (19 mars 1806 ; père « ouvrier en verre »).

  3. AD Isère, Villeneuve-de-Marc, Mariages 1811-1840, cote 5 E 558/7, acte n°1 (8 janvier 1827).

  4. AD Isère, Arzay, Naissance 1793-1830, cote 5 E 16/2, vue 147/156 (Mélanie, 10 mars 1829 ; Joseph « ouvrier en verre à la Verrerie de Bonnevaux »).

  5. AML, La Guillotière, Naissances : Jeanne Simonne (1834, 2 E 1370, acte 53 ; Simon Pély témoin) ; Nicolas Hypolithe (1837, 2 E 1373, acte 310) ; Célestin Victor (1841, 2 E 1377 ; Thomas Schmid témoin).

  6. Recensement de Lyon, 1851, lieu des Ferratières, chemin des Culattes n°2 (« Joseph Defassion, maître verrier, 46 ans »).

  7. Salut Public, 28 juillet 1854 (vente par licitation ; interdiction du 20 avril 1854 ; Marie-Anne Petit tutrice, Auguste-Édouard Defassion subrogé tuteur).

  8. AML, Lyon 3e, Décès 1854, cote 2 E 861, acte n°1323, vue 224/227 (24 décembre 1854, asile Saint-Jean-de-Dieu ; parents et lieu de naissance fautifs ; déclarants Auguste-Édouard Defassion, gendre, et Simon Pély). Internement signalé par le Salut Public du 11 avril 1854. 2

Frise chronologique

Ouvrier verrier

Qualifié d'« ouvrier en verre à la Verrerie de Bonnevaux, y résidant » à la naissance de sa fille Mélanie (Arzay, 10 mars 1829). Dernier maillon de la filière forestière dauphinoise avant la descente …

vers 1829
vers 1834 — 1854
Verrier, puis maître verrier et copropriétaire

Verrier chez Lacombe (quartier des Rivières) dès 1834, puis « à la Mouche » en 1841 ; « maître verrier » au recensement de 1851, copropriétaire de la verrerie de la Ferratière au sein de la société Pé…

Parcours géographique

1 verrerie

Sources

  • etat civil Acte de naissance de Joseph Fassion-Labatie (AD Isère, Arzay, Naissances An XI-1822, cote AC016/6, vue 16/87)

    19 mars 1806. Fils d'Antoine Fassion-Labatie, « ouvrier en verre » à Arzay, et de Magdeleine Chanas.

  • etat civil Acte de mariage de Joseph Fassion-Labatie et Marie Anne Petit (AD Isère, Villeneuve-de-Marc, Mariages 1811-1840, cote 5 E 558/7, acte n°1, vue 144/256)

    8 janvier 1827. Joseph « propriétaire à Bossieux, âgé de vingt un ans, né à Arzay le 19 mars 1806 », fils d'Antoine de Fassion la Batie ; Marie Anne Petit, née au Lieudieu le 28 janvier 1811.

  • etat civil Naissance de Mélanie Fassion-Labatie (10 mars 1829, Arzay) (AD Isère, Arzay, Naissance 1793-1830, cote 5 E 16/2, vue 147/156)

    Joseph y est dit « ouvrier en verre à la Verrerie de Bonnevaux, y résidant, âgé de vingt trois ans » ; témoin Jean Petit dit Bagnard, « ouvrier à la Verrerie ». Pièce-clé attestant son passage par la verrerie forestière de Bonnevaux.

  • etat civil Naissances des enfants à La Guillotière (1834, 1837, 1841) (AML, La Guillotière : Jeanne Simonne (1834, 2 E 1370, acte 53) ; Nicolas Hypolithe (1837, 2 E 1373, acte 310) ; Célestin Victor (1841, 2 E 1377))

    Joseph « verrier en cette ville aux Rivières, chez M. Lacombe » (1834, 1837), puis « verrier à la Mouche » (1841). À la naissance de Jeanne Simonne (1834), témoin Simon Pély, « commis négociant chez M. Lacombe » ; à celle de Célestin Victor (1841), témoin Thomas Schmid(t), « verrier à la Mouche » (issu de la verrerie Neuvesel à Givors).

  • archive Recensement de Lyon 1851 — lieu des Ferratières, chemin des Culattes n°2

    « Joseph Defassion, maître verrier, 46 ans », avec « Marianne femme Defassion, née Petit, 34 ans », « Marie [Jeanne Simonne] fille, 17 ans » et « Hypolite fils, 13 ans ». La société Pély, Defassion et Bovagnet existe déjà à cette date.

  • article Salut Public, 28 juillet 1854 — vente par licitation de la verrerie de la Ferratière https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18540728-P004.pdf

    Mentionne « dame Marie-Anne Petit, épouse de Joseph Defassion dit Labatie, agissant en qualité de tutrice à l'interdiction de son mari, nommée le 20 avril 1854 », et « Auguste-Édouard Defassion, subrogé tuteur à l'interdiction du sieur Defassion ». Joseph est donc écarté de la société par sa propre famille.

  • etat civil Acte de décès de Joseph Fassion-Labatie (AML, Lyon 3e, Décès 1854, cote 2 E 861, acte n°1323, vue 224/227) http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/v2/ark:/18811/02ce7bed3c1a521fdfb2e26489e21583

    Mort le 24 décembre 1854 « en cet arrondissement, asile Saint Jean de Dieu, route de Marseille » ; acte du 26 décembre. Déclarants : Auguste-Édouard Defassion (son gendre) et Simon Pély, « rentier, rue Perrache 11 ». ATTENTION : l'acte est massivement fautif — il le dit « né à Bossieux », « fils de Hyppolite et de Marie Anne André » (parents faux, lieu de naissance faux) ; ne pas l'utiliser pour la filiation. Son internement en maison de santé est par ailleurs signalé par le Salut Public du 11 avril 1854.

  • autre Ascendance de Fassion (synthèse, recherche A. Balandras)

    Les de Fassion sont une ancienne famille de la noblesse dauphinoise, gentilshommes verriers de Roybon et de la Bâtie (forêt de Chambaran) depuis le XVe s. La branche de Joseph descend de François Désiré de Fassion du Rizet (écuyer, maître verrier, × Claudine de Marin du Mollard, des Marini d'Altare), puis de François Désiré (1728, Lalizolle — 1780) et d'Antoine (1767-1841) ; elle est DISTINCTE du rameau d'Isaac de Fassion, acquéreur de la Morfondière en 1683.