Ancêtre direct · Verrier
Pancrace Haour
2 janvier 1827 — 11 janvier 1899
Souffleur de verre à bouteilles
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Biographie
Portrait
Pancrace Haour est le fils du verrier Joseph Haour (†1833) et le père du verrier Joseph Haour (1859-1940), deux ancêtres, deux générations encadrant une vie entière dans les fours. Né le 2 janvier 1827 à Givors dans la verrerie Robichon-Dugas, il mourra le 11 janvier 1899 à Marseille dans le quartier de Saint-Marcel : soixante-douze ans séparent ces deux dates, presque toutes passées à souffler du verre à bouteilles ou à respirer les fumées de charbon dans une dizaine d’établissements entre le Rhône et la Méditerranée.
Son parcours est plus sédentaire que celui de son fils Joseph, plus long aussi : seize années passées à Saint-Marcel, huit à Vernaison. Il appartient à une génération de verriers qui encore se fixaient dans un établissement pour plusieurs années avant de repartir, contrairement à la génération suivante, plus mobile. Mais il illustre surtout la densité extraordinaire du réseau Haour : une vingtaine de personnes portant ce nom dans la même verrerie de Givors en 1846, des alliances internes (il épouse sa cousine Marie Barbe Haour), des témoins, des voisins, des collègues : tous Haour.
Une vie dans les verreries de Givors et du Rhône
L’enfance dans la verrerie Robichon-Dugas (1827 — vers 1853)
Pancrace naît le 2 janvier 1827 à Givors 1, dans la verrerie de M. Dugas, dont la direction est assurée par Camille Dugas, lié aux Robichon par mariage, et futur maire de Givors. L’officier d’état civil présent à la déclaration de naissance n’est autre que François Joseph Neuvesel en personne, manufacturier et voisin, dont la propre verrerie jouxte celle de Robichon-Dugas rue de l’Hôpital. Une coïncidence qui dit tout sur la promiscuité de ce monde.
Son père Joseph Haour, verrier à bouteilles, meurt quand Pancrace a 6 ans. Sa mère Marie Françoise Mayot, originaire de Décize (Nièvre), élève seule ses enfants dans la verrerie : Rose (née en 1816, quitte le foyer en 1836 pour se marier), Mathias (né 1819), Charles (né 1824), Pancrace et la petite dernière, Magdeleine (née en 1834 après le décès de son père). Mathias décède le 8 août 1839. Charles, souffleur, se marie le 9 août 1846 et quitte le foyer maternel. En 1846, Pancrace a 19 ans, il est le dernier fils à la maison.
À quelques numéros de là, le n°16 quand la famille Mayot-Haour loge au n°18, vit Jean Claude Haour, cousin de Pancrace, avec sa femme Célestine Haour et leurs enfants, dont Marie Barbe, 17 ans en 1846. Il s’agit de la future épouse de Pancrace, une cousine. On compte une vingtaine de personnes portant le nom Haour dans cette seule verrerie cette année-là, sans compter les voisins comme François Etzmann (55 ans, verrier et lointain cousin) ou le rentier (retraité) Mathias Haour (62 ans), avec sa femme Marie Moussy, tous des ancêtres d’Arnaud Balandras.
En 1851, Pancrace (22 ans) figure comme verrier vivant seul dans la verrerie. Charles vit désormais avec sa femme et ses enfants. La verrerie compte alors plus de 25 pages dans les recensements de Givors, et pas moins de 7 familles Haour logées sur place.
Le service militaire et le mariage (1853 — 1855)
En 1853, Pancrace fait son service militaire au 13e régiment d’infanterie de ligne à Châlon-sur-Saône. À son retour, il travaille chez M. Richarme à Rive-de-Gier.
Le 16 avril 1855, il épouse sa cousine Marie Barbe Haour à Givors 2, les deux familles se connaissaient depuis des années, logeant à quelques portes l’une de l’autre. Témoins : sa mère, Françoise Mayot veuve Haour et ses beaux-parents, deux Haour. Le mariage a tout d’une affaire de clan.
Rive-de-Gier, Givors, Vernaison : les années de mobilité (1856 — 1882)
Dès 1856, Pancrace est de retour à Givors dans les verreries Charles Raabe et Cie : les “Anciennes verreries de Givors”, ex-Robichon et Neuvesel, absorbées en 1853 par la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône qui les a rassemblées en un immense site unique. Sa femme y est surnommée « Mariette ». Un enfant d’un mois, Marie, est déjà né.
En 1859, il est à la verrerie du Canal de Givors : c’est là que naît Joseph le 11 mars. Le bassin du Canal, sur le quai sud, avec ses péniches et ses joutes, ses charpentiers et ses tilleuls, offre un cadre pittoresque à cette enfance ouvrière.
En 1861, recensé dans les verreries Jalabert de Rive-de-Gier sous le nom « Aourt », une orthographe phonétique pour Haour dont le patronyme est déformé depuis un siècle. Sa femme est « Marie Aourt », leurs enfants Marianne (5 ans) et Joseph (2 ans). La famille loge probablement à l’angle du Canal et de la rue de la Pomme, dans un grand bâtiment en L qui existait déjà sur le cadastre de 1811. Une configuration, au bord de l’eau, qui rappelait sans doute les quais du bassin à Givors.
En 1865, toujours au « quartier de la Pomme » à Rive-de-Gier, probablement dans la même verrerie Jalabert, ou la Berthelasse voisine.
En 1868, décès du fils Abraham, 3 ans, à Givors : la famille est revenue sur les bords du Rhône. Le 3 août 1872, naissance du fils Charles à Givors, près de la verrerie du Canal. Charles ne sera pas verrier : il deviendra ajusteur-mécanicien, signe de la diversification des destins dans cette génération.
À partir de 1876, ou un peu avant, la famille s’installe à Vernaison. Pancrace y est logé Grande Rue, l’axe qui longeait alors la verrerie (aujourd’hui rue des Usines). La verrerie est dirigée par Francisque Mille et emploie environ 180 personnes. Elle produit des bouteilles et dames-jeannes, dispose d’un port naturel (une lône) et d’un embranchement ferroviaire P.L.M. Son fils Joseph est souffleur dans la même verrerie. Pancrace y reste jusqu’au 10 mars 1882, date du mariage de sa fille Marie Anne.
Saint-Marcel : le long crépuscule (1883 — 1899)
En 1883, Pancrace reprend la route, seul, pour Marseille. Il a alors 55 ans. L’acte de mariage de Joseph (avril 1883 à Vernaison) précise que son père « réside dans le quartier Saint-Marcel à Marseille » et est dit « ouvrier verrier magasinier ». Cette qualification particulière (magasinier plutôt que souffleur) suggère un rôle de supervision ou de gestion des stocks, adapté à l’âge. Peut-être chargé d’accueillir et d’encadrer les jeunes recrues, dont son fils Joseph qui le rejoindra en octobre 1884.
Le 30 août 1885, son épouse Marie Barbe Haour décède à Saint-Marcel : elle l’avait suivie dans son exil marseillais. Il est dit « verrier » dans l’acte. Pancrace reste à Saint-Marcel, seul, jusqu’à sa mort.
Le 11 janvier 1899, Pancrace Haour décède à Marseille, quartier Saint-Marcel, à 72 ans. L’acte mentionne deux témoins : Jean Haour, 38 ans, verrier au même quartier (identifiable avec certitude à Jean Claude Haour, né le 1er février 1860 à Givors, neveu de Pancrace, lui-même verrier à Saint-Marcel depuis 1884 et décédé dans ce même quartier en 1906) et Félix Chauvet, verrier. L’acte de décès est conservé aux Archives Départementales des Bouches-du-Rhône 3.
Pancrace est une nouvelle fois qualifié de « verrier » dans cet ultime acte. Bien que ce soit évidemment inexact, c’est un bel hommage pour un homme qui aura passé toute son existence dans le bruit et la chaleur des fours.
Le réseau Haour à Givors
En 1846, la verrerie Robichon-Dugas de Givors compte une vingtaine de personnes portant le nom Haour : ouvriers actifs, retraités, veuves et enfants. C’est une concentration exceptionnelle qui témoigne d’une véritable endogamie professionnelle et familiale : les Haour épousent des Haour, logent avec des Haour, témoignent aux actes d’état civil de leurs cousins Haour. Cette densité s’explique par le fait que les verreries de l’époque logeaient leurs ouvriers sur place. Les anciens et les veuves y restaient jusqu’à leur mort, créant des concentrations multigénérationnelles.
Pancrace lui-même épouse sa cousine Marie Barbe Haour qu’il a connue dans son enfance, car elle logeait au même endroit. Leur fils Joseph se marie avec Élisabeth Mas, fille du cru de Vernaison, une légère ouverture vers l’extérieur. Le neveu Jean Claude Haour travaille à Saint-Marcel en même temps que Pancrace et Joseph. Les liens de sang et de métier se superposent en permanence.
Notes
Footnotes
-
Acte de naissance de Pancrace Haour, 2 janvier 1827. AD Rhône, Givors, Naissances, 1827, cote 4E1401, Acte N°9, vue 2 / 25 : https://archives.rhone.fr/ark:/28729/6mltbjwc0pn1/3c5ae9d1-ff5f-47bd-a53e-0c5d935217a8 ↩
-
Acte de mariage de Pancrace Haour et Marie Barbe Haour, 16 avril 1855. AD Rhône, Givors, Mariages, 1855, cote 4E1407 , acte n°30 , vue 17 / 47 https://archives.rhone.fr/ark:/28729/gc0x79nl536w/de1e8ce7-535f-43e9-b129-4c63988039f3 ↩
-
Acte de décès de Pancrace Haour, 11 janvier 1899. AD Bouches-du-Rhône, Marseille, Décès, 1899/Janvier, registre 1, vue 24/65 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta876cc5ac9e006bf1/img:AD13_201E_6088_0024 ↩
Frise chronologique
Naissance. L'officier d'état civil présent à la déclaration est François Joseph Neuvesel en personne — manufacturier, voisin de la verrerie Robichon-Dugas. L'acte note que 'Joseph' présente l'enfant, …
Recensé avec sa mère Marie Françoise Mayot et ses frères et sœurs. En 1836 : Mathias (né 1819) et Charles (né 1824) sont présents. Mathias décède le 8 août 1839. En 1841, seul Charles reste. En 1846, …
Pancrace réside à la verrerie Robichon depuis sa naissance. C'est probablement un oncle qui l'a formé à souffler des bouteilles.
Service militaire au 13e régiment d'infanterie de ligne à Châlon-sur-Saône.
Travaille chez M. Richarme à Rive-de-Gier au moment de son mariage en avril 1855. De retour à Givors dès 1856.
Mariage avec Marie Barbe Haour. À cette date, Pancrace vit et travaille déjà à Rive-de-Gier chez M. Richarme, mais il revient à Givors pour le mariage. Témoins : une Mayot et deux Haour.
Son fils Joseph (son ancêtre) y naît, Pancrace y était déjà.
Recensé 'Pancrace Aourt, verrier, 35 ans' dans les verreries Jalabert à Rive-de-Gier en 1861, avec sa femme et ses enfants (Marianne, 5 ans et Joseph, 2 ans). En 1865, toujours au 'quartier de la Pomm…
En 1868 (décès d'Abraham) et 1872 (naissance de Charles), la famille est à Givors près de la verrerie du Canal.
Décès de son fils Abraham, âgé de 3 ans, à Givors. La famille est à Givors à cette date, vraisemblablement à la verrerie du Canal.
Naissance de son fils Charles, né près de la verrerie du Canal. Charles ne sera pas verrier mais ajusteur-mécanicien. Il participe à la Première Guerre Mondiale au 7e Régiment de Génie, et décède en 1…
Recensé 'Grande Rue' à Vernaison en 1876, adresse qui passait devant la verrerie (aujourd'hui rue des Usines). La verrerie est dirigée par Francisque Mille. Elle produit surtout des bouteilles et dame…
Mariage de sa fille Marie Anne Haour à Vernaison. Pancrace y réside encore à cette date.
Arrive à Saint-Marcel en 1883, à 55 ans, un an avant son fils Joseph. Dit 'ouvrier verrier magasinier' en 1883, 'verrier' en 1885 et à son décès en 1899. La qualification de 'magasinier' suggère un rô…
Lors du mariage de son fils Joseph à Vernaison en avril 1883, l'acte précise que Pancrace 'réside dans le quartier Saint-Marcel à Marseille'. Il a 55 ans et est dit 'ouvrier verrier magasinier', peut-…
Décès de son épouse Marie Barbe Haour. L'acte précise qu'il était 'verrier' à cette date. Il restera à Saint-Marcel jusqu'à sa propre mort en 1899.
Parcours géographique
5 verreries
Sources
- etat civil Acte de décès de Pancrace Haour (AD13, Marseille, Décès, 1899/Janvier, registre 1, vue 24/65) https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta876cc5ac9e006bf1/img:AD13_201E_6088_0024
11 janvier 1899. Témoins : Jean Haour (38 ans, verrier, même quartier — identifié comme Jean Claude Haour né le 1er février 1860 à Givors, neveu de Pancrace, décédé à Saint-Marcel en 1906) et Félix Chauvet, verrier. Les témoins sont dits 'ses amis' dans l'acte (lecture difficile, parfois transcrit à tort comme 'ses enfants').
- etat civil Acte de mariage de Pancrace Haour et Marie Barbe Haour
16 avril 1855, Givors. Témoins : une Mayot et deux Haour.
- etat civil Recensements de population
1836, 1841, 1846 (verrerie Robichon-Dugas, Givors) ; 1851 (idem) ; 1856 (verreries Raabe et Cie, Givors) ; 1861 (verreries Jalabert, Rive-de-Gier) ; 1876 (Vernaison, Grande Rue) ; 1883 (Saint-Marcel, acte de mariage de Joseph). Sources : archives départementales du Rhône et de la Loire.