Ancêtre direct · Verrier

Jean Baptiste Haour

21 septembre 1855 — 18 octobre 1939

Souffleur de verre à bouteilles, actif dans au moins sept verreries de France entre 1874 et 1915

Ancêtre direct

Biographie

Jean Baptiste Haour naît le 21 septembre 1855 à Mornant, dans le Rhône, tandis que son père Samuel est domicilié à Nantes ou déjà à Couëron — la famille ne tardera pas à le rejoindre. Il grandit à Couëron dans l’enceinte de la verrerie, fils d’un souffleur, petit-fils d’un souffleur, arrière-petit-fils d’un souffleur. Son destin est écrit. Il sera souffleur aussi — mais itinérant, bourlingueur, traversant la France verrière du nord au sud et de l’est à l’ouest pendant quarante ans.

Une carrière sans attaches (1874-1897)

La première trace documentée de Jean Baptiste comme adulte est la naissance, en 1874 à Givors, d’un fils hors mariage avec sa cousine Célestine Haour — fille de Jean-Claude Haour, verrier à Saint-Étienne. L’enfant se prénomme Antoine. Le mariage suivra en 1880, à Rive-de-Gier.

Son livret militaire — précieux document — lui fait faire son service au 99e régiment d’infanterie à Vienne (Isère), puis retrace ses premières années de métier. En 1881-1884, il est rue d’Égarande à Rive-de-Gier, domicilié « chez M. Richarme » — c’est-à-dire dans l’enceinte même de la Verrerie Richarme, alors la plus grande verrerie du monde : 30 millions de bouteilles par an, 1 200 ouvriers, et la première en France à avoir adopté les fours Siemens à fusion continue, dès 1877. Pour un souffleur de 26 ans, c’est la meilleure école possible.

En 1884, il part pour Carmaux, à la verrerie Sainte-Clotilde de M. Rességuier. Deux ans plus tard, il effectue le trajet inverse : en 1887, il est à Montluçon, à la verrerie Duchet — son fils Joseph y naît en février. L’explication se trouve chez Louis de Seilhac : une grève éclate à Montluçon en 1887, et Rességuier en profite pour débaucher les meilleurs ouvriers en leur offrant de très bons salaires. Jean Baptiste, lui, avait fait le trajet dans l’autre sens quelques années plus tôt. La grève de 1887 le chasse-t-elle de Montluçon ? Toujours est-il qu’en 1888, il est de retour à Rive-de-Gier, rue de la Barrière, à proximité de la verrerie de la Roche.

En 1891, il est à Givors (Nouvelles Verreries Souchon et Neuvesel, rue de Montrond). En 1893, de nouveau à Rive-de-Gier. En 1894, à Marseille — vraisemblablement une verrerie du quartier Saint-Marcel. En moins de quinze ans, il a travaillé dans au moins six établissements, dans quatre villes différentes. Il ne passe jamais plus de deux ou trois ans au même endroit.

Ce nomadisme n’est pas une exception dans le monde verrier du XIXe siècle — c’est au contraire la norme pour les souffleurs qualifiés, dont le savoir-faire rare leur permettait de négocier leur embauche d’une verrerie à l’autre. Les grèves, les crises de surproduction, les fermetures d’ateliers, les offres de meilleurs salaires — tous ces facteurs poussaient les verriers à la mobilité. Jean Baptiste Haour en est un exemple parfait.

La longue halte montluçonnaise (1897-vers 1907)

En 1897, Jean Baptiste s’installe à Montluçon pour ce qui sera sa période la plus stable — près de dix ans. Il vit rue du Canal, qui longe le canal du Berry depuis les bords du Cher jusqu’à la place de la Verrerie, à quelques centaines de mètres de l’usine Duchet. Il y perd son fils Jean Marie en 1901, puis son épouse Célestine en mars 1904. À 51 ans, il est veuf, avec plusieurs enfants encore jeunes.

C’est aussi à Montluçon que son fils Abraham — le cordonnier, futur père de Baptistine — s’établit définitivement. Abraham épouse une cousine, Célestine Haour, fille de Jean-Claude Haour, verrier à Saint-Étienne. Sa fille Baptistine, née en 1907 au 25 rue des Nicauds à Montluçon, est la grand-mère maternelle d’Arnaud — et c’est d’elle que vient le prénom inhabituel de Baptistine, hommage transparent à son formidable grand-père.

Marseille et la fin de carrière (vers 1908-1939)

Vers 1907-1908, Jean Baptiste quitte Montluçon pour Marseille, suivi par ses fils Abraham et Antoine. Il s’installe à la cité Verminck de Montredon, quartier sud de Marseille, dans les logements ouvriers de la Verrerie Verminck et Cie — établissement qui emploie massivement des ouvriers italiens. En octobre 1914, son nom figure dans une souscription du personnel publiée dans Le Petit Provençal : « Baptiste Haour », 1 franc. En 1915, il est mentionné comme « employé » dans l’acte de mariage de son fils Joseph.

À 59 ans, il n’est plus souffleur — ses poumons ne le permettent plus — mais il reste dans l’univers verrier comme magasinier ou employé, jusqu’à sa retraite vers 1920. La cité Verminck lui offre un logement ; c’est la condition implicite de son embauche dans un établissement où les souffleurs italiens n’auraient pas accepté un vieux Français retraité du soufflage s’il n’avait pas encore été capable de travailler.

En 1929, il est à Saint-Symphorien-d’Ozon pour le mariage de sa petite-fille Baptistine avec Raymond Haour — encore un Haour, né à Cuffies en 1906, d’une autre branche de la famille. Sa petite-fille l’a connu jusqu’à ses 22 ans, et se souvient de ses séjours chez son oncle boulanger à Marseille.

Jean Baptiste Haour meurt le 18 octobre 1939 à 3 heures du matin, au 38 rue Saint-Pierre à Marseille, chez son fils Marius, boulanger. Il a 84 ans. L’acte de décès le dit « sans profession » et le désigne comme « fils de Samuel Haour et de Fleurine Gonnet » — ce lien avec son père, mort à Couëron en 1864, traverse 75 ans de papier administratif. L’usine de Couëron avait fermé 52 ans plus tôt.

Frise chronologique

Naissance
Mornant

Il est probable que Fleurine Gonnet, la mère de Jean-Baptiste, ait décidé d'accoucher à Mornant parce qu'elle y est née. Son mari étant à l'époque à Couëron ou Nantes, elle a dû revenir chez des paren…

21 septembre 1855
vers 1874
Ouvrier verrier

Présence probable à Givors où naît son fils Antoine en 1874, hors mariage avec Célestine Haour.

Service militaire

Service militaire au 99e régiment d'infanterie, à Vienne (Isère). Source : livret militaire.

1875-1876
1878-1879
Ouvrier verrier

Travaille probablement encore dans l'usine Robichon à Givors. Source : acte de décès de Françoise Dondain le 31 janvier 1879, à Mornant, dans lequel Jean Baptiste est témoin et désigné comme "verrier …

Ouvrier verrier

Domicilié rue Paluy puis rue d'Égarande ('chez M. Richarme' selon son livret militaire). La Verrerie Richarme était à l'époque la plus grande verrerie du monde : 30 millions de bouteilles par an, 1200…

1881 — 1884
1884 — 1885
Ouvrier verrier

Source : livret militaire. La verrerie Sainte-Clotilde de M. Rességuier était le seul établissement verrier à bouteilles de Carmaux à cette date.

Ouvrier verrier

Présence attestée par la naissance de son fils Joseph en février 1887 à Montluçon. Il aurait suivi le mouvement inverse de la grève de Montluçon de 1887 : selon de Seilhac, M. Rességuier (Carmaux) déb…

1887
1888 — 1890
Ouvrier verrier

Sa fille Perrine naît le 13 août 1888 rue de la Barrière à Rive-de-Gier (il n'est pas présent à la déclaration de naissance mais l'est au décès, 28 jours plus tard, mentionné comme 'résidant à Rive-de…

Ouvrier verrier

Rue de Montrond, qui longe le mur d'enceinte ouest des Nouvelles Verreries de Givors (Souchon et Neuvesel). Son fils Jean Baptiste y décède le 6 août 1891.

1891
1893
Ouvrier verrier

Naissance de son fils Jean Marie le 5 avril 1893 rue de Lyon (actuelle rue Émile Zola), à proximité de la verrerie de la Roche.

Ouvrier verrier

Naissance de son fils Marius Adrien à Marseille le 15 novembre 1894. Vraisemblablement employé dans une verrerie du quartier Saint-Marcel.

1894
1897 — vers 1907
Ouvrier verrier

Période la plus longue et la mieux documentée. Domicilié rue du Canal, qui longe le Canal de Berry jusqu'à la place de la Verrerie — à quelques centaines de mètres de l'usine Duchet. Décès de son fils…

Ouvrier verrier puis magasinier

Cité Verminck, Montredon, Marseille. Attesté en octobre 1914 comme souscripteur dans Le Petit Provençal ('Baptiste Haour', 1 franc). Mentionné comme 'employé' en 1915 dans l'acte de mariage de son fil…

vers 1908 — vers 1920
1929
Événement

Présent au mariage de sa petite-fille Baptistine Eulalie Haour avec Raymond Haour (né à Cuffies en 1906, autre branche Haour) à Saint-Symphorien-d'Ozon.

Parcours géographique

VerrerieNaissance

4 verreries · 2 lieux biographiques

Sources

  • archive Livret militaire de Jean Baptiste Haour

    Source principale sur sa carrière militaire et ses lieux de travail entre 1881 et 1885. Mentionne 'chez M. Richarme', rue d'Égarande, et Carmaux.

  • etat civil Acte de naissance de Jean Baptiste Haour

    21 septembre 1855, Mornant, Rhône. Père : Samuel Haour, verrier à Couëron (domicilié 'à Nantes' selon l'acte).

  • etat civil Acte de décès de Jean Baptiste Haour

    18 octobre 1939, 3h du matin, 38 rue Saint-Pierre, Marseille. 'Sans profession, fils de Samuel Haour et de Fleurine Gonnet, veuf de Célestine Haour.' Déclarant : son fils Marius Haour, boulanger.

  • etat civil Acte de décès de Célestine Haour

    2 mars 1904, Montluçon. Domicile : rue du Canal. Source principale sur la période montluçonnaise 1897-1904.

  • article Le Petit Provençal — souscription Verminck https://www.retronews.fr/journal/le-petit-provencal/10-octobre-1914/3/37995976-4153-4211-b1db-c9778d62e75c

    10 octobre 1914 — souscription du personnel des Verreries de Montredon (Verminck et Cie). 'Baptiste Haour' figure parmi les souscripteurs avec un don de 1 franc.

  • etat civil Acte de mariage de Joseph Haour https://archives.allier.fr/ark:84133/1ebb4903eff06a768d3d0050568b525d.fiche=arko_fiche_5fd1fbe8f1017.moteur=arko_default_5f992f52cfc55

    16 septembre 1915, Montluçon. Jean Baptiste Haour mentionné comme 'employé, demeurant à Marseille, Cité Verminck à Montridon [sic]'.

  • livre Histoire de Rive-de-Gier — Chomienne, Claudius

    Pages 277-278 — description de la Verrerie Richarme : 30 millions de bouteilles par an, 1200 ouvriers, première verrerie française aux fours Siemens.

  • livre Les associations ouvrières — de Seilhac, Louis

    Grève de Montluçon en 1887 : M. Rességuier (Carmaux) débauche les meilleurs ouvriers de Montluçon. Éclaire le mouvement inverse Carmaux→Montluçon de Jean Baptiste en 1885-1887.