Verrerie
Verrerie de Gémenos
début 1789 — janvier 1870
Aussi connue sous : Verrerie royale de Gémenos · Manufacture de verres à vitre de Gémenos
Site reconvertiNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La Verrerie de Gémenos est établie vers 1790 dans le vallon de Saint-Pons, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Marseille, sur la commune de Gémenos (Bouches-du-Rhône). Fondée par un consortium de maîtres verriers de l’Est — Robichon, Scalabrino, Sigwart — elle produit du verre à vitre, des bouteilles noires et de la gobeleterie, exportés vers les marchés continentaux et coloniaux. Elle fonctionne exclusivement au bois, grâce aux forêts du massif de la Sainte-Baume, et à l’eau du Fauge pour ses installations annexes.
Sa main-d’œuvre est en grande partie recrutée dans les réseaux de dynasties verrières alsaciennes et comtoises (Robichon, Valck, Sigwart, Schmidt) dont plusieurs sont originaires de Wildenstein (Haut-Rhin). Ces familles sont attestées dans d’autres verreries du corpus Radix Vitri, notamment la verrerie Robichon de Givors, Pierre-Bénite et Saint-Quirin.
Le financier Pons Grimblot, arrivé dans le Midi après 1797, rachète progressivement les parts de la verrerie sans en être le fondateur. Après sa faillite en 1822-1823, la verrerie passe au gendre de sa fille Augustine — Pierre-François-Élisée Roubaud — via l’héritage familial, avant que leur séparation conjugale en 1831 ne force la cession à François Rozan en mars 1832. Sous la direction de Rozan, puis de son fils Eugène, la production se diversifie et atteint une reconnaissance nationale : 430 ouvriers en 1861, deux gammes de produits (verre ordinaire et demi-cristal), taillerie, atelier de gravure. En octobre 1868, la verrerie est proposée à la location, signe de déclin. En janvier 1870, la vente aux enchères de l’intégralité de l’outillage marque la fermeture définitive.
Historique
Fondation et premières années (1788 — vers 1832)
La verrerie est attestée dès le début de 1789 : le mariage de Claude Marie Sourd, « potier à la verrerie royale de Gémenos », le 22 septembre 1789, et celui de Jean François Régis Lagarde, souffleur, le 23 février 1789 (Scalabrino et Arniaud témoins) attestent une communauté ouvrière organisée dès cette date. On trouve encore dans les registres paroissiaux de Gémenos le baptême de Victor Péricot le 12 août 1788, fils de Jean Baptiste « ouvrier à la verrerie ». Ce même Jean Baptiste a un autre fils le 22 août 1791, désigné cette fois comme « ouvrier en bouteilles ».
L’annonce du Journal de Provence du 18 mai 1790, « Manufacture de verres à vitre de Gémenos, active depuis avril 1790 », est une relance ou mise en publicité, non un acte de fondation. Le faible nombre d’actes religieux ou civils avant 1790 est peut-être la preuve d’une activité qui a pris un certain temps à démarrer.
Une fondation « à la forestière » : Robichon, Scalabrino, Sigwart
Selon Pelletier (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 16 octobre 1896), Antoine Robichon « fonda et dirigea la verrerie de Gémenos ». Cette affirmation, cohérente avec l’ensemble des sources, permet de reconstituer une fondation de type associatif : plusieurs maîtres verriers s’associent, chacun apportant savoir-faire et capital, à la manière des verreries forestières comtoises.
Antoine Robichon (Wildenstein, 1752 — Marseille, 7 avril 1806), maître souffleur, est le fondateur probable. Passé par Miellin puis par la verrerie royale de Givors (où Pelletier le dit contremaître) il se marie à Givors le 4 août 1774. Son fils Thiébaud Robichon (Givors, 30 septembre 1776), souffleur, l’accompagne à Gémenos dès les débuts de l’entreprise. Antoine est attesté à Gémenos seulement en 1792.
Jean François Scalabrino (Lauterbourg, 7 juin 1758), directeur technique dès le début de 1789. Son père avait été commis aux verreries de Lettenbach (Saint-Quirin) vers 1767 et à Fours (Nièvre) vers 1779. Jean François lui-même est attesté à Saint-Quirin en 1775 puis à Fours de 1779 à mars 1782. Ce parcours Lettenbach-Fours-Gémenos trace exactement la chaîne de recrutement. À son mariage le 5 octobre 1790, il est dit « résidant en cette paroisse depuis un an et demi » (arrivée vers avril 1789), aucun de ses témoins n’est verrier, tous sont des gens du cru, signe d’une intégration rapide à la communauté locale.
Georg Anton Sigwart père (†mars 1791 à Gémenos, 65 ans), ouvrier en verre à vitre, vraisemblablement associé fondateur. Ses fils Jean Georges Sigwart (†février 1795 à Gémenos) et Georg Anton Sigwart fils (†1804 à Gémenos) travaillent également sur le site. Les deux Georg Anton Sigwart sont des ancêtres directs d’Arnaud Balandras, attestés par les actes à Saint-Quirin et Pierre-Bénite.
On trouve aussi d’autres verriers venant des mêmes établissements : Joseph Clanger ou Clanché (verrier à vitres, Saint-Quirin), François Joseph Houbre ou Houbert (passé par Prodhun où il a connu Jean Baptiste Brischoux, ancêtre d’Arnaud Balandras lié aux Sigwart, puis Fours), François Joseph Schmidt natif de Lauterbach comme Scalabrino, qui a deux enfants à Gémenos en 1790 et 1794.
L’arrivée de Grimblot : un racheteur, non un fondateur
Pons Grimblot (né le 15 novembre 1758 à Monthermé, Ardennes), dont les enfants naissent à Monthermé en 1794 et 1796, n’arrive dans le Midi qu’à partir de 1797, au plus tôt. Car Grimblot n’est pas un véritable maître de verrerie : il acquiert des parts ou l’intégralité de la verrerie après son installation à Marseille, puis étend son empire par rachats ou financements successifs : La Destrousse (Peypin), une verrerie marseillaise rue des Vignerons, puis très probablement Le Cannet-des-Maures (Var).
Thiébaud Robichon, après le décès de son père Antoine en 1806, est apparemment son homme de terrain : le trajet des naissances de ses enfants suit exactement les établissements de Grimblot (Gémenos, Marseille, Peypin, Le Cannet, Choisy-le-Roi). En août 1822, Grimblot est domicilié de fait à Choisy-le-Roi ; en novembre il démissionne de son poste de directeur-gérant ; en décembre, c’est la faillite. Une ordonnance royale de mars 1824 règle le transfert de sa verrerie marseillaise aux Catalans (et non à Montredon, contrairement aux sources secondaires).
Une enquête préfectorale de 1829 recense 30 hommes, 6 jeunes gens et 2 femmes employés à Gémenos.
La transmission Grimblot → Roubaud → Rozan
Après la faillite de 1822-1823, la verrerie passe à un intermédiaire — Jean Baptiste Suzanne Dalberas, attesté comme propriétaire dans les états de section cadastraux de 1826 — puis à Pierre-François-Élisée Roubaud. L’identité de ce personnage, longtemps inconnue, a été établie par le jugement de séparation de corps prononcé le 22 août 1831 entre lui et son épouse Françoise-Augustine-Eugénie Grimblot (Le Sémaphore de Marseille, 31 août 1831)1. Augustine est la fille de Pons Grimblot, née le 6 juin 1796 à Monthermé ; son mariage avec Roubaud a été célébré à Marseille le 15 octobre 1815. Roubaud avait donc la verrerie via l’héritage de sa femme. La dissolution de cette union contraint la cession : le 25 mars 1832, Roubaud cède l’établissement à François Rozan, qui l’annonce dans le Sémaphore le même jour.
Sous Rozan : diversification et reconnaissance (1832 — 1870)
François Rozan (Châteauroux-les-Alpes, 2 décembre 1778 — Marseille, 14 février 1858), beau-frère de Pons Grimblot (il épouse sa sœur Marie-Anne en 1806, puis Louise Bourgues en 1813 après le décès de la première), reprend progressivement les établissements provençaux. La chronologie est précisément documentée par les actes de société publiés dans Le Sémaphore de Marseille :
- Novembre 1828 : Rozan est chargé des produits d’une fabrique de verres blancs et fins à La Destrousse.
- 20 mai 1829 : Rozan prend La Destrousse pour son propre compte.
- 25 mars 1832 : Roubaud cède Gémenos à Rozan — date exacte du rachat.
- 30 septembre 1832 : Rozan annonce la réunion de Gémenos et La Destrousse, et crée « Rozan frères » pour le commerce de détail confié à ses neveux.
- 1833 : acte de société « Rozan frères » (Joseph et Jean-François Rozan, neveux).
- Avril 1836 : acquisition de la verrerie de Saint-Louis (quartier Saint-Louis, Marseille).
- 28 septembre 1839 : constitution de « François Rozan, oncle et fils », capital 200 000 francs, trois fabriques : Saint-Louis, Gémenos et La Destrousse. Durée : 6 ans.
- 15 janvier 1845 : constitution de « Rozan frères et Comp. » associant l’oncle François aux neveux pour la commercialisation. Durée : 5 ans.
- 1847 : acquisition du domaine de Pinval (environ 160 hectares, près de Cuges-les-Pins) pour sécuriser l’approvisionnement en bois de pin.
La qualité de la production est récompensée : médaille de bronze à Paris en 1839, éloges en 1844. La verrerie rivalise alors avec les établissements les plus réputés.
La verrerie en 1861 : un portrait technique
Le Sémaphore de Marseille du 10 juillet 1861 offre le tableau le plus précis jamais dressé de l’établissement, sous la direction d’Eugène Rozan (fils de François)2 :
La fabrique emploie en moyenne 430 ouvriers et fournit le logement à la plupart d’entre eux, représentant pour la commune un apport d’au moins 425 000 francs par an. La production est organisée en deux gammes : le verre ordinaire et le verre fin ou demi-cristal sans plomb, livrés sur commande pour les services de table et tout objet sur modèle ou dessin. La manufacture comprend en outre deux ateliers spécialisés — l’un pour la taille, l’autre pour la gravure.
La force motrice est fournie par trois roues fixes alimentées par la source de Saint-Pons : une roue de 6 mètres de diamètre pour la taillerie, et deux roues de 4 mètres — l’une pour la scierie, l’autre pour les moulins à broyer les matières premières nécessaires à la fabrication (carbonate de chaux, peroxyde de manganèse, argiles crues et cuites pour les creusets et les briques de réfection des fours, pierre ponce pour la taille).
Fin d’activité (1868-1870)
En octobre 1868, une annonce dans La Presse propose la verrerie à la location. C’est la dernière mention documentée d’une activité. Les raisons du déclin sont vraisemblablement multiples : concurrence des verreries modernisées au gaz Siemens, vétusté des fours à bois malgré Pinval, et vide laissé par le décès de François Rozan en 1858. Le Sémaphore de Marseille du 1er janvier 1870 annonce la vente aux enchères, prévue le 27 janvier 1870, de l’outillage et des matières premières — fermeture définitive.
Situation géographique
Localisation
Le vallon de Saint-Pons, sur la commune de Gémenos (Bouches-du-Rhône, 13420), au pied du massif de la Sainte-Baume, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Marseille. La verrerie tire parti des forêts environnantes pour le bois et de l’eau du Fauge, affluent de l’Huveaune, pour ses meules et scieries. La proximité de Marseille facilite l’expédition des produits.
État actuel
Le site est intégré au parc départemental de Saint-Pons, qui comprend aussi l’abbaye cistercienne et d’anciennes installations de papeterie. Une partie des bâtiments de la verrerie a été conservée et intégrée à un ensemble hôtelier. Des vestiges industriels sont signalés dans le parc. Un sentier de randonnée passe à proximité.
Sources cadastrales
On distingue très bien les bâtiments qui composent la verrerie de Gémenos sur le plan cadastral de 1809 : ce sont les parcelles 471 (bâtiment principal où se trouvaient les fours) à 476, plus la parcelle 476bis qui est la cour elle-même. Les états de section en ligne datant de 1826 indiquent comme propriétaire Jean-Baptiste Suzanne Dalberas, demeurant à Aix, qui possède pratiquement tout le vallon, de la parcelle 463 (moulin à eau proche du village) à 495 (une manufacture). C’est lui le repreneur direct après la faillite Grimblot de 1823, avant que la verrerie ne passe à Roubaud-Grimblot.
Aujourd’hui, la disposition des bâtiments est la même, une partie des murs date sûrement de la fin du XVIIIe siècle.
Personnages liés
Pons ou Ponce Grimblot (Monthermé, Ardennes, 15 novembre 1758 — vers 1825-1826), verrier et entrepreneur. Né dans la vallée de la Meuse ardennaise, région verrière ancienne, il se marie à Charleville le 2 septembre 1793. Ses deux enfants naissent à Monthermé : Paul Émile (2 octobre 1794, décédé à Marseille le 1er novembre 1837) et Augustine Françoise Eugénie (6 juin 1796, mariée à Marseille en 1815). Son épouse Jeanne Nicole Lucile Grégoire décède à Marseille en 1812. Il n’arrive donc dans le Midi qu’au plus tôt vers 1797-1800 — soit après la fondation de la verrerie en 1790. Son rôle est celui d’un commanditaire et propriétaire plutôt que d’un directeur technique résidant. Il exploite simultanément plusieurs établissements. Sa faillite de 1822-1823 entraîne la liquidation progressive de son empire. Il décède vraisemblablement vers 1825-1826 — l’acte de décès de son fils Paul Émile (1837) le qualifie de « défunt ».
Jean François Scalabrino (Lauterbourg, 1758 — ?), directeur de la verrerie dès 1789. Marié à Gémenos en octobre 1790, encore mentionné en 1791, il disparaît ensuite des registres.
Antoine Robichon (Wildenstein, 1752 — Marseille, 7 avril 1806), maître souffleur de verre à vitre. Fondateur de la verrerie selon Pelletier. Son fils Lazare Robichon (né à Gémenos le 2 septembre 1797, †Saint-Étienne 29 juin 1873) sera fabricant de rubans à Saint-Étienne.
Thiébaud Robichon (Givors, 30 septembre 1776 — ?), fils d’Antoine, souffleur de verre. Son trajet professionnel suit exactement les établissements de Grimblot (Gémenos, Marseille, Peypin/La Destrousse, Le Cannet-des-Maures, Choisy-le-Roi). Après la faillite de décembre 1822, il reste à Choisy où ses enfants naissent jusqu’en 1824.
Samuel Valck (Wildenstein, 1766 — Gémenos, 18 octobre 1802), verrier. Épouse Jeanne Guibert à Gémenos le 1er mars 1791. Fils Benoît Samuel Valck (né à Gémenos le 21 mai 1791, †Rive-de-Gier 4 février 1860) : son trajet professionnel constitue une confirmation indépendante de la verrerie Grimblot au Cannet-des-Maures.
Georg Anton Sigwart père (†mars 1791 à Gémenos, à 65 ans), ouvrier en verre à vitre, vraisemblablement associé fondateur. Georg Anton Sigwart fils (†1804 à Gémenos) et Jean Georges Sigwart (†février 1795 à Gémenos) sont des ancêtres directs d’Arnaud Balandras.
Jean Baptiste Suzanne Dalberas, propriétaire attesté en 1826 dans les états de section cadastraux. Demeurant à Aix. Vraisemblablement le repreneur direct de Grimblot après la faillite de 1823, avant la transmission à Roubaud.
Pierre-François-Élisée Roubaud (Saint-Bonnet-en-Champsaur, Hautes-Alpes, 7 juin 1786 — ?), fabricant de verre, exploitant de la verrerie jusqu’en mars 1832. Son identité complète a été établie par le jugement de séparation de corps et de biens du 22 août 1831 entre lui et son épouse Françoise-Augustine-Eugénie Grimblot — fille de Pons Grimblot. C’est via cet héritage familial qu’il tenait la verrerie. La dissolution de l’union Roubaud-Grimblot contraint la cession à Rozan. Roubaud sera ultérieurement maire de Gap en 1837. Son père Joseph Thomas Arnoux Roubaud était « conseiller du Roi, receveur des tailles à l’élection de Gap ». La fille du couple, Adèle Amélie Augustine Roubaud, est née à Choisy-le-Roi le 21 juin 1820 — preuve de la présence du couple dans l’entourage de Grimblot lors de l’aventure parisienne.
François Rozan (Châteauroux-les-Alpes, 1778 — 1858), successeur de Roubaud à partir de mars 1832. Beau-frère de Pons Grimblot (épouse sa sœur Marie-Anne en 1806, puis Louise Bourgues en 1813). Fonde « François Rozan, oncle et fils » en 1839 (Gémenos + La Destrousse + Saint-Louis, capital 200 000 francs), puis « Rozan frères et Comp. » en 1845. Acquiert le domaine de Pinval en 1847. Médailles à Paris en 1839 et 1844.
Louis-Eugène Constantin Rozan (Marseille, 12 mars 1816 — Marseille, 24 novembre 1887), fils aîné de François. Il dirige la manufacture de Gémenos après le décès de son père en 1858, comme en témoigne le reportage du Sémaphore de juillet 1861 — « l’établissement est dirigé par M. E. Rozan ». Négociant, maître de verrerie, vice-président de la Caisse d’Épargne, juge au tribunal de commerce.
Éléments techniques
- Combustible : bois exclusivement, provenant des forêts du massif de la Sainte-Baume. Aucune transition vers le charbon documentée. L’acquisition du domaine de Pinval (environ 160 ha, près de Cuges-les-Pins) en 1847 vise à sécuriser cet approvisionnement.
- Eau : le Fauge, affluent de l’Huveaune, alimente les meules et scieries. En 1861, trois roues hydrauliques alimentées par la source de Saint-Pons : une roue de 6 m (taillerie), deux roues de 4 m (scierie et moulins à broyer).
- Production initiale : verre à vitre (spécialité annoncée en 1790), bouteilles noires.
- Production sous Rozan (1861) : verre ordinaire et verre fin ou demi-cristal sans plomb. Taillerie (32 tours hydrauliques selon une source), atelier de gravure. Livraisons sur commande pour services de table et objets de forme.
- Infrastructure en 1861 : 430 ouvriers logés sur place pour la plupart. Moulins à broyer : carbonate de chaux, peroxyde de manganèse, argiles crues et cuites (creusets et briques de fours), pierre ponce (taille).
- Infrastructure en 1868 : 2 fours, 1 taillerie, 2 meules, 1 scierie (d’après l’annonce de mise en location).
Contexte social
La communauté ouvrière de la verrerie de Gémenos est caractéristique des établissements recrutant dans les réseaux de dynasties verrières de l’Est. Les actes paroissiaux de 1789-1790 révèlent des conditions de vie difficiles : décès précoces d’enfants (Joseph Caldebar, 21 mois ; Joseph Lagarde, 1 jour), décès de mères en couches (Anne Blanc, 1790). Les ouvriers s’intègrent progressivement à la population locale par des mariages mixtes, comme Samuel Valck épousant Jeanne Guibert en 1791.
Sous les Rozan, la communauté prend une ampleur considérable. En 1861, 430 ouvriers travaillent à Gémenos, dont la plupart sont logés sur place par l’entreprise. La verrerie représente pour la commune une manne annuelle d’au moins 425 000 francs. C’est un véritable village industriel — comparable, dans ses proportions, aux verreries forestières de l’Est, mais transposé en milieu provençal.
Connexions Radix Vitri
Famille Robichon : Antoine Robichon, fondateur probable de Gémenos, appartient à la branche Robichon-Wildenstein (via Ligsdorf et la Suisse), distincte mais liée aux Robichon de Miellin-Givors. Son fils Lazare (né à Gémenos 1797, †Saint-Étienne 1873) sera fabricant de rubans — la branche quitte le verre pour le textile en une génération.
Famille Sigwart : Georg Anton Sigwart père (†1791), Georg Anton Sigwart fils (†1804) et Jean Georges Sigwart (†1795) sont tous trois des ancêtres directs d’Arnaud Balandras, attestés par les actes à Saint-Quirin et Pierre-Bénite.
Famille Valck : Samuel Valck, de Wildenstein (1766-1802), appartient à l’orbite des familles verrières de Wildenstein — le même réseau que les Hug (Jean Hug fondateur de Wildenstein, ancêtre d’Élisabeth Hug épouse de Claude Heitzmann).
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
Grimblot présenté comme fondateur en 1790 : les sources secondaires locales attribuent unanimement la fondation à Pons Grimblot. Les sources primaires réfutent cette chronologie : ses enfants naissent à Monthermé en 1794 et 1796, ce qui l’exclut de toute présence à Gémenos avant 1797 au plus tôt. La verrerie est active dès avril 1790 sous la direction de Scalabrino.
Le transfert à Montredon : toutes les sources secondaires affirment que Grimblot a transféré sa verrerie marseillaise à Montredon. L’ordonnance royale du 20 mars 1824 (Bulletin des lois) le contredit formellement : c’est le quartier des Catalans qui est autorisé, non Montredon.
La transmission Grimblot → Rozan dite « directe » : la fiche Gémenos d’origine écrivait que Rozan « succède au fils de Grimblot ». C’est inexact. La transmission passe par la fille — Augustine épouse Roubaud — et c’est la séparation conjugale de 1831 qui force la cession. Paul-Émile Grimblot, le fils, gère pour sa part les terrains de Montredon hérités de son père.
Points non résolus
- Fondateur commanditaire avant Grimblot : qui a lancé l’affaire en 1789 ? Les archives notariales d’AD13 permettraient de répondre.
- Jean François Scalabrino : disparaît des sources après 1791. Envoyé par Grimblot dès 1789 comme directeur opérationnel d’un établissement conçu depuis Monthermé ?
- Monthermé et la formation de Grimblot : verrerie à Monthermé ou dans la vallée de la Meuse ardennaise ? À rechercher aux AD08.
- Lien Robichon Gémenos / Robichon Miellin-Givors : branche latérale confirmée, lien généalogique précis à établir.
- Le Cannet-des-Maures : l’existence d’une verrerie Grimblot confirmée par trois trajectoires indépendantes (Thiébaud Robichon, Benoît Samuel Valck, Melchior Whebell) et par le site Mérimée (notice IA00064390). Date d’acquisition à préciser.
- Dalberas et la période 1823-1831 : quelle est la relation exacte entre Dalberas (propriétaire en 1826 selon le cadastre) et Roubaud (exploitant avant 1832) ? Dalberas a-t-il vendu à Roubaud, ou Roubaud l’exploitait-il en tant que locataire ?
- François Rozan : archives personnelles aux AD13 ?
Notes
Sources consultées
- Journal de Provence, 18 mai 1790 (Retronews) : https://www.retronews.fr/journal/journal-de-provence/18-mai-1790/1759/2923171/3
- Le Sémaphore de Marseille, 31 août 1831 — séparation Roubaud / Grimblot : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/31-aout-1831/4/62fd7f0b-d63b-4aeb-8534-79a733bc045b
- Le Sémaphore de Marseille, 28 novembre 1828 — Rozan chargé des produits de La Destrousse : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/28-novembre-1828/4/7fad0278-e470-4cbf-a8f0-067f2f4e20ad
- Le Sémaphore de Marseille, 20 mai 1829 — Rozan prend La Destrousse pour son propre compte : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/20-mai-1829/4/ae71126c-2f26-4bf1-a323-74d9b4425ab0
- Le Sémaphore de Marseille, 25 mars 1832 — Roubaud cède Gémenos à Rozan ; réunion avec La Destrousse : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/25-mars-1832/3/6d49ce0c-01e4-4808-a6d0-83590fac04bc
- Le Sémaphore de Marseille, 30 septembre 1832 — Rozan annonce la réunion des deux verreries et la création de Rozan frères : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/30-septembre-1832/4/17fc2e6a-c5d9-44c4-948d-cde410997f24
- Le Sémaphore de Marseille, 10 juillet 1861 — visite et description détaillée : 430 ouvriers, taillerie, atelier de gravure, trois roues hydrauliques Saint-Pons : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/10-juillet-1861/1/e3b4ce28-0ae7-44c3-baf8-e320ff54e910
- Le Sémaphore de Marseille, 4 octobre 1839 — acte de société « François Rozan, oncle et fils » : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/04-octobre-1839/4/de0601ec-bcf8-42ea-974f-d8f2634ebbab
- Le Sémaphore de Marseille, 29 janvier 1845 — dissolution Rozan frères et constitution Rozan frères et Comp. : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/29-janvier-1845/4/c4e9d825-32b6-4eba-89fd-fa10c66c6a20
- Le Sémaphore de Marseille, 1er janvier 1870 — vente aux enchères de l’outillage, fermeture définitive (27 janvier 1870) : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/01-janvier-1870/4/fe8fa7dd-9660-4109-a725-15ad51dd764f
- La Presse, 7 octobre 1868 — mise en location : https://www.retronews.fr/journal/la-presse/7-octobre-1868/126/554287/3
- Actes paroissiaux de Gémenos 1789-1790, Archives départementales des Bouches-du-Rhône (AD13).
- Cadastre napoléonien de Gémenos 1809, AD13, cote 3P873 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta2d4efde110e931c1/img:3p873
- États de section cadastraux de Gémenos 1826, AD13 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta689f5d8b76435443/img:AD13_P4_1736_0048
- Site généalogique verriers d’Auriol à Wildenstein (Robichon, Valck/Walch, Sigwart) : http://suzanne.francoise.free.fr/Site/genealogie_Histoire/Entr%C3%A9es/2015/3/8_D%E2%80%99AURIOL_%C3%A0_WILDENSTEIN%3A_une_histoire_de_verriers…html
- Base Mérimée, notice IA00064390 — Haute Verrerie et Basse Verrerie au Cannet-des-Maures : https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA00064390
- Pelletier, « Recherches historiques sur les verriers — Notes sur les Raspiller », Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 16 octobre 1896 : https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/16-octobre-1896/3/2fb435d2-78a1-412d-b7a2-8cbe7ce2423e
- Journal du Commerce, 25 décembre 1822 — faillite Grimblot Choisy-le-Roi : https://www.retronews.fr/journal/journal-du-commerce/25-decembre-1822/4/ff61131b-2516-4220-a568-386748475481
- Bulletin des lois, ordonnance du 20 mars 1824 — transfert verrerie marseillaise aux Catalans : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6523337z
Footnotes
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Le Sémaphore de Marseille, 31 août 1831 (jugement du 22 août 1831) : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/31-aout-1831/4/62fd7f0b-d63b-4aeb-8534-79a733bc045b — Séparation de corps et de biens entre « la dame Françoise-Augustine-Eugénie Grimblot, domiciliée à Gémenos, demeurant à Marseille » et « le sieur Pierre-François-Élisée Roubaud son époux, fabricant de verres, domicilié et demeurant à Gémenos ». ↩
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Le Sémaphore de Marseille, 10 juillet 1861, p. 1/4 : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/10-juillet-1861/1/e3b4ce28-0ae7-44c3-baf8-e320ff54e910 — Reportage détaillé sur la manufacture sous la direction d’Eugène Rozan. ↩
Personnages associés
Personnalités
Verriers
Verrier
Jean François Scalabrino
Directeur technique et fondateur · début 1789 — vers 1791
Verrier
George Antoine Sigwart
Ouvrier verrier · 1790 — 1791
Verrier
Antoine Robichon
Directeur technique de la verrerie de Gémenos · vers 1791 — 1806
Verrier
Thiébaud Robichon
Souffleur de verre à vitre · vers 1799 — vers 1803
Verrier
George Antoine Sigwart
Ouvrier verrier · vers 1800 — 1804
Sources
18 mai 1790. Annonce confirmant l'activité de la verrerie depuis avril 1790 : « verre au moins égal à celui des plus anciennes fabriques », vanté pour sa force et sa couleur. Mention du régisseur J. L. Jaubert et du dépôt à Marseille, rue Coutellerie, tenu par Jean Joseph Ferre.
31 août 1831 (jugement du 22 août 1831). Séparation de corps et de biens entre Pierre-François-Élisée Roubaud, fabricant de verres domicilié à Gémenos, et son épouse Françoise-Augustine-Eugénie Grimblot, domiciliée à Gémenos, demeurant à Marseille. Source décisive : identifie formellement E. Roubaud, établit son lien conjugal avec la fille de Pons Grimblot, et explique le mécanisme de la cession à Rozan en mars 1832.
25 mars 1832. Roubaud cède la verrerie de Gémenos à François Rozan ; réunion avec La Destrousse. Date exacte du rachat.
10 juillet 1861. Reportage détaillé sur la manufacture sous la direction d'Eugène Rozan (fils de François). 430 ouvriers en moyenne, la plupart logés sur place. Deux produits : verre ordinaire et verre fin ou demi-cristal sans plomb. Taillerie et atelier de gravure. Force motrice : trois roues fixes alimentées par la source de Saint-Pons (6 m de diamètre pour la taillerie, 4 m pour la scierie et les moulins). Moulins à broyer : carbonate de chaux, peroxyde de manganèse, argiles crues et cuites pour les creusets et briques, pierre ponce pour la taille. Valeur annuelle pour la commune : 425 000 francs. Source majeure pour l'état technique de Gémenos au milieu du XIXe siècle.
7 octobre 1868. Annonce proposant la verrerie à la location, signal du déclin d'activité. Source primaire pour la date de fermeture probable.
1er janvier 1870. Annonce la vente aux enchères prévue le 27 janvier 1870 de l'outillage et des matières premières. Marque la fermeture définitive de l'établissement.
4 octobre 1839 (acte du 28 septembre 1839). Société en nom collectif entre François Rozan père et ses deux fils. Capital 200 000 francs. Trois fabriques : Saint-Louis, Gémenos, La Destrousse. Durée 6 ans.
Source généalogique sur les familles Robichon, Valck et Sigwart, venues de Wildenstein pour travailler à Gémenos.
Plan de 1809. Parcelles 471 à 476 (bâtiment principal et fours) et 476bis (cour). Les états de section de 1826 indiquent comme propriétaire Jean-Baptiste Suzanne Dalberas, demeurant à Aix, qui possède pratiquement tout le vallon.