Verrerie

Verrerie de la Ferratière

1826 — 1854

Aussi connue sous : Bulliod et Cie · Durand jeune et Bulliod · Bulliod et Lacombe · Verrerie Lacombe · Pely, Defassion et Bovagnet

Disparue — sans vestiges

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Noms et raisons sociales

Bulliod et Cie
Raison sociale 1826 — vers 1828
Durand jeune et Bulliod
Raison sociale 1828 — vers 1834
Bulliod et Lacombe
Raison sociale vers 1834 — vers 1850
Verrerie Lacombe
Nom d'usage vers 1834 — vers 1850
Pely, Defassion et Bovagnet
Raison sociale vers 1851 — 1854

Histoire

Résumé

La Verrerie de la Ferratière est le premier établissement verrier du quartier de la Mouche, à La Guillotière (aujourd’hui Lyon 7e). Fondée en 1826 par Bulliod et Cie au lieu-dit des Ferratières, en bordure du Rhône, elle est exploitée par une succession de raisons sociales (Durand jeune et Bulliod, puis Bulliod et Lacombe, dont elle gardera le nom d’usage de verrerie Lacombe) avant de passer, vers 1851, à la société Pely, Defassion et Bovagnet. Modeste (la vente de 1854 estime l’outil à quelques milliers de francs), elle produit du verre blanc, de la gobeleterie et du flaconnage destinés à la parfumerie, à la chimie et à la distillerie.

Son importance n’est pas industrielle mais matricielle : c’est dans cette verrerie que se croisent, dès le recensement de 1836, presque tous les acteurs de l’histoire verrière du secteur. Philippe Mesmer y est ouvrier verrier avant d’ouvrir, deux numéros plus loin, le cabaret qui préparera l’empire de son fils Gaspard (verrerie des Culattes / de la Gare, fondée vers 1842, très proche mais distincte), lui-même indirectement à l’origine des verreries de Gerland, de la Grosse-Mouche et même du Mont-Bellevue à Saint-Étienne ; Simon Pély y débute comme commis avant de fonder la verrerie de la Grosse-Mouche ; Joseph Fassion-Labatie y travaille comme maître verrier ; et Barthélemy-Joseph Bovagnet en sera l’un des derniers propriétaires avant de fonder, vingt ans après, la verrerie de la Mulatière. La Ferratière est le berceau commun d’où essaime, à partir des années 1840, toute la verrerie de la rive gauche.

L’établissement s’éteint en 1854 : Joseph de Fassion-Labatie, interdit puis interné, est brutalement écarté de la société ; la verrerie est vendue par licitation et le site, bâti sur des terrains du génie militaire, est vraisemblablement démantelé.


Historique

Fondation et premières années (1826 — 1839)

La première verrerie du quartier de la Mouche ouvre en août 1826 sous la raison sociale Bulliod et Cie, à la Ferratière, en bordure du Rhône, sa production étant destinée à la parfumerie, la chimie, la confiserie et la distillation 1. Une ordonnance royale du 6 mars 1828 autorise officiellement « Durand jeune et Bulliod » à établir une verrerie à verre blanc « près de la Vitriolerie, en aval du pont de la Guillotière » : c’est la première autorisation légale d’une verrerie dans ce secteur 1.

Évolutions et transferts (1839 — 1851)

Vers 1839, Bulliod s’associe à Joseph Lacombe pour exploiter la même verrerie, à laquelle les deux hommes adjoignent un four de gobeleterie : l’autorisation du 5 juillet 1839 vise précisément « un four de gobeleterie à l’angle du chemin de la Scaronne et de l’ancien chemin de halage », c’est-à-dire l’emplacement de la Ferratière 1. C’est sous le nom d’usage de verrerie Lacombe que l’établissement apparaît dans divers actes comme les recensements de 1836, 1841 et 1846, dirigé sur le terrain par Simon Pély 2.

Le recensement de 1836 est, à cet égard, une scène d’exposition : il réunit sur une même page Philippe Mesmer (ouvrier verrier), son fils Gaspard Mesmer (22 ans), Simon Pély (commis de verrerie), Emmanuel Saumont (verrier, époux d’une Mesmer, soeur de Gaspard) et Joseph de Fassion-Labatie (ouvrier verrier, époux de Marie Petit) avec leurs enfants ; soit toutes les familles qui vont jouer un rôle dans l’histoire verrière du quartier 2. En 1842, Gaspard Mesmer monte sa propre fabrique sur un terrain voisin, un peu au sud le long du même chemin des Culattes : à partir de 1846, les recensements distinguent nettement les deux verreries (Lacombe au nord, n°2 ; Mesmer au sud, n°5 puis 6), qui se partagent les ouvriers 2.

Fin d’activité (1851 — 1854)

Vers 1851, la verrerie Lacombe est exploitée par la société Pely, Defassion et Bovagnet, attestée au « lieu-dit des Ferratières » par le recensement de 1851 et par une annonce de La Presse du 17 mai 1852 (« estagnon de verre pour l’expédition de l’eau de fleurs d’oranger ») 2 3. La fin est rapide et dramatique : le 20 avril 1854, Joseph de Fassion-Labatie est placé sous tutelle (interdiction) confiée à sa femme ; il sera interné à la maison de santé Saint-Jean-de-Dieu. La société est dissoute et la verrerie vendue par licitation, l’adjudication étant fixée au 17 août 1854 sur requête de Simon Pély, contre Bovagnet et l’épouse-tutrice de Fassion-Labatie 4. Les faibles mises à prix (10 000 et 5 000 francs) confirment la modestie de l’établissement ; bâti sur des terrains du génie militaire, le site est vraisemblablement démantelé.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était implantée au lieu-dit des Ferratières, à l’angle du chemin de la Scaronne et du chemin des Culattes, le long de l’ancien chemin de halage (ancien lit du Rhône), dans le quartier de la Mouche à La Guillotière. Elle correspond au n°2 du chemin des Culattes (portion sud), à distinguer de la verrerie de Gaspard Mesmer, sise un peu plus au sud, au n°6. Le nom de « Ferratière » paraît hérité d’un ancien bâtiment de ferratiers, antérieur à la verrerie.

Sources cadastrales

Le cadastre napoléonien de La Guillotière (1824, section G, 3e et 4e feuilles) permet de suivre le chemin des Culattes (tracé approximatif du futur boulevard Yves Farge) et le chemin de Gerland, et de localiser l’angle avec le chemin de la Scaronne (à l’époque dénommé « Chemin du Rhône à la Grosse Mouche »). Le plan du secteur de la Mouche de 1852 y figure, à cette intersection, un groupe de bâtiments et une cour, le long du côté est du chemin des Culattes, au bord de l’ancien lit du Rhône encore en eau à cette date.

État actuel

Le site est entièrement absorbé par le tissu urbain du 7e arrondissement de Lyon. Aucun vestige industriel n’a été identifié.

Carte(s) du site

À venir.


Personnages liés

  • Mamert Bulliod : fondateur de la verrerie en 1826. Marchand verrier attesté dans les recensements de Lyon (1836, 1846, rue Belle Cordière). Sa fille Marie-Françoise épouse Joseph Lacombe en 1827.
  • Joseph Lacombe : associé de Bulliod (vers 1839), époux de Marie-Françoise Bulliod ; l’établissement prend son nom d’usage. (fiche à créer)
  • Simon Pély : figure clé, longtemps oubliée des récits d’histoire industrielle. Commis à la verrerie en 1836, directeur en 1841, contremaître en 1846, puis copropriétaire (société Pely, Defassion et Bovagnet) en 1851. Il sera ensuite, à partir de 1855, à la tête de la verrerie de la Grosse-Mouche (chemin de la Scaronne) qu’il a lui même créée.
  • Joseph de Fassion-Labatie : maître verrier, copropriétaire ; issu de l’ancienne dynastie verrière dauphinoise des de Fassion ; interdit puis interné en 1854.
  • Joseph-Barthélemy Bovagnet : marchand de verre, copropriétaire ; époux de Jeanne Simone Fassion-Labatie (1852) ; fondera la verrerie de la Mulatière.

Éléments techniques

La verrerie produit du verre blanc (autorisé en 1828), de la gobeleterie (four ajouté en 1839) et du flaconnage : flacons et estagnons (bonbonnes) destinés à la parfumerie, à la chimie, à la distillerie et à la confiserie, comme l’illustre l’estagnon « pour l’expédition de l’eau de fleurs d’oranger » de 1852. Elle compte au moins un four à l’origine (1826), un second four de gobeleterie étant ajouté vers 1839. L’établissement reste modeste : la vente de 1854 estime l’outil industriel (bâtiments, matériel et marchandises) à une mise à prix de 10 000 francs seulement. Particularité juridique lourde de conséquences : les bâtiments sont « construits sur les terrains appartenant au génie militaire », à proximité immédiate du fort de la Vitriolerie : dans ces conditions, la fabrique n’avait aucune chance d’être maintenue après la faillite.


Contexte social

La Ferratière est moins une grande usine qu’un creuset. Le recensement de 1836 y montre, vivant et travaillant ensemble, les familles Mesmer, Pély, Saumont et Fassion-Labatie, soit l’essentiel du personnel qui structurera, une décennie plus tard, toute la verrerie du sud de Lyon. La porosité y est totale : on passe d’ouvrier verrier à commis, de commis à directeur, de maître verrier à copropriétaire, et le cabaret de verrerie de Philippe Mesmer, à quelques numéros, tient le lien social du quartier. C’est de ce vivier que sortent la verrerie des Culattes (Mesmer), la Grosse-Mouche (Pély) et la Mulatière (Bovagnet).

Mais la Ferratière est aussi le théâtre d’un drame social emblématique de la fin des anciennes familles verrières : Joseph Fassion-Labatie, héritier d’une dynastie de gentilshommes verriers dauphinois remontant au Moyen Âge, ouvrier puis copropriétaire d’une modeste verrerie de faubourg, est écarté de son bien par sa propre famille (interdiction du 20 avril 1854), interné, et meurt à l’asile Saint-Jean-de-Dieu la même année. Sa descendance, par sa fille Simone, rebondira pourtant à la tête de la verrerie de la Mulatière : la transition d’un monde à l’autre, des gentilshommes verriers forestiers aux entrepreneurs industriels, se lit ici en raccourci.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

La verrerie de la Ferratière n’est mentionnée, à notre connaissance, dans aucun ouvrage ou article sur l’industrie du verre en Lyonnais.

Points non résolus

  • L’acquéreur de la verrerie lors de la vente par licitation de 1854 n’est pas nommé dans les sources consultées ; le site, bâti sur des terrains du génie militaire, paraît avoir été rapidement démantelé.
  • Le rôle exact de Mamert Bulliod et de Joseph Lacombe après leur association de 1839 (qui exploite, qui se retire, et quand) reste à préciser par les actes notariés et les annuaires du commerce.

Sources consultées

Footnotes

  1. Journal du commerce de la ville de Lyon, 16 août 1826, p. 4/4 (ouverture de Bulliod et Cie) ; Ordonnance royale n°8448 du 6 mars 1828 (Bulletin des lois) ; Gazette nationale ou le Moniteur universel, 5 juillet 1839 (autorisation Bulliod et Lacombe, four de gobeleterie à l’angle Scaronne / ancien chemin de halage). 2 3

  2. Recensement de La Guillotière de 1836 (verrerie Lacombe : Mesmer, Pély, Saumont, Fassion-Labatie réunis) ; recensements de 1841, 1846 et de Lyon 1851 (chemin des Culattes / lieu-dit des Ferratières ; séparation des verreries Lacombe et Mesmer ; société Pely, Defassion et Bovagnet). 2 3 4

  3. La Presse, 17 mai 1852, p. 3/4 : « Pely, Defassion et Bovagnet, propriétaires de verrerie à la Guillotière. Estagnon de verre pour l’expédition de l’eau de fleurs d’oranger. »

  4. Salut Public, 28 juillet 1854, p. 4/4 : vente par licitation de la « Verrerie dite la Ferratière », lieu de la Mouche, actif de la société Pely, Defassion et Bovagnet ; adjudication du 17 août 1854 ; interdiction de Joseph de Fassion-Labatie prononcée le 20 avril 1854.

Personnages associés

Personnalités

Verriers

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Sources

article Journal du commerce de la ville de Lyon et du département du Rhône, 16 août 1826, p. 4/4

Annonce de l'ouverture de la verrerie « Bulliod et Cie » à la Ferratière, commune de La Guillotière, à compter du 21 août 1826. Production destinée à la parfumerie, la chimie, les confiseurs et les distillateurs.

archive Bulletin des lois — Ordonnance royale n°8448, 6 mars 1828

Autorise « Durand jeune et Bulliod » à établir une verrerie à verre blanc « près de la Vitriolerie, en aval du pont de la Guillotière ». Première autorisation officielle pour une verrerie de ce secteur.

article Gazette nationale ou le Moniteur universel, 5 juillet 1839

Autorisation à « Bulliod et Lacombe » d'établir un four de gobeleterie « à l'angle du chemin de la Scaronne et de l'ancien chemin de halage (Rhône) ». Cet emplacement est celui de la Ferratière (et non de la future Grosse-Mouche / verrerie Dupuis, contrairement à ce qu'indiquait la fiche de la verrerie des Culattes : voir « Erreurs et incertitudes »).

archive Recensement de La Guillotière, 1836 (verrerie Lacombe) https://www.geneanet.org/cercles/ancestry/view/colgnecac69r/ZZZ18367_V01/115

Réunit sur une même page toutes les familles de la saga : Philippe Mesmer, ouvrier verrier (50 ans), Rose Chaboud, Gaspard Mesmer (22 ans) et Henriette ; Simon Pély, commis (30 ans) ; Manuel Saumont, ouvrier verrier (33 ans) époux de Marie Mesmer ; Joseph Labatie, ouvrier verrier (29 ans), époux de Marie Petit, et leurs filles Magdeleine et « Marie » (= Simone). La Ferratière apparaît ainsi comme la matrice commune dont sortiront Mesmer, Pély et la descendance Fassion.

archive Recensements de La Guillotière (1841, 1846) et de Lyon (1851), chemin des Culattes / lieu-dit des Ferratières

1841 : Simon Pély, directeur de la verrerie ; Saumont, verrier ; Joseph Labaty, verrier ; nombreux ouvriers verriers. 1846 : séparation des deux verreries (Lacombe au nord, n°2 ; Mesmer au sud, n°5-6). 1851 : au « lieu dit des Ferratières », Simon Pély (propriétaire de verreries, 45 ans), Joseph Bovagnet (24 ans), Joseph Defassion (maître verrier, 46 ans), Marianne née Petit (34 ans) et leurs enfants.

article La Presse, 17 mai 1852, p. 3/4 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k475875n/f3.item

« Pely, Defassion et Bovagnet, propriétaires de verrerie à la Guillotière. Estagnon de verre pour l'expédition de l'eau de fleurs d'oranger. » Confirme la société et documente la production de flaconnage (un estagnon est une bonbonne / un récipient à liquides).

article Salut Public, 28 juillet 1854, p. 4/4 — Vente par licitation https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18540728-P004.pdf

Vente par licitation, en deux lots, d'une « Verrerie et de ses dépendances dite la Ferratière, située à Lyon, quartier de la Guillotière, lieu de la Mouche », dépendant de l'actif de la société Pely, Defassion et Bovagnet. Adjudication le 17 août 1854. Premier lot (bâtiments « construits sur les terrains appartenant au génie militaire », matériel, marchandises) mis à prix 10 000 fr. ; second lot (terrain à bâtir, avenue des Ponts-Napoléon, deux parcelles de 1243,65 et 495,30 m²) mis à prix 5 000 fr. Requérant : Simon Pély aîné. Contre : Bovagnet et dame Marie-Anne Petit, épouse et tutrice à l'interdiction de Joseph Defassion.

archive Cadastre napoléonien de La Guillotière, 1824, section G, 3e et 4e feuilles

Permet de suivre le chemin des Culattes (tracé du futur boulevard Yves Farge) et le chemin de Gerland, et de situer l'angle avec le chemin de la Scaronne où s'élevait la Ferratière, en bordure de l'ancien lit du Rhône.

archive Plan du secteur de la Mouche, 1847 (et plan de 1852) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53085001v/f1.item.zoom

Montre l'ancien lit du Rhône (« gare d'eau de la Vitriolerie »), le chemin de la Scaronne et la « Maison de la Grosse Mouche ». Le plan de 1852 figure, à l'angle Scaronne/Culattes, un groupe de bâtiments et une cour correspondant à la verrerie.