Personnalité

Pons Grimblot

15 novembre 1758

Négociant, propriétaire de verreries en Provence et en région parisienne, actionnaire et entrepreneur capitaliste

Biographie

Portrait

Pons Grimblot (orthographié Ponce dans les actes ardennais) est l’un des personnages les plus insaisissables et les plus fascinants du corpus Radix Vitri. Propriétaire d’au moins six établissements verriers entre Monthermé et Choisy-le-Roi en trente ans, il n’est pourtant jamais lui-même un verrier. C’est un négociant, un investisseur, un homme de capital qui rachète des parts, délègue la direction technique à des hommes de métier, et passe à l’établissement suivant. Sa méthode est constante, son énergie remarquable ; et son destin, la faillite et la disparition, est à la mesure de l’ambition.

Il est né dans une famille de marchands ardennais, pas dans une famille verrière. Son père Jean Joseph, mort à 32 ans quand Pons en a 9, n’est pas verrier. Sa mère appartient à la petite bourgeoisie locale. Ses témoins de mariage sont un curé, un entrepreneur, un homme de loi : aucun souffleur parmi eux. Tout le distingue des Robichon, des Valck, des Sigwart qui peuplent ses verreries : il ne sait pas souffler le verre, il sait acheter et vendre.

Jeunesse et formation : Monthermé et la verrerie familiale

Pons naît le 15 novembre 1758 à Monthermé, au cœur des Ardennes, dans la boucle de la Meuse. La verrerie de Monthermé est active depuis 1749. Fondée neuf ans avant sa naissance, elle fait partie du paysage industriel de son enfance. Les actes paroissiaux sont remplis de noms de verriers. Son directeur, Louis-Antoine Mena, dont le logement patronal existe encore, en assure la direction technique. Grimblot y grandit sans être fils de verrier, mais au contact quotidien de cet établissement.

Quand son père Jean Joseph meurt le 24 avril 1768 à 32 ans seulement, Pons a 9 ans. C’est sa mère, issue de la petite bourgeoisie locale, qui l’élève. Il apprend le commerce, pas le soufflage. Il se marie à Charleville le 2 septembre 1793 avec Jeanne Nicole Lucie Grégoire, fille de la bourgeoisie marchande de Charleville-Mézières : un mariage dans son milieu, pas dans le milieu verrier.

Dès la naissance de son fils Paul Émile le 2 octobre 1794 (11 Vendémiaire An III), l’acte le qualifie de « propriétaire en partie de verrerie de Monthermé », et la même formule réapparaît à la naissance d’Augustine le 7 juin 1796. Il a 35 ans à la première attestation, négociant et actionnaire d’une verrerie : exactement le profil qu’il conservera toute sa vie.

L’aventure méridionale : Gémenos, Marseille, La Destrousse, Le Cannet

Ses enfants naissant à Monthermé en 1794 et 1796, Grimblot ne peut arriver dans le Midi qu’à partir de 1797. Il n’y fonde pas Gémenos : la verrerie de Jean François Scalabrino et Antoine Robichon est active depuis 1789. Il en rachète progressivement les parts et prend Antoine puis Thiébaud Robichon comme homme de terrain, selon la méthode qu’il avait sans doute déjà appliquée à Monthermé avec Mena. À noter : il ne logera jamais à Gémenos ni à La Destrousse — il réside à Marseille.

Son portefeuille provençal s’étend rapidement : après Gémenos, il reprend la verrerie à La Destrousse (Peypin) — un établissement qui fonctionnait au charbon depuis 1735, bien avant son arrivée, et qu’il n’a pas fondé davantage que Gémenos. Puis des établissements marseillais (rue des Vignerons avant 1820, puis les Catalans), et une verrerie au Cannet-des-Maures (Var), dont la propriété sera saisie lors de la faillite de 1823. À chaque fois le même schéma : Grimblot achète, installe Thiébaud Robichon pour diriger, et passe à l’étape suivante.

Son épouse Jeanne Nicole Lucie Grégoire meurt à Marseille en 1812. Grimblot est seul, poursuivi par ses créanciers des deux côtés, marseillais et parisiens.

L’aventure parisienne et la faillite (1820-1825)

Vers 1818-1820, Grimblot fonde à Choisy-le-Roi une verrerie de verre à vitre : sa seule création ex nihilo véritablement documentée. Il y envoie Thiébaud Robichon deux ans avant l’ouverture officielle pour construire les fours. La preuve la plus frappante en est un acte d’état civil inattendu : le 1er juin 1820, naît à Choisy-le-Roi Adèle Roubaud, petite-fille de Grimblot (fille de sa fille Augustine et de son gendre Roubaud) — et le témoin qui signe l’acte est Thiébaud Robichon, dit « propriétaire, âgé de 43 ans »1. Grimblot lui-même est absent de l’acte, vraisemblablement à Marseille à cette date. Ce document confirme deux choses : Robichon est bien installé à Choisy dès 1820, et il a acquis un statut de propriétaire reconnu.

La société est constituée le 26 juillet 1822 avec des commanditaires parisiens dont le banquier Larréguy (maison Guérin de Foncin). Grimblot en est associé gérant. Il démissionne dès le 4 novembre 1822, pressentant peut-être que l’échec est inévitable. En décembre 1822, l’établissement dépose son bilan. En janvier 1823, les syndics sont nommés.

Les procédures s’éternisent. L’arrêt Dalloz du 22 février 1827 règle un conflit de compétence entre les tribunaux de Paris et de Marseille : Grimblot est reconnu domicilié à Marseille où il continue de payer patente et contributions. Ses propriétés du Var sont vendues par expropriation en avril 1823. En 1825, selon Dalloz, il « disparut ».

La disparition

Qu’est-il advenu de Pons Grimblot après 1825 ? La réponse est dans l’acte de décès de son fils Paul Émile Grimblot, mort à Marseille le 1er novembre 1837 : son père y est qualifié de « défunt Pons Grimblot, fabricant de verre ». Il est donc mort entre 1825 (il avait 67 ans) et 1837 (il aurait eu 79 ans), probablement à Marseille. L’acte de décès n’a pas été retrouvé.

La thèse d’un décès bien plus précoce (dès décembre 1822 ou début 1823) mérite d’être formulée. Un homme de la trempe de Grimblot, qui montait encore une société à 64 ans, n’aurait pas laissé son fils Paul Émile gérer seul les démarches de la faillite à Marseille en février 1823 s’il avait été en état d’agir. Ce comportement d’absence, conjugué à la formulation de Dalloz (“disparut”), suggère fortement un décès dans les tout premiers mois de 1823, peut-être sous le choc de l’effondrement de son empire.

La formule retenue par l’acte de 1837, fabricant de verre, est intéressante : c’est la qualification que Grimblot n’a jamais vraiment méritée. Il n’a pas fabriqué du verre, il en a possédé les moyens de production. Mais pour l’état civil de 1837, c’est ainsi qu’on résumait une carrière.

Ce qui le distingue des autres

Grimblot n’est pas Robichon. Il n’est pas Neuvesel ni Bolot non plus, Bolot avait une formation intellectuelle, une vision à long terme, une ancre dans la communauté givordine. Grimblot est un opportuniste pur : il achète quand il peut, revend quand il doit, fuit quand il ne peut plus. Sa série d’établissements (Monthermé, Gémenos, La Destrousse, Marseille, Le Cannet, Choisy) n’est pas une stratégie industrielle, c’est plutôt une fuite en avant. La faillite de 1822-1823 ne l’a pas seulement ruiné : elle a privé Thiébaud Robichon de son employeur, contraint Rozan à racheter des établissements à la découpe, et laissé une traîne de procédures judiciaires encore actives cinq ans après.

Mais sans Grimblot, pas de Gémenos tel qu’on le connaît, pas de Choisy sous Bontemps, pas de Rozan à La Destrousse. Ses faillites ont fait la fortune des autres.

Points non résolus

  • Acte de décès : non retrouvé. À rechercher aux AD13 (Marseille, années 1822-1826) sous les orthographes Grimblot et Graimblot.
  • Le passage de Monthermé au Midi : comment un négociant ardennais se retrouve-t-il propriétaire d’une verrerie provençale vers 1800 ? Par quel réseau, quelle occasion, quelle introduction ? Les archives notariales de Marseille (AD13) pourraient livrer l’acte d’achat.
  • La verrerie des Catalans : l’ordonnance de 1824 autorise le transfert rue des Vignerons → Catalans. A-t-il effectivement ouvert cet établissement avant sa “disparition” en 1823 ? Les almanachs de commerce marseillais pourraient répondre.

Notes

Footnotes

  1. Naissance d’Adèle Roubaud, 1er juin 1820, Choisy-le-Roi. Source Geneanet : https://www.geneanet.org/cercles/ancestry/view/colgnecac94n/I3658762/39?from_releve=1. Thiébaud Robichon est dit « propriétaire, âgé de 43 ans ». Il est né le 30 septembre 1776 à Givors, ce qui donne bien 43 ans en juin 1820.

Frise chronologique

Propriétaire en partie

Qualifié de 'propriétaire en partie de verrerie de Monthermé' dans l'acte de naissance de sa fille (7 juin 1796). La verrerie de Monthermé est active de 1749 à 1846, Grimblot y est actionnaire, non di…

avant 1794 — vers 1796
2 octobre 1794
Événement

Naissance de son fils Paul Émile à Monthermé.

Événement

Naissance de sa fille Augustine Françoise Eugénie à Monthermé. L'acte (19 Prairial An IV) qualifie Pons de 'propriétaire en partie de verrerie de Monthermé' : première mention documentée de son activi…

7 juin 1796
vers 1789 — vers 1823
Propriétaire — repreneur

Reprend vers 1789 (ou plus tard) un établissement existant depuis au moins 1735. Il n'en est pas le fondateur mais l'a sans doute remis en route. La verrerie fonctionnait déjà au charbon de houille. A…

Événement

Arrivée dans le Midi. Ses enfants naissant à Monthermé en 1794 et 1796, Grimblot ne peut être à Gémenos, ou plutôt à Marseille, avant 1797 au plus tôt.

vers 1797-1800
vers 1800 — vers 1823
Propriétaire ou racheteur progressif

Arrive dans le Midi après 1797, et rachète progressivement les parts de la verrerie fondée par Antoine Robichon (selon Pelletier, plus sûrement par Jean François Scalabrino). N'en est pas le fondateur…

Propriétaire

Verrerie rue des Vignerons à Marseille, transférée aux Catalans par ordonnance royale du 20 mars 1824... et non à Montredon comme l'affirment les sources secondaires. Antoine Robichon y réside et y dé…

avant 1806 — vers 1824
vers 1815 — 1823
Propriétaire

Verrerie au Cannet-des-Maures (anciennement Cannet-du-Luc, Var), confirmée par la saisie de ses propriétés lors de la faillite (Archives communales de Choisy-le-Roi, cote 3 I 8, avril 1823). Thiébaud …

Fondateur et premier gérant

Fonde la verrerie de Choisy-le-Roi vers 1819-1820 (*Le Drapeau blanc*, 23 septembre 1820). Envoie Thiébaud Robichon à Choisy dès 1820 pour construire les fours, deux ans avant la constitution officiel…

1819/1820 — 4 novembre 1822
1er juin 1820
Événement

Naissance d'Adèle Roubaud, petite-fille de Grimblot (fille d'Augustine Grimblot et de Pierre-François-Élisée Roubaud), à Choisy-le-Roi. L'acte mentionne comme témoin Thiébaud Robichon, 'propriétaire, …

Événement

Constitution de la société des verreries de Choisy-le-Roi avec Larréguy (banquier, maison Guérin de Foncin), Besson et Pottier comme commanditaires. Grimblot est associé gérant. Il donne sa démission …

26 juillet 1822
1822-1825
Événement

Faillite déclarée (décembre 1822), procédures judiciaires multiples jusqu'en 1827 au moins. Arrêt Dalloz du 22 février 1827 : conflit de compétence entre tribunaux de Paris et Marseille, Grimblot est …

Parcours géographique

4 verreries

Sources

  • etat civil Acte de naissance de Pons Grimblot (Registres paroissiaux de Monthermé (Ardennes), 15 novembre 1758)

    Orthographié 'Ponce'. Père : Jean Joseph Grimblot, marchand.

  • etat civil Acte de décès de Jean Joseph Grimblot (Registres de Monthermé, 24 avril 1768)

    Père de Pons, décédé à 32 ans. Pons a 9 ans.

  • etat civil Acte de mariage de Pons Grimblot et Jeanne Nicole Lucie Grégoire (Registres de Charleville, 2 septembre 1793)

    Pons qualifié de 'négociant, domicilié à Monthermé, orphelin de père et mère'. Témoins : un curé, un entrepreneur, un homme de loi — aucun verrier.

  • etat civil Acte de naissance de Paul Émile Grimblot (Registres de Monthermé, 11 Vendémiaire An III (2 octobre 1794))

    Pons qualifié de 'propriétaire en partie de verrerie de Monthermé' : première attestation documentée, antérieure d'un an à l'acte d'Augustine. Source : Monthermé, 1793-an X, EDEPOT/MONTHERME/E 8, vue 29 / 247. Lien : https://archives.cd08.fr/ark:75583/s00532b38a90c288/532b38a914933.fiche=arko_fiche_6769674bcc47b.moteur=arko_default_6776ac3012e9d

  • etat civil Acte de naissance d'Augustine Françoise Eugénie Grimblot (Registres de Monthermé, 19 Prairial An IV (7 juin 1796))

    Pons qualifié de 'propriétaire en partie de verrerie de Monthermé'. Source primaire établissant son activité verrière initiale.

  • etat civil Acte de naissance d'Adèle Roubaud https://www.geneanet.org/cercles/ancestry/view/colgnecac94n/I3658762/39?from_releve=1

    1er juin 1820, Choisy-le-Roi. Fille d'Augustine Grimblot et de Pierre-François-Élisée Roubaud, domiciliés à Choisy. Témoin : Thiébaud Robichon, 'propriétaire, âgé de 43 ans', qui signe. Grimblot absent. Preuve de la présence de Robichon à Choisy dès 1820, deux ans avant la constitution officielle de la société.

  • etat civil Acte de décès de Paul Émile Grimblot (Registres de Marseille, 1er novembre 1837)

    Pons Grimblot qualifié de 'défunt' — preuve qu'il est mort avant novembre 1837. Qualifié rétrospectivement de 'fabricant de verre'.

  • article Faillite Grimblot, nomination de syndics — Journal du Commerce, 6 janvier 1823 https://www.retronews.fr/journal/journal-du-commerce/06-janvier-1823/4/1ae5a2ec-ebe0-42b9-abca-9c64b12ed38c
  • article Arrêt Dalloz — règlement de juges entre Paris et Marseille

    Arrêt du 22 février 1827 (Leblanc c. Deluy). Établit que Grimblot était domicilié à Marseille, y payait patente et contributions. Mentionne qu'en 1825 il 'disparut'. Source Dalloz.

  • article Ordonnance royale — transfert de la verrerie aux Catalans — Bulletin des lois, 20 mars 1824 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6523337z

    Autorise le transfert de la verrerie rue des Vignerons au quartier des Catalans — et non à Montredon comme l'indiquent les sources secondaires.

  • article Constitution de la société des verreries de Choisy-le-Roi — Journal du Commerce, 28 août 1823 https://www.retronews.fr/journal/journal-du-commerce/28-aout-1823/4/b11f2a03-22b2-4774-9afc-92719be9f59d