Verrier

Louis Irénée Lanoir

21 février 1818 — 21 septembre 1884

Maître de la verrerie Lanoir à Rive-de-Gier

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Biographie

Résumé

Louis Irénée Lanoir (Servance, 21 février 1818 — Rive-de-Gier, 21 septembre 1884) est le dernier maître de la verrerie Lanoir. Fils de Charles Irénée Lanoir, le maître franc-comtois qui avait fondé « Irénée Lanoir et Cie » à Rive-de-Gier, il naît encore en Franche-Comté, à Servance — son père y est alors « maire et propriétaire de la verrerie de Miellin » —, mais grandit et fait toute sa vie à Rive-de-Gier, où la famille s’est installée en 1824.

Il y épouse en 1843 Irma Noémie Teillard, d’une dynastie ripagérienne (les Teillard, manufacturiers et médecins) ; l’acte est dressé par le maire Joseph Michel Robichon. Au retrait de son père (1852), il prend seul la tête de l’usine de Rochefolle/Montjoint et la porte à son apogée : grands fours à gaz, verres de couleur, plus de 16 000 m² d’ateliers. Le recensement de 1872 le montre « maître de verreries », rue de Lyon, dans la maison qui est aujourd’hui le 59 rue Jean-Jaurès.

Mais il est aussi l’homme de la chute. L’usine, devenue propriété indivise (Lanoir, Neuvesel, Laurent, Charrin, Flory), est vendue par licitation en 1882. Louis Irénée rachète plusieurs lots — dont la maison familiale —, mais le cœur industriel, les fours, lui échappe : acquis par Melchior de Neuvesel, il passe en 1883 aux Richarme, qui l’éteignent. Louis Irénée meurt deux ans plus tard, « rentier », ayant vu disparaître l’œuvre de son père.


Le fils de la transplantation

Louis Irénée Lanoir naît le 21 février 1818 à Servance (Haute-Saône), dans les derniers temps de l’aventure franc-comtoise de sa famille : son père, Charles Irénée Lanoir, y est alors « maire et propriétaire de la verrerie de Miellin » (l’acte de naissance le dit ainsi, même s’il n’est que copropriétaire avec Henri Bolot). Sa mère est Marie Anne Neuvesel, fille du maître verrier Joseph Neuvesel, de Givors. Six ans après sa naissance, en 1824, toute la famille quitte la Franche-Comté pour Rive-de-Gier ; Louis Irénée grandit donc ripagérien, héritier d’une transplantation dont son père est l’artisan.

Contrairement à son père — qui fut le pont entre deux mondes —, Louis Irénée appartient tout entier au monde ripagérien. Il n’a pas connu Miellin adulte ; sa vie est celle d’un industriel du Gier, dans la grande usine que son père a bâtie.


L’alliance Teillard (1843)

Le 15 janvier 1843, Louis Irénée épouse Irma Noémie Teillard, née à Rive-de-Gier en 1821, fille du docteur Jean Baptiste Teillard et nièce d’Antoine Teillard aîné, manufacturier en verrerie et ancien maire. C’est une alliance dans la notabilité ripagérienne : les Teillard sont une vieille famille de la ville, présents dans la verrerie (les Verreries Rondes des Teillard) comme dans les professions libérales. L’acte est dressé par le maire Joseph Michel Robichon — un autre nom du grand entrelacs verrier — et compte parmi les témoins Paul Laurent (beau-frère de l’époux, des futurs « consorts Laurent ») et Antoine Teillard aîné. Le mariage inscrit Louis Irénée au cœur de l’élite industrielle locale.


L’apogée de l’usine (1852-1882)

Louis Irénée prend la direction effective de l’usine de Rochefolle/Montjoint au retrait de son père, formalisé par l’acte Me Guillot du 3 novembre 1852 : Charles Irénée Lanoir « s’est retiré purement et simplement » de la société, dont la raison sociale est conservée. Le fils, qui détenait déjà la signature sociale (l’acte Me Hutter du 31 décembre 1842 le nomme associé en nom collectif), devient alors seul maître de l’affaire — six ans avant la mort de son père (1858). Sous sa conduite, et celle des neveux Laurent-Lanoir, dont Pelletier dit qu’ils participèrent à la direction, l’établissement connaît son apogée technique : il se dote de grands fours à gaz alimentés par gazogènes, conserve la fabrication des verres de couleur, et s’étend sur plus de 16 000 m² au quartier de Montjoint, avec halles, étenderie, ateliers de pilage à vapeur, entrepôts et logements d’ouvriers. C’est l’un des plus vastes ensembles verriers de Rive-de-Gier (verrerie Lanoir).

La structure juridique reste celle d’une commandite que Louis Irénée reconstitue périodiquement sans changer de nom : la société formée le 31 décembre 1842 prend fin le 31 décembre 1859, et une nouvelle se forme au 1er janvier 1860 entre Louis-Irénée Lanoir (associé en nom collectif, seul détenteur de la signature) et Léon Fleurdelix (commanditaire). Le recensement de 1872 le montre « maître de verreries », 52 ans, vivant rue de Lyon avec son épouse et trois domestiques, en notable établi. La maison — l’actuel 59 rue Jean-Jaurès — restera dans la mémoire locale comme la « maison Lanoir ».


La chute (1882-1884)

L’usine n’appartient plus aux seuls Lanoir : au fil des héritages et des alliances, elle est devenue propriété indivise (Lanoir, de Neuvesel, Flory, de Charrin, consorts Laurent). Sur fond d’effondrement du verre à vitres et de guerre commerciale sur la bouteille, les copropriétaires décident la vente. Le 31 août 1882, l’ensemble est adjugé par licitation en huit lots devant le tribunal de Saint-Étienne.

Louis Irénée, désigné comme « ancien propriétaire », rachète les lots 4 à 7 pour 38 600 francs — dont le lot 4, qui contient la maison familiale rue de Lyon. Mais il ne peut retenir le 3e lot, le seul comportant les fours à gaz : c’est Melchior de Neuvesel, son parent par alliance, qui l’emporte, avant de le revendre dès 1883 aux Richarme, lesquels éteignent (l’usine Lanoir). Louis Irénée sauve la maison ; il perd la verrerie.

Il meurt le 21 septembre 1884, à 66 ans, « rentier », veuf, rue de Lyon — deux ans après la dispersion de l’œuvre paternelle, déclaré par deux neveux (un propriétaire et un notaire). Avec lui s’éteint l’ère Lanoir à Rive-de-Gier.


Erreurs et incertitudes

  • Le piège des deux Irénée. Père (Charles Irénée, 1790-1858) et fils (Louis Irénée, 1818-1884) portent le même prénom d’usage « Irénée », et la raison sociale « Irénée Lanoir et Cie » est restée invariable : les almanachs ne permettent pas de dater la transition. Mais l’acte Me Guillot du 3 novembre 1852 tranche : le père se retire à cette date, et le fils — déjà détenteur de la signature sociale en 1842 — dirige seul dès 1852, six ans avant la mort du père (1858).
  • La place des neveux Laurent-Lanoir dans la direction (Pelletier les mentionne) reste à préciser par rapport à celle de Louis Irénée.
  • Le sort de la fortune Lanoir après 1884 : Louis Irénée meurt rentier, veuf ; sa descendance et le devenir de la maison familiale sont à documenter.

Sources

Biographie fondée sur les actes d’état civil de Haute-Saône (Servance) et de la Loire (Rive-de-Gier : mariage 1843, recensement 1872, décès 1884), sur les annonces de presse de la reconstitution sociale (1852, 1859) et de la vente par licitation de 1882. Le détail des cotes et liens figure dans les sources.

Frise chronologique

Naissance

Fils de Charles Irénée Lanoir, « maire et propriétaire de la verrerie de Miellin », et de Marie Anne Neuvesel. Déclaré le 22.

21 février 1818
15 janvier 1843
Mariage

Épouse Irma Noémie Teillard. Lui « négociant manufacturier », rue de Lyon. Acte dressé par Joseph Michel Robichon, maire. Témoins : Paul Laurent (beau-frère de l'époux), Antoine Teillard aîné (oncle d…

Maître de verreries (Irénée Lanoir et Cie)

Détient la signature sociale d'Irénée Lanoir et Cie dès avant 1859 (acte Me Hutter du 31 décembre 1842 le nommant associé en nom collectif), et prend seul la direction au retrait formel de son père (a…

vers 1852 — 1882
3 novembre 1852
Événement

Retrait formel de son père Charles Irénée Lanoir de la société Irénée Lanoir et Cie (acte Me Guillot, enregistré le 5 ; publié dans L'Industrie du 11 novembre 1852). La raison sociale est conservée. L…

Événement

Vente par licitation, en 8 lots, des immeubles de l'ancienne société Irénée Lanoir et Cie (propriété indivise). Louis Irénée Lanoir, « ancien propriétaire », remporte les lots 4-5-6-7 pour 38 600 F (s…

31 août 1882
21 septembre 1884
Décès

Mort à 66 ans, rentier, veuf, rue de Lyon. Déclaré par deux neveux.

Parcours géographique

1 verrerie

Sources

  • etat civil Naissance de Louis Irénée Lanoir — Mairie de Servance (AD Haute-Saône, Servance, NMD 1818, vue 11/87) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vta2fea46c448579f43/daogrp/0/11

    21 février 1818 (déclaré le 22). Présenté par son père « Irénée Lanoir, maire et propriétaire de la verrerie de Miellin », 27 ans, et déclaré fils de Marie Anne Neuvesel, 20 ans.

  • etat civil Mariage de Louis Irénée Lanoir et Irma Noémie Teillard — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, Mariages-décès 1843, 3 E 187_20, acte n°5, vue 5/180) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaea174044b3cedce4/img:AD04212_3E187_020_0439

    15 janvier 1843. Louis Irénée Lanoir, négociant manufacturier né à Servance le 21 février 1818, fils d'Irénée Lanoir et de défunte Marie Anne Neuvesel ; épouse Irma Noémie Teillard, fille de feu Jean Baptiste Teillard (docteur médecin) et de Jeanne Marie Michaud. Acte dressé par le maire Joseph Michel Robichon.

  • article Retrait de Charles Irénée Lanoir père de la société Irénée Lanoir et Cie (acte Me Guillot, 3 novembre 1852) — L'Industrie (11 novembre 1852, p. 4/4) https://www.retronews.fr/journal/lindustrie/11-novembre-1852/4/ab755d54-675e-43cb-b47a-92cd84aae1de

    « M. Irénée Lanoir père, maître de verreries, demeurant à Rive-de-Gier, s'est retiré purement et simplement du commerce Irénée Lanoir et compagnie » (acte Me Guillot du 3 novembre 1852, enregistré le 5). La raison sociale est conservée. Établit que Louis Irénée dirige seul dès 1852, six ans avant la mort de son père.

  • article Reconstitution de la société en commandite (Lanoir en nom collectif, Léon Fleurdelix commanditaire) — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (5 mai 1859, p. 4/4) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/05-mai-1859/4/6fc212be-a585-426f-aa93-950169acaa72

    La société formée le 31 décembre 1842 (acte Me Hutter) entre Louis-Irénée Lanoir, associé en nom collectif, et un commanditaire, prend fin le 31 décembre 1859 ; une nouvelle est formée au 1er janvier 1860 entre Louis-Irénée Lanoir (nom collectif) et Léon Fleurdelix (commanditaire). Confirme que la signature sociale appartient à Louis Irénée seul dès avant 1859.

  • etat civil Recensement de Rive-de-Gier (Irénée Lanoir, maître de verreries) — AD Loire (1872, 6M559, vue 157) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta761e1f85a1c7b729/img:FRAD042_35_6M559_187_0157

    Irénée Lanoir, maître de verreries, 52 ans, rue de Lyon, avec son épouse Noémie Teillard (45 ans) et trois domestiques ; voisine Cécile Lanoir, rentière. Maison = actuel 59 rue Jean-Jaurès.

  • article Vente par licitation des immeubles de l'ancienne société Irénée Lanoir et Cie — Le Salut Public ; Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire (31 août 1882 (annonces des 22 août et 11 septembre 1882)) https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/11-septembre-1882/231/1748411/3

    Louis Irénée Lanoir, « ancien propriétaire », remporte les lots 4-7 (38 600 F), surenchéris le 6 septembre 1882 par Jean Lora. Le 3e lot (fours) va à Melchior de Neuvesel.

  • etat civil Décès de Louis Irénée Lanoir — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, Décès 1884, 3 E 187_42, acte n°321, vue 83/112) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtab4e9f395d3d34d3a/img:AD04212_3E187_042_0496

    21 septembre 1884. « Louis Irénée Lanoir, 66 ans, rentier, natif de Servance, veuf d'Irma Noémie Teillard, fils de feu Irénée Lanoir et de Marie Anne Neuvesel », mort rue de Lyon. Déclaré par deux neveux (Béthonod et Guillot).