Verrerie

Cristallerie de Choisy-le-Roi

1819/1820 — 1978

Aussi connue sous : Verrerie de Choisy-le-Roi · Cristallerie de Choisy-le-Roi · Cristalleries Verreries Réunies de Choisy-le-Roi (CVR)

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie de Choisy-le-Roi
Nom d'usage 1820 — vers 1851
Cristallerie de Choisy-le-Roi
Nom d'usage vers 1851 — 1895
Cristalleries Verreries Réunies de Choisy-le-Roi (CVR)
Raison sociale 1895 — 1978

Histoire

Résumé

La Cristallerie de Choisy-le-Roi est fondée en 1820 par Ponce Grimblot, entrepreneur verrier marseillais déjà propriétaire des verreries de Gémenos et de La Destrousse (Peypin). Installée rue de l’Épinette (future rue de Sébastopol, dite « rue de la Verrerie »), elle produit initialement des verres à vitre et des verres bombés — la même spécialité que les établissements provençaux de Grimblot. Après les faillites successives de son fondateur (1823, 1833), la verrerie traverse plusieurs décennies de turbulences avant de devenir, sous la direction de Georges Bontemps (1823-1848), l’une des manufactures de verre les plus innovantes de France : verre rouge rubis, ouraline, verre filigrané « vénitien », verre optique, vitraux pour les grandes cathédrales.

Après le départ de Bontemps en 1848 et de nouvelles difficultés, une seconde verrerie est fondée en 1895 par Léon-Charles Houdaille — les futures Cristalleries Verreries Réunies (CVR) — qui connaît l’ère industrielle avec plus de mille ouvriers au tournant du XXe siècle. L’établissement périclite après la Seconde Guerre mondiale et ferme définitivement en 1978.

Le lien avec Radix Vitri est direct : la fondation de 1820 mobilise la main-d’œuvre que Grimblot avait formée dans ses verreries provençales — Thiébaud Robichon (fils d’Antoine Robichon fondateur de Gémenos), Benoît Samuel Valck (fils de Samuel Valck de Gémenos), et vraisemblablement Sébastien Sigwart (cousin de Georg Anton Sigwart, ancêtre d’Arnaud Balandras). Ces trois familles, originaires du réseau verrier de Wildenstein, suivent Grimblot depuis le Midi vers la région parisienne.


Historique

Fondation par Grimblot (1820-1834)

Ponce Grimblot (Monthermé, Ardennes, 1758), entrepreneur verrier aux multiples établissements provençaux, établit la verrerie de Choisy-le-Roi à partir de 1819 (date Dalloz) ou 1820 (Le Drapeau blanc, 23 septembre 1820 : « une nouvelle verrerie vient d’être établie à Choisy-le-Roi »), rue de l’Épinette (actuelle rue du Docteur Roux). Production initiale : verres à vitre et verres bombés — la même spécialité que ses établissements provençaux.

La structure juridique est constituée le 26 juillet 1822, avec des conventions additionnelles les 17 et 23 août. Grimblot en est associé gérant, aux côtés de Louis-Antoine Georgeon (gérant résidant sur place) et de commanditaires : Dominique-François Larréguy (banquier, maison Guérin de Foncin), Louis-Édouard Besson et Joseph-Mathieu Pottier. Dès le 4 novembre 1822, Grimblot donne sa démission de la gérance. En décembre 1822, dépôt de bilan (Journal du Commerce, 25 décembre 1822). La procédure de faillite est formellement ouverte en janvier 1823 (nomination de syndics, Journal du Commerce, 6 janvier 1823).

En août 1823, Georges Bontemps et Antoine-François-Jean Claudet sont admis comme associés gérants solidaires en remplacement de Grimblot et Georgeon. La raison sociale devient Bontemps, Claudet et Comp. (Journal du Commerce, 28 août 1823). L’arrêt Dalloz de février 1827 tranche un conflit de compétence entre les tribunaux de Paris et de Marseille — Grimblot, « depuis longtemps domicilié à Marseille », y payait encore patente et contributions — et renvoie toutes les opérations de faillite devant le tribunal de commerce de Marseille. En 1825, selon Dalloz, Grimblot « disparut ».

La propriété de la verrerie de Cannet-le-Luc (Var) est vendue par expropriation forcée en avril 1823 suite à la même faillite (cote 3 I 8, archives communales de Choisy) — confirmation archivistique définitive que Le Cannet-des-Maures était bien un établissement de Grimblot. De nouvelles procédures impliquant Grimblot apparaissent en février 1833, puis en mai 1834 un mandat est émis contre Thibaudeau (Adolph Thibaudeau), acquéreur intermédiaire. En juin 1834, vente de l’établissement et constitution d’une nouvelle société. Des saisies s’ensuivent en 1834, 1835 et 1837.

L’ère Bontemps : l’excellence technique (1823-1848)

Georges Bontemps (Paris, 7 septembre 1799 — 14 novembre 1883), formé à Saint-Quirin vers 1817-1819 puis à Baccarat, est admis comme associé gérant solidaire de la société de Choisy en août 1823 (raison sociale Bontemps, Claudet et Comp.). Il en assure la direction jusqu’en 1848. Sous son impulsion, la verrerie devient un centre d’innovation technique et artistique majeur :

  • 1825 : redécouverte du verre rouge coloré dans la masse par l’oxyde de cuivre — l’article du Temps du 22 mai 1834 précise : « En 1825, M. Bontemps réussit à faire avec l’oxide de cuivre […] cette belle couleur que bien des fabricants croyaient ne pouvoir être obtenues qu’avec l’oxide d’or. »
  • 1829 : ouverture d’un atelier de peinture sur verre.
  • vers 1831 : association commerciale avec Baccarat, Saint-Louis et Bercy sous la maison Launay, Hautin et Compagnie, rue de Paradis-Poissonnière — distribution commune des produits.
  • 1834 : exposition des verres colorés ; rapport élogieux dans Le Temps (22 mai 1834).
  • 1834 et 1844 : chargé des verrières du déambulatoire de l’abbatiale Saint-Denis.
  • 1839 : médaille d’or à l’Exposition ; premières pièces en ouraline.
  • 1844 : gamme complète exposée : cristal, verre à vitres, globes, flint-glass, crown-glass pour l’optique, vitraux peints.
  • 1845 : redécouverte du verre filigrané « vénitien ».

En 1848, Bontemps s’exile en Angleterre (Chance Brothers) suite à la révolution.

Période intermédiaire et nouvelles difficultés (1848-1895)

Après le départ de Bontemps, la verrerie change plusieurs fois de mains. En 1853, le terrain est vendu par adjudication ; la Ville acquiert deux lots pour construire une école. Des propriétaires par indivis — Marcel Drouillard et François Blacque, banquiers — tentent d’ouvrir une rue dans la propriété. La production reste semi-artisanale et limitée ; les changements de propriétaires se succèdent. En 1865, les matrices cadastrales signalent plusieurs fabricants de cristaux distincts dans la ville.

L’ère industrielle : les CVR (1895-1978)

Le 22 mai 1895, Léon-Charles Houdaille fonde une nouvelle usine sur le site, marquant le début de l’ère industrielle. L’établissement, qui prendra le nom de Cristalleries Verreries Réunies (CVR), connaît son âge d’or au tournant du XXe siècle avec plus de mille ouvriers, produisant services de table, vitraux, flaconnerie de toilette et verre optique. La rue de la Verrerie est rebaptisée rue de Sébastopol.

L’établissement périclite après la Seconde Guerre mondiale, liquide à la fin des années 1960 et ferme définitivement en 1978.


Situation géographique

Choisy-le-Roi (Val-de-Marne, 94600), sur la rive gauche de la Seine, à une dizaine de kilomètres au sud de Paris. La verrerie est établie rue de l’Épinette (future rue du Dr Roux puis rue de Sébastopol / rue de la Verrerie), accessible par la Seine pour les matières premières et combustibles — une gare fluviale communique avec la troisième cour des ateliers. La ligne de chemin de fer Paris-Choisy-Corbeil est inaugurée le 17 septembre 1840, améliorant les communications avec Paris.

Le cadastre napoléonien (1810) précède la fondation ; les plans de 1841 et de 1903 permettent de suivre l’extension du site, qui occupe environ trois hectares à son apogée sous Bontemps, organisés en trois cours successives.

Extrait du plan parcellaire de 1841, Choisy-le-Roi, section A première feuille dite du Bourg - © Archives Départementales du Val-de-Marne
Extrait du plan parcellaire de 1841, Choisy-le-Roi, section A première feuille dite du Bourg - © Archives Départementales du Val-de-Marne.

La cristallerie n’a cessé de s’agrandir entre 1820 et 1895. Sur le plan cadastral de 1841 (extrait ci-dessus), on distingue clairement la manufacture au milieu d’un vaste “jardin” non bâti qui a ensuite été construit. A cette date, la cristallerie donnait (au sud) sur la “Rue de la Raffinerie”, qui correspond plus ou moins à l’actuelle Rue Rollin Regnier, et qui part de la Seine vers l’ouest. Plus tard, sans doute dans les années 1840 si l’on en croit le “chantier” mentionné sur le plan de 1841), la Rue de Sébastopol a été tracée et longeait les bâtiments de la cristallerie à l’est, sur toute leur longueur. Le terrain complet du site était bordée au nord par la voie de l’Épinette, actuelle rue du Docteur Roux, et à l’ouest par la Rue de l’Insurrection Parisienne, anciennement rue de Vitry sur le cadastre de 1841.


Connexions Radix Vitri

La main-d’œuvre venue de Gémenos

La fondation de la verrerie de Choisy en 1820 s’appuie directement sur le réseau humain que Grimblot avait constitué dans ses établissements provençaux :

Thiébaud Robichon (Givors, 1776), fils d’Antoine Robichon fondateur de Gémenos, souffleur de verre. Son trajet suit les établissements de Grimblot jusqu’à Choisy où ses enfants naissent à partir de ~1820 et où il reste après la faillite. La fiche de la verrerie de Gémenos documente ce parcours complet.

Benoît Samuel Valck (Gémenos, 21 mai 1791 — Rive-de-Gier, 4 février 1860), fils de Samuel Valck (verrier wildensteinois présent à Gémenos dès 1791) et Jeanne Guibert. Suit le même trajet Grimblot : Peypin (1812-1814), Le Cannet-des-Maures (1816-1820), Choisy-le-Roi (1823-1828). Finit sa vie à Rive-de-Gier — lien avec les verreries de la Loire.

Sébastien Sigwart, époux de Marie Jacobée Sigwart (fille de Georg Anton Sigwart père, ancêtre d’Arnaud Balandras). Marie Jacobée décède à Choisy-le-Roi en 1829 — présence Sigwart à Choisy vraisemblablement liée au même courant migratoire depuis Gémenos.

La confirmation du Cannet-des-Maures

La cote 3 I 8 des archives communales de Choisy mentionne explicitement en avril 1823 la vente par expropriation forcée de « La Verrerie, sise à Cannet-le-Luc, dans le Var » suite à la faillite de Grimblot — confirmation archivistique définitive que Le Cannet-des-Maures était bien un établissement de Grimblot.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

La date de fondation varie selon les sources : 1805 (BnF, Musée d’Orsay), 1820 (publication municipale de Choisy), 1822 (certaines notices). La publication municipale de Choisy, appuyée sur les archives communales et une photographie d’archives légendée « Ponce Grimblot, le fondateur de la verrerie de Choisy-le-Roi en 1820 », établit 1820 comme date de fondation. La date de 1805 est probablement celle de la faïencerie Paillart ou d’un autre établissement choisyen antérieur, confondu avec la verrerie.

La période Bontemps : certaines sources indiquent 1829-1855, d’autres 1823-1848. Bontemps entre dans la manufacture en 1822, en prend la direction en 1823, et s’exile en Angleterre en 1848 suite à la révolution — c’est cette dernière date qui marque son départ effectif de Choisy.

Points non résolus

  • Adolph Thibaudeau, acquéreur des verreries en 1834 : identité à préciser plus précisément — la source Claudet le mentionne.
  • Adolph Thibaudeau, acquéreur des verreries en 1834, puis lui-même l’objet d’un mandat en mai 1834 — identité complète à préciser.
  • Le personnel de 1825 : un recensement fait à Choisy-le-Roi en 1825 donne la liste du personnel (verriers lorrains de Baccarat et Saint-Louis, verriers anglais) — source à localiser aux AD Val-de-Marne pour identifier d’éventuels membres des familles Robichon, Valck ou Sigwart.

Sources consultées

Personnages associés

Personnalités

Verriers

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Galerie

Sources

livre Choisy-le-Roi, ville de verre — Service Archives-Documentation-Patrimoine de la Ville de Choisy-le-Roi https://www.choisyleroi.fr/wp-content/uploads/2024/08/Choisy-le-Roi-ville-de-verre.pdf

Publication municipale très documentée avec plans cadastraux, photos d'archives et inventaire des cotes des archives communales. Source principale pour la chronologie de l'établissement. Confirme 1820 comme date de fondation par Ponce Grimblot.

archive Archives communales de Choisy-le-Roi, série 3 I (3 I 8, 3 I 9)

3 I 8 : Placard annonçant la vente par expropriation des propriétés de Grimblot, dont la verrerie de Cannet-le-Luc (Var), suite à sa faillite (23 avril 1823). 3 I 9 : Suite de la faillite Grimblot (9 et 19 février 1833) ; mandat contre Thibaudeau, acquéreur (10 mai 1834) ; vente et constitution d'une société (9 juin 1834) ; saisies 1834-1837.

article Grands établissements industriels de la France IV — La verrerie de Choisy-le-Roi — L'Illustration, journal universel

13 septembre 1845, pages 22-26. Description détaillée de l'établissement : trois cours, trois fours à verre à vitres, halle à cristal, atelier de verre d'optique, atelier de peinture sur verre, taillerie. Superficie d'environ trois hectares.

autre Cristalleries et verreries réunies de Choisy-le-Roi (1820-1979) https://data.bnf.fr/fr/16578092/cristalleries_et_verreries_reunies_de_choisy-le-roi/

Notice BnF.

autre Notice Mérimée IA00119835 https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA00119835

Notice patrimoniale sur la cristallerie.

article Georges Bontemps, verrier (1799-1883) — deux articles — Danielle Velde

Une petite encyclopédie du verre, volume 15, n°3 (juin 2009) et n°4 (septembre 2009). Articles de référence sur Bontemps et la verrerie de Choisy-le-Roi.