Verrerie
Verrerie Jalabert
vers 1819 — 1929 (sous diverses raisons sociales)
Aussi connue sous : Petites-Verreries-de-la-Pomme · Raspillaire et Cie · Teillard · Chambeyron · Jalabert et Cie · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône · Verreries Réunies de la Loire et du Rhône · Verrerie Hémain
Disparue — sans vestigesNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie Jalabert est l’une des plus anciennes usines du quartier de la Pomme, à Rive-de-Gier. Née vers 1819-1820 sous le nom de Petites-Verreries-de-la-Pomme, fondée par Nicolas-Joseph-Henri Bolot sur un terrain acquis en 1818, elle traverse tout le XIXe siècle en changeant de mains à sept reprises avant d’être absorbée, un siècle plus tard, par la verrerie Hémain Frères, future Duralex.
Son histoire illustre à la perfection la concentration industrielle qui caractérise le secteur verrier ripagérien : petite usine familiale à ses débuts, spécialisée d’abord dans les vitres puis dans les bouteilles, elle intègre la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône en 1853, participe brièvement aux Verreries Réunies en 1891, et survit à toutes ces turbulences jusqu’aux années 1920.
Un lien discret mais réel unit les deux principaux exploitants du XIXe siècle : François Jalabert épouse en 1848 Marie Ancrenat, dont le beau-frère est Maurice Raspillaire, fils de Jean-Joseph Raspillaire qui avait dirigé l’usine quinze ans plus tôt. La continuité entre les deux raisons sociales est aussi une continuité familiale.
Historique
Les origines : Bolot et le partage de 1818 (vers 1819 — 1833)
L’origine de l’usine remonte à un acte de vente passé le 5 juin 1818, par lequel les frères Laporte, négociants lyonnais, cèdent des terrains au quartier de la Pomme à plusieurs acquéreurs, dont Nicolas-Joseph-Henri Bolot et François-Joseph Neuvesel fils, tous deux négociants à Givors. Un partage entre ces acquéreurs intervient le 22 avril 1819.
Bolot, qui a déjà co-fondé les verreries « Bolot-Neuvesel et Cie » à Givors vers 1800, crée sur sa part une verrerie désignée sous le nom de Petites-Verreries-de-la-Pomme, probablement en 1819-1820. Sa fille, Marie-Rosalie-Alexandrine Bolot, en hérite intégralement le 25 mai 1833. Elle la revend dès le 27 août 1833.
L’ère Raspillaire (1833 — 1841)
Les acquéreurs sont Jean-Joseph Raspillaire, directeur de verreries, et Nicolas et Joseph Marchard, maîtres ouvriers verriers, tous trois domiciliés à Rive-de-Gier. La société Raspillaire et Cie exploite l’usine pendant huit ans. En octobre 1836, un vol est commis dans le comptoir de Raspillaire : la presse en fait mention, témoignage indirect de l’activité de l’établissement.
La société est dissoute le 1er février 1841 lors d’une licitation entre les associés. Jean Teillard, négociant, rachète l’établissement.
La période Teillard et Chambeyron (1841 — 1846)
Teillard ne conserve l’usine que trois années. Exproprié par le Tribunal civil de Saint-Étienne le 20 novembre 1844, il doit céder à Jean-Baptiste Chambeyron, architecte à Rive-de-Gier, adjudicataire à contrecœur d’une verrerie qu’il ne sait pas exploiter. Chambeyron revend rapidement à François Jalabert, le 10 décembre 1846, pour 50 000 francs.
Ces années de propriétaires non-verriers (un négociant, un architecte) correspondent vraisemblablement à une période d’activité réduite ou intermittente.
L’ère Jalabert : innovation et spécialisation (1846 — 1853)
François Jalabert, né à Oullins le 8 janvier 1816, est un maître de verreries qui connaît bien le quartier de la Pomme : il habite au port du Canal, à Rive-de-Gier. Son mariage le 29 mars 1848 avec Marie Ancrenat révèle ses réseaux professionnels : parmi les témoins figurent Maurice Raspillaire, potier aux verreries et beau-frère de l’épouse (fils de Jean-Joseph Raspillaire, ancien propriétaire de l’usine) et Gabriel Rapp, verrier à vitres. La continuité entre les deux exploitants est aussi une continuité matrimoniale.
Jalabert investit dans la modernisation. Le 22 novembre 1851, il dépose un brevet d’invention pour « un système de four à étendre le verre à vitre par chauffage direct à la houille ». L’usine produit alors les deux types de verre (vitres et bouteilles) avec deux fours distincts.
En 1851, une importante crue du Gier endommage plusieurs établissements verriers du quartier, dont celui de Jalabert. La même année, un jugement oppose la verrerie à la société lyonnaise (et homonyme) Jalabert et Cie, des négociants en produits chimiques de la Rue de Marseille, qui refusent de livrer la soude au tarif convenu. L’industrie verrière dépend entièrement de ses fournisseurs de matières premières.
Le 18 août 1853, François Jalabert apporte l’usine à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, moyennant sa participation au capital. Elle possède deux fours.
La longue période de la Compagnie Générale (1853 — 1891)
Sous la Compagnie, l’usine Jalabert s’inscrit dans une logique de concentration et de spécialisation. La Compagnie regroupe en 1853 pas moins de 37 fours répartis entre Rive-de-Gier, Givors, Vienne et Saint-Étienne. Elle restreint progressivement son activité dans le verre à vitre à partir de 1870 pour se concentrer sur le verre creux. L’usine Jalabert suit ce mouvement, son four à vitres disparaît, sans doute lors de cette réorientation stratégique. En 1892, il ne reste qu’un seul four à fusion.
En 1866, une verrerie du quartier de la Pomme est mise en location dans le Mémorial de la Loire. Il peut s’agir de l’usine Jalabert ou de la verrerie Neuvesel voisine, la confusion entre ces établissements contigus est fréquente dans les sources.
La Compagnie entre en liquidation dès 1887, revendant ou fermant ses actifs un par un. L’usine Jalabert fait partie de l’un des derniers lots, cédée lors de la liquidation finale en 1891.
Les Verreries Réunies et l’incertitude finale (1891 — 1929)
Rachetée avec la Berthelasse voisine par MM. Jacquet, Julliard et Micol en 1891, l’usine Jalabert intègre les Verreries Réunies de la Loire et du Rhône. Elle n’a plus alors qu’un seul four à fusion, une superficie de 60 ares 20 centiares, et produit des bouteilles, dames-jeannes et bombonnes. Les statuts de la société, publiés le 25 septembre 1892, précisent sa localisation au quartier de la Pomme ou de Berthelasse, séparée de l’usine Berthelasse par la rue du Pont-Barrot entre le Gier et le Canal de Givors.
Après la liquidation des Verreries Réunies en 1896, le destin de l’usine Jalabert diverge de celui de la Berthelasse, qui devient la Verrerie aux Verriers. Les deux sites sont toutefois mis en vente ensemble, en un seul lot, “ensuite de liquidation judiciaire” le 25 mars 1897. On ignore ce qu’il advient du site Jalabert après cette date. Mais un plan des Archives départementales de la Loire, daté de 1929, indique que la verrerie Hémain Frères occupe alors l’emplacement de « la verrerie Jalabert ». Le maintien du nom trente ans après la liquidation des Verreries Réunies plaide pour une exploitation continue. Une usine fermée pendant trois décennies n’aurait pas conservé son appellation.
La verrerie Hémain Frères, fondée en 1906, connaît une expansion considérable. Elle absorbe plusieurs sites industriels, dont le Jalabert, puis est acquise par BSN pour devenir Souchon-Neuvesel Rive-de-Gier. L’usine ferme définitivement vers 2000, mettant un terme à près de deux siècles d’activité verrière sur ce site.
Situation géographique
Localisation
L’usine était située au quartier de la Pomme, Rive-de-Gier, de l’autre côté de la rue du Pont-Barrot par rapport à la verrerie de la Berthelasse. La superficie en 1892 était de 60 ares 20 centiares, comprenant un four, deux forges, des magasins et des bâtiments d’habitation.
Attention : l’appellation « verrerie de la Pomme » ne désigne pas nécessairement la verrerie Jalabert. Dans ce quartier très dense, au moins une demi-douzaine d’établissements verriers se côtoyaient tout au long du XIXe siècle. L’identification précise de chaque site nécessite une consultation des plans cadastraux.
Carte du site
À venir — localisation sur plan cadastral.
Éléments techniques
L’usine a produit successivement du verre à vitre et des bouteilles sur deux fours distincts jusqu’à la période de la Compagnie Générale, puis s’est spécialisée exclusivement dans les bouteilles, dames-jeannes et bombonnes après l’abandon du verre à vitre par la Compagnie vers 1870.
Le brevet déposé par François Jalabert en 1851, un « système de four à étendre le verre à vitre par chauffage direct à la houille », témoigne d’une démarche d’innovation technique à une époque où l’adoption du charbon de terre comme combustible était encore en cours de généralisation dans les verreries régionales.
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
Pelletier mentionne « 2 fours Jalabert et Cie » apportés à la Compagnie Générale en 1853, ce qui est cohérent avec la double production vitres/bouteilles de l’époque. L’annuaire de 1853 cite l’usine pour les vitres, et liste séparément les producteurs de bouteilles, où Jalabert figure également. Mais Pelletier ne donne aucune indication sur le moment où le four de verre à vitres est supprimé, serait-ce parce que cet événement a eu lieu après la parution de son ouvrage, soit 1887 ?
Points non résolus
- L’appellation « verrerie de la Pomme » : elle peut désigner l’usine Jalabert ou un établissement voisin distinct. Dans un quartier aussi dense, la confusion est fréquente dans les sources.
- La période 1896-1929 : aucune source ne documente l’exploitation du site entre la liquidation des Verreries Réunies et l’absorption par Hémain. L’activité continue est probable mais non prouvée.
- La disparition du four à vitres : on sait qu’il existait en 1851-1853 et qu’il avait disparu en 1892. La date exacte de sa suppression et les circonstances (décision de la Compagnie, arrêt volontaire, accident) restent inconnues.
- Le recensement de 1861 : les pages 217 à 222 concernant les verriers des usines Jalabert n’ont pas encore été dépouillées.
- Jean Teillard : sa relation éventuelle avec les frères Teillard des Verreries Rondes, voisins dans le même quartier, n’a pas été établie.
Personnages associés
Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.
Voir toutes les personnes liées →Sources
8 avril 1855 — historique complet de la propriété depuis 1818, à l'occasion de la purge d'hypothèques sur l'apport de François Jalabert à la Compagnie Générale.
18 avril 1853 — jugement sur l'affaire opposant la verrerie Jalabert à la société Jalabert et Cie de Lyon, négociants refusant de fournir la soude convenue.
Mentionne 'Jalabert et Cie, verrerie de la Pomme' dans la catégorie des verres à vitres et de couleur, cylindres ronds, ovales et carrés.
8 octobre 1836 — vol dans le comptoir de M. Jean-Joseph Raspillaire, directeur de Raspillaire et Compagnie.
22 novembre 1851 — brevet de François Jalabert pour un système de four à étendre le verre à vitre par chauffage direct à la houille.
29 mars 1848, Rive-de-Gier. Jalabert épouse Marie Ancrenat. Témoins : Maurice Raspillaire, potier aux verreries (beau-frère de l'épouse) et Gabriel Rapp, verrier à vitres.
20 décembre 1859 - mise en vente judiciaire aux enchères publiques de 42 actions appartenant à François Jalabert, autrefois maître de verrerie.
25 septembre 1892 — statuts complets. Un four, deux forges, magasins et bâtiments d'habitation, superficie de 60 ares 20 centiares. Production : bouteilles, dames-jeannes et bombonnes.
28 février 1897 — annonce de la vente conjointe Berthelasse et Jalabert ('Verreries Ouvrières'), mise à prix 80 000 francs, adjudication le 25 mars 1897.
Plan de 1929 (AD42_5M304-20) : la verrerie Hémain occupe l'emplacement de la verrerie Jalabert. Preuve que le site était encore désigné sous ce nom en 1929.