Ancêtre direct · Verrier

Claude Heitzmann

6 juin 1715

Coupeur de verre et verrier, établi à Wildenstein (Haut-Rhin) après une enfance dans les verreries comtoises

Ancêtre direct

Biographie

Portrait

Claude Heitzmann est un verrier comtois dont la vie illustre, en trois actes, la trajectoire sociale possible d’un enfant de la verrerie forestière au XVIIIe siècle : né dans une verrerie éphémère du Doubs condamnée à disparaître, il rejoint à l’âge adulte la verrerie de Wildenstein où il épouse la fille du clan fondateur, et finit sa vie comme propriétaire foncier dans la même commune — transformant en quelques décennies le statut d’itinérant précaire en celui de bourgeois verrier enraciné.

Son patronyme pose d’emblée un problème archivistique : Heitzmann dans sa forme probable originale devient Hassmann dans son acte de mariage, puis Hautzmann dans d’autres documents, et encore Astman ou Esmann dans des actes ultérieurs. Cette multiplicité de graphies, qui rend sa trace difficile à suivre dans les archives, est caractéristique des familles germaniques dans les registres francophones du XVIIIe siècle — les officiers d’état civil écrivant phonétiquement un nom qu’ils n’avaient aucun moyen d’orthographier avec certitude.

Origines : une famille verrier dans deux verreries comtoises

Claude naît le 6 juin 1715 dans la Verrerie de L’Isle-sur-le-Doubs (Doubs), verrerie forestière éphémère établie sur le bois d’Avatoy concédé par la communauté locale, au lieu-dit la Fontaine des Coucous. Son père Bartholomeus Heitzmann y travaille comme verrier — mais ce n’est pas le premier établissement que Bartholomeus a fréquenté. Sa fille aînée Anne Marie était née le 27 juillet 1705 à la Verrerie des Essarts-Cuenot (Bief d’Étoz, Doubs), autre verrerie forestière comtoise, documant ainsi le parcours itinérant du père entre deux établissements voisins dans la première décennie du siècle. Son frère cadet Jean Baptiste naît à son tour le 5 mai 1718 à L’Isle-sur-le-Doubs.

La verrerie de L’Isle-sur-le-Doubs est fondée par un groupe de maîtres verriers issus du réseau de Lobschez (Jura suisse), dont les Godard, Schmid, Verniory, Breuler et Fleury. Bartholomeus Heitzmann y occupe une position subordonnée — coupeur de verre, ouvrier qualifié mais non maître associé — au sein d’une communauté dense où les familles de fondateurs se marient entre elles. Deux enfants nés dans cette verrerie en même temps que Claude deviendront des personnages-clés de fiches Radix Vitri : Melchior Godard (27 novembre 1716), fils du fondateur Joseph Godard, ancêtre de la lignée Godard de Saint-Léger-des-Vignes et Cahors.

La fermeture et l’exil (1729)

En 1729, Claude a 14 ans quand la verrerie de L’Isle-sur-le-Doubs ferme définitivement. Le litige forestier avec la Comtesse de Poitiers — sentence du 7 janvier 1724, transaction de 1727 — a ruiné l’entreprise. Les maîtres verriers partent vers le Cerneux-Péquignot ou les Vosges comtoises ; les ouvriers et leurs familles se dispersent selon les opportunités.

L’itinéraire de Bartholomeus et de ses enfants entre 1729 et la première trace de Claude à Wildenstein en 1737 est inconnu. Huit années s’écoulent — le temps pour Claude de passer de 14 à 22 ans, de terminer son apprentissage et d’acquérir une qualification de verrier dans l’un ou plusieurs des établissements de la région. Les verreries des Vosges comtoises, de la vallée du Doubs ou d’Alsace sont les candidates naturelles.

L’installation à Wildenstein et le mariage Hug (1737-1739)

Claude est attesté pour la première fois à Wildenstein en 1737, où il est parrain d’un enfant — preuve qu’il y est déjà suffisamment intégré pour jouer ce rôle social. Il a 22 ans. La verrerie de Wildenstein, fondée par Jean Hug dans la haute vallée de la Doller (Haut-Rhin), est à cette époque un établissement important du réseau verrier alsacien-comtois.

Le 19 janvier 1739, Claude épouse Élisabeth Hug, fille légitime de Joseph Hug — vraisemblablement un fils ou neveu du fondateur Jean Hug. Ce mariage est une alliance décisive. En épousant dans la famille propriétaire de la verrerie, Claude ne s’intègre pas seulement à une communauté de travail : il s’inscrit dans le réseau de propriété et d’influence qui structure l’établissement. L’acte le qualifie de « honestus juvennis Claudius Hassmann vitriarius ab Wildenstein » — « honnête jeune homme Claude Hassmann, verrier de Wildenstein ». À 24 ans, il est déjà identifié comme verrier et domicilié dans la commune.

Tous leurs enfants naissent entre 1740 et 1760 à Wildenstein et Oderen, le hameau voisin. Parmi eux, François Heitzmann, né le 18 janvier 1748, verrier à bouteilles noires, qui sera l’ancêtre d’Arnaud Balandras par la branche givordine — la lignée descendant de Wildenstein vers Givors dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

L’enracinement : propriétaire foncier à Wildenstein (1774)

En 1774, Claude a 59 ans. Trois transactions foncières attestées la même année révèlent un homme solidement installé dans l’économie locale de Wildenstein, bien au-delà du statut de simple ouvrier verrier :

Il vend à Samuel Walch, maître d’école, trois quartauts de prés « hinden dem heydenbatt » pour 100 livres tournois. Il cède à Joseph Burey, maître verrier — un patronyme attesté à Lobschez, autre carrefour des réseaux verriers comtois —, un pré « in dem einschläg » dont son épouse avait hérité de « Frantz Hug le vieux » : cet héritage Hug confirme l’intégration d’Élisabeth au cercle des propriétaires de la verrerie. Et surtout, il achète de Blaise Uberall six fauchées de pré die Rössmatten, devant la verrerie, pour 1 069 livres tournois — une somme considérable, presque deux fois le montant du contrat de concession que la communauté de L’Isle-sur-le-Doubs avait vendu en 1707 pour accueillir la verrerie où il était né.

Ces transactions dessinent le portrait d’un verrier-propriétaire qui gère activement un patrimoine foncier, vend ce qui est moins utile et acquiert ce qui est stratégiquement intéressant — notamment les prés situés devant la verrerie, donc dans son environnement de travail immédiat.

La date de son décès n’a pas été retrouvée.

La lignée

Père : Bartholomeus Heitzmann, verrier itinérant. Bief d’Étoz (vers 1703-1709), L’Isle-sur-le-Doubs (vers 1713-1729).

Sœur : Anne Marie Heitzmann, née le 27 juillet 1705 au Bief d’Étoz.

Frère : Jean Baptiste Heitzmann (ou Hautzmann), né le 5 mai 1718 à L’Isle-sur-le-Doubs.

Épouse : Élisabeth Hug (1739), fille de Joseph Hug, descendante du fondateur de Wildenstein.

Fils : François Heitzmann, né le 18 janvier 1748 à Wildenstein, verrier à bouteilles noires, ancêtre d’Arnaud Balandras. La lignée descend de Wildenstein vers Givors dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Descendant notable : Melchior Haitzmann, attesté dans la fiche de la Verrerie de Vienne (Champ-de-Mars) — lien entre les Heitzmann comtois et le réseau rhôdanien.

Frise chronologique

Enfant de verrier à la Verrerie de L'Isle-sur-le-Doubs

Né dans la verrerie. La fermeture en 1729 (il a 14 ans) l'oblige à quitter les lieux avec sa famille.

1715 — vers 1729
vers 1736 — après 1774
Coupeur de verre puis verrier à la Verrerie de Wildenstein

Attesté comme parrain à Wildenstein dès 1737. Qualifié de « vitriarius » (verrier) dans son acte de mariage de 1739. Devient propriétaire foncier dans la commune, y acquérant plusieurs parcelles de pr…

Événement

Parrain d'un enfant à Wildenstein. Cette mention recule son arrivée dans la verrerie à au moins 1736-1737, soit six à sept ans après la fermeture de la verrerie de L'Isle-sur-le-Doubs (1729). Son itin…

1737
19 janvier 1739
Mariage

Épouse Élisabeth Hug (Elisabetha Hugin), fille légitime de Joseph Hug. L'acte le qualifie de « honestus juvennis Claudius Hassmann vitriarius ab Wildenstein » : c'est la forme Hassmann du patronyme, d…

Événement

Trois transactions foncières attestées la même année : (1) vente à Samuel Walch, maître d'école, de trois quartauts de prés « hinden dem heydenbatt » pour 100 livres tournois ; (2) cession à Joseph Bu…

1774

Parcours géographique

2 verreries

Sources

  • etat civil Acte de naissance de Claude Heitzmann (Registres paroissiaux de L'Isle-sur-le-Doubs (Doubs), 6 juin 1715)

    À localiser aux AD25. Établit la naissance dans la verrerie forestière et le lien avec son père Bartholomeus.

  • etat civil Acte de mariage de Claude Heitzmann et Élisabeth Hug (Registres paroissiaux de Wildenstein (Haut-Rhin), 19 janvier 1739)

    Patronyme écorché en « Hassmann ». Claude qualifié de « honestus juvennis vitriarius ab Wildenstein ». Élisabeth qualifiée de « pudica virgina Elisabetha Hugin filia legitima Josephii Hug ».

  • archive Transactions foncières de 1774 (Centre Départemental d'Histoire des Familles (CDHF/CRHF), Wildenstein)

    Trois actes de 1774 documentant les ventes et acquisitions de prés par Claude Heitzmann à Wildenstein.

  • etat civil Acte de naissance de François Heitzmann (Registres paroissiaux de Wildenstein (Haut-Rhin), 18 janvier 1748)

    Fils de Claude et Élisabeth Hug. Verrier à bouteilles noires, ancêtre direct d'Arnaud Balandras par la branche givordine.