Verrier

Antoine Robichon

29 juin 1752 — 7 avril 1806

Maître souffleur de verre à vitre, directeur probable de la verrerie de Gémenos

Biographie

Portrait

Antoine Robichon est l’un des personnages centraux de Radix Vitri : fondateur probable de la verrerie de Gémenos (selon Pelletier, sans doute inexact, voir plus bas), maître souffleur formé à Wildenstein et à Givors, recruteur du réseau wildensteinois qui peuplera le vallon de Saint-Pons, et probable « bras droit » technique que Pons Grimblot mobilisera successivement dans ses établissements.

Il est aussi, généalogiquement, un aboutissement remarquable : par sa grand-mère paternelle Anne Marie Hug, il descend des Hug, Schmid, Raspiller, Grésely et Sigwart de la Forêt-Noire et de Suisse : toutes les grandes dynasties verrières de l’Est convergent en lui. C’est un verrier de race au sens le plus plein du terme.

Origines et généalogie

Antoine Robichon naît le 29 juin 1752 à Wildenstein (Haut-Rhin), dans l’une des familles verrières les plus ramifiées d’Europe.

La famille Robichon (orthographiée à l’origine Rubischung dans les sources germanophones) remonte à la Suisse. Le rameau qui nous intéresse descend de Christoph Rubischung (ou Robichon), souffleur de verre établi à Ligsdorf, dont deux fils créent deux branches distinctes :

  • Jean Conrad Robichon : créateur de la branche comtoise, à l’origine des Robichon de Miellin (Haute-Saône) et de Givors, les cousins chez qui Antoine sera contremaître.
  • Jean Gaspard Robichon : marchand de verre à Ligsdorf, rejoint plus tard Wildenstein. Son fils Ours Robichon, souffleur de verre, épouse le 22 mai 1719 à Oderen (paroisse de Wildenstein) Anne Marie Hug ou Houg, fille de verrier, descendante des Schmid, Raspiller, Grésely et Sigwart de Forêt-Noire et de Suisse.

Antoine père (né le 4 avril 1725 à Wildenstein) est le fils d’Ours et Anne Marie Hug. Il épouse à Oderen le 10 février 1749 Elisabeth Kientzy, dont le patronyme est solidement enraciné à Wildenstein où il se trouve encore. Antoine père ne semble pas avoir quitté Wildenstein : il perd une fille de 6 ans, Anne Marie, le 3 juin 1767 dans cette même commune. C’est de ce couple que naît notre Antoine en 1752.

Formation et années givordiennes

Antoine grandit à Wildenstein dans l’environnement verrier de la famille. Il passe peut-être par Miellin (Haute-Saône) (verrerie des Robichon de la branche Jean Conrad) avant de rejoindre Givors (Rhône), où ses cousins co-dirigent la verrerie royale depuis un quart de siècle. Pelletier (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 16 octobre 1896) le dit « contre-maître verrier chez ses parents », ses « parents » au sens large : les membres de la famille étendue Robichon qui tiennent l’établissement.

Il se marie à Givors le 4 août 1774 avec Fleurie Flachon. Dix enfants naissent à Givors entre 1775 et 1789 : Pierre Antoine (30 janvier 1775), Joseph Antoine (3 septembre 1775), Thiébaud (30 septembre 1776, futur bras droit de Grimblot), Jean Joseph (18 juillet 1778, †Givors 8 février 1781), Marie Élisabeth (20 février 1781), Jeanne (15 juillet 1782), Marie Joséphine (27 juin 1784), Madeleine (8 octobre 1786), Marin (vers 1787), François (5 septembre 1789). Ce dernier meurt à Gémenos le 6 juin 1793. Antoine est alors au faîte de sa maîtrise technique : contremaître reconnu, chef d’une famille nombreuse installée dans la capitale verrière du Rhône. Le passage par Miellin, parfois mentionné, n’est pas confirmé : son père Antoine père semble être resté à Wildenstein jusqu’à la fin de sa vie.

La direction de Gémenos, et non la fondation

Pelletier dit qu’Antoine Robichon « fonda et dirigea la verrerie de Gémenos près Marseille ». Cette formulation est vraisemblablement inexacte sur le premier point : en 1789-1790, Antoine est encore à Givors (son fils François y naît en septembre 1789) et Scalabrino est le directeur technique en poste dès le début de 1789, comme l’attestent les actes paroissiaux et le mariage du verrier Lagarde (23 février 1789). L’annonce du Journal de Provence du 18 mai 1790 ne mentionne pas Antoine non plus.

Sa fille Rose Antoinette naît à Gémenos le 22 février 1792, ce qui place son arrivée sur le site en 1791 au plus tôt, au moment même où Scalabrino disparaît des sources. La lecture la plus cohérente est qu’Antoine a repris la direction technique de la verrerie peu après son démarrage, succédant à Scalabrino (décédé ? parti ?). Il en assure ensuite la direction effective pendant plusieurs années, ce que Pelletier a simplifié en « fondateur ».

L’acte de baptême de François Joseph Robichon (5 septembre 1789, Givors) clôt le débat : Antoine est encore à Givors quand la verrerie est mentionnée dans les actes paroissiaux, dès 1788-1789. Il arrive à Gémenos vers fin 1790 ou au cours de 1791, prend sans doute la suite de Scalabrino (dont on ne connaît pas le destin après octobre 1791) et en assure la direction technique. Pelletier se souvient qu’Antoine Robichon a été appelé à Gémenos, mais confond la raison : une reprise en main, pas une fondation.

L’acte de baptême révèle un autre détail précieux : Antoine signe « Robischung », son patronyme germanique d’origine, celui de Wildenstein. Après quinze ans à Givors, à 37 ans, il parle et écrit encore en alsacien-allemand plutôt qu’en français. C’est un indice fort de l’entre-soi communautaire des verriers wildensteinois, qui maintiennent leur langue et leurs réseaux même après plusieurs décennies de migration. Le parrain de François Joseph est Joseph François Raspiller, une nouvelle confirmation que les grandes dynasties verrières de l’Est (Robichon, Raspiller, Sigwart…) se côtoient et se parrainent à Givors comme ils le faisaient dans la Forêt-Noire et le feront bientôt à Gémenos.

Recruteur du réseau wildensteinois

La composition de la main-d’œuvre initiale de Gémenos est sa signature la plus éloquente : Samuel Valck (Wildenstein, 1766), Georg Anton Sigwart et ses fils (réseau frnc-comtois), François Joseph Schmitt (Lauterbach, comme Scalabrino), tous issus des réseaux que seul un initiateur connaissant parfaitement Wildenstein pouvait mobiliser. Antoine a recruté dans son pays natal, comme tous les fondateurs de verreries forestières avant lui.

Directeur de l’établissement marseillais

Avec l’arrivée de Pons Grimblot dans le Midi, pas avant 1797, Antoine ne quitte pas Gémenos immédiatement : son fils Lazare Thiébaud y naît le 2 septembre 1797. Mais progressivement, il devient le bras droit opérationnel de Grimblot dans l’ensemble de ses établissements. Son acte de décès le dit domicilié rue des Vignerons n°22, maison 17, à Marseille : c’est l’établissement verrier que Grimblot y exploite avant 1820. Il y vit et y travaille de façon permanente, entouré d’une communauté d’ouvriers logés à la même adresse : Nicolas Gardaire (ouvrier verrier, 48 ans) et Étienne Lombard (emballeur, 29 ans) témoignent à son décès.

Antoine Robichon meurt le 7 avril 1806 à 53 ans (l’acte dit 52, erreur fréquente), à son domicile de la rue des Vignerons. Son fils Thiébaud lui succède dans le rôle de bras droit de Grimblot : les premiers enfants de Thiébaud naissent à Peypin (La Destrousse) dès 1807, l’établissement suivant dans la chaîne Grimblot.

Acte de décès d'Antoine Robichon le 7 avril 1806 à Marseille, rue des Vignerons - © Archives Départementales des Bouches-du-Rhône
Acte de décès d'Antoine Robichon le 7 avril 1806 à Marseille, rue des Vignerons - © Archives Départementales des Bouches-du-Rhône.

La descendance

De son mariage avec Fleurie Flachon (Givors, 4 août 1774), Antoine a treize enfants connus :

Dix à Givors : Pierre Antoine (30 janv. 1775), Joseph Antoine (3 sept. 1775), Thiébaud (30 sept. 1776), Jean Joseph (18 juil. 1778, †Givors 8 févr. 1781), Marie Élisabeth (20 févr. 1781), Jeanne (15 juil. 1782, mariée à Condrieux 1801), Marie Joséphine (27 juin 1784), Madeleine (8 oct. 1786), Marin (vers 1787), François (5 septembre 1789, †Gémenos 6 juin 1793).

Trois à Gémenos : Rose Antoinette (22 févr. 1792, †Gémenos 5 juin 1793), Dominique (14 juil. 1794) et Lazare Thiébaud (2 sept. 1797).

Ce dernier, né dans la verrerie dirigée par son père, deviendra fabricant de rubans à Saint-Étienne, une rupture avec la tradition verrière, ville où il décèdera le 29 juin 1873. Pelletier le mentionne comme « aïeul des Robichon de Saint-Étienne, fabricants de rubans ».

Connexions Radix Vitri

Branche Givors : les Robichon de Givors (descendants de Jean Conrad) sont les cousins chez qui Antoine est contremaître. La verrerie Robichon frères de Givors, où Joseph Haour travaille et meurt en 1833, est dirigée par cette branche parallèle.

Réseau Wildenstein : par Anne Marie Hug (grand-mère paternelle), Antoine est apparenté aux Hug de Wildenstein dont Jean Henri Hug, fondateur de la verrerie, et Élisabeth Hug, épouse de Claude Heitzmann (ancêtre d’Arnaud Balandras). Les réseaux Schmid, Raspiller et Sigwart présents à Gémenos en 1789-1790 sont tous liés à cette même toile généalogique de l’est de la France.

Thiébaud Robichon (fils) : reprend le rôle de bras droit de Grimblot dès 1807, suit tous les établissements successifs jusqu’à Choisy-le-Roi, et finit rentier à Orly — voir sa fiche.

Points à résoudre

Le destin de Scalabrino après octobre 1791 reste inconnu. Est-il décédé ? Parti vers un autre établissement ? C’est la seule lacune majeure de la succession Scalabrino/Robichon, désormais établie par l’acte de baptême de François Joseph.

Le passage par Miellin : non confirmé. Son père Antoine père n’a pas quitté Wildenstein. Le trajet Wildenstein → Givors direct est plus probable que Wildenstein → Miellin → Givors.

Frise chronologique

Verrier

Avant de partir pour Givors, Antoine a probablement suivi sa formation à Wildenstein, sous la direction de son père

vers 1765 — vers 1770
vers 1770 — vers 1789
Maître souffleur, contremaître à la verrerie royale de Givors

Selon Pelletier (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 16 oct. 1896), Antoine Robichon « vécut à Givors, comme contre-maître verrier chez ses parents » — ses parents désignant les membres de la f…

Directeur technique de la verrerie de Gémenos

Pelletier dit qu'Antoine Robichon 'fonda et dirigea la verrerie de Gémenos'. C'est inexact sur le premier point : l'acte de baptême de François Joseph Robichon (5 septembre 1789, Givors, AD69) prouve …

vers 1791 — 1806
vers 1797 — 1806
Directeur technique de l'établissement Grimblot rue des Vignerons, Marseille

Domicilié rue des Vignerons n°22 au moment de son décès (7 avril 1806). Il réside sur place de façon permanente, avec une communauté d'ouvriers verriers logés dans le même immeuble. C'est dans cet éta…

Parcours géographique

3 verreries

Sources

  • etat civil Acte de décès d'Antoine Robichon (AD13, 201E 2788, folio 103) https://www.archives13.fr/ark:/40700/vtaef80807477a33aa0/img:AD13_201E_2788_0103

    Décédé à cinq heures du matin le 7 avril 1806, à son domicile. Qualifié d'« ouvrier verrier âgé de cinquante-deux ans, né à Wiltenstine en Alsace ». Domicile : Marseille, rue des Vignerons n°22, maison 17. Témoins : Nicolas Gardaire (ouvrier verrier, 48 ans) et Étienne Lombard (emballeur, 29 ans).

  • article Recherches historiques sur les verriers — Notes sur les Raspiller — Pelletier https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/16-octobre-1896/3/2fb435d2-78a1-412d-b7a2-8cbe7ce2423e

    Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 16 octobre 1896, p. 3/4. Pelletier mentionne qu'Antoine Robichon « vécut à Givors comme contre-maître verrier chez ses parents » et « fonda et dirigea la verrerie de Gémenos près Marseille ». Précise que son fils Lazare Thiébaud (né à Gémenos) sera « aïeul des Robichon de Saint-Étienne, fabricants de rubans ».

  • etat civil Acte de mariage d'Antoine Robichon et Fleurie Flachon (Registres paroissiaux de Givors, 4 août 1774)

    Source confirmant le mariage et l'implantation à Givors.

  • livre Unterwegs in der eisernen Welt — Genealogie der Glasmacherfamilie Robichon — Alexander Roth https://www.geneanet.org/bibliotheque-genealogie/viewer/14745324

    Source principale pour la généalogie Robichon : branche Wildenstein issue de Jean Gaspard Robichon (Ligsdorf), frère de Jean Conrad (branche Miellin-Givors). Ours Robichon (grand-père d'Antoine) épouse Anne Marie Hug à Oderen le 22 mai 1719.

  • autre Die Rubischung und Robichon, eine Glasmacherfamilie an den Hütten der Schweiz, Deutschlands und Frankreichs — Alexander Roth https://www.pressglas-korrespondenz.de/aktuelles/pdf/pk-2013-4w-roth-glasmacher-rubischung-schweiz.pdf

    Pressglas-Korrespondenz, 2013. Article de référence sur toute la famille Robichon/Rubischung depuis ses origines suisses.