Verrerie

Verrerie Lanoir

1792 — 1883 (éteinte par Richarme)

Aussi connue sous : Verrerie de la Barrière · Verrerie de Rochefolle · Allimand frères et Cie · Léon Fleur-de-Lix · Irénée Lanoir et Cie · Richarme frères

Fermée — quelques vestiges

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Noms et raisons sociales

Verrerie de la Barrière
Nom populaire 1792 — XIXe siècle
Verrerie de Rochefolle
Nom populaire 1792 — XIXe siècle
Allimand frères et Cie
Raison sociale 1792 — vers 1813
Léon Fleur-de-Lix
Nom d'usage vers 1820 — vers 1830
Irénée Lanoir et Cie
Raison sociale vers 1830 — 1883
Richarme frères
Raison sociale 1883

Histoire

Résumé

La verrerie Lanoir — connue aussi sous les noms de verrerie de la Barrière, de Rochefolle ou de Montjoint — est, avec celles de Claudius et de Folletête, l’une des trois verreries fondatrices de Rive-de-Gier, alignées du nord au sud le long de la Route de Lyon et du canal de Givors. Son four est construit par le bourgeois Mathieu Brochier et amodié en 1792 aux frères Allimand, les premiers verriers de la ville, venus de chez Claudius. Par le mariage de la fille de Brochier avec un Fleurdelix (1795), elle passe à cette famille de drapiers florentins devenus houilleurs, puis verriers.

Vers 1830, elle entre dans l’orbite d’une dynastie verrière franc-comtoise : les Lanoir, originaires de Miellin. Charles-Irénée Lanoir, gendre de Joseph Neuvesel et ancien associé d’Henri Bolot, après avoir dirigé la verrerie voisine de la Pomme, s’associe à Fleurdelix pour reprendre Rochefolle ; le retrait de Fleurdelix donne la raison sociale « Irénée Lanoir et Cie », qui durera un demi-siècle. Sous les Lanoir, père puis fils, l’établissement devient l’un des plus vastes de Rive-de-Gier : bouteilles, verre à vitres, verres de couleur et vitraux (1840-1842), puis, en fin de course, de grands fours à gaz sur plus de 16 000 m².

Sa fin est moins une faillite qu’une mise à mort. Tandis que le verre à vitres s’effondre sous la concurrence belge et allemande, Lanoir veut se recentrer sur la bouteille — devenant un concurrent frontal des deux puissances du moment, Richarme et Neuvesel. Or ces deux familles sont copropriétaires indivises de l’usine (Neuvesel par alliance Fleurdelix). En 1882, l’ensemble est vendu par licitation en huit lots ; le cœur industriel (les fours) est racheté par Melchior de Neuvesel, qui le revend aussitôt, en 1883, aux Richarme frères — lesquels l’éteignent, production centralisée à Égarande. Le concurrent est supprimé par ses propres parents et associés.


Historique

Brochier et l’amodiation aux Allimand (1792)

Le site naît d’un four construit par Mathieu Brochier, « bourgeois à Rive-de-Gier », propriétaire qui ne souffle pas le verre mais le loue : en 1792, il amodie son four aux frères Allimand. Ceux-ci sont les premiers verriers de Rive-de-Gier : venus de la verrerie de Serin via celle de Claudius (la verrerie « noire », à bouteilles, parcelle 643), ils quittent l’établissement de Claudius pour exploiter en leur nom propre ce four de la Barrière, la « verrerie des frères Allimand », attestée dès 1801. Ils y font des bouteilles et de la gobeleterie jusqu’à leur liquidation, vers 1813.

Tours Allimand, le chef de cette dynastie, meurt à Rive-de-Gier en 1811 ; l’acte le dit « originaire de Plancher » (Haute-Saône), et non du Jura ni de Bitche, comme l’écrira Pelletier. La famille Allimand, qui a « fourni les premiers verriers à Rive-de-Gier », essaimera ensuite vers d’autres sites (la Roche, la Berthelasse) avant de quitter progressivement le métier.

Les Fleurdelix (vers 1818-1830)

À la liquidation des Allimand, la verrerie revient aux Fleurdelix, qui l’ont héritée de Brochier : Joannès (Jean-Marie) Fleurdelix a épousé en 1795 Jeanne Brochier, fille du propriétaire. Les Fleurdelix — famille de drapiers d’origine florentine devenus houilleurs de Rive-de-Gier (leur puits domine le quartier voisin) puis verriers — tiennent le site dans les années 1820, sous la raison sociale « Léon Fleur-de-Lix », du nom du fils, Léon (Joseph Marie Léon Fleurdelix, né 1799, marié en 1822 à Marie Anne Robichon). On y fait alors bouteilles et verre à vitres.

L’arrivée des Lanoir et la société de Rochefolle (vers 1824-1830)

Vers 1830, la verrerie change de mains et de dimension avec l’entrée d’une dynastie franc-comtoise : les Lanoir, « vieille famille verrière de la Franche-Comté », originaires de la verrerie de Miellin. Charles-Irénée Lanoir, gendre de Joseph Neuvesel (il a épousé Anne Marie Neuvesel en 1813) et ancien associé-gérant d’Henri Bolot à Miellin, avait quitté la Franche-Comté en 1824 pour Rive-de-Gier. Il y dirige d’abord la verrerie de la Pomme, qui appartient à son beau-père Neuvesel — un site distinct, à ne pas confondre avec Rochefolle.

Puis Lanoir s’associe à Fleurdelix pour reprendre les verreries de Rochefolle. Cette société (Pelletier) compte alors « deux fours à bouteilles, un four à vitres, un four à couleurs », sous la conduite d’un contremaître « habile et dévoué », Binachon. Ce contremaître a désormais un visage : il s’agit de Claude Binachon (Rive-de-Gier, 17 février 1777 — 13 mars 1834), dont la trajectoire résume à elle seule l’histoire du site. Fils d’Antoine Binachon, propriétaire, il est lié dès l’origine au réseau verrier : à son premier mariage (1800), l’un des témoins est Joseph Raspillaire, le souffleur venu de chez Claudius. En 1805-1806, il est « commis à la verrerie de Messieurs Allimand » — il sert donc les Allimand sur le four de la Barrière. En 1822, à son remariage, il a gravi les échelons et se déclare « directeur de verrerie » ; parmi les témoins figure Joseph Marie Léon Fleurdelix, propriétaire de verreries. Il meurt « manufacturier » en 1834. Commis des Allimand, puis directeur sous Fleurdelix, puis contremaître de la société Fleurdelix-Lanoir : Binachon est l’homme de l’art qui a assuré la continuité technique du site à travers ses trois exploitants successifs. Son fils Antoine, devenu négociant, épousera d’ailleurs en 1836 une belle-sœur de Pierre Allimand, directeur de verreries — les Binachon et les Allimand étaient alliés.

Bientôt Fleurdelix se retire, et la société devient « Irénée Lanoir et Cie » — raison sociale attestée dès une facture de 1830. La société est juridiquement une commandite : un associé en nom collectif (le Lanoir qui dirige) détient seul la signature sociale, à côté d’un ou plusieurs commanditaires bailleurs de fonds. Cette structure se reconstitue périodiquement sans changer de nom : un acte Me Hutter du 31 décembre 1842 fonde une société qui prend fin le 31 décembre 1859, et une nouvelle est aussitôt formée le 1er janvier 1860 entre Louis-Irénée Lanoir (en nom collectif) et Léon Fleurdelix (de nouveau commanditaire) — preuve que Fleurdelix n’avait jamais entièrement quitté l’affaire, mais y était revenu comme bailleur de fonds.

Le passage du père au fils est désormais daté : par acte Me Guillot du 3 novembre 1852, « Irénée Lanoir père, maître de verreries », se retire « purement et simplement » de la société, dont la dénomination reste inchangée. Charles-Irénée Lanoir se retire donc en 1852, du vivant — il ne meurt qu’en 1858 à Rive-de-Gier (demandant, selon Pelletier, à être inhumé au lieu de sa naissance, à Miellin). C’est son fils, Louis-Irénée Lanoir (1818-1884), qui prend alors la direction. La mention de Pelletier selon laquelle « à sa mort, l’usine fut dirigée par ses neveux, les Laurent-Lanoir » se concilie mal avec ces dates : les neveux ont pu assurer une gérance de transition autour du retrait de 1852, avant ou aux côtés du fils. La raison sociale « Irénée Lanoir et Cie », invariable dans les almanachs, ne permet pas, elle, de dater la succession.

L’apogée : la grande usine à fours à gaz (vers 1840-1880)

Sous les Lanoir, l’établissement connaît son apogée et se modernise. Aux bouteilles et au verre à vitres s’ajoutent, en 1840 et 1842, des verres de couleur et des vitraux. À la fin de la période, l’usine est dotée de grands fours à gaz alimentés par gazogènes — la technologie la plus avancée de l’époque —, d’une étenderie pour le verre à vitres, d’ateliers de pilage des matières mus par machine à vapeur, d’entrepôts et de logements d’ouvriers, le tout sur un tènement de plus de 16 000 m² au quartier de Montjoint. C’est l’un des plus vastes ensembles verriers de Rive-de-Gier.

Courrier adressé à Monsieur I. Lanoir fils, à Rive de Gier.
5 février 1844 — Courrier adressé à Monsieur I. Lanoir fils, à Rive de Gier. © Collection privée Arnaud Balandras

La famille Lanoir, devenue notable, réside Rue de Lyon : le recensement de 1872 montre Louis-Irénée Lanoir, maître de verreries, dans la maison qui est aujourd’hui le 59 rue Jean-Jaurès.

La mise à mort (1882-1883)

La fin de l’usine n’est pas une faillite mais une élimination concertée, sur fond de crise du verre à vitres. Partout en France, et particulièrement dans la région, la vitrerie s’effondre sous la concurrence belge et allemande. Lanoir choisit alors de se recentrer sur la bouteille et devient, ce faisant, un concurrent frontal des deux puissances montantes du verre creux régional : les Richarme (d’Égarande) et les Neuvesel.

Or l’usine n’appartient pas aux seuls Lanoir : elle est devenue, au fil des alliances et des héritages, une propriété indivise (MM. de Charrin, de Neuvesel, Flory, Lanoir et consorts Laurent). Les Neuvesel y sont entrés par l’alliance Fleurdelix : Melchior de Neuvesel est petit-fils à la fois de Joseph Neuvesel et de Joannès Fleurdelix. Les copropriétaires décident la vente. Le 31 août 1882, devant le tribunal civil de Saint-Étienne, l’ensemble est adjugé par licitation en huit lots. Le troisième lot (le seul comportant les fours à gaz, cœur industriel du site) est acquis par Melchior de Neuvesel, qui le revend le 26 février 1883 aux Richarme frères, maîtres verriers à Égarande.

Les Richarme n’exploitent sans doute pas l’usine : depuis la création de leurs fours Siemens à Égarande (1877), ils centralisent toute leur production de bouteilles et n’investissent plus ailleurs (leurs sites de Grand-Croix et de Bourg-lès-Valence sont également à l’arrêt). L’acquisition de Lanoir n’a qu’un but : éliminer un concurrent. Pelletier le confirme sans le dire tout à fait dans son livre en 1887 : Richarme « a acquis récemment l’usine Lanoir », mais « les trois établissements [Lanoir, Grand-Croix et Bourg-lès-Valence] ne sont pas en activité ». Le rachat est une mise au tombeau.

Un mobile plus personnel s’ajoute à la logique économique : les cousins Laurent (les « consorts Laurent », neveux du maître de verrerie Lanoir) fondent la même année une verrerie à Saint-Galmier pour Badoit, en concurrence directe avec Richarme, et Lanoir les a soutenus contre lui. La neutralisation de Lanoir réglait aussi ce compte. « De bonne guerre. »

Le lien entre les Laurent et les Lanoir passe par les femmes : au mariage de Louis-Irénée Lanoir en 1843, Paul Laurent figure parmi les témoins comme « beau-frère de l’époux ». Les Laurent sont donc entrés dans la famille en épousant une sœur de Louis-Irénée (Cécile ou Élise Lanoir, toutes deux présentes et signataires de l’acte de 1843) ; leurs fils, neveux du « vieux Lanoir », sont les « Laurent-Lanoir » que Pelletier dit avoir dirigé un temps l’usine — d’où le nom composé, et la cohérence de leur place dans l’indivision de 1882.

Ce mobile est confirmé par la presse de novembre 1882 : le Mémorial de la Loire annonce que « MM. Laurent frères, neveux et associés de M. Irénée Lanoir », installent à Saint-Galmier, d’accord avec la Compagnie des Eaux de Saint-Galmier (Badoit), un four à gaz destiné à la fabrication exclusive de bouteilles pour eaux minérales, d’une capacité de huit millions de bouteilles par an — leur fabrication de bouteilles à Rive-de-Gier étant « très importante ». Les Laurent, parents et associés de Lanoir, basculent donc vers la bouteille d’eau minérale l’année même de la vente Lanoir, marchant droit sur le terrain de Richarme. Éteindre l’usine Lanoir, c’était couper les vivres à des alliés devenus rivaux.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était établie au quartier de Rochefolle / Montjoint, au sud de Chantegraine, dont elle est proche mais distincte (la verrerie de Folletête fait la charnière entre les deux quartiers). Elle occupait la parcelle 666, entre la rue de la Barrière (parallèle à l’ancienne Route de Lyon, et qui devait son nom à une barrière d’octroi) et la rue Rochefolle (perpendiculaire, au pied de la montagne de Rochefolle). Le grand tènement des fours portait le nom de Montjoint.

Extrait du plan cadastral de 1811 montrant le quartier de Rochefolle avec la parcelle 666 (verrerie Brochier, Fleurdelix puis Lanoir). Section C, cote 1678VT8_30 © Archives départementales de la Loire
Extrait du plan cadastral de 1811 montrant l'emprise de la verrerie dans le quartier de Rochefolle (parcelles 661 à 669), avec la parcelle 666 (halle de verrerie), la parcelle 673 (maison du commis Claude Binachon en 1826), et la parcelle 674 (maison Léon Fleurdelix). Section C, cote 1678VT8_30 © Archives départementales de la Loire.

Le site s’inscrit dans le chapelet de verreries que les fondateurs ont aligné du nord au sud, en très peu d’années, le long de la Route de Lyon et du canal : Claudius (nord, Chantegraine), Folletête (charnière), Lanoir (sud, Rochefolle). En 1882, l’usine Lanoir est encore mitoyenne, à l’est, de la propriété de la Compagnie Générale des Verreries (les anciens sites Claudius et Folletête) : les destins voisins se touchent jusqu’au bout.

État actuel

Aucun vestige de la halle de verrerie n’a survécu, mais on trouve encore quelques habitations qui étaient d’anciennes dépendances de l’immense complexe industriel. Le quartier en conserve le nom : une rue du Quartier Lanoir subsiste au nord-ouest. La maison de maître des Lanoir, sur l’ancienne Rue de Lyon, est l’actuel 59 rue Jean-Jaurès.

Carte du site

À venir — report de la parcelle 666 et du tènement de Montjoint sur le plan cadastral, annoté.


Personnages liés

  • Mathieu Brochier : bourgeois de Rive-de-Gier, constructeur et propriétaire-bailleur du four (av. 1792). Beau-père de Joannès Fleurdelix.
  • Les frères Allimand : premiers exploitants (amodiation 1792), venus de chez Claudius ; première dynastie verrière de Rive-de-Gier.
  • Léon Fleurdelix (Joseph Marie Léon, 1799-) : exploitant dans les années 1820 ; héritier Brochier par alliance.
  • Charles-Irénée Lanoir (père, 1790-1858) : franc-comtois de Miellin, gendre de Joseph Neuvesel, fondateur de « Lanoir et Cie ».
  • Louis-Irénée Lanoir (fils, 1818-1884) : dernier propriétaire Lanoir.
  • Claude Binachon (Rive-de-Gier, 1777-1834) : contremaître « habile et dévoué » de la société de Rochefolle. Commis à la verrerie des Allimand (1805-1806), puis directeur de verrerie (1822, sous Fleurdelix), enfin manufacturier (1834) ; lié aux Raspillaire et allié aux Allimand. L’homme de l’art qui assura la continuité technique du site.
  • Melchior de Neuvesel : copropriétaire indivis (par alliance Fleurdelix), acquéreur du lot des fours en 1882, revendeur aux Richarme en 1883.

Éléments techniques

La production a évolué d’un site artisanal vers une grande usine intégrée. À l’origine (Allimand, Fleurdelix) : bouteilles et verre à vitres. Sous les Lanoir s’ajoutent les verres de couleur et vitraux (1840-1842), une spécialité rare. En fin de course, l’usine est équipée de fours à gaz alimentés par gazogènes, technologie de pointe du dernier tiers du XIXe siècle, et dispose de toute la chaîne du verre plat (étenderie) et d’ateliers de pilage des matières mus par machine à vapeur. L’inventaire de la vente de 1882 décrit halles, fours, étenderie reconvertie, verrerie de couleurs, entrepôts à bouteilles et logements d’ouvriers sur plus de 16 000 m².


Contexte social

La verrerie Lanoir illustre, sur un siècle, la mutation du métier : du four amodié à une famille d’ouvriers-maîtres (les Allimand, 1792) à la grande usine capitalistique à fours à gaz et machine à vapeur (Lanoir, 1880), employant de nombreux ouvriers logés sur place ( les recensements montrent encore en 1891 des verriers « Rue de la Barrière »). Sa fin dit aussi la brutalité de la concentration verrière de la fin du siècle : la crise du verre à vitres (concurrence belge et allemande) pousse les établissements à se rabattre sur la bouteille, où les plus puissants (Richarme, Neuvesel) éliminent les autres, y compris par le rachat-fermeture, et y compris entre parents et associés.

La presse judiciaire éclaire la vie d’atelier, rude et alcoolisée. Un règlement en vigueur dans les verreries de Rive-de-Gier veut que « tout ouvrier ivre, outre l’amende qu’il encourt, doit être expulsé immédiatement de l’atelier » — et il s’appliquait à la verrerie Lanoir. En mai 1867, un étendeur s’y présenta « après s’être livré à de trop copieuses libations » ; le contremaître lui ayant interdit de travailler, une rixe éclata, l’ouvrier porta plainte, et l’affaire remonta jusqu’à la cour impériale de Lyon, qui relaxa le contremaître (juin 1867). En septembre 1880, une autre rixe nocturne, « grande rue Feloin », opposa des ouvriers verriers : le magasinier de la verrerie Lanoir, le sieur Coin, y reçut « plusieurs coups de casse-tête » sur le crâne, et deux ouvriers furent poursuivis pour blessures volontaires. Ces faits divers disent la réalité sociale derrière la grande usine : un monde ouvrier nombreux, discipliné par le règlement et l’amende, mais où l’alcool et la violence affleurent.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

  • Pelletier sur l’origine de Tours Allimand. Il le dit « né dans le Jura, originaire de Bitche » ; l’acte de décès de 1811 le donne « originaire de Plancher » (Haute-Saône). C’est l’acte primaire qui clot le débat.

  • La confusion Pomme / Rochefolle. Pelletier laisse entendre que Lanoir reprend « la verrerie de son beau-père [Neuvesel] », ce qui ferait croire que Rochefolle appartenait aux Neuvesel. Ce sont deux sites distincts : Lanoir dirige d’abord la Pomme (effectivement une propriété de Neuvesel) à partir de 1824, puis reprend Rochefolle (Brochier-Fleurdelix) en s’associant à Fleurdelix. Rochefolle n’a jamais été une fondation Neuvesel. Les Neuvesel y entrent plus tard, par alliance Fleurdelix, et y gardent des parts jusqu’en 1883.

  • Les deux Irénée Lanoir. Charles-Irénée (le père, de Miellin, 1790-1858) et Louis-Irénée (le fils, 1818-1884) portent le même prénom d’usage. La raison sociale « Irénée Lanoir et Cie », invariable dans les almanachs, ne permet pas de dater la succession ; seule l’état civil (mort du père en 1858) la situe.

Points non résolus

  • La direction de l’usine entre les deux Lanoir. Pelletier écrit qu’« à sa mort, les verreries furent dirigées par ses neveux MM. Laurent-Lanoir », mais Charles-Irénée meurt en 1858, et son fils Louis-Irénée (1818-1884) dirige l’usine jusqu’à la vente de 1882. On sait désormais que le père s’est retiré de la société dès le 3 novembre 1852 (acte Me Guillot), du vivant : la transmission au fils se fait donc en 1852, et non à la mort de 1858. La place exacte des neveux Laurent-Lanoir dans cette succession (gérance transitoire ? co-direction opérationnelle ?) reste à élucider, d’autant que les Laurent sont copropriétaires indivis en 1882.
  • La date de construction du four Brochier (antérieure à l’amodiation de 1792, non précisée).
  • Les verriers « Rue de la Barrière » en 1891 ne signalent pas une activité du site. Après le rachat-fermeture de 1883, le tènement a sans doute servi d’entrepôt ; les verriers qu’on y recense en 1891 (en faible nombre) y étaient logés, non pour la production mais éventuellement employés à la manutention. La rue de la Barrière était bien l’emplacement de dépendances et de logements. Un ouvrier logé là pouvait rejoindre à pied l’usine Richarme de Montjoint (≈ 1 km, le long de la Route de Lyon où passait le tramway à vapeur). Ainsi l’ancêtre du chercheur, Jean-Baptiste Haour, verrier à bouteilles, est domicilié Rue de la Barrière en 1888, entre un passage chez Duchet à Montluçon (1887) et chez Neuvesel à Givors (1891), sans que cela implique une activité verrière sur le site même. Les fours étaient d’ailleurs déjà démoli à cette date : en juin 1888, une pétition d’habitants de la commune, reproduite par le Mémorial de la Loire, range parmi les causes de la décadence locale « l’abandon total et la démolition des verreries Lanoir » (aux côtés du transfert à Givors de la gobeleterie de la Compagnie Générale et de la liquidation de cette dernière). La démolition de l’usine Lanoir est donc intervenue entre la vente de 1883 et 1888.

Sources consultées

Le récit repose sur Pelletier (1887, p. 203-205, à filtrer) et Michel (t. 2, pour le parcours franc-comtois des Lanoir), recoupés par les almanachs du commerce, les recensements (1872, 1891) et surtout les annonces de presse de la vente par licitation de 1882 (Salut Public, Mémorial de la Loire), qui décrivent l’usine lot par lot et nomment les copropriétaires. La cession finale aux Richarme (1883) est documentée par la purge d’hypothèques. Le détail des cotes et liens figure dans les sources.

Personnages associés

Verriers

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Galerie

Sources

livre Les Verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre (1887, p. 203-205) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5393702h/f235.item

Source principale du récit (Brochier, amodiation Allimand 1792, société Fleurdelix-Lanoir, Lanoir et Cie, verres de couleur 1840-1842, acquisition Richarme). À filtrer : Pelletier dit Tours Allimand « né dans le Jura, originaire de Bitche » (faux : Plancher, Haute-Saône, selon l'acte de 1811) et télescope la Pomme et Rochefolle.

livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — Michel, Guy-Jean (t. 2, p. 618-619)

Parcours de Charles-Irénée Lanoir : associé-gérant d'Henri Bolot à Miellin (accord du 14 août 1813), époux d'Anne Marie Neuvesel (1813) ; quitte la Franche-Comté en 1824 (société dissoute le 1er mai 1824, reconstituée avec ses frères) pour Rive-de-Gier.

autre Almanachs du commerce de Rive-de-Gier (relevés) (éditions 1820-1833)

« Fleur-de-Lys » / « Léon Fleur-de-Lix » (bouteilles et vitres) 1820-1829, puis « Lanoir et co. » à partir de 1832 : bascule Fleurdelix → Lanoir vers 1830-1832. « Irénée Lanoir et Cie » invariable ensuite (la succession père/fils ne s'y lit pas).

article Facture Irénée Lanoir et Cie (1830)

Atteste la raison sociale « Irénée Lanoir et Cie » dès 1830.

etat civil Recensement de Rive-de-Gier (Irénée Lanoir, maître de verreries) — AD Loire (1872, 6M559, vue 157) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta761e1f85a1c7b729/img:FRAD042_35_6M559_187_0157

Irénée Lanoir (le fils, Louis Irénée), maître de verreries, 52 ans, Rue de Lyon, épouse Noémie Teillard. Maison = actuel 59 rue Jean-Jaurès.

article Vente par licitation des immeubles de l'ancienne société Irénée Lanoir et Cie (8 lots) — Le Salut Public ; Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (31 août 1882 (annonces des 22 août et 11 septembre 1882)) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/11-septembre-1882/231/1748411/3

Vente au tribunal civil de Saint-Étienne, propriété indivise de MM. de Charrin, de Neuvesel, Flory, Lanoir et consorts Laurent. Description détaillée : fours à gaz et gazogènes, ancienne étenderie reconvertie, verrerie de verres de couleur, ateliers de pilage, machine à vapeur, logements ; 3e lot (16 605 m², quartier de Montjoint) seul avec fours. Lots 4-7 remportés par Louis Irénée Lanoir (38 600 F). Confins : rue de la Barrière, rue Rochefolle, Route de Lyon, et propriété de la Compagnie Générale des Verreries à l'est.

archive notariale Vente du 3e lot (fours) à Richarme frères ; purge d'hypothèques — Le Salut Public (acte du 26 février 1883 ; purge déposée 17 juillet 1883 (annonce 19 août 1883)) https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=42LEREPUBLIC-18830819-P-0003.pdf

Melchior de Neuvesel (acquéreur du 3e lot à la licitation) revend le tènement des fours à gaz aux Richarme frères, maîtres verriers à Égarande, le 26 février 1883.

etat civil Recensement de Rive-de-Gier (verriers Rue de la Barrière) — AD Loire (1891, 6M565, vues 170 et suiv.) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtab591117f69e72472/img:FRAD042_35_6M565_187_0174

Nombreux verriers résidant « Rue de la Barrière » en 1891 : présence verrière encore vive dans le quartier (résiduelle ou sous Richarme).

archive notariale Retrait de Charles-Irénée Lanoir père de la société (acte Me Guillot) — L'Industrie (11 novembre 1852, p. 4/4 (acte du 3 novembre 1852)) https://www.retronews.fr/journal/lindustrie/11-novembre-1852/4/ab755d54-675e-43cb-b47a-92cd84aae1de

« M. Irénée Lanoir père, maître de verreries, s'est retiré purement et simplement du commerce Irénée Lanoir et compagnie, formé par acte du 3 octobre 1840. La raison sociale conserve la même dénomination. » DATE le retrait du père (1852, du vivant ; il meurt en 1858) et la transmission au fils.

article Renouvellement de la société Irénée Lanoir et Cie (commandite ; retour de Léon Fleurdelix) — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (5 mai 1859, p. 4/4 (acte du 25 avril 1859)) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/05-mai-1859/4/6fc212be-a585-426f-aa93-950169acaa72

La société (acte Me Hutter du 31 décembre 1842, Louis-Irénée Lanoir associé en nom collectif + un commanditaire) prend fin le 31 décembre 1859 ; une nouvelle est formée au 1er janvier 1860 entre Louis-Irénée Lanoir (nom collectif, signature sociale) et Léon Fleurdelix (commanditaire). Atteste la structure en commandite et le retour de Fleurdelix comme bailleur de fonds.

article Rixe à la verrerie Lanoir : un étendeur ivre et le contremaître (procès) — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (21 juin 1867, p. 2/4) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/21-juin-1867/2/53d18ec7-d2ba-42cb-b53c-11063f119894

Règlement des verreries de Rive-de-Gier : « tout ouvrier ivre doit être expulsé immédiatement de l'atelier ». Rixe du 5 mai 1867 entre un étendeur ivre et le contremaître ; relaxe confirmée par la cour impériale de Lyon. Document sur la discipline d'atelier.

article Rixe nocturne : le magasinier Coin de la verrerie Lanoir blessé — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (15 septembre 1880, p. 3/5) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/15-septembre-1880/3/52241060-bc72-4e6c-97de-8af598d3e899

Rixe « grande rue Feloin » entre ouvriers verriers ; le magasinier de la verrerie Lanoir, sieur Coin, blessé à coups de casse-tête ; deux ouvriers (Piot et Philipp) poursuivis.

article Les Laurent frères installent une verrerie pour Badoit à Saint-Galmier — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (27 novembre 1882, p. 2/4) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/27-novembre-1882/2/cafe9bac-40ed-4f34-a6eb-723dd674adb3

« MM. Laurent frères, neveux et associés de M. Irénée Lanoir », installent à Saint-Galmier, d'accord avec la Compagnie des Eaux (Badoit), un four à gaz pour bouteilles d'eaux minérales (8 millions/an). Confirme le mobile de l'élimination de Lanoir : bascule des Laurent (parents et associés de Lanoir) vers la bouteille d'eau minérale, sur le terrain de Richarme.

article Pétition d'habitants : « abandon total et démolition des verreries Lanoir » — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (8 juin 1888, p. 3/4) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/08-juin-1888/3/c50bcb96-7d48-4b3d-8495-0638a82b749d

Parmi les causes de la décadence de la commune, la pétition cite « l'abandon total et la démolition des verreries Lanoir » et « le transfert à Givors de la gobeleterie de la Société générale des Verreries de la Loire et du Rhône ». Date la démolition entre 1883 et 1888.

etat civil Mariage de Claude Binachon et Louise Revol (témoin Joseph Raspillaire) — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1800-1801, 3 E 187_44, vues 47-48/83) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaa0aabe596c46bdf2/img:AD04209_1MIEC187X5_00143

8 brumaire an IX (30 octobre 1800). Claude Binachon, né à Rive-de-Gier le 17 février 1777, fils d'Antoine Binachon (propriétaire) et de Françoise Collet, épouse Louise Revol. Témoin : Joseph Raspillaire. Premier lien Binachon-Raspiller.

etat civil Naissances Binachon (Claude « commis à la verrerie de MM. Allimand ») — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1804-1806, 3 E 187_48 et 187_49) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaec08678821452e13/img:AD04209_1MIEC187X5_00551

1805 et 1806. Claude Binachon, « commis à la verrerie de Messieurs Allimand », domicilié à Rive-de-Gier. Atteste son emploi chez les Allimand sur le four de la Barrière.

etat civil Mariage de Claude Binachon et Jeanne Desvignes (Binachon « directeur de verrerie » ; témoin Léon Fleurdelix) — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1822, 3 E 187_12, vue 100/164) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaed9e22461eb8f6a8/img:AD04212_3E187_012_0101

10 juillet 1822. Claude Binachon, « directeur de verrerie », veuf de Louise Revol, se remarie. Témoin : Joseph Marie Léon Fleurdelix, propriétaire de verreries. Atteste l'ascension de Binachon (commis → directeur) et son lien avec Fleurdelix.

etat civil Mariage d'Antoine Binachon (fils ; Claude dit « manufacturier » défunt ; témoin Pierre Allimand) — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1836, 3 E 187_17, vue 186/325) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta8662093c55093769/img:AD04212_3E187_017_0187

22 octobre 1836. Antoine Binachon (fils de Claude), négociant, épouse Jeanne Marie Imbert. Claude Binachon, défunt, est dit « manufacturier » († 13 mars 1834). Témoin : Pierre Allimand, directeur de verreries, beau-frère de l'épouse. Atteste l'alliance Binachon-Allimand.

etat civil Mariage de Pierre Allimand (« directeur de verreries », fils de Joseph « aussi directeur de verreries ») — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1824, 3 E 187_12, acte n°24, vue 149/259) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta8cf42cf2e294dcf7/img:AD04212_3E187_012_0564

24 avril 1824. Pierre Allimand, « directeur de verreries », né à Rive-de-Gier le 20 novembre 1793, veuf d'Adélaïde Raspilaire, fils de Joseph Allimand « aussi directeur de verreries » et d'Étiennette Chambeyron. Atteste Joseph et Pierre Allimand comme directeurs de verreries à Rive-de-Gier (sites non précisés) et un nouveau lien Allimand-Raspiller.

etat civil Mariage de Louis-Irénée Lanoir et Irma Noémie Teillard (témoin Paul Laurent, beau-frère) — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, Mariages-décès 1843, 3 E 187_20, acte n°5, vue 5/180) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaea174044b3cedce4/img:AD04212_3E187_020_0439

15 janvier 1843. Au mariage de Louis-Irénée Lanoir, Paul Laurent figure comme « beau-frère de l'époux » (et les sœurs Cécile et Élise Lanoir signent l'acte) : établit que les Laurent sont entrés dans la famille en épousant une sœur de Louis-Irénée, d'où les « Laurent-Lanoir ».

article Tradition : introduction du verre à Rive-de-Gier (Foletête, Claudius, Mousnier, 1785) — L'Écho de Rive-de-Gier ; Mémorial de la Loire (17 août 1924 ; 23 août 1925)

Récits tardifs (fête de la Saint-Laurent) attribuant l'introduction du verre à Rive-de-Gier en 1785 à « Foletête, Claudius et Mousnier ». Le nom de Mousnier (fondateur d'un éventuel 3e établissement de 1785) n'est pas confirmé par les sources primaires : tradition à vérifier, non établie. Ces articles mêlent les époques et les statuts (gentilshommes / bourgeois) et sont à manier avec prudence.