État civil · 1813

Acte de mariage de Joseph Haour et Marie Françoise Mayot — Decize, 3 mars 1813

Un souffleur givordin, ses témoins alsaciens-franc-comtois, et la trace d'une fuite de la conscription

Individus mentionnés

Joseph Haour
Verrier Marié
Marie Françoise Mayot (ou Maillot) née à Décize en 1792
Mariée
Claude Haour
Père du marié, absent ; procuration signée à Givors ; nom du procurateur laissé en blanc et sans doute rempli à Décize
Henri Constant Walter
Témoin de l'époux (« ami ») ; né à Védrines-Saint-Loup en 1784, marié à Givors avec Marie Françoise Haour en 1807
Quirin Walter ; né à Védrines-Saint-Loup en 1779
Témoin de l'époux
Jean Berger
Fondé de pouvoir de Claude Haour (procuration, page 691)

Vues d'archives

Page 1 — Procuration (première page)

Première page de la procuration signée à Givors par Claude Haour.

AD Nièvre, 5Mi2 136, procuration (vues 691-692/1678)
Page 2 — Procuration (seconde page)

Seconde page de la procuration ; le nom du fondé de pouvoir est complété d'une autre main.

AD Nièvre, 5Mi2 136, procuration (vues 691-692/1678)
Page 3 — Mariage, acte n°10 (première page)

Première page du mariage de Joseph Haour et Marie Françoise Mayot, acte n°10.

AD Nièvre, 5Mi2 136, mariage (vues 692-693/1678)
Page 4 — Mariage (seconde page, signatures)

Seconde page du mariage : signatures du marié, d'un témoin Valter et de Jean Berger.

AD Nièvre, 5Mi2 136, mariage (vues 692-693/1678)

Transcription

Page 1 — Procuration (première page)

Par devant nous Charles Philippe Ravet, notaire impérial à la résidence de Givors ayant la présence du témoin susnommé est comparu Claude Haour verrier résidant en la commune de Givors, chef-lieu de canton département du Rhône lequel de gré a fait et constitué pour son procureur général spécial le Sieur Jean Berger verrier demeurant dans la commune de Saint-léger auquel il donne pouvoir pour lui et en son nom autoriser Joseph Haour, son fils verrier, résidant actuellement à la verrerie de Charbonière, commune de Desise, département de la Nièvre, dans le mariage qu'il se propose de contracter avec la demoiselle Françoise Maillot, donner à cet effet tout consentements utiles et nécessaires, se transporter à cet effet partout où besoin sera, soit devant l'officier de l'état civil, soit devant le notaire qui recevra leur convention matrimoniale, en conséquence l'autoriser dans tout ce qu'il (...)

Page 2 — Procuration (seconde page)

conviendra pour l'accomplissement du mariage qu'il se propose de faire avec la demoiselle Malliot, promettant, soumettant, renonçant dont acte fait passé et lu à Givors, étude du notaire soussigné le quatorze février dix huit cent treize en présence du sieur Léonard Abba verrier et de Benoît Rivet perruquier, tous les deux résident à Givors, témoins requis et soussigné avec le comparant Claude Haour. En dessous : un texte difficile à lire du président du Tribunal de première instance de Lyon certifiant conforme le document.

Page 3 — Mariage, acte n°10 (première page)

L'an mil huit cent treize le trois du mois de mars, à onze heures du matin par devant nous; Jean-Louis Terre Terreux adjoint à la mairie de la ville de Decize, faisant pour Monsieur le Maire les fonctions d'officier public de l'état civil de la dite ville et commune de Decize, département de la Nièvre sont comparus le sieur Joseph Haour verrier, âgé de 25 ans demeurant en la commune de St-Léger des Vignes, né en celle de Givors département du Rhône le vingt sept mai mil sept cent quatre-vingt sept, majeur, fils légitime du Sieur Claude Haour aussi verrier, demeurant en ladite commune de Givors consentant au présent mariage par le Sieur Jean Berger verrier demeurant en la commune de Saint-Léger son fondé de pouvoir cy présent, ainsi qu'il résulte de la procuration passée par devant Me Charles Philippe Ravet notaire impérial à Givors le quatorze février dernier, laquelle légalisée enregistrée et certifiée conforme est restée assignée au présent acte, et de Marie Vally ses père et mère d'une part Et Marie Maillot âgé de vingt ans demeurant la commune née en cette dite commune le trente-et-un octobre mil sept cent quatre-vingt douze, mineure fille légitime de feu Pourçain Mayot décédé en cette commune le vingt-sept prairial an onze, ainsi que le constate [illisible] de l'acte de décès dudit Mayot père de la future délivré au bureau de la mairie le vingt-sept février dernier, et de Marie André demeurant en cette dite commune, cy présente et consentante du présent mariage, ses père et mère d'autre part Lesquels nous ont requis de procéder à la célébration de mariage projeté entre eux dont les publications ont été faites [illisible] du futur devant la principale porte de la maison commune de Saint-Léger, lieu de son domicile, et devant celle de la maison commune de Givors, lieu du domicile du père du futur [illisible] quatorze février dernier [illisible] (...)

Page 4 — Mariage (seconde page, signatures)

les dimanches vingt-et-un et vingt-huit février dernier à la même heure ainsi que constatent les certificats de publication délivrés par messieurs les adjoints des mairies de Givors et de Saint-Léger, et de la part de la future devant la principale porte de notre maison commune savoir la première le dimanche vingt-et-un février dernier à l’heure de midi, et la seconde à la même heure le dimanche suivant vingt-huit du dit mois de février, ainsi qu'il résulte du registre des publications déposée au [illisible] de cette mairie. Aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à leur réquisition après avoir donné lecture des pièces sus mentionnées, et du chapitre six du titre [?] du code Napoléon intitulé du mariage, avons demander au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme, chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Joseph Haour et Marie Mayot sont unis par le mariage [illisible] en présence de Emond Mayot âgé de 27 ans ami de l'époux, et de Guilbert Cordelier aussi ami de l'époux demeurant tous les deux en cette commune de Decize, de Constant Valtere verrier, âgé de vingt-neuf ans, ami de l'épouse, et de Curin Valtere aussi verrier âgé de 35 ans, aussi ami de l'épouse, demeurant tous les deux en la commune de Saint-Léger des Vignes, lesquels après qu'il leur fut aussi donné lecture ont signé avec nous, et l’époux et le fondé des pouvoir, à l'exception de l'épouse, de la mère de l'épouse et de Gilbert Cordelier, et de Constant Valtere témoin, qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis et interpellés. Signé : Jean Berger, Emond Mayot, Joseph Haour, l’adjoint au maire.

Verreries liées

Contexte géographique

Les verreries mentionnées dans ce document permettent de replacer l'acte dans ses circulations ouvrières et familiales.

Présentation du document

L’acte de mariage de Joseph Haour et Marie Françoise Mayot, célébré à Decize (Nièvre) le 3 mars 1813, est conservé aux Archives départementales de la Nièvre sous la cote 5Mi2 136, aux pages 692–693 du registre. Il est précédé, à la page 691, de la procuration signée à Givors par le père Claude Haour, désignant Jean Berger comme fondé de pouvoir.

Ce diptyque (l’acte et sa procuration) constitue la source primaire la plus dense de la biographie de Joseph Haour. Il renseigne simultanément sur son lieu de résidence, son métier, son réseau social à Saint-Léger-des-Vignes, et le réseau que son père mobilise à Givors pour pallier sa propre absence.


Ce que dit l’acte

Joseph Haour : « verrier demeurant à St-Léger »

La qualité donnée à Joseph (« verrier demeurant à St-Léger ») confirme à la fois son métier et son lieu de résidence au moment du mariage. Saint-Léger-des-Vignes est la paroisse sur laquelle est établie la Verrerie Royale de Decize (lieu-dit La Charbonnière). Joseph est donc bien ouvrier dans cette verrerie, et non de passage : il y demeure, ce qui implique une installation d’au moins plusieurs mois, vraisemblablement plusieurs années.

Marie Françoise Mayot

La mariée est née à Decize en 1792, d’une famille extérieure au monde verrier dont les parents sont originaires de Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier). Ce mariage avec une Nivernaise hors de toute endogamie verrière est lui-même révélateur : Joseph ne cherche pas une alliance stratégique entre familles de la profession, mais s’est intégré localement au point de se marier dans la population civile ordinaire.

Les témoins de l’époux : les frères Walter

Les deux témoins de Joseph sont présentés comme ses amis, la formule usuelle qui, en droit matrimonial de l’époque, désigne les garants personnels du marié, ceux qui répondent de son état civil et de sa réputation. Ce sont :

Ce sont les fils de Pierre Walter, verrier né à la Manufacture Royale de la Margeride (Cantal), décédé à Decize en 1804. Leur présence comme garants de Joseph n’est pas un hasard de voisinage : elle prouve que ce sont eux (ou leur réseau) qui ont signalé à Joseph la possibilité de travailler à Saint-Léger, et qui l’y ont accueilli ou qu’ils ont déménagé tous ensemble (pour la même raison, échapper à la conscription ?).

Le lien avec Givors est documenté : Henri Constant Walter a épousé en 1807 une Marie Françoise Haour, née à Givors, fille d’une branche givordine des Haour (Nicolas Haour et Anne Marie Hug, de Wildenstein). Les deux familles entretiennent des alliances croisées entre Decize et Givors sur une génération, et c’est par ce canal que Joseph a su où se réfugier.

Aucun des trois (Joseph Haour, Henri Constant Walter, Quirin Walter) n’apparaît dans la base de données Mémoire des Hommes. Cet absence commune des listes militaires n’est probablement pas fortuit.


La procuration (page 691) : un détail paléographique révélateur

La procuration signée à Givors par Claude Haour (père de Joseph, resté dans sa ville) pour autoriser le mariage de son fils présente un détail remarquable : le nom du fondé de pouvoir, Jean Berger, a été ajouté d’une autre main, l’espace correspondant ayant été laissé en blanc lors de la première rédaction de l’acte.

Cette particularité suggère que le choix de Jean Berger comme procurateur a été arrêté après que Claude a signé la procuration en blanc à Givors, sans doute à la demande de Joseph ou des Walter, qui connaissaient Berger sur place et pouvaient garantir sa fiabilité.

Le procédé n’a rien d’isolé. Guy-Jean Michel, dans Verriers et Verreries de Franche-Comté au XVIIIe siècle, indique que les procurations signées en blanc pour des mariages sont assez fréquentes chez les verriers. Le cas de Claude Haour s’inscrit donc dans une pratique sociale bien attestée dans les dynasties verrières mobiles : on délègue à distance, on laisse parfois le nom du mandataire en suspens, puis on complète sur place au gré des disponibilités du réseau.

Jean Berger est verrier à Saint-Léger-des-Vignes. Une piste sérieuse sur son identité : une famille Berger a dirigé la verrerie de Soucht (Moselle) vers 1770–1780, dont un ou plusieurs fils prénommés Jean, le père étant marié à une fille Walter, ce qui ferait de Jean Berger un cousin ou proche des Walter de Saint-Léger par sa mère. Si cette identification se confirme, le réseau est parfaitement cohérent : les Walter et les Berger, liés par la parenté, forment ensemble le nœud d’accueil qui a permis à Joseph de s’établir à Saint-Léger.


Interprétation : l’hypothèse de la fuite de la conscription

Le contexte politique de 1810–1813 est décisif pour lire cet acte correctement. Joseph Haour, né en 1787, avait 23 à 24 ans en 1810–1811 : l’âge exactement ciblé par les grandes levées de la période : campagnes d’Espagne (depuis 1808), campagne de Russie (1812). Lyon et Givors, comme toutes les grandes villes, étaient des centres de recrutement actifs.

Son frère cadet Mathias Haour (né en 1789) est enrôlé en 1811, à 22 ans. Il deviendra déserteur en 1812, reprendra du service, sera médaillé de Sainte-Hélène sous le Second Empire, une trajectoire militaire contrainte et chaotique. Joseph, lui, n’apparaît nulle part dans les archives militaires.

L’hypothèse est la suivante : Joseph aurait quitté Givors vers 1810–1811, à l’appel discret de ses amis Walter déjà en place à Saint-Léger, pour se fondre dans la population ouvrière d’une verrerie nivernaise éloignée de 300 kilomètres, dans une commune où personne ne le connaissait et dont la direction (la verrerie est alors sans direction affirmée, gérée de fait par une masse de créanciers) n’avait pas intérêt à signaler un nouvel ouvrier compétent aux autorités.

L’acte de mariage du 3 mars 1813 cristallise cette hypothèse : Joseph est assez intégré pour avoir deux garants locaux (les Walter), assez établi pour épouser une Nivernaise hors du milieu verrier, et peut-être assez prudent pour ne pas exposer son père à un déplacement depuis Givors, d’où la procuration en blanc.

Le retour à Givors en 1814, immédiatement après la première abdication de Napoléon en avril et la suppression de la conscription, achève de donner du sens à l’ensemble : Joseph rentre dès que le danger est écarté. Son fils Samuel naît à Givors le 1er novembre 1814, Marie Françoise était sans doute enceinte au moment du départ de la Nièvre.


Individus liés

Verreries liées

Sources