Verrerie

Nouvelles Verreries de Givors

1864 — 2003

Aussi connue sous : J.-B. Neuvesel & Cie · Nouvelles Verreries de Givors · Souchon, Neuvesel, Momain et Cie · Souchon-Neuvesel & Cie · Verrerie Souchon-Neuvesel · Verrerie Souchon-Neuvesel (Verreries Souchon-Neuvesel, Richarme et Evian Réunies) · Boussois-Souchon-Neuvesel (BSN) · BSN-VMC · BSN Glasspack

Fermée — vestiges visibles

Une source à partager, une erreur à signaler ? Écrivez-moi →

Noms et raisons sociales

J.-B. Neuvesel & Cie
Raison sociale 1864 — 1907
Nouvelles Verreries de Givors
Nom d'usage 1864 — 28 mai 1920
Souchon, Neuvesel, Momain et Cie
Raison sociale 1907
Souchon-Neuvesel & Cie
Raison sociale 1907 — 28 mai 1920
Verrerie Souchon-Neuvesel
Raison sociale 28 mai 1920 — 30 décembre 1929
Verrerie Souchon-Neuvesel (Verreries Souchon-Neuvesel, Richarme et Evian Réunies)
Raison sociale 30 décembre 1929 — 1966
Boussois-Souchon-Neuvesel (BSN)
Raison sociale 1966 — 1985
BSN-VMC
Raison sociale 1985 — 1994
BSN Glasspack
Raison sociale 1994 — 2003

Histoire

Résumé

Les Nouvelles Verreries de Givors sont fondées le 12 mars 1864 par Jean-Baptiste de Neuvesel, ancien employé directeur de la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, et cousin des Neuvesel des Anciennes Verreries, et son beau-frère Fleury Farge, entrepreneur à Givors, avec le soutien d’Antoine Momain, issu lui aussi de la Compagnie Générale. Ils rachètent le site de la Freydière, ancienne cristallerie reconvertie en verrerie à bouteilles par Jean-Baptiste May, avec un capital modeste de 150 000 francs-or. En moins de vingt ans, l’entreprise devient l’une des premières verreries du département du Rhône, seule la Verrerie Richarme de Rive-de-Gier la devançant encore dans le Sud-Est. Sous la direction d’Eugène Souchon (gendre de Fleury Neuvesel, fils de Jean-Baptiste) à partir de 1907, puis sous les noms successifs BSN, BSN-VMC et BSN Glasspack, elle survit à toutes les mutations du XXe siècle avant de fermer définitivement en 2003 — mettant fin à cent quarante ans d’activité verrière sur ce site, et à deux cent cinquante ans de tradition verrière givordine.

Plusieurs familles Haour de Givors travaillent dans cet établissement depuis ses origines jusqu’aux années 1920, constituant un témoignage humain continu de son histoire sociale.


Historique

Origines : de la cristallerie Mignot à la verrerie May (1837 — 1863)

Le site de la Freydière accueille depuis 1837 la Cristallerie de Givors fondée par François Mignot et Cie, liquidée vers 1842 puis utilisée comme caserne jusqu’en 1853. En 1855, Jean-Baptiste May, issu d’une famille de verriers ripagériens dont les Verreries Rondes avaient été expropriées en 1824, rachète le site et transforme les deux petits fours à cristal en un four à bouteilles à huit creusets, s’associant avec Louis Lombard et Pierre Baudrand sous la raison « Jean-Baptiste May et Cie ». Vers 1860, l’association est dissoute, May reste seul jusqu’à la vente du 12 mars 1864. Pour l’histoire complète du site avant cette date, voir la Cristallerie de Givors.

Fondation et essor (1864 — 1878)

Le 12 mars 1864, Jean-Baptiste de Neuvesel et Fleury Farge rachètent la verrerie May. Un mois plus tard, ils s’associent à Jean-Baptiste Momain, qui, comme Neuvesel, vient de quitter la Compagnie Générale dont il désapprouve lui aussi la gestion, pour constituer les Nouvelles Verreries de Givors, société en nom collectif sous la raison « Jean-Baptiste Neuvesel et Cie ». Le capital initial est de 150 000 francs-or : l’apport de la verrerie May par Neuvesel et Farge en constitue une bonne partie, auquel s’ajoutent 60 000 francs apportés par Farge et 25 000 francs par Momain. Jean-Baptiste Neuvesel remet en outre à la société un brevet de fours économiques, avec addition de perfectionnements pour la fabrication des embouchures de bouteilles, signe que l’ambition technique est consubstantielle à la fondation.

Le nom est un clin d’œil délibéré aux Anciennes Verreries de Givors, le grand ensemble constitué en 1853 par la Compagnie Générale en regroupant les verreries Robichon et Bolot-Neuvesel. Jean-Baptiste de Neuvesel, cousin de cette branche, fonde sa propre maison tout en s’inscrivant dans la même tradition familiale.

Dès 1865, les fondateurs intègrent la société Crine Frères, fabricants de bouteillerie, flacons et topettes, originaires de Saint-Étienne, qui possédaient une petite usine voisine et se trouvaient en faillite. Ce rachat étend immédiatement le site mais ne change pas la gamme de production care le four Crine est immédiatement démenantelé.

La croissance est rapide et délibérément soutenue par les statuts eux-mêmes, qui prévoient qu’une part de 20 % des bénéfices est obligatoirement réinvestie dans la société, une stratégie rare à l’époque, qui distingue Neuvesel et Momain de leurs anciens patrons de la Compagnie Générale. En 1864, 55 ouvriers verriers ; l’année suivante, le double ; 250 cinq ans après la création ; 400 dix ans après. La progression est également visible dans les infrastructures : cinq ans après la fondation, l’établissement occupe une superficie d’environ 11 000 mètres carrés, dont 6 000 couverts de constructions de deux à trois étages. Il comprend trois fours de fusion à huit creusets chacun, avec halles et magasins indépendants, pilerie à vapeur, briqueries, chambres à creusets, forge, vannerie, logements d’ouvriers et bureaux. Un embranchement de chemin de fer pénètre sur environ 220 mètres à l’intérieur de l’usine, facilitant la réception des matières premières (charbon de Rive-de-Gier et sables du Rhône) et l’expédition des produits finis.

Vers 1870, la production annuelle atteint 4 300 000 bouteilles et 2 500 000 dames-jeannes, ces dernières constituant la spécialité maison, des bonbonnes recouvertes d’une torche de paille pouvant contenir jusqu’à 60 litres. L’usine emploie en outre 50 vanniers qui tressent, le plus souvent à domicile, l’osier des bonbonnes. La clientèle est principalement constituée des producteurs de vin des Côtes-du-Rhône, du Beaujolais et de Bourgogne.

Les premières années, les dirigeants s’accordent des rémunérations volontairement frugales : 2 500 francs par an pour Neuvesel, 2 000 francs pour Momain. Cette discipline collective va permettre en 1867 une première augmentation de capital de 105 000 francs supplémentaires.

La conquête du premier rang (1869 — 1896)

En 1869, Fleury Neuvesel, fils de Jean-Baptiste, rejoint l’entreprise. C’est lui qui va en être le véritable architecte technique. De retour d’un voyage à Dresde, il rapporte des observations décisives sur les fours alimentés au gaz selon le procédé Siemens. En 1878, le brevet Siemens est acheté et des fours à fusion continue utilisant ce procédé sont construits à Givors, un an après la Verrerie Richarme de Rive-de-Gier qui avait adopté la même technologie en 1877. Ses voyages ultérieurs en Angleterre, en Allemagne et en Belgique élargiront constamment l’horizon technologique de la direction.

En 1877, son associé Antoine Momain fils le rejoint à son tour. L’un et l’autre deviennent associés à part entière de la société en nom collectif, dont le capital est porté à 750 000 francs. La stratégie à long terme (priorité à l’investissement sur le rendement immédiat) porte ses fruits : en 1880, les Nouvelles Verreries de Givors sont en tête des verreries du département du Rhône. Seule la Verrerie Richarme, en avance technique constante, les devance encore dans le Sud-Est.

La crise du phylloxéra, qui ravage les vignobles rhodaniens à partir de 1868, menace le marché principal de l’entreprise. Le vignoble des Côtes-du-Rhône est anéanti ; le marché des bouteilles à vin s’effondre et ne se reconstitue qu’à partir de 1892. La diversification vers les eaux minérales et l’industrie chimique (bonbonnes pour acides et solvants) permet de traverser la crise. Fidèles à leurs racines savoyardes (la famille Neuvesel est originaire des environs d’Évian, du village de Neuvecelle), les fondateurs entretiennent des liens anciens avec la région. En 1880, les Nouvelles Verreries de Givors sont devenues l’un des principaux fournisseurs de la Société des eaux minérales d’Évian.

Jean-Baptiste de Neuvesel s’éteint le 7 janvier 1896. En trente-deux ans de travail intense, il a créé une entreprise florissante, innovante sur le plan technique, dynamique commercialement et solide financièrement. Sa succession est estimée à plus de 700 000 francs, dont les actifs industriels constituent moins du tiers, preuve que l’enrichissement personnel est resté mesuré. Son fils Fleury lui succède à la tête de l’entreprise, associé à Antoine Momain.

La machine Boucher et l’entrée de Souchon (1896 — 1907)

Fleury Neuvesel, plus financier qu’entrepreneur selon les témoignages de l’époque, gère la verrerie avec prudence, attentif aux premières évolutions technologiques qui pointent en Allemagne et en Angleterre. En 1900, il confie à son gendre Eugène Souchon la mission d’évaluer les machines semi-automatiques en développement. Eugène Souchon, né le 29 juin 1872 à Lyon, est diplômé de l’École Centrale de Paris. Il a débuté sa carrière à la Compagnie des Produits Chimiques d’Alais et de la Camargue (future Péchiney), à l’usine de Salindres, comme secrétaire d’Alfred R. Péchiney. Il épouse Marie Neuvesel, née le 7 juillet 1878 à Givors, le 17 février 1900 dans cette même ville. Dès lors, il entre à la verrerie et commence à en comprendre le fonctionnement de l’intérieur.

En 1903, Fleury Neuvesel l’envoie en Angleterre se rendre compte de l’intérêt des machines semi-automatiques. Souchon revient convaincu d’adopter la machine Boucher plutôt que la machine Owens américaine : inventée par Claude Boucher, maître de verrerie à Cognac depuis 1878, et assisté d’un serrurier-mécanicien, elle résout le problème de la solidification trop rapide du verre dans les moules. Son brevet (« machine Boucher à souffler les bouteilles ») consiste à substituer au soufflage à la bouche un soufflage à l’air comprimé actionné à la pédale. Primée à l’unanimité par le jury de l’Exposition universelle de 1900, qui reconnaît le service rendu à l’industrie et à l’hygiène des ouvriers verriers, elle produit dès ses débuts 500 cols par jour, à peine supérieur au meilleur souffleur, mais de manière continue et sans le risque de silicose que le soufflage à la bouche infligeait inexorablement. Souchon convainc son beau-père d’opter pour ce procédé. Il est chargé d’étudier l’implantation d’un quatrième four sur de vastes terrains acquis le long du Gier. Les machines Boucher équipent ce four, construit en 1905.

Fleury Neuvesel s’éteint le 5 avril 1907. La fortune qu’il laisse à sa fille est six fois supérieure à celle que lui avait léguée son père, illustration de l’accumulation accomplie en deux décennies. Les parts de la verrerie n’en représentent pas le cinquième. Antoine Momain reste associé à Eugène Souchon, qui prend la direction effective de l’entreprise. Sous sa gestion, celle-ci prend la raison sociale « Souchon, Neuvesel, Momain et Cie ».

Apogée sous Eugène Souchon : mécanisation et réseau (1907 — 1931)

Eugène Souchon dirige la verrerie de 1907 à sa mort en 1931, faisant d’elle la première verrerie de verre creux de la région puis du pays. Son succès repose sur trois axes : l’expertise technique qui lui permet de jouer un rôle d’ingénieur-conseil auprès de ses confrères ; la constitution et l’animation d’un réseau de verreries concurrentes ; la maîtrise commerciale d’une production de masse.

En 1908, les liens anciens avec Évian se formalisent dans une structure juridique inédite : le 25 avril 1908, une société en commandite simple dénommée Verrerie d’Évian est constituée entre Souchon et Momain d’une part (5/9 du capital, gérants), et la Société des eaux minérales d’Évian d’autre part (4/9, commanditaire). La société aménage l’esplanade acquise le long du Gier à Givors (à ne pas confondre avec un établissement savoyard) et y construit les fours n°5 et n°6. Un laboratoire est créé à l’intérieur de l’usine. Les statuts prévoient qu’Évian s’engage à donner sa préférence, à prix égal, à la présente société. Le 13 mai 1914, la commandite est transformée en société anonyme, au capital de 900 000 francs. Le four n°6 est mis à feu le 20 juillet 1914, mais il ne fonctionnera que douze jours : le 2 août, la mobilisation générale provoque son extinction.

Les effectifs, proches de 400 ouvriers avant-guerre, tombent à moins de 250 entre 1919 et 1928, malgré le recrutement annuel de plusieurs centaines de candidats. La moitié de l’effectif se renouvelle chaque année, témoignant de la mobilité caractéristique des ouvriers verriers. Outre les Français et les Italiens qui composent ensemble les deux tiers de l’effectif, la verrerie recrute des Maltais à partir de 1924, des Algériens à partir de 1929. En 1929, année du maximum d’embauches (436), dix-sept nationalités coexistent dans l’usine. Un responsable part chaque année recruter en Italie et en Espagne.

En 1911, les Nouvelles Verreries de Givors reprennent la Verrerie de Gironcourt (Vosges), liée aux eaux de Vittel, dont la gestion était déficitaire depuis 1905. En août 1910, Jean Bouloumié, représentant de la Société générale des eaux de Vittel, avait sollicité Eugène Souchon pour redresser l’affaire. Le 9 novembre 1911, la Société Nouvelle de la Verrerie de Gironcourt est constituée au capital de 600 000 francs, détenu à 47,5 % par le groupe Souchon. La première année d’exploitation se solde par un bénéfice. En 1914, un accord technique est conclu avec la Verrerie de Vals à Labégude (Ardèche), dont Souchon souscrit 200 actions contre une mission de conseil forfaitisée à 6 000 francs par an.

La Première Guerre mondiale confronte l’entreprise à un défi logistique et humain considérable. Eugène Souchon, capitaine de réserve affecté au 14e escadron du train des équipages, commande pendant toute la durée des hostilités le centre d’approvisionnement en matériel automobile de Lyon. En son absence, c’est Amédée Frachon, son beau-frère, directeur du service Bourse au siège du Crédit Lyonnais à Paris, qui conduit les affaires, secondé par Ennemond Montaland, directeur de l’usine de Givors. Le four n°5 est réquisitionné pour fabriquer des obus de 250 sous la responsabilité d’un directeur délégué par l’autorité militaire.

C’est en 1916-1917 que se noue l’un des rapprochements les plus structurants, et l’un des plus éloquents sur la fragilité des dynasties industrielles face à la guerre. La Verrerie Richarme de Rive-de-Gier (longtemps rivale des Neuvesel et première verrerie du Sud-Est) perd soudainement sa raison dynastique d’exister. Auguste Dériard, administrateur de la société anonyme des Verreries Richarme et neveu eyt héritier de Pétrus Richarme (à qui il avait succédé), n’avait qu’un fils : Louis Charles Pierre Marie Dériard, né à Rive-de-Gier le 18 juin 1896. Ce jeune homme est tué au combat à Maurepas et inhumé le 11 octobre 1916. Auguste Dériard se retrouve sans descendant pour reprendre l’affaire. La causalité que le livre Le Feu de l’action laissait entendre est ainsi confirmée par l’état civil : c’est la mort du seul fils héritier en octobre 1916 qui provoque la désintégration dynastique et, dans les mois suivants, l’ouverture des négociations. La société propose ses actions à Amédée Frachon, beau-frère d’Eugène Souchon, qui consulte aussitôt son associé. Ensemble, ils deviennent actionnaires majoritaires et prennent la direction de l’entreprise, vraisemblablement par acte de 1917, la finalisation légale suivant la décision de principe. La société givordine se classe désormais parmi les premières verreries françaises.

Facture émise par les « Nouvelles Verreries de Givors », « Souchon-Neuvesel & Cie », à l'attention des « Verreries Richarme » à Rive-de-Gier.
9 décembre 1914 — Facture émise par les « Nouvelles Verreries de Givors », « Souchon-Neuvesel & Cie », à l'attention des « Verreries Richarme » à Rive-de-Gier, éternel concurrent qui finira pourtant absorbé deux ans plus tard. A noter : le signataire de la facture est l'administrateur-délégué Amédée Frachon. © Collection privée Arnaud Balandras

En 1919, fort de ses participations dans Gironcourt, Vals-Labégude et Richarme, Eugène Souchon propose à six verreries indépendantes la création d’un consortium commercial : un accord signé le 30 juin garantit à chaque verrerie adhérente un contingent de production et la possibilité de recourir à ses consœurs en cas d’impossibilité de livrer ses clients privilégiés. Une clause de non-concurrence est assortie d’une commission de 5 % pour l’usage du service commercial commun. Les six premières signatures, outre Givors : Gironcourt, Pont-Saint-Esprit, Richarme, Saint-Romain-le-Puy, Saint-Yorre et Queylar, seront rejointes par Labégude le 15 septembre 1920. En 1931, le « groupe » sera fort de treize unités.

Le 28 mai 1920, la dénomination de la société est modifiée : la raison sociale Souchon-Neuvesel & Cie et la dénomination industrielle Nouvelles Verreries de Givors, qui avaient coexisté depuis 1907, cèdent toutes deux la place à Verrerie Souchon-Neuvesel. Quelques semaines plus tard, le 11 juin 1920, le capital est porté à 2,5 millions de francs et le siège social transféré de Givors aux numéros 8 et 10 de la rue de la Bourse à Lyon, dans les locaux de la Banque Cottet. Le conseil d’administration comprend Eugène Souchon, Amédée Frachon (administrateur-délégué), Léon Bidreman et Gaston Vibert, les deux gendres d’Antoine Momain. Souchon détient personnellement 17 % du capital ; le reste est intégralement réparti entre les familles Neuvesel et Momain.

La mécanisation s’accélère après-guerre. En 1922, Souchon se rend en Angleterre et opte pour la machine O’Neill (américaine) et le feeder Rankin (britannique), dont le coût global est de 150 000 francs de l’époque, soit 27 fois moins cher que le brevet Hartford concurrent de Saint-Gobain. La première machine automatique O’Neill est installée à Givors en 1922, événement que Souchon qualifie, lors de l’assemblée générale du 16 juin 1923, de « fait de la plus haute importance » et de « point de départ d’une orientation toute nouvelle ». En 1924, Souchon Neuvesel achète le brevet Rankin et crée la société « Rankin Automatic Feeder » pour l’exploiter dans les colonies et protectorats français. En 1926, les brevets d’un ingénieur bordelais, Eugène Renodier, sont acquis ; ses machines équipent d’abord Givors puis, en 1928, Gironcourt, avec des essais qui font chuter (temporairement) la production. En 1929, les premières machines Lynch sont acquises. En 1931, le parc de Givors comprend 12 Boucher, 2 Lynch, 2 Renodier, plus des places de soufflage pour les bonbonnes.

En 1925, Souchon Neuvesel crée la Société anonyme du Gier en association avec le verrier lyonnais Benoît Sibert : trois fours de flaconnage sont construits sur le site de Givors.

En 1929, Souchon Neuvesel fusionne les deux verreries givordines (la société Souchon Neuvesel proprement dite et la Verrerie d’Évian, entité juridique distincte mais implantée elle aussi à Givors sur l’esplanade du Gier) puis absorbe la Verrerie Richarme de Rive-de-Gier le 30 décembre de la même année. Le 14 janvier 1925, la société avait obtenu d’Évian l’engagement pour 20 ans de se fournir exclusivement à la Verrerie d’Évian (donc à Givors), au prix de revient majoré de 8 % avec un bénéfice minimal garanti.

Eugène Souchon s’éteint le 2 janvier 1931 à 58 ans, des suites d’une opération qui l’emporte en quelques jours. Ses obsèques ont lieu le 6 janvier à Givors : 8 000 personnes y assistent, présidées par le cardinal Maurin, archevêque de Lyon. Une plaque est inaugurée le 29 mars 1932 sur le quai qui portera son nom : « Quai Eugène Souchon, Maître de Verreries, 1872–1931 ».

De la crise à la Seconde Guerre mondiale (1931 — 1945)

À la mort d’Eugène Souchon, sa veuve Marie Neuvesel-Souchon (1878–1942) prend la présidence du conseil d’administration. Elle sera secondée par Lucien Frachon, fils d’Amédée et d’Adèle Souchon (1868–1902, sœur d’Eugène), qui assure la direction générale de 1931 à sa mort le 23 juillet 1941. Georges Roque (1897–1970), fils de l’actionnaire Germain Roque et d’Isabelle Souchon, prend en charge la partie technique. Amédée Frachon (1861–1936), beau-frère d’Eugène et homme de réseaux aux multiples mandats (Ancien Syndic de la Compagnie des Agents de Change de Lyon, administrateur des houillères de Rochebelle et de Montrambert-et-la-Béraudière, membre du conseil de l’École de Chimie Industrielle de Lyon), reste administrateur-délégué jusqu’à sa mort.

La crise économique mondiale, dont la France ressent pleinement les effets à partir de 1931, pèse lourdement sur la production. À Givors, en 1934, les fours n°4 et n°6 ne fonctionnent simultanément que du 24 janvier au 20 août. Un seul four reste actif pendant le second semestre. Les embauches annuelles s’effondrent : 315 en 1930, 71 en 1931, 36 en 1934. La production de l’ensemble de l’usine tombe à un niveau équivalent à celui des années 1920, soit environ 19 millions de bouteilles.

Face à la crise, Souchon-Neuvesel accélère la concentration : à partir de 1930, le mouvement de participation financière dans des sociétés fragilisées prend une ampleur nationale. En 1931, le groupe fédère dix-sept verreries dispersées sur toute la France. En octobre 1932, un accord commercial est conclu avec Saint-Gobain, qui partage les marchés selon les positions acquises : Souchon Neuvesel assure près de 60 % de la fourniture des bouteilles, Saint-Gobain 40 %. En février 1937, la Société anonyme du Gier est intégralement absorbée, les deux affaires givordines n’en formant désormais plus qu’une.

L’avènement du Front Populaire en 1936 s’accompagne d’une explosion de grèves. À Givors, les conflits se concluent par la signature de la première convention collective entre syndicats ouvriers et direction de l’entreprise. Le 30 novembre 1938, malgré l’interdiction gouvernementale, la CGT lance une grève générale pour l’aménagement de la semaine de 40 heures.

La déclaration de guerre en septembre 1939 provoque un coup d’arrêt. De 1940 à 1942, Givors et Rive-de-Gier ne produisent que 44 % du tonnage livré en 1938, et moins du tiers en 1942. Le four n°9 est entièrement détruit lors d’un bombardement en 1944, le four n°7 partiellement. On compte de nombreuses victimes. Marie Souchon s’éteint en septembre 1942 ; c’est désormais Georges Roque qui préside le groupe. C’est cette même année que Antoine Riboud, fils d’Hélène Frachon (fille d’Amédée) et de Camille Riboud, donc petit-neveu d’Eugène Souchon, débute sa carrière dans le groupe, affecté à l’usine de Rive-de-Gier chez Hémain.

Fusions et industrialisation (1945 — 2003)

Cette période, qui voit l’entreprise passer du statut de première verrerie française indépendante à celui de filiale d’un groupe alimentaire mondial, sort du cadre chronologique central de Radix Vitri. On en retiendra les jalons essentiels.

Au sortir de la guerre, le groupe Souchon Neuvesel reconstitue son outil industriel. Le processus de rapprochement des sociétés associées, entamé dans les années 1920 et ralenti par le souci de ménager les intérêts familiaux des partenaires, s’achève en une intégration complète. En 1957, les verreries de Masnières, Fourmies et Charbonneaux fusionnent en la Société française Nord-Verre. En 1957, un accord d’assistance technique est signé avec le groupe américain Owens-Illinois, saut technologique décisif qui permet à Souchon Neuvesel d’accroître de 45 % en huit ans la productivité par tête. En 1966, sous la présidence d’Antoine Riboud, la Verrerie Souchon Neuvesel fusionne avec les Glaces de Boussois pour former Boussois-Souchon-Neuvesel (BSN). Une OPA ratée sur Saint-Gobain en 1969 pousse BSN à pivoter vers l’agroalimentaire. En 1985, l’intégration des Verreries Mécaniques Champenoises (VMC) donne naissance à BSN-VMC. En 1994, le groupe devient le Groupe Danone, la branche emballage restant BSN Glasspack. En 1999, Danone vend 56 % de BSN Glasspack à des fonds de pension anglo-saxons.

En avril 2001, BSN Glasspack annonce la fermeture de l’usine de Givors, malgré sa rentabilité. Les 317 salariés restants organisent grèves et manifestations. La dernière coulée de verre a lieu le 15 janvier 2003. Le 31 janvier 2003, l’usine ferme définitivement, mettant ainsi fin à 254 ans de tradition verrière givordine. En 2004, BSN Glasspack est vendu à Owens-Illinois pour environ 1,16 milliard d’euros.


Situation géographique

Localisation

Quartier de la Freydière, Givors (Rhône), entre le Gier au nord, la voie ferrée au sud, et les rues de Montrond et Pierre Sémard à l’ouest. Une portion de voie ferrée pénètre le site pour le transport des matières premières et des produits finis. À partir de 1908, l’esplanade acquise le long du Gier, sur la rive opposée, accueille les fours 5 et 6 de la Verrerie d’Évian, juridiquement distincte mais matériellement contiguë. Dans les années 1930, le site historique est abandonné et l’usine s’étend sur l’ensemble de l’esplanade.

État actuel

Le site est démantelé et reconverti en zone commerciale. Subsistent : une cheminée de 50 mètres avec château d’eau (vestige mémoriel, près du parking du Megarama et du quai Eugène Souchon), des logements ouvriers partiellement préservés, et le bâtiment des syndicats. La rue Fleury Neuvesel et le quai Eugène Souchon perpétuent la mémoire des dirigeants dans la toponymie locale. Un sentier de randonnée « Sur les traces des verriers » est proposé par l’Office de Tourisme de Givors.


Éléments techniques

Les fours

L’établissement démarre en 1864 avec un seul four, hérité de la verrerie May, à huit creusets. Il en compte trois en 1870, avec une capacité totale de 24 creusets. Un quatrième four est construit en 1905 pour accueillir les machines Boucher. Un cinquième et un sixième four sont édifiés sur l’esplanade du Gier dans le cadre de la Verrerie d’Évian à partir de 1908 (four n°5 dès 1908, four n°6 mis à feu le 20 juillet 1914). La campagne de guerre voit le four n°5 réquisitionné pour la fabrication d’obus.

Le combustible passe du charbon de houille à la fusion continue au gaz dès 1878, avec l’adoption du procédé Siemens, un an après la Verrerie Richarme voisine qui avait inauguré cette technologie en 1877. Fleury Neuvesel avait ramené de Dresde les observations nécessaires à l’achat du brevet. Les fours Siemens, à bassin rectangulaire en blocs de terre réfractaire silico-alumineuse, permettaient une fusion continue là où les anciens fours à pots exigeaient des interruptions cycliques.

La mécanisation

Jusqu’en 1904, le soufflage à la bouche est l’unique technique. Les équipes de fabrication s’organisent en triades : le souffleur (chef de place), le grand garçon et le gamin, ce dernier âgé d’une douzaine d’années, chargé de puiser le verre en fusion à bout de canne. À raison d’une cinquantaine de cols à l’heure, un souffleur expérimenté peut produire environ 400 bouteilles par jour.

La machine Boucher (1905) substitue l’air comprimé actionné à la pédale au soufflage pulmonaire. Sa production initiale est de 500 cols par jour (légèrement supérieure au meilleur souffleur) mais elle peut fonctionner en continu et sans les risques sanitaires du soufflage à la bouche. En 1922, la première machine automatique O’Neill est mise en service, avec le feeder Rankin : le verre en fusion est désormais transféré automatiquement du four à la machine. En 1926, acquisition des brevets Renodier ; en 1929, premières machines Lynch. En 1931, le parc comprend 12 Boucher, 2 Lynch, 2 Renodier et des places de soufflage pour les bonbonnes.

Les produits

Bouteilles de tous genres et de toutes teintes (mi-blanc, clair, mixte, noir, rouge), dames-jeannes de 5 à 60 litres (spécialité maison, recouvertes d’osier tressé à domicile par des vanniers), bonbonnes industrielles pour acides et solvants (héritage Crine Frères, clientèle chimique), flacons (gobeletterie légère, héritée également de Crine Frères). À partir de 1880, l’eau minérale constitue un débouché croissant : Évian d’abord, puis Badoit (via la Verrerie Richarme), Vittel (via Gironcourt), Vals (via Labégude), et en 1903 les liens avec Perrier conduisent la Verrerie du Queylar à Marseille à déposer le brevet de la fameuse bouteille ovoïde pour la source Perrier.


Contexte social

La main-d’œuvre

La verrerie emploie 55 ouvriers en 1864, 400 en 1875. À son apogée dans les années 1920-1929, les embauches annuelles atteignent jusqu’à 436 (record de 1929), mais l’effectif en place reste limité par la forte rotation : la moitié du personnel se renouvelle chaque année. Les souffleurs, exposés à des fours à 1 300-1 500°C, produisent jusqu’à 400 bouteilles par jour dans des conditions dangereuses. Les accidents sont fréquents : brûlures par verre en fusion, mutilations. La mécanisation progressive à partir de 1904 réduit les effectifs de souffleurs mais n’élimine pas les risques.

La main-d’œuvre est d’abord régionale, recrutée dans le bassin givordain. À partir des années 1880-1890, une immigration italienne significative s’installe au quartier de la Freydière, surnommé « quartier des Italiens ». Après 1905, des travailleurs espagnols rejoignent l’usine, initialement spécialisés dans le tressage de l’osier pour les dames-jeannes. À partir de 1924, des Maltais ; à partir de 1929, des Algériens, qui représenteront bientôt plus du tiers des salariés. En 1929, dix-sept nationalités coexistent dans l’usine. Un responsable part chaque année recruter en Italie et en Espagne ; les jeunes candidats sont hébergés par des logeurs qui assurent également leur placement dans les verreries de la région.

Les conditions de travail

Les témoignages des anciens ouvriers, recueillis par le livre Le Feu de l’action, restituent l’univers physique de la verrerie à l’ère du soufflage : chaleur constante à 50-60°C à la machine, obligation de boire au moins 20 litres d’eau par jour, soufflage de bonbonnes de 60 litres dont la canne pesait 7 à 8 kilos, visages déformés par l’acide pictrique utilisé pour soigner les brûlures, doigts cassés aux jointures. Le prestige du souffleur était inversement proportionnel à la dureté de son métier : « les verriers étaient des seigneurs », résume un contemporain. Leur statut d’artiste-artisan survivra jusqu’à la mécanisation complète des années 1920.

Les travailleurs les plus jeunes, les gamins (une dizaine d’années), assuraient les tâches les plus pénibles de puisage du verre en fusion. C’est notamment le cas de Joseph Haour (1859–1940), ancêtre direct d’Arnaud Balandras, recensé au quartier de la Freydière en 1872 à l’âge de 12 ans, à l’époque des premières années Neuvesel.

La verrerie et l’action sociale

Eugène Souchon se distingue par un paternalisme actif et sincère. Le rapport du conseil d’administration du 26 juin 1920 mentionne la mise en vigueur d’un système de retraite auquel la société contribue mensuellement à hauteur de 2 francs par ouvrier, avec possibilité d’un complément. Lors de la même délibération, 3 000 francs sont alloués pour des hospitalisations, opérations, séjours en sanatorium ou campagnes des enfants et femmes d’ouvriers, en sus des interventions personnelles et directes de M. et Mme Souchon dans « la presque totalité des cas ». Souchon est également l’un des premiers patrons en France à organiser des colonies de vacances pour les enfants de ses ouvriers, et crée avec sa femme un dispensaire antituberculeux à Givors.

Les familles Haour dans la verrerie

Plusieurs branches de la famille Haour de Givors sont attestées dans cet établissement sur plus de soixante ans :

  • Joseph Haour (1830–1893), verrier, est recensé au quartier de la Freydière dès 1861, soit à l’époque de Jean Baptiste May, avant même la fondation des Nouvelles Verreries. Il y est encore en 1886 rue de l’Industrie, avec Pierre Haour (1860–1935).
  • Pancrace Haour (1828–1904) et sa famille y sont recensés en 1872, dont un enfant Charles employé à la verrerie et manchot — mutilation vraisemblablement liée au travail.
  • Joseph Haour (1858–vers 1940) y est attesté comme magasinier en 1886.
  • Pierre Haour (1860–1935), verrier, y travaille en 1886 et 1891.
  • Jean-Baptiste Haour (1855–1939) et son fils Abraham (10 ans), tous deux ancêtres directs d’Arnaud Balandras, y sont recensés en 1891 rue de Montrond. Un enfant Jean-Baptiste, fils de Jean-Baptiste, y meurt en août 1891 à l’âge de 3 mois : un deuil qui explique peut-être le départ de la famille peu après.
  • Joseph Haour (1859–1940), ancêtre direct, y est recensé gamin en 1872 : il s’agit du premier ancêtre direct d’Arnaud attesté sur ce site.
  • Claudius Chosson (1875–1924), beau-frère de Jean-Claude Haour, travaille presque toute sa carrière chez Neuvesel. En 1905, il a la jambe gauche brûlée par du verre en fusion : accident rapporté par Le Progrès. Il habite rue Fleury Neuvesel entre 1919 et sa mort en 1924 à 48 ans : une vie consacrée à la verrerie, et probablement abrégée par elle.

Les ancêtres directs d’Arnaud Balandras n’y sont attestés que brièvement : Joseph (né en 1859) comme gamin en 1872, Jean-Baptiste (1855–1939) comme ouvrier en 1891. Les deux branches directes majeures ont quitté Givors précisément dans les années 1880-1890, à l’apogée de l’établissement, pour des carrières itinérantes (Carmaux, Montluçon, Marseille, Vauxrot). C’est la branche Canal, Abraham Haour (1832–1907) en 1872 et 1876 dans les Anciennes Verreries, qui ancre les lignées directes dans Givors, pas la branche Freydière. Ces cousins Haour collatéraux constituent en revanche une présence dense et continue chez Neuvesel.


Pourquoi Souchon-Neuvesel a duré

Cent quarante ans d’activité ininterrompue sur le même site, dans un secteur qui a vu disparaître des dizaines d’établissements : la longévité des Nouvelles Verreries de Givors n’est pas le fruit du hasard seul. Elle tient à trois facteurs qui se renforcent mutuellement.

Le premier est la qualité des dirigeants successifs. Jean-Baptiste de Neuvesel quitte la Compagnie Générale non par dépit mais par conviction : il désapprouve une gestion trop financière, voulant être industriel plutôt que rentier. Il réinvestit systématiquement, s’astreint à un salaire frugal, fait breveter ses innovations dès la fondation. Fleury Neuvesel fils hérite de cet esprit de voyageur technologique : c’est à Dresde qu’il va chercher Siemens, en Angleterre et en Allemagne qu’il suit les premiers semi-automatiques. Eugène Souchon représente une troisième génération de tempérament : ingénieur de formation, homme de réseaux par vocation, il transforme une entreprise régionale en un groupe national sans jamais sacrifier son indépendance financière aux banquiers ni sa légitimité industrielle aux actionnaires. Lucien Frachon, enfin, assure dans les années les plus difficiles — crise de 1929, guerre, bombardements — une continuité de gestion qui évite la dislocation.

Le second facteur est la qualité des transmissions. Là où de nombreuses dynasties verrières se sont déchirées à chaque succession (querelles d’héritiers, rachats forcés, liquidations précipitées), les Nouvelles Verreries de Givors ont réussi chaque passage de relais. De Jean-Baptiste à Fleury Neuvesel, de Fleury à Souchon, de Souchon à Lucien Frachon, la continuité s’est faite sans heurt. Le mariage d’Eugène Souchon avec Marie Neuvesel en 1900 est exemplaire de cette stratégie : l’extérieur entre par alliance, s’initie aux usages de la maison, et prend la direction seulement à la mort du titulaire. Ce modèle, proche de celui des « familles bourgeoises à vision entrepreneuriale » que Radix Vitri a déjà documenté pour d’autres dynasties, a permis à chaque génération de consolider ce que la précédente avait bâti.

Le troisième facteur est, il faut le dire, une part de chance. Le plus redoutable concurrent des Nouvelles Verreries était la Verrerie Richarme de Rive-de-Gier — plus ancienne, plus grande, déjà fournisseur exclusif de Saint-Galmier et de Badoit, innovatrice avant Givors sur la technologie Siemens. Or Richarme n’avait qu’un héritier : Louis Charles Pierre Marie Dériard, né en 1896, fils unique d’Auguste Dériard. Il est tué à Maurepas le 11 octobre 1916. Son père, sans successeur, cède alors ses actions à Amédée Frachon et Eugène Souchon. Ce n’est pas la guerre qui a affaibli Richarme sur le plan industriel (ses fours tournaient encore) mais la disparition d’une seule vie qui a suffi à dissoudre une volonté dynastique. La même contingence qui avait emporté d’autres maisons verrières par manque de fils ou excès de filles (Radix Vitri en a documenté plusieurs) a cette fois servi les Nouvelles Verreries de Givors.

Ces trois facteurs ne fonctionnent pas indépendamment. Sans les qualités des dirigeants, la chance n’aurait pas suffi à intégrer Richarme. Sans la qualité des transmissions, la disparition d’Eugène Souchon en 1931 (à 58 ans seulement, au milieu de la crise) aurait pu être fatale. C’est leur conjonction qui explique que le nom Neuvesel, apparu à Givors en 1864, ait survécu jusqu’en 2003 sur la cheminée du quai Eugène Souchon.


Erreurs et incertitudes

Points non résolus

La date exacte de l’acte notarial formalisant la prise de participation dans la Verrerie Richarme reste à confirmer par les archives — AD69 ou AD42. La mort de Louis Dériard (Maurepas, 11 octobre 1916), fils unique d’Auguste Dériard, administrateur-héritier de Pétrus Richarme, établit la causalité et situe la décision de principe dans les derniers mois de 1916, l’acte formel suivant vraisemblablement en 1917.

La Société anonyme du Gier (1925), créée avec Benoît Sibert pour les fours de flaconnage givordins, reste à documenter plus avant. Sa localisation précise sur le site, la nature de l’éventuel établissement antérieur sur ces parcelles, et son historique jusqu’à son absorption en février 1937 méritent une fiche autonome ou un développement dans la présente.

La Verrerie d’Évian (société en commandite simple constituée le 25 avril 1908, transformée en SA le 13 mai 1914, fusionnée en 1929) est une entité juridique distincte implantée à Givors sur l’esplanade du Gier. Sa situation juridique et patrimoniale exacte par rapport aux Nouvelles Verreries de Givors mériterait une fiche séparée ou un lien explicite.

Le rôle exact de Jean-Baptiste Momain dans la fondation et la direction reste peu documenté : son parcours antérieur à la Compagnie Générale, sa position précise dans la hiérarchie de l’entreprise, les circonstances de son retrait (mort, retraite ?) sont à élucider par actes ou presse.

La Cristallerie de Givors est documentée dans sa propre fiche, qui établit la trajectoire complète du site depuis les frères Mignot et Paul Jacques Ackermann jusqu’à Jean-Baptiste May. Voir Cristallerie de Givors.


Notes

Personnages associés

Verriers

Voir toutes les personnes liées →

Galerie

Sources

article Ordonnance royale autorisant Mignot aîné, Bolot et Cie — Journal du Commerce / Gazette Nationale

8 avril 1832 (Journal du Commerce) et 10 mars 1832 (Gazette Nationale). Autorisation d'établir deux fours de verrerie alimentés à la houille sur la propriété Mignot à Givors, en amont du pont de fer.

livre Histoire des verreries lyonnaises — Pelletier, Pierre

Pages 181 et suivantes. Source primaire sur la succession Mignot → May → Neuvesel : création de la cristallerie en 1837 sous la direction d'Ackermann (ex-Creuzot), liquidation vers 1842-1846, acquisition par May en 1855 (transformation en four à bouteilles à 8 creusets), acquisition par Neuvesel le 12 mars 1864. Précise que Jean-Baptiste de Neuvesel est « cousin de MM. de Neuvesel, des anciennes verreries de Givors » et que Fleury Farge, son beau-frère architecte, est son premier associé.

livre Histoire de Givors — Abeille, Étienne

1912, page 291. Les bâtiments de la cristallerie désaffectée servent de caserne à la garnison de Givors de mars 1848 à 1853. À l'apogée de la verrerie : 4 fours, 33 places de maîtres verriers, 15 millions de bouteilles et bonbonnes annuellement, 600 personnes.

archive Facture Souchon-Neuvesel & Cie aux Verreries Richarme, 9 décembre 1914

Collection privée. En-tête portant simultanément 'Nouvelles Verreries de Givors (Rhône)' comme dénomination industrielle et 'Souchon-Neuvesel & Cie, successeurs de J.-B. Neuvesel & Cie' comme raison sociale. Adresse télégraphique : 'Neuvesel ; Verreries ; Givors'. Cachet : 'Nouvelles Verreries / Souchon-Neuvesel & Cie / 9 DEC 1914 / de Givors (Rhône)'. Document établissant la coexistence des deux dénominations à cette date, et la relation commerciale entre Souchon-Neuvesel et Richarme deux ans avant la prise de participation.

livre Le Feu de l'action — Capelle, Martine et Labasse, Pierre

Publié par BSN, vers 1985. Histoire illustrée de la verrerie de Givors et de ses dynasties dirigeantes. Source principale pour la période 1864-1970 : chronologie des dirigeants, données financières (capital, salaires, investissements), données techniques (fours, machines), données sociales (effectifs, grèves, nationalités). Ouvrage de commande, sans notes de bas de page ni références archivistiques : à recouper avec des sources primaires pour toute précision factuelle.

livre Les Dynasties Lyonnaises — Angleraud, Bernadette et Pelissier, Catherine

Perrin, 2003. Notices biographiques sur les familles Neuvesel, Souchon, Frachon et Momain. Source pour les dates et filiations précises : Eugène Souchon (29/06/1872 Lyon – 02/01/1931), Marie Neuvesel (07/07/1878 Givors – sept. 1942), mariage le 17/02/1900 à Givors ; Lucien Frachon (17/02/1896 Lyon – 23/07/1941 Lyon), fils d'Amédée Frachon (1861-1936) et d'Adèle Souchon (1868-1902), sœur d'Eugène.

livre Qui a tué les verriers de Givors ? — Marichalar, Pascal https://journals.openedition.org/geocarrefour/11358

2017. Analyse sociologique des impacts sanitaires de l'industrie verrière givordine.

livre Histoire de Rive-de-Gier — Chomienne, Claudius

Pages 277-278 — description de la Verrerie Richarme, pour comparaison.

autre Dossier patrimoine — verrerie de Givors https://patrimoine.auvergnerhonealpes.fr/dossier/IA69001244

Dossier détaillé sur l'histoire, le site et les bâtiments de la verrerie.

autre Historique BSN-VMC http://yves.c.free.fr/givvmc2.html

Chronologie détaillée des évolutions de l'établissement.

article Accident de Claudius Chosson à la verrerie Neuvesel — Le Progrès

1905. Claudius Chosson (1875-1924), souffleur, a la jambe gauche brûlée par du verre en fusion. Illustration des accidents fréquents dans cet établissement.

etat civil Recensements de Givors — familles Haour au quartier de la Freydière

1861, 1872, 1876, 1886, 1891. Source : AD Rhône. Documentent la présence dense de familles Haour dans la verrerie et ses logements ouvriers, depuis l'époque des frères May jusqu'à la période Souchon-Neuvesel.

etat civil Acte de décès de Louis Charles Pierre Marie Dériard — Maurepas, 11 octobre 1916

Fils d'Auguste Dériard, administrateur de la société anonyme des Verreries Richarme de Rive-de-Gier, et seul héritier de la lignée issue de Pétrus Richarme. Né à Rive-de-Gier le 18/06/1896, tué au combat à Maurepas, inhumé le 11/10/1916. Sa mort sans descendance est la cause directe de la décision d'Auguste Dériard de céder les actions Richarme à Amédée Frachon et Eugène Souchon dans les mois suivants.