Ancêtre direct · Verrier
Joseph Haour
27 mai 1787 — 28 septembre 1833
Souffleur de verre à bouteilles
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Biographie
Portrait
Joseph Haour est un souffleur de verre à bouteilles de la lignée givordine des Haour. Sa vie illustre la mobilité caractéristique des verriers qualifiés du début du XIXe siècle : né à Givors en 1787, il effectue un séjour de quelques années dans la Nièvre — à la Verrerie Royale de Decize, paroisse de Saint-Léger-des-Vignes — où il se marie en 1813 avant de retourner à Givors, où il travaille à la verrerie Robichon jusqu’à sa mort en 1833.
Origines et formation
Joseph naît le 27 mai 1787 à Givors (Rhône), dans une famille de verriers. Son père Claude Haour (1760-1831), né à Miellin, est souffleur de verre à vitres à Givors chez les frères Robichon, après avoir travaillé chez Bolot et Neuvesel. La formation de Joseph suit la trajectoire classique des souffleurs : apprenti dès l’adolescence dans la ou les verreries de Givors, souffleur qualifié avant ses vingt ans. Givors est à cette époque un bassin verrier important, avec plusieurs établissements spécialisés dans les bouteilles, un terreau idéal pour un fils de verrier.
Le séjour nivernais : fuite ou mobilité professionnelle ? (vers 1810-1811 — 1814)
Une hypothèse forte : l’évitement de la conscription
À une date inconnue avant 1813, Joseph quitte Givors pour la Verrerie Royale de Decize, établie au lieu-dit La Charbonnière, paroisse de Saint-Léger-des-Vignes dans la Nièvre. Il y arrive seul, aucun membre de sa famille n’est signalé avec lui. La raison probable est une mobilité professionnelle ordinaire dans le monde verrier. Mais le contexte pousse à une hypothèse plus précise.
Son frère cadet Mathias Haour (né en 1789) est enrôlé dans les armées napoléoniennes en 1811, à 22 ans, et deviendra un double déserteur (1812, 1815) avant d’être rattrapé, de servir et d’être finalement médaillé de Sainte-Hélène. Joseph, né en 1787, avait 23 à 24 ans en 1810-1811 : l’âge exactement visé par les grandes vagues de conscription qui alimentaient les campagnes d’Espagne et de Russie. Lyon et sa région (dont Givors) étaient des centres de recrutement actifs et surveillés.
L’hypothèse est la suivante : Joseph aurait quitté Givors vers 1810-1811 précisément pour se soustraire à la conscription, en disparaissant dans une commune rurale de la Nièvre profonde, à 300 kilomètres de là, parmi une population ouvrière venue de toute la France et dont personne ne connaissait vraiment les antécédents. Qui plus est il se met au service d’une verrerie sans directeur affirmé et qui a un besoin urgent de main d’oeuvre, l’idéal pour se fondre dans la masse. Son frère Mathias, plus jeune de deux ans, aurait cru pouvoir passer à travers les mailles, mais il s’est fait prendre. On ne saura jamais si Joseph a averti son cadet, ni si celui-ci a délibérément choisi de rester.
Cette hypothèse est cohérente avec tous les éléments connus : l’arrivée seule à Saint-Léger, la durée du séjour (assez longue pour s’intégrer au point d’y trouver une épouse hors du milieu verrier), et surtout le retour à Givors dès 1814, immédiatement après la première abdication de Napoléon en avril, la conscription étant supprimée, le danger écarté. Son fils Samuel naît à Givors le 1er novembre 1814 : Marie Françoise Mayot était enceinte au moment du départ de la Nièvre, ce qui confirme un retour dans l’été ou l’automne 1814.
Jean Berger et les frères Walter : le réseau reconstitué
Le mécanisme de la fuite repose sur un réseau identifiable. L’acte de mariage du 3 mars 1813 à Decize révèle que les témoins sont Henri Constant Walter et Quirin Walter (orthographiés « Henri et Curin Valterre » dans l’acte, nés respectivement en 1784 et 1779 à Védrines-Saint-Loup), tous deux verriers à Saint-Léger-des-Vignes. Ce sont les fils de Pierre Walter, verrier né à la Manufacture Royale de la Margeride (Cantal), décédé à Decize en 1804. Leur présence comme témoins (les amis proches, les garants sociaux du marié) prouve que ce sont eux qui ont accueilli Joseph à Saint-Léger et l’ont intégré à la communauté ouvrière de la verrerie.
La connexion avec Givors est directe et documentée : Henri Constant Walter a épousé en 1807 Marie Françoise Haour née à Givors en 1787, fille d’une autre branche givordine (Nicolas Haour et Anne Marie Hug, de Wildenstein). Il est donc témoin au mariage de Joseph avec une Nivernaise, après avoir travaillé à Givors et épousé lui-même une Givordine : les deux familles s’échangent des alliances dans les deux sens, entre Decize et Givors, sur une génération.
Pierre Walter, père décédé à Decize en 1804, venait de la Margeride, une verrerie déjà documentée dans Radix Vitri comme pourvoyeuse de main-d’œuvre pour Saint-Léger-des-Vignes (les Pierrée/Pierret en témoignent dès 1787). Son installation à Decize avant sa mort avait ouvert la voie à ses fils. C’est vraisemblablement par ce lien existant entre les Walter et les Haour de Givors, que Joseph a su qu’il pouvait trouver refuge et travail à Saint-Léger. Il n’est d’ailleurs pas absurde de penser que les fils Walter aient quitté Givors au même moment que Joseph afin de se soustraire, eux aussi, à la conscription. En tous cas, aucun des trois n’apparait dans la base de données de Mémoires des Hommes.
Jean Berger, désigné comme fondé de pouvoir par le père Claude Haour dans sa procuration, est un personnage distinct, un collègue et ami de Joseph sur place, dont l’identité précise reste à établir. Une piste sérieuse : une famille Berger a dirigé la verrerie de Soucht (Moselle) vers 1770-1780, plusieurs fils portant le prénom Jean, le père étant marié à une fille de la famille Walter. Si Jean Berger est un fils de Soucht par une mère Walter, il serait lié aux Walter de Saint-Léger par la parenté, et à Joseph Haour par les mêmes réseaux givordins. Les archives de Saint-Léger-des-Vignes et de Decize pour cette période permettraient de trancher.
La verrerie de La Charbonnière en 1813
Cette verrerie houillère, fondée en 1785-1786 par Michel Denis Gourdel de Loche et la Compagnie des houillères de Decize, est en 1813 dans une situation juridique et financière précaire — son fondateur est mort fin 1789, ses associés financiers avaient fait faillite dès 1787 — mais elle continue de fonctionner sous la gestion de fait de la masse des créanciers Baudard de Saint-James. Joseph y est « verrier demeurant à St-Léger » lors de son mariage.
Le 3 mars 1813, Joseph épouse à Decize Marie Françoise Mayot (ou Maillot), née à Decize en 1792, dont les parents sont originaires de Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) — une famille extérieure au monde verrier. Son père Claude Haour, resté à Givors, signe une procuration devant notaire, désignant Jean Berger comme fondé de pouvoir.
Le retour à Givors et la verrerie Robichon (1814-1833)
De retour à Givors, Joseph s’installe durablement à la Verrerie de MM. Robichon frères et Cie, l’un des établissements verriers de la ville. Il y travaille probablement comme souffleur jusqu’à sa mort. Ses enfants naissent à Givors entre 1814 et 1827 : Samuel (1814, mort en 1815), Rose (1816), Mathias (1819), Charles (1824), Pancrace (1827) — et Magdelaine en 1834, sans doute posthume.
Un détail savoureux sur son acte de décès : il est signé par le premier adjoint au maire de Givors, François Joseph Neuvesel — un membre de la grande dynastie verrière des Neuvesel, dont Joseph Neuvesel avait été le maître verrier de la Verrerie de La Mothe à Saint-Bérain-sur-Dheune de 1789 à 1819. Le monde verrier givordino-bourguignon tourne décidément en cercles très fermés.
Joseph Haour meurt le 28 septembre 1833 à la verrerie Robichon, à l’âge de 46 ans. Sa veuve et leurs enfants sont recensés dans cet établissement en 1836 puis en 1841.
Descendance
Son fils Pancrace Haour (1827-1899) est l’ancêtre direct d’Arnaud Balandras. Pancrace épouse sa cousine Marie Barbe Haour (Givors 1829 — Marseille 1885), fille du verrier Jean Claude Haour et de Marianne Célestine Haour. Cette Marie Barbe descend des Haour de Wildenstein mais aussi de Marie Barbe Sigwart (et donc de Jean-Baptiste Brischoux) rattachant ainsi la descendance de Joseph aux réseaux verriers alsaciens-comtois-bourguignons documentés dans Radix Vitri.
Notes généalogiques
Père : Claude Haour, verrier à Givors.
Enfants (de Marie Françoise Mayot) :
- Samuel (Givors, 1er novembre 1814 — Givors, 31 août 1815)
- Rose (Givors, 9 août 1816)
- Mathias (Givors, 2 septembre 1819)
- Charles (Givors, 26 août 1824)
- Pancrace (Givors, 2 janvier 1827 — 1899), ancêtre d’Arnaud Balandras
- Magdelaine (Givors, 7 mars 1834), vraisemblablement posthume, présentée par son oncle Mathias Haour (45 ans en 1834, correspondant à l’âge du déclarant)
Frise chronologique
L'enfant est 'né d'hier', donc le 27 mai 1787. Le père est 'souffleur à la verrerie royale de Gyvors', les parrains sont Joseph Haour, chamoiseur et Françoise Haour, tous deux illitérés. Il s'agit des…
Qualifié de « verrier demeurant à St-Léger » dans son acte de mariage du 3 mars 1813 à Decize. Y était arrivé seul, sans sa famille, à une date inconnue antérieure à 1813, vraisemblablement recommandé…
Joseph est qualifié de « verrier demeurant à St-Léger ». Source : Decize, actes d'état civil, 5Mi2 136, AD Nièvre, pages 692-693/1678. Son père Claude Haour, absent, avait signé à Givors une procurati…
Retour à Givors attesté dès novembre 1814 (naissance du fils Samuel). Sa veuve et leurs enfants sont recensés dans la verrerie Robichon en 1836 et 1841, confirmant qu'il y résidait et travaillait depu…
Décès à la Verrerie de MM. Robichon frères et Cie. L'acte de décès est signé par François Joseph Neuvesel, premier adjoint au maire. Note : un déclarant de 45 ans dénommé Joseph Haour, présente en 183…
Parcours géographique
2 verreries
Documents liés
- etat civil Acte de mariage de Joseph Haour et Marie Françoise Mayot (3 mars 1813)
Document clé pour comprendre la présence de Joseph à Saint-Léger-des-Vignes, ses témoins verriers et la procuration de Claude Haour.
Sources
- etat civil Acte de mariage de Joseph Haour et Marie Françoise Mayot (Decize (Nièvre), actes d'état civil, 5Mi2 136, Archives de la Nièvre, pages 692-693/1678) https://archives.nievre.fr/ark:/60877/czxk2mqw13g0/0524ed1f-2333-4721-9dd2-3f3f90857b2d
3 mars 1813. Joseph qualifié de « verrier demeurant à St-Léger ». Témoins : Henri Constant Walter (ami de l'époux) et Quirin Walter (orthographiés « Henri et Curin Valterre », aussi nés à Védrines-Saint-Loup en 1784 et 1779 respectivement), verriers à Saint-Léger-des-Vignes, fils de Pierre Walter (verrier né à la Margeride, décédé à Decize en 1804). Leur présence comme témoins établit qu'ils sont les vecteurs du départ de Joseph pour la Nièvre ou en tous cas, ceux qui l'ont accueilli sur place. A noter aussi que les Berger, verriers de Soucht sont aussi fils d'une fille Walter, Catherine.
- etat civil Procuration de Claude Haour pour le mariage de son fils Joseph (Decize (Nièvre), actes d'état civil, 5Mi2 136, Archives de la Nièvre, page 691/1678) https://archives.nievre.fr/ark:/60877/czxk2mqw13g0/0451d83a-2121-43e3-b17c-ddd4ca54abfe
Claude Haour désigne Jean Berger, verrier à Saint-Léger-des-Vignes, comme fondé de pouvoir pour le mariage de son fils Joseph. Le nom du procurateur a été ajouté d'une autre main, laissé en blanc dans un premier temps.