Personnalité

Catherine Schmid

3 décembre 1749 — 28 octobre 1814

Maîtresse de la verrerie royale de Miellin, matriarche du clan Schmid-Bolot

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Biographie

Portrait

Catherine Schmid (verrerie de Miellin, 3 décembre 1749 — verrerie de Miellin, 28 octobre 1814) est la grande figure de la verrerie royale de Miellin au tournant des XVIIIe et XIXe siècles : la femme qui, par héritage, mariage et rachats patients, rassembla en ses mains la quasi-totalité de l’établissement, et en fit une affaire de clan transmise à ses fils Bolot puis, par eux, jusqu’à Rive-de-Gier. Toute sa vie tient dans un seul lieu — la verrerie où elle naît et où elle meurt —, mais ce lieu, elle le domine et le transmet comme peu d’hommes de son temps.

Elle est, par sa naissance même, au croisement de deux des familles fondatrices de Miellin : fille du maître verrier Ours (Urs) Schmid, l’un des sept fondateurs de 1730, et de Marie Robichon, fille de Michel Robichon père — celui-là même qui fonda Givors en 1749. Par son sang, Catherine réunit déjà le Schmid et le Robichon ; par ses actes, elle y ajoutera le Bolot et le Grésely. Sa vie est l’histoire d’une concentration.

L’héritière de deux familles

Catherine naît à la verrerie de Miellin le 3 décembre 1749, dans la communauté verrière soudée que forment, en altitude, les familles germaniques venues de Forêt-Noire et de Ronchamp. Sa double ascendance est sa première force : du côté paternel, les Schmid, noyau dur des fondateurs ; du côté maternel, les Robichon — sa mère Marie Robichon est fille de Michel Robichon père —, l’autre grande lignée, qui essaime alors vers Givors. À la mort de son père Ours Schmid, elle hérite de parts d’ouvreau dans la verrerie — premier socle d’un patrimoine qu’elle ne cessera d’agrandir.

Le mariage Bolot (1770) : l’avocat devenu maître de verrerie

Le 22 janvier 1770, en la chapelle de Miellin, Catherine — « âgée d’environ vingt ans » — épouse Ignace Bolot, avocat au parlement demeurant à Faucogney, « âgé d’environ vingt cinq ans », fils de défunt Claude François Bolot et d’Anne Daval. L’alliance est révélatrice de l’attractivité sociale de la verrerie : par ce mariage, l’homme de loi devient maître de verrerie. Le nom « d’Ancier » qui s’attachera à la descendance n’est pas une seigneurie acquise par Ignace lui-même : c’est le nom de la branche familiale des Bolot de Faucogney, porté dans l’acte par son frère Jean-Baptiste Bolot d’Ancier (l’un des témoins), et que les enfants du couple reprendront tous en signant « Bolot d’Ancier ».

L’acte de 1770 est, à lui seul, un raccourci de tout le réseau verrier comtois. Y signent ou y assistent : le père de la mariée, Ours Schmid, qualifié — avec une emphase « légèrement usurpée » — de « gentilhomme verrier » ; Joseph Abraham Grésely, lui aussi dit « gentilhomme verrier » et désigné comme « cousin germain de l’épouse » — ce qui établit par le sang le lien Schmid-Grésely qui, une génération plus tard, se resserrera par le mariage de Martine Bolot (fille de Catherine) avec Célestin Grésely (fils de Joseph Abraham) ; et même Pierre Gabriel Tisserand de Servance, écuyer et co-seigneur de la paroisse. Pour une région aussi reculée, c’est un mariage d’un éclat remarquable, où voisinent la robe (l’avocat, le notaire), l’Église (trois prêtres dont un docteur en théologie) et l’aristocratie verrière locale.

Mais Ignace meurt prématurément, le 8 juillet 1782, à la verrerie de Miellin. Catherine se retrouve veuve — et c’est elle, désormais, qui tiendra les rênes. Ce sont leurs fils, et non l’avocat disparu, qui hériteront vraiment de la verrerie.

La toile arachnéenne (1782-1809)

Veuve, Catherine entreprend ce qui restera son œuvre : la concentration des parts de Miellin. Guy-Jean Michel décrit cette patience comme « arachnéenne » — la maîtresse de Miellin tisse sa toile et y prend, un à un, les derniers propriétaires d’ouvreau. Beaucoup de descendants des fondateurs sont alors partis vers d’autres horizons verriers — la Savoie, le Piémont, l’Italie, les cantons suisses, l’Allemagne — et lui amodient ou lui cèdent leurs places. Vers 1786, elle détient six ouvreaux sur dix ; le reste appartient aux Grésely (Joseph Abraham, puis son fils Melchior Joseph Célestin), avec qui elle s’associe. Elle pousse l’intégration jusqu’à donner sa fille Martine en mariage à Célestin Grésely (1793) : l’associé devient gendre, le clan se referme — et ce mariage ne fait que resserrer un lien de sang préexistant, puisque le père de Célestin, Joseph Abraham Grésely, était déjà « cousin germain » de Catherine (acte de 1770).

Sous sa conduite, la société obtient du Conseil d’État, malgré l’épuisement des forêts, le renouvellement des coupes de bois (arrêt du 20 décembre 1789). À la Révolution, la verrerie, bâtie sur le domaine royal, est portée sur la liste des biens nationaux et menacée d’aliénation ; elle est sauvée notamment grâce au civisme reconnu d’Henri Joseph Bolot, fils de Catherine, soldat de la République — et l’on s’en tient au statu quo. La matriarche maintient ainsi, à travers la tourmente, l’intégrité de l’établissement familial.

La transmission (1809) et la fin

Le 2 novembre 1809, âgée et souhaitant « se retirer entièrement des affaires de Commerce », Catherine Schmid cède tout ce qu’elle possède à Miellin à ses deux fils, Henri et Gabriel Bolot, et à son gendre, pour la somme de 37 800 livres (payable à dix-sept ans, à 5 %), se réservant seulement la jouissance de la maison où elle réside. Cette cession est un tournant : tant qu’elle demeurait à Miellin, une répartition tacite du travail tenait le clan en équilibre (Henri à Givors, Célestin Grésely à la Saulnaire, Gabriel à Roye, Catherine à Miellin). Son retrait fait disparaître l’arbitre capable de calmer le jeu des ambitions, et ouvre la période des recompositions (scission de 1812, montée de Lanoir) qui mènera, à terme, au déclin de Miellin.

Catherine Schmid meurt à la verrerie de Miellin le 28 octobre 1814, à 64 ans, là où elle était née. Avec elle s’éteint la génération qui avait fait de Miellin un fief familial ; mais son œuvre de concentration avait donné à ses fils Bolot les moyens de bâtir, à Givors puis à Rive-de-Gier, une domination verrière qui lui survivra de plusieurs décennies.

Postérité : la matrice d’un clan

Le rôle de Catherine Schmid dépasse de loin la seule verrerie de Miellin. C’est par elle que le capital productif (les parts d’ouvreau, le savoir-faire, les alliances) se transmet à la génération suivante : son fils Henri Bolot portera le nom dans l’industrie verrière de Givors (société Bolot, Neuvesel et Cie) et fondera Malbouhans ; son petit-neveu par alliance Charles Irénée Lanoir, introduit à Miellin par Henri Bolot, descendra à Rive-de-Gier fonder la société Irénée Lanoir et Cie. La chaîne Schmid → Bolot → Lanoir, qui relie le Ballon de Servance au bassin du Gier, prend sa source dans la patiente accumulation de cette femme. Elle est, au sens propre, la matrice d’un clan verrier.

Points non résolus

  • L’acte de naissance précis et sa filiation détaillée méritent une vérification directe sur les registres de Servance (AD Haute-Saône).
  • La part exacte des parts héritées, achetées et amodiées dans la constitution de ses six ouvreaux reste à détailler acte par acte.
  • Le rôle effectif de Catherine dans la gestion technique (par opposition à la propriété et à la stratégie patrimoniale) est mal documenté : dirigeait-elle l’exploitation au quotidien, ou s’appuyait-elle sur des maîtres et contremaîtres ?

Frise chronologique

Naissance

Fille d'Ours Schmid et d'Anne Marie Robichon, à la verrerie de Miellin.

3 décembre 1749
22 janvier 1770
Mariage

Épouse Ignace Bolot, avocat au parlement demeurant à Faucogney (~25 ans), fils de défunt Claude François Bolot et d'Anne Daval. Le mariage fait de l'avocat un maître de verrerie. Témoin notable : Jose…

Maîtresse et propriétaire principale (jusqu'à 6 ouvreaux sur 10)

Hérite des parts de son père Ours Schmid (1774), puis de son mari Ignace Bolot (1782), et complète patiemment son patrimoine jusqu'à détenir six ouvreaux sur dix vers 1786. Pilote la société qui obtie…

vers 1782 — 1809
8 juillet 1782
Événement

Décès de son mari Ignace Bolot, à 47 ans. Catherine, veuve, prend seule la conduite de la concentration des parts de la verrerie.

Événement

Cède tout ce qu'elle possède à la verrerie de Miellin à ses deux fils (Henri et Gabriel Bolot) et à son gendre, pour 37 800 livres payables à 17 ans à 5 %, se réservant la jouissance de sa maison.

2 novembre 1809
28 octobre 1814
Décès

Morte à la verrerie de Miellin, à 64 ans.

Parcours géographique

1 verrerie

Sources

  • livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — Michel, Guy-Jean (1989, tome II, pp. 95-100)

    Source de référence pour le rôle de Catherine Schmid à Miellin : concentration des parts, société avec les Grésely, renouvellement des coupes, transmission de 1809.

  • etat civil Mariage de Catherine Schmid et Ignace Bolot — Paroisse de Servance (chapelle de Miellin) (AD Haute-Saône, Servance, BMS 1766-1770, 3 E 489 5, vue 205/251) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vtace24c27b6cf8af31/daogrp/0/205

    22 janvier 1770, en la chapelle de Miellin. « Catherine fille de Sr Ours Chemid gentilhomme verrier et de fue dame Marie Robichon […] de la verrerie de Miellin paroisse de Servance, âgée d'environ vingt ans », épouse « Sr Ignace fils [de] défunt Sr Claude François Bolot et de demoiselle Anne Daval […] avocat en parlement […] à Faucogney, âgé d'environ vingt cinq ans ». Témoins : Jean-Baptiste Bolot d'Ancier et Claude Sébastien Bolot (frères de l'époux), Pierre Gabriel Tisserand de Servance (co-seigneur de Servance), et Joseph Abraham Grésely, « gentilhomme verrier, cousin germain de l'épouse ». Acte central reliant Schmid, Robichon, Bolot et Grésely.

  • etat civil Actes paroissiaux et d'état civil de Servance / Miellin — Paroisse puis mairie de Servance / Miellin (AD Haute-Saône, Servance, BMS et NMD (XVIIIe-XIXe s.))

    Naissance (3 décembre 1749), décès (28 octobre 1814) ; décès d'Ignace Bolot (8 juillet 1782).