Verrerie
Verrerie royale de Miellin
1730 — 1836
Aussi connue sous : Verrerie royale de Miellin · Société (Catherine Schmid, Grésely et associés) · Bolot et Cie
Disparue — avec vestigesUne source à partager, une erreur à signaler ? Écrivez-moi →
Noms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie royale de Miellin est l’une des grandes verreries forestières des Vosges comtoises, et le berceau de plusieurs des dynasties qui feront, un siècle plus tard, la fortune verrière du bassin du Gier. Fondée en 1730 dans les bois du domaine royal, en amont du village de Miellin (alors hameau de Servance, en Haute-Saône), par sept maîtres verriers venus des verreries de Ronchamp et de Saint-Nicolas (Rougemont-le-Château), elle est établie sur concession royale des coupes de bois, ce qui lui vaut le nom de « royale ». Son noyau fondateur réunit les familles Schmid, Raspiller et Robichon — des patronymes germaniques venus de Forêt-Noire, passés par Lucelle et Ronchamp, qui essaimeront ensuite dans toute l’Europe du verre.
Miellin produit surtout du verre à vitre de bonne qualité (15 000 carreaux par mois en 1744), ainsi que des bouteilles et de la gobeleterie d’assortiment, écoulés principalement sur le marché de Lyon. C’est le plus rentable des trois établissements verriers des Vosges comtoises au milieu du XVIIIe siècle. En 1749, l’un de ses maîtres, Michel Robichon, fonde la verrerie de Givors tout en gardant ses ouvreaux à Miellin : la verrerie comtoise devient ainsi la matrice du grand mouvement de descente des verriers francs-comtois vers le Rhône, puis vers Rive-de-Gier.
Au tournant du siècle, les parts se concentrent entre les mains de Catherine Schmid (1749-1814), qui « tisse sa toile avec une patience arachnéenne » et fait de la verrerie une affaire de clan, transmise à ses fils Bolot et à son neveu par alliance Charles Irénée Lanoir. L’épuisement des forêts conduit à fonder Malbouhans (1819) ; le départ de Lanoir pour Rive-de-Gier (1824) et la mort d’Henri Bolot (1826) précipitent le déclin. La verrerie de Miellin cesse définitivement son activité en 1836, après plus d’un siècle d’existence.
Historique
Fondation et premières années (1729-1744)
Une verrerie avait existé antérieurement au XVIIIe siècle à quelques centaines de mètres en amont du village ; c’est peut-être ce précédent qui amena les verriers à solliciter l’autorisation de fonder, dans les bois du domaine royal, un nouvel établissement. Par soumissions des 15 décembre 1729 et 5 mars 1730 devant les commissaires de la réformation des bois du Comté de Bourgogne, sept maîtres verriers demandent la concession de deux cantons de bois — la Ravalle et la Goutte-Radère, dépendant de la gruerie de Château-Lambert — soit mille arpents (510,7 ha) de part et d’autre du torrent de la Doue-de-l’Eau. L’arrêt du Conseil du Roi du 22 avril 1730 leur est tout à fait favorable : il accorde la coupe et l’exploitation des deux forêts sur cinquante ans, le droit de bâtir douze maisons de maîtres, six baraques d’ouvriers et les halles des fours, d’établir deux scieries sur le ruisseau, de faire des cendres, de prendre sables et pierres. Un conflit avec les habitants de Servance, qui revendiquent le pâtis comme communal, est réglé à l’amiable par une indemnité de 180 livres.
La demande est signée par sept hommes issus de deux verreries. Les uns, venus de Ronchamp, forment un fort noyau Schmid : trois frères, Joseph, Ours et Jean-Jacques Schmid, leur cousin Nicolas, auxquels s’est joint Pierre Raspiller, époux de Reine Schmid. Les autres viennent de la verrerie de Saint-Nicolas (Rougemont-le-Château) : Joseph Schaub, son domestique Jean Alleman, et Michel Robichon, qui s’impose rapidement comme maire de la nouvelle verrerie. Très tôt, des unions matrimoniales scellent l’amalgame et assurent la cohésion interne de l’établissement — trait fondateur de toute l’histoire verrière comtoise.
En 1744, la verrerie compte six maîtres et quatre ouvriers verriers, deux fondeurs ou attiseurs, quatre porteurs de fourgons, huit bûcherons et quatre voituriers. Elle ne chôme que deux mois par an et produit surtout du verre à vitre de bonne qualité, « néanmoins fort clair » : 15 000 carreaux par mois, contre 1 000 bouteilles et 2 000 pièces d’assortiment. Son chiffre d’affaires annuel atteint 185 000 livres, ce qui en fait le plus rentable des trois établissements verriers des Vosges comtoises ; la plus grande partie de son verre part sur le marché de Lyon.
La matrice du Rhône : Givors (1749)
L’année 1749 est capitale, non pour Miellin elle-même, mais pour toute la suite de l’histoire verrière française. Cette année-là, Michel Robichon, tout en gardant ses ouvreaux à Miellin, crée à Givors une importante fabrique de bouteilles, puis de verre à vitre, et y emmène la fidèle famille Alleman. L’événement n’a pas d’incidence immédiate sur Miellin : l’épouse de Robichon, Anne Marie Raspiller, continue d’y résider, ainsi que son fils Michel et son gendre Ours Schmid, et lui-même fait le va-et-vient jusqu’à sa mort en 1765, lors d’un déplacement à Porrentruy. Mais le pli est pris : c’est de Miellin que part le filon verrier vers le Rhône (voir la section « Le berceau »).
Le combat pour le bois (1765-1789)
Toute la vie économique de Miellin est commandée par la ressource forestière, qui s’épuise plus vite que prévu. La concession de 1730 devait courir cinquante ans, jusqu’en 1782 ; mais dès 1765, les verriers constatent qu’« après trente ans d’exploitation ils en auront encore pour six mois » seulement. Le sol s’est révélé ingrat — « pays de montagnes remplis de rochers », forêts trouées de « vides considérables », arbres rabougris par les frimas. L’arrêt du Conseil d’État du 3 décembre 1765 autorise de nouvelles coupes à prix réduit (10 livres l’arpent), le bois n’étant plus qu’un taillis. La faillite, en 1772, du maître de forges Jean François Guy permet aux verriers de racheter le Bois du Fray (170 arpents sur pied) pour 31 500 livres, gagnant dix ans de sursis. En 1786, de nouveau « à la veille de manquer d’aliments », ils sollicitent les coupes des Lochottes et du Fray ; l’arrêt du Conseil d’État du 20 décembre 1789 les leur accorde, dans un calendrier strict. La verrerie tient, mais sous la menace permanente de la pénurie de combustible — la fragilité structurelle de toute verrerie forestière.
Catherine Schmid, ou le clan (1782-1809)
Les deux dernières décennies du siècle marquent un tournant : les ouvreaux se concentrent peu à peu entre les mains d’une seule personne, Catherine Schmid (1749-1814), fille d’Ours Schmid, mariée à l’avocat au parlement Ignace Bolot (dit d’Ancier), qui en meurt maître de verrerie en 1782. Veuve, Catherine continue, « avec une patience arachnéenne », à racheter ou amodier les parts des autres maîtres — partis vers les verreries de Savoie, du Piémont, d’Italie, de Suisse ou d’Allemagne. En 1786, elle détient six ouvreaux sur dix ; Joseph Abraham Grésely en a deux. Après la mort de Grésely (1787), la société associe Catherine Schmid, Melchior Joseph Célestin Grésely, Jean-Baptiste Bolot et Claude François Xavier Clerget. Elle intègre même Célestin Grésely au clan familial en lui donnant sa fille Martine en mariage (1793). La verrerie, portée sur la liste des biens nationaux à la Révolution, échappe à l’aliénation grâce au statut de bon patriote d’Henri Joseph Bolot, fils de Catherine, qui sert dans les armées de la République : on s’en tient au statu quo.
Le 2 novembre 1809, âgée et souhaitant « se retirer entièrement des affaires de Commerce », Catherine Schmid cède tout ce qu’elle possède à Miellin à ses deux fils (Henri et Gabriel Bolot) et à son gendre (Grésely) pour 37 800 livres, se réservant la jouissance de sa maison. Tant qu’elle réside à Miellin, une répartition du travail tient le clan en équilibre : Henri Bolot dirige Givors, Célestin Grésely sa verrerie de la Saulnaire, Gabriel Bolot celle de Roye, commune aux quatre. Le retrait de l’arbitre va rompre cet équilibre.
Bolot et Lanoir (1812-1819)
La mort de Gabriel Bolot (6 mars 1812), « sous l’administration duquel la verrerie de Miellin a été à son point le plus florissant », dénoue la situation. Le 2 décembre 1812, un arrangement amiable dissout la société : Miellin va aux Bolot et Lanoir, Roye à Grésely. Henri Bolot, résidant à Givors où il est maire depuis 1806, a besoin d’un homme de confiance sur place : il introduit son neveu Charles Irénée Lanoir, lui cédant un ouvreau dès le 8 novembre 1813, le cinquième de Miellin pour 17 500 F le 2 décembre 1813, puis le tiers des droits dans la société « Bolot et Cie » le 14 août 1814, dont il fait le directeur appointé (800 francs par an, puis 1 600, avec maison, jardin, champ, cheval et vache). Lanoir fait la preuve de ses capacités en accroissant spectaculairement les profits de 1813 à 1818.
Déclin et fin (1819-1836)
La cession de Roye à Grésely prive Miellin d’un site mieux placé et d’une halle de travail en alternance. Surtout, les hivers trop longs et la pénurie de bois rendent l’exploitation difficile. En 1818, Henri Bolot et Irénée Lanoir demandent l’autorisation d’établir une nouvelle verrerie à Malbouhans, mieux située, près de la route royale de Paris à Bâle et de bois hérités par l’épouse de Bolot ; sans attendre l’autorisation, ils lancent les travaux, achevés en octobre 1819. Mais Miellin connaît, de 1819 à 1824, une série d’années déficitaires. Le 1er mai 1824, Henri Bolot doit prendre acte de la décision de son neveu : Lanoir abandonne les Vosges comtoises pour créer sa propre entreprise à Rive-de-Gier, auprès de son beau-père Joseph Neuvesel. Bolot reconstitue aussitôt une société avec Delphin Lanoir, mais après sa propre mort (1826), l’affaire décline rapidement. La verrerie de Miellin cesse définitivement en 1836. La demeure du directeur devient maison forestière en 1837 ; Malbouhans recueille les derniers verriers et se maintient jusque vers 1900. Les autres partent vers la région lyonnaise ou le Nord.
Le berceau : Miellin → Givors → Rive-de-Gier
Miellin n’est pas seulement une verrerie : c’est une source. De ce point haut des Vosges comtoises descend, sur près d’un siècle, le filon humain qui peuplera les grandes verreries du Rhône et de la Loire. Le mécanisme est limpide, et il se lit dans les actes.
Premier saut : Miellin → Givors (1749). Michel Robichon, maire de Miellin, fonde Givors sans quitter Miellin, et y emmène les Alleman. Mais le lien est plus profond que ce seul transfert. Michel Robichon père (Ligsdorf, 1693 — Porrentruy, 1765) est le beau-père d’Ours Schmid ; sa fille Anne Élisabeth, veuve d’Henri Enard, épouse en secondes noces Michel Robichon fils ; et Joseph Enard — cofondateur, avec les deux Robichon, de la verrerie royale de Givors — est le frère d’Henri Enard, résidant surtout à Lyon, où il fut le représentant commercial de Miellin. Givors naît donc d’un trio (Robichon père, Robichon fils, Enard) entièrement issu de l’orbite de Miellin. Le « goulot de Givors », ce point de passage par lequel transitent les dynasties verrières comtoises avant de se disperser, prend ici sa source.
Second saut : Givors → Rive-de-Gier (1824). Trois quarts de siècle plus tard, le même mécanisme rejoue, d’un cran plus au sud. Charles Irénée Lanoir, neveu d’Henri Bolot (lui-même petit-fils de Catherine Schmid), dirige Miellin ; il a épousé en 1813 Marie Anne Neuvesel, fille de Joseph Neuvesel, associé aux verreries de Givors. En 1824, il quitte Miellin pour reprendre, à Rive-de-Gier, la verrerie de son beau-père, puis fonde la société Irénée Lanoir et Cie. De Miellin à Rive-de-Gier, en passant par Givors, c’est une chaîne ininterrompue d’alliances : Schmid → Bolot → Lanoir, doublée de Robichon → Enard → Neuvesel. Les mêmes familles, les mêmes mariages, le même savoir-faire, transplantés du Ballon de Servance au bassin du Gier.
Cette filiation à trois étages — Forêt-Noire/Soleure → Miellin (Franche-Comté) → Givors → Rive-de-Gier — est l’ossature même de l’histoire verrière que documente Radix Vitri. Miellin en est le maillon comtois fondateur, le lieu où les patronymes germaniques venus du Sud de l’Allemagne et du Jura suisse se sont fixés, alliés, puis remis en mouvement vers le Sud français.
Situation géographique
Localisation
La verrerie était implantée dans les bois du domaine royal, à quelques centaines de mètres en amont du village de Miellin, de part et d’autre du ruisseau de la Doue-de-l’Eau (ou ruisseau de Miellin), qui descend du Ballon de Servance. Miellin, alors simple hameau de la paroisse de Servance (Haute-Saône), n’est érigée en commune qu’en 1821 — d’où l’hésitation des actes entre « Servance » et « Miellin » pour un même lieu. Les forêts concédées (la Ravalle / le Droit et l’Envers derrière Miellin au nord, la Goutte-Radère au sud) couvraient les deux versants escarpés du vallon, dans la gruerie de Château-Lambert.
Le site verrier
Vers 1799, l’établissement groupe, autour de la grande halle où se trouvent les fours, cinq halles plus petites abritant les fours à étendre le verre, six magasins, un bâtiment pour le lessivage des cendres, un autre « pour le battant à piler la terre », ainsi que les maisons d’habitation — six pour les maîtres et neuf pour les ouvriers. S’y ajoutent une forge, un moulin et une scierie, qui utilisent la force hydraulique de la Doue-de-l’Eau. C’est un véritable petit village industriel forestier, autonome, isolé en altitude.
État actuel
Le site, purement forestier, a été rendu à la forêt après la fermeture de 1836. La demeure du directeur est devenue maison forestière en 1837. Aucun bâtiment verrier ne subsiste ; seuls demeurent des emplacements, la toponymie locale et le tracé du ruisseau qui actionnait les machines.
Carte du site
À venir — report des cantons de bois concédés (la Ravalle, la Goutte-Radère) et de l’emprise de la verrerie d’après les arrêts de concession et les plans de la gruerie de Château-Lambert.
Personnages liés
- Catherine Schmid (Miellin, 1749 — Miellin, 1814) — fille d’Ours Schmid, veuve de l’avocat Ignace Bolot ; concentre les parts de la verrerie et en fait une affaire de clan. La grande figure de Miellin. catherine-schmid à créer.
- Michel Robichon (Ligsdorf, 1693 — Porrentruy, 1765) — l’un des sept fondateurs, maire de la verrerie ; fonde Givors en 1749. Souche des Robichon de Givors et de Rive-de-Gier.
- Ours (Urs) Schmid (vers 1701 — Miellin, 1774) — fondateur, gendre de Michel Robichon père, père de Catherine Schmid.
- Joseph Enard (Fessevillers, 1713 — Pierre-Bénite, 1790) — cofondateur de la verrerie royale de Givors, représentant commercial de Miellin à Lyon.
- Henri Bolot — fils de Catherine Schmid, maire de Givors (1806), associé directeur ; introduit son neveu Lanoir à Miellin. henri-bolot à créer.
- Charles Irénée Lanoir (Faucogney, 1790 — Rive-de-Gier, 1858) — directeur de Miellin (Bolot et Cie), neveu d’Henri Bolot ; part fonder Irénée Lanoir et Cie à Rive-de-Gier en 1824. charles-irenee-lanoir.
- Joseph Abraham Grésely, puis Melchior Joseph Célestin Grésely — coassociés ; Célestin fonde la verrerie de la Saulnaire et reçoit Roye à la scission de 1812.
Éléments techniques
Miellin est avant tout une verrerie à vitre : en 1744, elle produit 15 000 carreaux de verre à vitre par mois, contre seulement 1 000 bouteilles et 2 000 pièces d’assortiment (gobeleterie). Son verre à vitre, « de bonne qualité, quoique commun, néanmoins fort clair », puis « légèrement teinté en vert », était réputé : sa renommée s’étendait jusqu’à Toulouse, et il restait demandé sur le marché lyonnais en 1799 encore, malgré la concurrence de Givors et de Pierre-Bénite. La verrerie travaillait par campagnes, ne chômant que deux mois par an.
Le combustible est le bois des forêts concédées, transformé sur place (les cendres servent de fondant, lessivées dans un bâtiment dédié). C’est la dépendance au bois qui commande toute l’histoire du site : chaque épuisement de coupe déclenche une démarche auprès du Conseil d’État, et c’est finalement la pénurie de combustible — autant que les hivers rigoureux — qui pousse à fonder Malbouhans puis à fermer Miellin. La force hydraulique de la Doue-de-l’Eau actionnait la scierie, le moulin et le battant à piler la terre (à creusets).
Contexte social
Miellin est l’archétype de la verrerie forestière de clan. Loin de tout, en altitude, elle forme une petite communauté autarcique soudée par les alliances matrimoniales : dès la fondation, les unions entre Schmid, Raspiller, Robichon, Schaub et Alleman cimentent l’établissement. Cette endogamie verrière est la clé de la survie et de la transmission : les parts d’ouvreau circulent par héritage et par mariage, et c’est par elle que Catherine Schmid peut, en une génération, rassembler la quasi-totalité de la verrerie.
La main-d’œuvre est composée de familles aux patronymes germaniques (Schmid, Hug, Moller, Greiner, Grésely, Raspiller, Haour, Brischoux) venues de Forêt-Noire, de Lucelle et de Ronchamp. Beaucoup essaiment ensuite : « plusieurs des descendants des auteurs de cet établissement résident actuellement séparés les uns des autres ; certains sont dans la verrerie de Sales en Savoie, d’autres dans les verreries de Piémont et d’Italie, plusieurs dans les cantons de Berne, Lausanne et Vaud en Suisse, et beaucoup en Allemagne ». Miellin diffuse ainsi une main-d’œuvre verrière dans toute l’Europe — et singulièrement vers le Rhône. À la fermeture, les derniers verriers de Malbouhans seront, eux, « pour la plupart enfants de paysans autochtones, initiés sur place au travail du verre » : signe que le vieux fonds de maîtres germaniques s’était dispersé.
Ancêtres d’Arnaud Balandras à Miellin
Miellin n’est pas seulement un objet d’étude : c’est, pour le concepteur de Radix Vitri, un lieu d’origine familiale. Plusieurs de ses ancêtres verriers y ont vécu et travaillé, ce qui fait de cette fiche l’une des plus personnelles du site.
Jean Baptiste Haour (verrerie de Wildenstein à Oderen, 1723 — verrerie de Miellin, 1765), souffleur de verre, est le plus ancien ancêtre attesté dans la paroisse de Servance. Il y épouse, le 8 janvier 1747, Anne Barbe Moller (verrerie Saint-Nicolas de Rougemont-le-Château, 1724 — Roye, 1795). Les grands-parents de l’épouse forment à eux seuls un Who’s Who verrier : Joseph Moller, souffleur ; Élisabeth Hug, fille de souffleur ; Michael Greiner, souffleur ; Marie Barbe Grésely, fille de souffleur. De ce mariage naît notamment Claude Haour (Miellin, 1760), qui fera tous les métiers du verre : chamoiseur à Miellin (1783), composeur à Givors (1784), tamiseur en verre à vitre (1790-1792), souffleur (1798), de nouveau composeur chez Bolot, Neuvesel et Cie (1808), « verrier » (1813), enfin « journalier » à sa mort (1831) : une vie entière scandée par le verre, de Miellin à Givors.
Jean Baptiste Brischoux (verrerie des Essarts-Cuenot, 1744 — verrerie de Varades, 1789), souffleur en verre à vitre, travaille à Miellin de 1758 (parrain à quatorze ans) à 1768, avant de gagner Pierre-Bénite. Il épouse à Servance, le 8 juin 1766, Marguerite Sonnet, fille d’un « exploitant des bois de Miellin ». Les Brischoux sont une famille de marchands de verre très liée aux Enard : le père de Jean Baptiste, Jean Jacques Brischoux, avait épousé Marie Barbe Enard, tante de Joseph Enard, et la mère de Joseph Enard étant elle-même tante de Jean Baptiste, les deux hommes étaient « doubles cousins ».
Enfin Nicolas Haour (verrerie de Wildenstein à Oderen, 1739 — Givors, 1790) fut souffleur à Miellin (attesté entre 1778 et 1781), puis tamiseur à Givors (1784-1790) : un autre fil reliant directement le berceau comtois à la descente vers le Rhône.
Ces ancêtres incarnent, à hauteur d’homme, la grande migration que cette fiche décrit : des souffleurs venus des verreries vosgiennes et alsaciennes (Wildenstein, Saint-Nicolas, les Essarts-Cuenot), fixés un temps à Miellin, puis entraînés vers Givors dans le grand mouvement de 1749 et des décennies suivantes.
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
-
Le « Nicolas Schmid » fondateur. Guy-Jean Michel compte, parmi les sept signataires de la demande de concession, un cousin « Nicolas Schmid ». Aucune trace généalogique n’en a été retrouvée à ce jour : il pourrait s’agir d’une erreur de lecture ou de transcription. À vérifier sur les actes originaux de la soumission de 1729-1730.
-
« Tours Allimand né dans le Jura ». La tradition rapportée par Pelletier (reprise dans la fiche Lanoir) fait naître Tours Allimand « dans le Jura » ; son acte de décès (Rive-de-Gier, 1811) le dit « originaire de Plancher » (Haute-Saône). Ce point ne concerne pas directement Miellin, mais illustre la prudence requise sur les origines géographiques transmises par la tradition.
-
Anne Catherine Raspiller (seconde épouse de Samuel Schmid). De nombreuses dates et lieux contradictoires circulent pour ce personnage ; en l’absence de certitude, Radix Vitri s’abstient de trancher.
Points non résolus
- Les dates des deux incendies qui ont sinistré la verrerie entre 1743 et 1765 (et l’ampleur des dégâts) sont inconnues : les copropriétaires eux-mêmes invoquaient, en 1789, la destruction de leurs titres et papiers par ces incendies pour justifier l’absence de quittances.
- La verrerie antérieure au XVIIIe siècle, « à quelques centaines de mètres en amont du village », évoquée par Michel : sa date, ses exploitants et son sort restent à documenter.
- Le devenir précis de la main-d’œuvre dispersée (Savoie, Piémont, Italie, Suisse, Allemagne) offre autant de pistes pour relier Miellin à d’autres établissements européens.
- La localisation cadastrale fine des bâtiments verriers et leur emprise exacte restent à établir.
Sources consultées
La source de référence est Guy-Jean Michel, Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle (1989, tome II, pp. 95-100), qui fournit l’ossature historique complète : fondation, concessions et conflits forestiers, concentration des parts par Catherine Schmid, société Bolot-Lanoir, déclin et fermeture. Radix Vitri prolonge ce travail par la généalogie des familles (Schmid, Raspiller, Robichon, Enard, Bolot, Haour, Brischoux), reconstituée d’après les actes paroissiaux et d’état civil de Servance puis Miellin (AD Haute-Saône). Les arrêts du Conseil du Roi et du Conseil d’État (1730, 1765, 1789) bornent la chronologie des concessions de bois. Le détail des cotes et liens figure dans les sources.
Note méthodologique. Cette fiche est, plus que d’autres, à la croisée de l’histoire industrielle et de la généalogie : Miellin est à la fois un établissement majeur de la verrerie forestière comtoise et le point d’origine de plusieurs lignées (dont des ancêtres directs du concepteur du site). Les deux approches s’y renforcent : la généalogie éclaire les alliances qui font la cohésion du clan verrier, et l’histoire économique explique les migrations que la généalogie retrace.
Personnages associés
Personnalités
Sources
Source principale et de référence pour l'histoire de Miellin : fondation, concessions de bois, conflits forestiers, concentration des parts par Catherine Schmid, société Bolot-Lanoir, déclin et fermeture. Radix Vitri prolonge ce travail par la généalogie des familles (Schmid, Raspiller, Robichon, Enard, Haour, Brischoux).
Concession de deux cantons de bois (la Ravalle / le Droit et l'Envers derrière Miellin, et la Goutte-Radère), 1 000 arpents (510,7 ha) dans la gruerie de Château-Lambert, exploitables sur cinquante ans. Autorise la construction des douze maisons de maîtres, six baraques d'ouvriers, halles et fours, deux scieries.
Autorise de nouvelles coupes dans les mêmes forêts à 10 livres l'arpent, le bois n'étant plus qu'un taillis après 35 ans d'exploitation (au lieu des 52 prévus).
Renouvelle l'adjudication des bois au profit de la société Catherine Schmid / Grésely, dans un calendrier strict de coupes. Confirme l'épuisement progressif de la ressource forestière.
Base de la reconstitution généalogique des familles de Miellin (Schmid, Raspiller, Robichon, Bolot, Haour, Brischoux). Notamment : mariage Ours Schmid / Anne Marie Robichon (21 novembre 1735), mariage Jean Baptiste Haour / Anne Barbe Moller (8 janvier 1747), mariage Jean Baptiste Brischoux / Marguerite Sonnet (8 juin 1766).