Ancêtre direct · Verrier

Joseph Haour

11 mars 1859 — 13 septembre 1940

Souffleur de verre à bouteilles, spécialisé en verre noir

Ancêtre direct

Biographie

Portrait

Joseph Haour est le représentant accompli d’une génération de verriers nomades, nés dans les fours et morts loin d’eux. Souffleur de verre à bouteilles, spécialisé dans le verre noir — la teinte sombre des bouteilles à vin —, il passe 81 ans à traverser la France verrière en suivant le travail : Givors, Rive-de-Gier, Vernaison, Marseille, Rive-de-Gier encore, Cuffies, et le retour final à Vernaison où il finit ses jours comme manœuvre. Dix verreries, cinq départements, deux périodes de sa vie à Marseille — un itinéraire qui dit tout sur la condition ouvrière verrière de la seconde moitié du XIXe siècle.

Il est l’ancêtre direct d’Arnaud Balandras, et le lien personnel de Radix Vitri avec les verreries marseillaises de la famille du Queylar.


Une vie dans les fours

L’enfance verrière : Givors et Rive-de-Gier (1859 — 1875)

Joseph naît le 11 mars 1859 à Givors, à la verrerie du Canal où travaille son père Pancrace. Il ne connaîtra rien d’autre que le monde des verreries pendant ses premières années. À 2 ans, il est recensé avec ses parents à la verrerie Jalabert de Rive-de-Gier — même adresse en 1865. À 9 ans, retour à Givors. À 12 ans, recensé à l’ancienne verrerie Neuvesel de Givors, qui faisait partie de la Compagnie Générale à l’époque. A cet âge, il est probablement déjà au travail comme gamin de verrerie, ces enfants qui portent les cannes, alimentent les fours, ramassent le verre brisé. C’est là que commence sa vraie formation.

Sa mère Marie Barbe Haour est elle-même fille du verrier Jean Claude Haour — les deux parents portent le même patronyme, signe d’une endogamie verrière poussée. Joseph est, comme on dit dans ces milieux, « un pur produit Haour ».

La formation et les premières années de métier : Vernaison (1876 — 1884)

À 17 ans, en 1876, Joseph est recensé à Vernaison (Rhône) comme « verrier » — il n’est plus gamin, il souffle. Il y reste jusqu’en 1884, y revenant entre deux séjours, s’y mariant en avril 1883 avec Élisabeth Mas, native du village. C’est à Vernaison que naît leur premier enfant le 1er mai 1884.

Un mois plus tard, en octobre 1884, la famille est déjà à Marseille. Élisabeth vient d’accoucher, le nourrisson a cinq mois — et la famille repart. C’est la condition verrière : le souffleur suit l’offre de travail, la famille suit le souffleur.

Saint-Marcel : la grande verrerie du Queylar (octobre 1884 — 1890)

Joseph rejoint son père Pancrace, arrivé un an plus tôt à Saint-Marcel. Il y travaille comme verrier à bouteilles, spécialisé en verre noir — les bouteilles destinées aux vins, reconnaissables à leur teinte foncée qui protège le contenu de la lumière. C’est une spécialité qui lui vaut d’être employé dans des établissements qui produisent pour le marché vinicole — Marseille, Rive-de-Gier, Cuffies, toutes des zones de production pour les vins du Midi, du Rhône ou de Champagne.

En décembre 1887, bref passage à Oullins — un aller-retour de quelques semaines, motif inconnu. Peut-être une proposition de travail qui n’a pas abouti, peut-être un deuil familial. Il est de retour à Saint-Marcel en 1888.

En août 1888, une grève partielle éclate à Saint-Marcel : 450 ouvriers concernés. Joseph, spécialiste du verre noir à bouteilles, n’en fait probablement pas partie — sa compétence rare le protège des mouvements sociaux qui touchent davantage les souffleurs ordinaires.

Pont-de-Vivaux : la relance d’un site (1890 — 1892)

En 1890, Charles de Queylar relance la verrerie de Pont-de-Vivaux après deux années de travaux. Joseph fait partie des premiers souffleurs transférés depuis Saint-Marcel — signe de la confiance que lui accorde l’entreprise. Il est attesté la même année comme « verrier à Pont-de-Vivaux », domicilié quartier Saint-Loup.

Il quitte Marseille fin 1892 ou début 1893 — sa fille décède à Rive-de-Gier en janvier 1894, signe que la famille est déjà dans la Loire à cette date.

Rive-de-Gier et le retour au nord (1894)

En mars 1894, Joseph est domicilié rue de la Pomme à Rive-de-Gier — une rue proche des verreries Berthelasse et Jalabert. L’établissement précis reste à identifier. C’est son deuxième séjour ligérien — il était déjà enfant à la verrerie Jalabert dans les années 1860. La boucle se referme provisoirement.

Cuffies et Vauxrot : la stabilité retrouvée (1895 — vers 1906)

En février 1895, la famille s’installe à Cuffies (Aisne), commune de la verrerie de Vauxrot. Un enfant naît le même mois. Joseph y restera au moins jusqu’en 1906onze années dans le même établissement, la plus longue période de stabilité de toute sa carrière. Il a 36 ans à l’arrivée, 47 à la dernière mention comme verrier. Le corps tient encore, mais les souffleurs vieillissent vite.

Le retour à Vernaison et la fin de carrière (1914 — 1940)

En 1914, Joseph est de retour à Vernaison — qualifié de « manœuvre ». La carrière de souffleur est terminée. À 54 ans, après trente années de soufflage intensif, ce ne sont pas les bras ou les jambes qui lâchent : ce sont les poumons. Le souffleur de verre inhale toute sa vie une chaleur sèche et des particules de silice — une usure pulmonaire irréversible qui met fin à la carrière bien avant la vieillesse. En 1921, à 61 ans, il est toujours manœuvre à Vernaison.

Il meurt en 1940 à 81 ans — une longévité remarquable pour un souffleur de sa génération. Vernaison, où il s’était marié 57 ans plus tôt, est son dernier port d’attache. Élisabeth Mas, sa femme qui avait suivi tous ses déplacements, l’avait peut-être précédé dans la mort.


Ce que son itinéraire révèle

La mobilité de Joseph Haour n’est pas exceptionnelle — elle est typique des souffleurs de verre de la seconde moitié du XIXe siècle. Le métier impose cette errance : les contrats sont saisonniers, les campagnes de soufflage ont une durée limitée, et les verreries ouvrent, ferment, changent de spécialité. Le souffleur qualifié est un nomade structurel.

Plusieurs facteurs expliquent ses choix de destination :

La spécialisation en verre noir le conduit vers les sites qui produisent pour le marché vinicole — Marseille (vins du Midi et d’Algérie), Rive-de-Gier (expédition vers Lyon et le Rhône), Vauxrot (Champagne et vins du nord).

Les réseaux familiaux guident ses mouvements : il rejoint son père à Saint-Marcel (1884), revient à Vernaison (commune de sa femme) pour finir sa vie.

Les opportunités industrielles : son transfert à Pont-de-Vivaux en 1890 lors de la relance du site montre qu’il est un ouvrier estimé, recruté pour lancer un nouvel établissement.

Sa trajectoire dessine une carte de la France verrière de la Belle Époque : les grands bassins ligériens (Givors, Rive-de-Gier), les verreries provençales (Marseille), les manufactures du nord (Vauxrot/Cuffies). Il a traversé toute cette géographie en suivant son outil — la canne de souffleur.


Points non résolus

  • L’acte de décès : non retrouvé. À chercher aux archives de Vernaison (Rhône), année 1940.
  • La verrerie de Rive-de-Gier en 1894 : Berthelasse ou Jalabert ? La rue de la Pomme est proche des deux. Les recensements de Rive-de-Gier pour 1894 ou 1896 pourraient préciser.
  • Le bref séjour à Oullins (décembre 1887) : motif inconnu. À chercher dans les registres d’état civil d’Oullins.
  • Les enfants de Joseph et Élisabeth : combien au total ? Quels prénoms ? Leurs destins permettraient de retracer la suite de la lignée Haour.
  • La date exacte de départ de Marseille : entre 1892 (dernière attestation à Pont-de-Vivaux) et janvier 1894 (décès d’une enfant à Rive-de-Gier). Un document de 1893 préciserait.

Frise chronologique

Enfant de verrier — naissance sur le site

Né sur le site. Père Pancrace y travaille.

1859
11 mars 1859
Événement

Naissance à la verrerie du Canal de Givors. Son père Pancrace y travaille. Il grandit dans le monde verrier dès sa naissance.

Enfant de verrier — famille résidente

Recensé avec ses parents à la verrerie Jalabert à 2 ans (1861) et à 5 ans (1865).

1861 — 1865
1861
Événement

Recensé à 2 ans à la verrerie Jalabert de Rive-de-Gier avec ses parents. La famille Haour suit le travail de Pancrace.

Événement

Domicilié avec ses parents à la verrerie Jalabert, à 5 ans.

1865
1868
Événement

Domicilié à Givors à 9 ans.

Gamin de verrerie — début de formation

Recensé à 12 ans à la nouvelle verrerie Neuvesel & Momain au quartier de la Ferydière. Probablement déjà au travail comme gamin, son premier contact direct avec la production verrière.

vers 1872
1872
Événement

Recensé à 12 ans à l'ancienne verrerie Neuvesel de Givors. À cet âge, il est probablement déjà au travail comme gamin de verrerie — le début de sa formation pratique.

Ouvrier verrier

Recensé comme 'verrier' à Vernaison en 1876, 1881 et 1883. Se marie à Vernaison en avril 1883. Premier enfant né à Vernaison le 1er mai 1884. Quitte Vernaison en octobre 1884 pour rejoindre son père à…

1876 — 1884
1876
Événement

Recensé à Vernaison à 17 ans, qualifié de 'verrier'. Sa formation est complète : il est déjà souffleur ou en voie de l'être.

Événement

Recensé à Vernaison à 21 ans, toujours qualifié de 'verrier'.

1881
avril 1883
Mariage

Mariage avec Élisabeth Mas, native de Vernaison. Joseph est dit 'ouvrier verrier' à l'acte.

Verrier à bouteilles, spécialisé en verre noir

Travaille à la verrerie Veuve de Queylar à Saint-Marcel. Son père Pancrace l'avait précédé en 1883. En août 1888, grève partielle de 450 ouvriers — Joseph, spécialisé en verre noir, n'en fait probable…

octobre 1884 — 1890
1er mai 1884
Événement

Naissance d'un enfant à Vernaison. Joseph est dit 'verrier'. La famille déménage à Marseille dès octobre 1884 — Élisabeth vient d'accoucher et la famille repart déjà.

Événement

Arrivée à Marseille, verrerie Veuve de Queylar à Saint-Marcel. Son père Pancrace l'avait précédé d'un an (1883). Joseph est verrier à bouteilles, spécialisé en verre noir.

octobre 1884
septembre 1887
Événement

Naissance d'une enfant à Marseille. Joseph est toujours verrier à Saint-Marcel.

Événement

Domicilié brièvement à Oullins en décembre 1887. Retour rapide à Marseille — séjour de quelques semaines, motif inconnu.

décembre 1887
1888
Événement

De retour à Saint-Marcel. En août 1888, une grève partielle éclate dans la verrerie (450 ouvriers). Joseph, spécialisé en verre noir à bouteilles, n'en fait probablement pas partie — les grévistes éta…

Verrier à bouteilles

Parmi les premiers souffleurs transférés de Saint-Marcel à Pont-de-Vivaux lors de la relance par Charles de Queylar. Domicilié quartier Saint-Loup, Marseille. Quitte Marseille fin 1892 ou début 1893 p…

1890 — 1892
1890
Événement

Naissance d'un enfant à Marseille. Joseph est dit 'verrier à Pont-de-Vivaux'. Il fait partie des premiers souffleurs transférés par Charles de Queylar depuis Saint-Marcel vers Pont-de-Vivaux lors de l…

Événement

Domicilié quartier Saint-Loup à Marseille, verrier à Pont-de-Vivaux. Le quartier Saint-Loup est adjacent à Pont-de-Vivaux — il loge vraisemblablement dans ou près de la cité ouvrière de la verrerie.

1892
1894
Verrier — établissement à préciser

Domicilié rue de la Pomme à Rive-de-Gier en mars 1894. Cette rue est proche des verreries Berthelasse et Jalabert. L'établissement précis reste à identifier : la Berthelasse ou la Jalabert.

Événement

Décès d'une enfant à Rive-de-Gier. La famille est déjà dans la Loire.

janvier 1894
mars 1894
Événement

Domicilié à Rive-de-Gier, 'rue de la Pomme' — à proximité immédiate de la verrerie Berthelasse ou de la verrerie Jalabert. Probablement verrier dans l'un de ces deux établissements durant l'année 1894…

Verrier à bouteilles

Domicilié à Cuffies (hameau de Vauxrot) dès février 1895, attesté comme verrier jusqu'en 1906 au moins. Onze années dans le même établissement, la plus longue période de stabilité de sa carrière.

1895 — vers 1906
février 1895
Événement

Domicilié à Cuffies. Naissance d'un enfant à Cuffies le même mois. Joseph est dit 'verrier'. Cuffies est la commune où se trouve la verrerie de Vauxrot.

Événement

Domicile à Vauxrot, dit 'verrier'. La verrerie de Vauxrot est l'un des établissements verriers les plus importants du nord de la France à cette époque.

1903
1904
Événement

Toujours domicilié à Vauxrot, verrier.

Événement

Domicilié à Vauxrot, probablement encore verrier à 47 ans — bien que le métier de souffleur soit physiquement très éprouvant à cet âge.

1906
1914
Événement

Qualifié de 'manœuvre' à Vernaison, à 54 ans. La carrière de souffleur est terminée — le corps usé par des décennies de chaleur intense et d'effort physique. Il est revenu à Vernaison, la commune de s…

Événement

Toujours 'manœuvre' à Vernaison à 61 ans.

1921
1940
Événement

Décès à 81 ans à Vernaison. Il a survécu à la Grande Guerre, traversé deux siècles d'industrie verrière, et finit sa vie dans la commune où il s'était marié 57 ans plus tôt.

Parcours géographique

5 verreries

Sources

  • etat civil Acte de naissance de Joseph Haour

    11 mars 1859, Givors. Père : Pancrace Haour, souffleur de verre. Source : état civil de Givors.

  • etat civil Acte de mariage de Joseph Haour et Élisabeth Mas

    Avril 1883, Vernaison. Joseph est dit 'ouvrier verrier'.

  • etat civil Actes de naissance des enfants Haour

    1er mai 1884 à Vernaison ; septembre 1887 à Marseille ; 1890 à Marseille ; février 1895 à Cuffies. Source : états civils des communes concernées.

  • etat civil Recensements de population

    1861 (verrerie Jalabert, Rive-de-Gier) ; 1865 (idem) ; 1872 (verrerie Neuvesel-Momain, Givors) ; 1876 (Vernaison, verrier) ; 1881 (Vernaison, verrier) ; 1892 (Marseille, quartier Saint-Loup, verrier à Pont-de-Vivaux) ; 1903, 1904, 1906 (Vauxrot, verrier) ; 1914, 1921 (Vernaison, manœuvre). Sources : archives nationales et départementales via Geneanet.