Verrier

Charles Irénée Lanoir

24 décembre 1790 — 13 août 1858

Maître verrier franc-comtois ; fondateur de la société Irénée Lanoir et Cie

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Biographie

Résumé

Charles Irénée Lanoir (Faucogney-et-la-Mer, 24 décembre 1790 — Rive-de-Gier, 13 août 1858) est un maître verrier franc-comtois dont la trajectoire incarne, mieux que toute autre, la continuité entre les verreries de Franche-Comté et celles du Lyonnais-Forez. Neveu d’Henri Bolot (par sa mère, née Bolot), gendre de Joseph Neuvesel (par son mariage), il est au carrefour des deux plus puissants réseaux verriers de l’est et de la région lyonnaise.

Sa vie se partage en deux moitiés. Franc-comtoise d’abord : héritier par sa mère de la verrerie de Miellin, il en devient l’associé et le gérant pour le compte de son oncle Bolot (accord de 1813). Ripagérienne ensuite : en 1824, il quitte la Franche-Comté pour Rive-de-Gier, où il dirige d’abord la verrerie de la Pomme (celle de son beau-père Joseph Neuvesel), puis s’associe à Fleurdelix pour reprendre les verreries de Rochefolle (la future verrerie Lanoir). Après le retrait de Fleurdelix, il donne son nom à la société « Irénée Lanoir et Cie », qui deviendra l’un des plus vastes établissements verriers de la ville.

Son mariage de 1813, célébré à Givors, est à lui seul un raccourci de tout ce monde : l’acte est dressé par Victor Robichon, la procuration des parents de l’époux est portée par Henri Bolot, et les témoins sont des Neuvesel. Lanoir, Bolot, Neuvesel, Robichon, les quatre dynasties qui feront le verre du Rhône et du Gier, y sont réunies en une seule page. Charles Irénée Lanoir est le fil qui les relie toutes.


Une ascendance au cœur du verre franc-comtois

Charles Irénée Lanoir naît le 24 décembre 1790 à Faucogney-et-la-Mer (Haute-Saône), dans une famille de la bourgeoisie de robe : son père, Guillaume Ignace Lanoir, est avocat, conseiller au bailliage de Vesoul puis juge au tribunal de Lure. Mais c’est par sa mère que passe le verre. Claude Marguerite Bolot, qu’épouse son père en 1788 à Servance, est fille d’Ignace Bolot (avocat, coseigneur d’Ancier) et de Catherine Schmid, et surtout sœur d’Henri Bolot, le futur maître des verreries de Miellin, de Malbouhans et de Givors.

L’acte de mariage de ses parents (Servance, 1788) est déjà un condensé du réseau : on y trouve Catherine Schmid signant « Schmid Bolot » (elle dirigeait alors la verrerie de Miellin, héritée de son propre père), Melchior Grésely (copropriétaire de Miellin), Henri Bolot (le frère de la mariée), et Jean Jacob, négociant à Plancher-les-Mines, ce même Plancher d’où venaient les Allimand, premiers verriers de Rive-de-Gier. Charles Irénée grandit donc au centre d’un entrelacs Bolot-Schmid-Grésely qui contrôle les verreries des Vosges comtoises.


La phase franc-comtoise : gérant de Miellin (1813-1824)

En 1813, deux événements scellent son entrée dans le métier. Le 14 août, son oncle Henri Bolot, qui réside à Givors et a besoin d’un homme de confiance sur place, fait de lui, par un accord formel, son associé et le gérant de la verrerie de Miellin. Et le 28 novembre, à Givors, il épouse Marie Anne Neuvesel, fille de Joseph Neuvesel, associé des verreries de Givors (« Bolot, Neuvesel et Cie »). Le mariage est un acte-monde : célébré par Victor Robichon (adjoint au maire et coprorpiétaire de la Verrerie royale de Givors), avec la procuration d’Henri Bolot pour les parents de l’époux et les Neuvesel comme témoins. À 23 ans, Lanoir est désormais lié par le sang ou l’alliance à toutes les grandes maisons du verre régional.

Sous sa gérance, la verrerie de Miellin prospère jusqu’en 1818. Mais le problème du bois (combustible des verreries forestières comtoises) devient critique ; Bolot crée alors Malbouhans, mieux placée et pouvant être approvisionnée en houille. Et en 1824, Lanoir fait un choix décisif : il abandonne la Franche-Comté pour Rive-de-Gier, où l’attire la verrerie de son beau-père. La société de Miellin est dissoute le 1er mai 1824, puis aussitôt reconstituée avec ses deux frères. La phase comtoise s’achève ; commence la phase ripagérienne.


La phase ripagérienne : de la Pomme à Lanoir et Cie (1824-1858)

À Rive-de-Gier, Lanoir dirige d’abord la verrerie de la Pomme, propriété de son beau-père Joseph Neuvesel, qui réside à Givors. Puis, vers la fin des années 1820, il s’associe à Léon Fleurdelix pour reprendre les verreries de Rochefolle (parcelle 666, l’ancien four Brochier-Allimand). Il en fait une société avec quatre fours (deux à bouteilles, un à vitres, un à verre de couleurs), avec le contremaître Binachon. Quand Fleurdelix se retire, la société prend le nom qui la rendra célèbre : « Irénée Lanoir et Cie », attesté dès une facture de 1830.

Facture des Verreries de Rive-de-Gizer, Irénée Lanoir et Cie datée du 12 octobre 1830. © Collection privée Arnaud Balandras.
Facture des Verreries de Rive-de-Gizer, Irénée Lanoir et Cie datée du 12 octobre 1830. A cette date, la verrerie produit déjà du verre à vitres, de couleurs, des bouteilles en verre noir et clair, toute la gamme qui sera la sienne durant cinquante ans. © Collection privée Arnaud Balandras.

Sous sa direction, l’établissement ajoute à ses bouteilles et son verre à vitres une production de verres de couleur et de vitraux (dès 1830, et non 1840 comme l’affirme Pelletier). Devenu notable de Rive-de-Gier, Lanoir réside dans une demeure cossue de la rue de Lyon et possède une maison de campagne au lieu-dit Bourbouillon, où meurt sa femme en 1842. Il se retire de la société le 3 novembre 1852 (acte Me Guillot), laissant la direction à son fils, Louis Irénée Lanoir, et s’éteint lui-même le 13 août 1858, à 68 ans, « propriétaire et ancien manufacturier ».


Portée : le pont entre deux mondes verriers

La famille Lanoir, écrira-t-on, « fait un admirable pont entre Servance/Miellin et Rive-de-Gier », entre deux mondes que sépare une distance considérable mais qui sont en réalité la continuité l’un de l’autre, avec Givors comme relais. Charles Irénée en est l’artisan : par sa naissance comtoise (Bolot, Schmid), par son métier (gérant de Miellin pour Bolot), par son alliance (Neuvesel de Givors), et par son installation à Rive-de-Gier (la verrerie de la Pomme, puis sa propre société), il relie en une seule vie la verrerie forestière des Vosges comtoises, le verre houiller de Givors, et la grande industrie ripagérienne. Sa trajectoire illustre la migration des familles verrières comtoises vers le Sud-Est au début du XIXe siècle, un déplacement qui n’est pas une rupture mais un transfert de savoir-faire, de capitaux et d’alliances, du bois vers la houille, de la forêt vers la ville.


Erreurs et incertitudes

  • La date de mort : 1858, et non 1838. Pelletier (et plusieurs notices à sa suite) donnent Charles Irénée Lanoir « mort en 1838 ». L’acte de décès de Rive-de-Gier établit sans ambiguïté le 13 août 1858. L’erreur de Pelletier a parfois conduit à confondre la succession père-fils.
  • « Inhumé à Miellin selon son vœu » (Pelletier) : non confirmé par l’acte de décès, qui le dit mort à Bourbouillon (Rive-de-Gier), mais tout-à-fait plausible.
  • La place des neveux Laurent-Lanoir : Pelletier les dit directeurs « à sa mort » ; mais le père se retire dès 1852 et l’usine passe au fils Louis-Irénée. Leur rôle reste à préciser.

Sources

Biographie fondée sur les actes d’état civil de Haute-Saône (Faucogney, Servance), du Rhône (Givors) et de la Loire (Rive-de-Gier), et sur Guy-Jean Michel (t. 2) pour le parcours franc-comtois ; Pelletier (1887) pour le récit ripagérien, à corriger sur la date de mort. Le détail des cotes et liens figure dans les sources).

Frise chronologique

Naissance

Fils de Guillaume Ignace Lanoir (homme de loi) et de Marguerite Bolot. Baptisé le 25.

24 décembre 1790
1813 — 1824
Associé et gérant

Par accord du 14 août 1813, Henri Bolot (son oncle, résidant à Givors) en fait son associé et le gérant de la verrerie de Miellin (Franche-Comté). Il y reste jusqu'en 1824, où il quitte la Franche-Com…

Mariage

Épouse Marie Anne Neuvesel. Acte dressé par Victor Robichon (adjoint), procuration d'Henri Bolot pour les parents de l'époux. Témoins : Melchior Neuvesel et Henri Neuvesel (oncles de l'épouse, directe…

28 novembre 1813
1824 — vers 1830
Directeur

En quittant la Franche-Comté (1824), il vient diriger à Rive-de-Gier la verrerie de la Pomme, propriété de son beau-père Joseph Neuvesel (Pelletier). Étape intermédiaire avant Rochefolle.

Événement

Dissolution de la société de Miellin et départ pour Rive-de-Gier. La société est aussitôt reconstituée avec ses deux frères. Fin de la phase franc-comtoise.

1er mai 1824
vers 1830 — 1852
Cofondateur et maître de verreries

S'associe à Fleurdelix pour reprendre les verreries de Rochefolle (parcelle 666) ; après le retrait de Fleurdelix, la société devient « Irénée Lanoir et Cie » (facture de 1830). Y développe bouteilles…

Décès

Décès de son épouse Marie Anne Neuvesel, à 44 ans, en sa maison de campagne de Bourbouillon. Déclaré rue Rochefolle.

29 mai 1842
13 août 1858
Décès

Mort à 68 ans, « propriétaire et ancien manufacturier », veuf.

Parcours géographique

3 verreries

Sources

  • etat civil Baptême de Charles François Joseph Irénée Lanoir — Paroisse de Faucogney-et-la-Mer (AD Haute-Saône, Faucogney-et-la-Mer, BMS 1782-1792, EC 227 EDEPOT 8, vue 235/286) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vta7e3d9075da991277/daogrp/0/235

    24 décembre 1790 (baptisé le 25). Fils de Guillaume Ignace Lanoir et de Marguerite Élisabeth Gabriel Bolot. Parrain Charles Antonin Lanoir (oncle), marraine Claude Françoise Sarrazin, veuve de Sébastien Bolot.

  • etat civil Mariage des parents (Guillaume Ignace Lanoir et Claude Marguerite Bolot) — Paroisse de Servance (AD Haute-Saône, Servance, BMS 1785-1788, 3 E 489_10, vues 223-224/265) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vta1f4c2b463d3d4518/daogrp/0/223

    31 mars 1788. Mariage de Guillaume Ignace Lanoir (conseiller au bailliage de Vesoul) et Claude Marguerite Bolot, fille de feu Ignace Bolot (coseigneur d'Ancier) et de Catherine Schmid « de la verrerie de Miellin ». Témoins : Melchior Joseph Célestin Grésely (copropriétaire de Miellin), Henri Bolot (frère de l'épouse), Jean Jacob (négociant à Plancher-les-Mines). Acte-clé du réseau franc-comtois.

  • etat civil Mariage de Charles Irénée Lanoir et Marie Anne Neuvesel — Mairie de Givors (AD Rhône et Métropole de Lyon, Givors, Mariages 1813, 4 E 1405, vues 30-31/33) https://archives.rhone.fr/ark:/28729/kw2750d13phn/a2eea281-e6f2-4921-beaa-c9b70364d421

    28 novembre 1813. Charles François Joseph Irénée Lanoir, « copropriétaire et associé à la verrerie de Miellin », épouse Marie Anne Neuvesel, fille de Joseph Neuvesel. Acte dressé par Victor Robichon (adjoint) ; procuration d'Henri Bolot pour les parents de l'époux ; témoins Melchior et Henri Neuvesel.

  • etat civil Décès de Marie Anne Neuvesel (épouse) — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, Mariages-décès 1842, 3 E 187_20, acte n°182, vue 115/173) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta9117b7fe602d4492/img:AD04212_3E187_020_0242

    29 mai 1842. Anne Marie Neuvesel, native de Saint-Bérain-sur-Dheune, épouse d'Irénée Lanoir, morte à 44 ans en sa maison de campagne de Bourbouillon ; déclarée rue Rochefolle.

  • etat civil Décès de Charles Irénée Lanoir — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, Décès 1858, 3 E 187_28, acte n°248, vue 65/108) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta19b5631644f0be50/img:AD04212_3E187_028_0324

    13 août 1858. « Charles Irénée Lanoir, propriétaire et ancien manufacturier, 68 ans, natif de Miélin, veuf de Marie Anne Neuvesel », mort au lieu de Bourbouillon. ÉTABLIT la date de mort réelle (1858), contre l'erreur courante de 1838.

  • archive notariale Retrait de Charles-Irénée Lanoir père de la société (acte Me Guillot) — L'Industrie (11 novembre 1852, p. 4/4 (acte du 3 novembre 1852)) https://www.retronews.fr/journal/lindustrie/11-novembre-1852/4/ab755d54-675e-43cb-b47a-92cd84aae1de

    « M. Irénée Lanoir père, maître de verreries, s'est retiré purement et simplement du commerce Irénée Lanoir et compagnie. » Date le retrait du commerce (1852, du vivant) et la transmission de la direction au fils Louis-Irénée.

  • livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — Michel, Guy-Jean (t. 2, p. 618-619)

    Accord du 14 août 1813 faisant de Lanoir l'associé et gérant de Bolot à Miellin ; départ pour Rive-de-Gier en 1824 ; dissolution-reconstitution de société avec ses frères.

  • livre Les Verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre (1887, p. 203-204)

    « Les Lanoir sont une vieille famille verrière de la Franche-Comté ; ils étaient dans la verrerie de Miélin. M. Charles-Irénée Lanoir était gendre de M. de Neuvesel ; il dirigea d'abord la verrerie de la Pomme […]. Il s'associa bientôt avec M. Fleurdelix pour l'exploitation des verreries de Rochefolle. » NB : Pelletier donne « mort en 1838 » — erreur (l'acte donne 1858).