Verrerie

Verrerie du Canal

vers 1820 — vers 1880

Aussi connue sous : Munet frères et Lobre (Michel/Laurent) · Graizely frères et Cie · Lobre-Munet frères · Verrerie du Canal (Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône)

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Munet frères et Lobre (Michel/Laurent)
Raison sociale vers 1820 — vers 1837
Graizely frères et Cie
Raison sociale vers 1841 — 1853
Lobre-Munet frères
Nom d'usage 1842 — vers 1845
Verrerie du Canal (Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône)
Nom d'usage 1853 — vers 1880

Histoire

Résumé

La Verrerie du Canal est l’une des verreries du quartier du Bassin à Givors, fondée vers 1820 au confluent du canal de Givors et du Rhône sous la raison sociale Munet frères et Lobre. Son directeur technique, Laurent Lobre, fils d’un ancien souffleur de la Verrerie Royale de Givors, y produit des bouteilles jusqu’à sa séparation d’avec ses associés vers 1837, lorsqu’il fonde pour son propre compte la Verrerie de la Gare. Les frères Graisely, anciens ouvriers verriers, lui succèdent à la tête de la verrerie du Canal, sous la raison sociale « Graisely frères et Cie », jusqu’à la cession à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône en 1853. La fermeture intervient vraisemblablement vers 1880, dans le cadre de la politique de la Compagnie Générale pour ses établissements givordins.

Son histoire est intimement liée à celle de la Verrerie de la Gare, avec laquelle elle est fréquemment confondue dans les sources, y compris chez Pelletier, dont les contradictions internes sont ici documentées.


Historique

Fondation et direction Lobre (vers 1820 — vers 1837)

La verrerie est fondée vers 1820 au confluent du canal de Givors et du Rhône, sous la raison sociale « Munet frères et Lobre (Michel/Laurent) ». Les frères Munet, Lyonnais non-verriers, apportent le capital ; Laurent Lobre (fils de Samuel Lobre, maître souffleur à la Verrerie Royale de Givors dans les années 1780, décédé à Vienne en 1807), assure la direction technique. Un article de juillet 1826 le mentionne comme « entrepreneur de verreries demeurant à Givors, quartier du Canal », achetant un terrain de 30 ares dans ce quartier1.

L’établissement produit des bouteilles. En 1838, une ordonnance royale autorise les « sieurs Munier frères » à y ajouter « une seconde usine pour la fabrication du verre à vitres » (un four à dix creusets, six fours à étendre et à recuire) — extension qui donne à la verrerie sa double production1.

La direction Graisely (vers 1837/1841 — 1853)

Vers 1837, Laurent Lobre quitte ses associés Munet pour fonder son propre établissement entre la gare d’eau et le Gier. Les frères Munet, ne pouvant administrer leurs fours sans compétences verrières, cèdent à MM. Graizely, anciens ouvriers verriers. Ferréol Graizely en assure la direction sous la raison sociale « Graizely frères et Cie » 1.

La date exacte de cette transition est incertaine : Abeille la place en 1837, Pelletier vers 1845, et les Almanachs-Bottin mentionnent encore « Lobre-Munet frères » en 1842 et 1845 — ce qui peut s’expliquer par le maintien de la raison sociale après le départ de Laurent Lobre, dont les héritiers ou frères restaient dans la société. Le décès de Laurent Lobre le 8 avril 1840 à Givors, à 55 ans, constitue un terminus post quem pour la transition effective1.

La Compagnie Générale (1853 — vers 1880)

En 1853, la verrerie est cédée à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône. Ferréol Graizely devient directeur de l’usine de la Barthelasse à Rive-de-Gier ; ses frères se dispersent entre Grigny et Rive-de-Gier. Le recensement de 1872 place encore une verrerie active au « Quai du Bassin », propriété de la Compagnie, sous la direction de Jacob Barollier (né à Rive-de-Gier en 1833, fils du directeur Guillaume Barollier). Les deux groupes d’ouvriers présents dans le recensement (verriers à bouteilles au nord, verriers à vitres au sud) confirment la double production héritée de la période Munet-Lobre 2.

La fermeture intervient vraisemblablement vers 1880, dans le cadre de la politique de rationalisation de la Compagnie Générale pour ses établissements givordins.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était implantée à l’angle nord-est du bassin terminal du canal de Givors, là où le bassin communique avec le Rhône via un court chenal muni d’une écluse, seul accès fluvial direct pour l’expédition des bouteilles. Le canal de Givors, reliant le bassin houiller de la Loire à la vallée du Rhône, permettait l’acheminement du charbon par voie d’eau, un avantage logistique décisif pour une verrerie au charbon comme l’ont été toutes les verreries de Givors.

Les sources (Pelletier, Abeille) situent simultanément « à l’embouchure du canal », « à la jonction du canal au Rhône » et « quai du Bassin », trois formulations qui convergent vers un même angle, où le quai est offrait l’espace nécessaire à un établissement industriel au nord du chenal qui partait de l’angle sud-est du bassin. La rive du Rhône elle-même, sujette aux crues, était vraisemblablement non bâtie, comme aujourd’hui. L’actuelle place du Bassin, reliée par la rue du Port de l’Écluse, perpétue la mémoire de cet espace portuaire disparu et confirme la localisation.

À ne pas confondre avec la Verrerie du Canal (vitres), dont l’emplacement probable était sur la rive sud du bassin, et avec la Verrerie de la Gare, au sud du Gier et plus éloignée.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

Pelletier (1887) est la source principale mais se contredit : il situe la création en 1807 à la page 174 et en 1820 à la page 180 ; il nomme le directeur « Michel Lobre » alors que les sources primaires donnent « Laurent Lobre ». La création en 1820, corroborée par Étienne Abeille et par le premier acte d’achat de terrain en 1826, est la date la plus crédible.

La confusion entre la Verrerie du Canal et la Verrerie de la Gare est fréquente dans toute la littérature secondaire, y compris chez Pelletier qui intitule « Lobre (La Gare) » l’une des usines cédées à la Compagnie en 1853, tout en ayant précédemment décrit les Graisely comme successeurs de Lobre pour la verrerie du Canal.

Points non résolus

  • La date exacte de la transition Munet-Lobre → Graisely reste à établir précisément dans les archives notariales ou la presse locale (entre 1837 et 1845).
  • La généalogie complète des Lobre de Givors (Samuel → Laurent → ?) est à reconstituer.
  • La date et les circonstances exactes de la fermeture sous la Compagnie Générale (ou après) ne sont pas documentées.
  • Antoine Griner, « commis aux verreries », 32 ans, est attesté quai du Bassin dans le recensement de 1861 — à rapprocher de la famille Criner/Greiner documentée à Folembray.

Notes

Footnotes

  1. Pour la fondation, la direction Lobre et la transition vers les Graisely : Pelletier (1887), pp. 180-181 ; Journal du commerce de Lyon, 9 juillet 1826 ; Gazette nationale, 31 janvier 1838 ; Almanachs-Bottin (1842, 1845). 2 3 4

  2. Pour la période Compagnie Générale et les données du recensement : recensement de Givors 1872, section Quai du Bassin (cote 6M174).

Personnages associés

Aucun personnage notable n'est renseigné. Voici les premières personnes liées au lieu.

Verriers

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Sources

livre Les Verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre

1887, pp. 174, 180-181, 186. Source principale, mais incohérente sur les dates (création en 1807 ou 1820 selon les pages) et sur les noms (Michel vs Laurent Lobre). À utiliser avec esprit critique.

article Journal du commerce de la ville de Lyon, 9 juillet 1826

Laurent Lobre, 'entrepreneur de verreries demeurant à Givors, quartier du Canal', achète un terrain de 30 ares dans ledit quartier. Confirme sa présence et son activité à cette date.

article Gazette nationale ou le Moniteur universel, 31 janvier 1838

Ordonnance royale autorisant les 'sieurs Munier [sic] frères' à établir près de leur verrerie de Givors 'une seconde usine pour la fabrication du verre à vitres' (un four à dix creusets, six fours à étendre et à recuire). Confirme la présence d'une verrerie à vitres adjacente à la verrerie à bouteilles.

autre Almanach-Bottin du commerce, 1842, 1845, 1853, 1854, 1855

Mentions successives : 'Lobre-Munet frères' (1842, 1845) ; 'F. Coron, Graisely fr. et co.' (1853-1854) — confirmant la continuité des deux entités distinctes (Canal et Gare). En 1855, seules 'F. Coron' et la 'Comp. gén. des verreries' sont mentionnées.

archive Recensement de Givors, 1861 et 1872

1861 : Charles Haour, verrier, quai du Bassin, avec son fils Pancrace (14 ans, verrier). 1872 : verrerie du 'Quai du Bassin' appartenant à la Compagnie des 'verreries de la Loire et du Rhône', directeur Jacob Barollier (né à Rive-de-Gier en 1833). Deux groupes distincts d'ouvriers dans le recensement confirment deux verreries sur le quai : verriers à bouteilles au nord, verriers à vitres au sud.