Verrerie

Verrerie des Essarts-Cuenot

vers 1698 — vers 1836

Aussi connue sous : Verrerie du Bief d'Étoz

En ruines

Noms et raisons sociales

Verrerie du Bief d'Étoz
Nom d'usage vers 1698 — vers 1836

Histoire

Résumé

La Verrerie des Essarts-Cuenot — improprement appelée Verrerie du Bief d’Étoz, le hameau éponyme se trouvant en réalité à plus de deux kilomètres en aval — est fondée vers 1697-1698 au lieu-dit Côte de la Verrerie sur la commune de Charmauvillers (Doubs), par des maîtres verriers issus de la verrerie de Lobschez (principauté épiscopale de Bâle, éteinte en 1696). Installée sur une étroite langue de pré louée aux meuniers Rondot le long du Doubs, elle devient au cours du XVIIIe siècle la plus importante verrerie à vitre de Franche-Comté, exportant l’essentiel de sa production vers les marchés helvétiques.1

La verrerie est aussi une communauté de vie quasi autarcique — un village dans la forêt — organisée autour de familles verrières d’origine germanophone ou franc-comtoise (Graisely, Enard, Hintzy, Hug, Heitzmann, Muller, Mayer, Spicher) pratiquant une endogamie serrée et combinant le travail du verre avec l’élevage, la culture et l’exploitation forestière. Plusieurs de ces familles sont des ancêtres directs de l’auteur. C’est dans cette communauté que naît en 1744 Jean-Baptiste Brischoux, dont le parcours ultérieur vers Pierre-Bénite puis Varades illustre la migration des talents verriers vers les nouvelles usines à charbon du couloir rhodanien.1

Traversée par des conflits internes chroniques (culminant avec une licitation judiciaire en 1784) et rachetée par l’ancien officier Pierre Marie Blondeau en 1788, la verrerie traverse la Révolution dans un état de délabrement croissant. Elle survit jusqu’au milieu des années 1830 sous la direction d’Étienne Devaux, avant de s’éteindre, vaincue par la concurrence des verreries à charbon de la région lyonnaise et des cantons suisses.1


Historique

Origines : depuis Lobschez jusqu’au Doubs (vers 1697-1701)

La verrerie doit son existence à la fermeture de la verrerie de Lobschez, établie en 1659 près de Soubey dans la principauté épiscopale de Bâle par des familles comme les Weber, les Verniory et les Hintzy. Lorsque Lobschez s’éteint en 1696, ses artisans, porteurs d’un savoir-faire reconnu dans le verre à vitre, cherchent un nouveau site. Leur choix se porte sur la commune de Charmauvillers, en rive comtoise du Doubs, dont la position frontalière offre des avantages douaniers pour l’accès aux marchés suisses.1

La date exacte de fondation a été sciemment brouillée par les verriers eux-mêmes. En 1763, dans une requête au prince-évêque de Bâle, ils avancent la date de 1709, manœuvre pour se présenter comme des sujets de longue date. Mais une supplique de 1758 à l’intendant de Franche-Comté mentionne 1697 ; en 1778, les verriers précisent 1698 au subdélégué ; les habitants de Charmauvillers confirment en 1774 que l’établissement est « de plus de quatorze ans antérieur à celui dit la Grand Combe des Bois » (fondée en 1712). Le premier acte paroissial mentionnant un verrier est daté du 29 juillet 1701 — sans doute la date de l’installation physique sur le terrain loué aux Rondot. La fondation effective se situe donc entre 1697 et 1701, sans lettres patentes royales mais avec l’autorisation de l’intendant de Franche-Comté.2

Le premier verrier documenté sur le site est Jean-Baptiste Graisely, originaire de la verrerie de Rothwasser en Forêt-Noire, inhumé à Charmauvillers le 28 juin 1701 — présent dès les tout premiers jours. C’est le fondateur de la lignée qui dominera la verrerie au siècle suivant : son fils Michel Graisely (né le 3 novembre 1687 à Lucelle) lui succède, et de Michel descend Joseph Grésely (1690–1777), qui épouse Anne Marguerite Schmid (fille de Samuel Schmid et Anne Raspiller de Lucelle, décédée le 13 mars 1776 à Miellin). De cette union naît Melchior Joseph Grésely (né le 19 octobre 1720 au Bief d’Étoz, décédé le 9 août 1788 à Le Noyer, Cher), qui épouse Marie-Madeleine Muller (fille de François Conrad Muller I et Anne Marie Raspiller, sœur de Georges de Muller de la Piolotte). C’est lui qui, en s’alliant à François Conrad Muller II pour racheter méthodiquement les ouvreaux de la verrerie dans les années 1770-1784, exploite une position familiale construite sur trois générations. L’hégémonie tardive des Grésely n’est pas une usurpation : elle est l’aboutissement d’une présence fondatrice.3

Henri Mayer (12 juillet 1673, Ligsdorf — 5 avril 1724, Bief d’Étoz), maître verrier marié à Anne Raspiller en 1695, a son premier enfant au Bief d’Étoz dès le 20 décembre 1701 — famille fondatrice attestée dès l’origine. Pierre Hug (né vers 1631), l’un des doyens de la communauté, y décède en 1711 après en avoir connu les premiers feux.3

Melchior Hintzy (né vers 1657), fils de Christoph Hintzy et petit-fils de Turs Hintzy (l’un des maîtres fondateurs de Lobschez en 1659), porte avec lui la continuité directe du savoir-faire de Lobschez. Marié à Soubey le 29 août 1683 avec Marie Schel, il avait vraisemblablement séjourné à la verrerie de La Caborde avant d’arriver à Charmauvillers, où il décède le 11 juillet 1737 à l’âge d’environ 80 ans.3

Bartholomé Heitzmann (dit « de Germanie »), fils d’un bûcheron de Wildenstein (Alsace), épouse Anne Hug, fille de Pierre, à la verrerie en 1704 — parmi les premiers mariages enregistrés. Il quitte les Essarts-Cuenot pour rejoindre la verrerie de L’Isle-sur-le-Doubs, où naissent ses fils Claude (6 juin 1715) et Jean-Baptiste (5 mai 1718). Son départ est documenté, mais sa date exacte n’est pas connue.3

Jean-Baptiste Enard, marchand verrier originaire de La Roche-en-Tarentaise (Savoie), décède au Bief d’Étoz le 29 février 1704. Ses enfants nés à Soubey jouent un rôle majeur dans l’histoire verrière régionale : son fils Melchior Enard (né le 12 mars 1684 à Soubey, décédé le 9 août 1747 au Bief d’Étoz), marchand et cabaretier, sera le père de Joseph Enard, cofondateur de la verrerie royale de Givors ; sa fille Marie Barbe Enard (1700–1767) est la mère de Jean-Baptiste Brischoux : après le décès de son premier mari, Jean Germain Raspiller (né le 11 mai 1695 à La Caborde, décédé le 28 avril 1727 au Bief d’Étoz), elle épouse en 1729 à Charmauvillers Jean-Jacques Brischoux. Deux des grandes trajectoires verrières du corpus Radix Vitri partent donc du même Jean-Baptiste Enard.3

Jean Georges Muller (né vers 1674 à Lucelle), fondateur de la lignée Muller au Bief d’Étoz, laisse pour fils François Conrad Muller I (marchand verrier, décédé au Bief d’Étoz le 25 juillet 1753 à 60 ans), marié en 1716 à Ronchamp avec Anne Marie Raspiller, fille de Melchior Raspiller (fondateur de la verrerie de Saint-Antoine). De ce mariage naissent notamment Georges de Muller de la Piolotte (né le 15 mars 1736, †1er mai 1787 à Varades) et François Conrad Muller II (né le 29 janvier 1723 au Bief d’Étoz, décédé au même lieu le 22 septembre 1805), qui s’allie à Melchior Joseph Grésely pour tenter d’accaparer les ouvreaux dans les années 1770-1784. C’est aussi François Conrad I dont la fille Catherine épouse en 1747 Jean-Pierre de Frésard.3

Les origines des familles fondatrices sont diverses et leur arrivée échelonnée. La verrerie a été un aimant pour les souffleurs de la région — certains de passage, d’autres qui s’y sont implantés durablement — et il serait inexact d’y voir une communauté homogène venue d’un seul endroit.

L’âge d’or : verre à vitre et marchés suisses (vers 1701-1758)

Au cours du premier demi-siècle, la verrerie s’impose comme le principal fournisseur de verre plat de Franche-Comté. Un mémoire de Dorlodot de 1753 note qu’elle ne fonctionne qu’environ quatre mois par an — rythme lié à la disponibilité du combustible — en produisant des « verres blancs qui passent tous en Suisse ». Cette spécialisation dans le verre à vitre de qualité, exporté vers les marchés horlogers et bâtisseurs du Jura suisse, est le fondement de sa prospérité.4

La verrerie est organisée en ouvreaux (parts d’exploitation) détenus collectivement par les maîtres verriers. Un acte de 1734 précise qu’un ouvreau donne « droit de mettre une vache au pâturage » — illustration d’une communauté agro-pastorale autant qu’industrielle, où chaque famille dispose de son jardin, de son verger et de droits d’usage dans les forêts de la seigneurie voisine de Franquemont (pâturage des porcs à la faîne, pêche à la ligne dans le Doubs).4

La lutte pour les ressources forestières est dès cette époque le moteur principal de la stratégie des verriers. Pour s’assurer l’accès à la grande forêt du Nid-à-l’Aigle, sise en territoire épiscopal de Bâle, ils mandatent Jean-Baptiste Paupe — sujet du prince-évêque et gendre de François Conrad Muller I — comme prête-nom. En réaction, les frères Joseph et François Raspiller, de la verrerie de Blancheroche, fondent en 1747 la verrerie de Biaufond en territoire épiscopal, à proximité immédiate des coupes convoitées. Deux camps désormais en concurrence directe pour le bois, tout en maintenant des relations familiales et commerciales croisées.5

L’incendie de 1758 et la reconstruction

Dans la nuit du 8 au 9 mai 1758, un incendie ravage la verrerie, n’épargnant que deux bâtiments. Les dégâts sont évalués à 60 000 livres ; quelque deux cents personnes se retrouvent sans emploi. L’assemblée des maîtres verriers tranche démocratiquement en faveur de la reconstruction, contre l’avis de certains copropriétaires dont Jean-Baptiste Paupe.6

La reconstruction marque un tournant dans la production : à côté du verre à vitre, la verrerie diversifie vers une gobeleterie artisanale — gobelets, bouteilles, carafes, huiliers, mais aussi chapelets, perles, boutons et verres colorés gravés et peints. La marque « Clarar », attestée sur des verres conservés au Noirmont, daterait de cette période.6

En 1774, de nouveaux associés rejoignent l’établissement : J. B. Paupe, J. Grand-Perrin et Henri Schalle. La même année, les copropriétaires obtiennent enfin une reconnaissance officielle : un arrêt du Conseil d’État du 19 juillet 1774, suivi de lettres patentes du 19 août, leur accordent les avantages et exemptions des manufactures reconnues — démarche qui visait moins à légitimer une existence déjà séculaire qu’à obtenir les exemptions fiscales vitales pour la rentabilité.6

La politique d’accaparement et la licitation de 1784

À partir de 1774, Melchior Joseph Grésely et François Conrad Muller II entreprennent une politique systématique de rachat des ouvreaux disponibles — parts des frères Muller en 1777, ouvreau Maire en 1780, ouvreau d’Antoine Joseph Grésely en 1782, ouvreau de feu Jean Georges Schmid en 1781. Les tensions avec les autres associés — les deux fils de Michel Grésely, Henry Schel et Adrien Bobilier-Monnot — deviennent insoutenables.7

Le tribunal de Baume-les-Dames prononce le 24 janvier 1784 la licitation (vente aux enchères forcée) de la verrerie. Grésely et Muller multiplient les obstacles et obtiennent des conditions de reprise pénalisantes pour les acheteurs extérieurs. Sans résultat : lors de la première adjudication du 22 avril, l’établissement est emporté pour 34 000 livres par Jean Ignace Rondot, propriétaire voisin. La seconde adjudication du 3 juin 1784 confirme. Rondot s’associe au notaire Philippe Joseph Emonin (époux d’une fille de Jean-Baptiste Paupe) et à Charles Joseph Yves Renaud.7

Retournement immédiat : Grésely, Muller, et les associés qu’ils avaient cherché à évincer font cause commune pour refuser de quitter les lieux. L’épisode est révélateur : la solidarité de corps des verriers, inexistante face aux luttes internes, se reconstituait aussitôt qu’une menace extérieure se présentait.7

La période Blondeau : entre Révolution et délabrement (1788-1798)

La gestion par des non-verriers tourne court. Le 23 novembre 1788, Rondot et ses associés revendent la verrerie à Pierre Marie Blondeau, ancien officier d’infanterie, pour la somme dérisoire de 17 080 livres — moins de la moitié du prix d’achat. Blondeau se fait cautionner par son frère Antoine François Raymond Blondeau, qui devient général de brigade dans les armées de la République en 1793.8

La période révolutionnaire est éprouvante. Les administrateurs du Doubs sollicitent la verrerie pour fabriquer des calices, patènes et ciboires en verre destinés à remplacer l’orfèvrerie confisquée — expérience qui se solde par un échec commercial. La spécialisation dans le verre à vitre est de plus en plus concurrencée par la verrerie d’assortiment courante. Les difficultés d’approvisionnement en salins et la dépréciation des assignats aggravent la situation ; les bâtiments, dont seules deux maisons ne sont pas en mauvais état, ne sont plus entretenus.8

Pierre Marie Blondeau meurt à Besançon le 19 avril 1798 (1er floréal an VI). L’inventaire de sa succession révèle un actif net de 103 264 francs, dont 40 000 pour la verrerie du Bief d’Étoz — mais des stocks finis dérisoires (1 808 F, essentiellement de la verrerie d’assortiment) et aucun bois en réserve devant la halle.8

Le déclin sous Praileur et Devaux (1798-vers 1836)

Les héritiers Blondeau cèdent dès le 25 mai 1798 la moitié des verreries du Bief d’Étoz et de Biaufond au maître de forges Jacques Antoine Praileur pour 25 000 F, qui en confie la direction à Étienne Devaux, originaire de Vouhenans (Haute-Saône), devenu fermier par bail de sept ans en 1802.9

À la mort de Praileur en 1804, ses parts échoient à sa fille Mélanie Praileur, épouse de Henri Bolot — maître de la verrerie de Miellin puis de Givors, figure de la nouvelle industrie à charbon. Bolot, qui ne se fait « guère d’illusions sur la rentabilité de l’affaire », cède ses parts en 1809 à l’avocat Claude Joseph Barthélemy Blondeau pour 9 000 F, en notant en marge de l’acte que Blondeau se ruinait et qu’il lui avait consenti une remise de 250 F. L’avocat revend finalement toute la verrerie à Devaux le 21 mai 1811 pour 5 000 F et une pension viagère de 2 800 F par an.9

Sous Devaux, l’établissement fonctionne dans un régime de longues périodes de chômage technique. Une enquête de 1812 indique 25 ouvriers et une production de 180 000 feuilles de verre blanc par an, dont les quatre cinquièmes partent en Suisse. En 1830, l’effectif atteint encore une cinquantaine de personnes, dont beaucoup combinent le travail du verre avec l’horlogerie en plein essor dans le Haut-Doubs ; le chiffre d’affaires annuel est de 50 000 F.9

La verrerie est encore mentionnée dans l’Annuaire statistique et historique du Doubs pour 1836, mais disparaît des éditions de 1840 et 1844. Elle ferme entre ces deux dates, vaincue par le prix croissant du bois, la concurrence des verreries suisses voisines (Semsales, Roches, Laufon) et surtout celle des verreries à charbon du couloir rhodanien — Pierre-Bénite, Givors — mieux situées géographiquement et techniquement plus performantes.9


Situation géographique

Localisation

Le site se trouve à la Côte de la Verrerie, entre les Échelles de la Mort et l’usine de la Goule, sur la commune de Charmauvillers (Doubs, 25470), dans la haute vallée du Doubs. Le hameau des Essarts-Cuenot, dont la verrerie tire son nom principal, était une commune autonome de 1793 à 1868 avant son rattachement à Charmauvillers. La frontière franco-suisse est immédiatement voisine, ce qui explique les échanges constants avec les marchés helvétiques et l’approvisionnement en sable siliceux depuis Bellelay (canton de Berne), attesté en 1734 et 1811.

Le site est accessible via le GR®5 et des sentiers locaux, et figure dans les guides de randonnée consacrés à la vallée du Doubs.

État actuel

Quelques ruines subsistent au milieu des bois à la Côte de la Verrerie. La chapelle Notre-Dame du Bief d’Étoz (1694), construite dès les premières années de l’établissement, est le seul élément bâti encore debout, entretenu par une association locale. Elle est le principal témoin matériel de la communauté verrière qui vécut ici pendant près d’un siècle et demi.


Personnages liés

Les familles fondatrices

Jean-Baptiste Graisely, originaire de la verrerie de Rothwasser (Forêt-Noire), premier verrier documenté sur le site : inhumé à Charmauvillers le 28 juin 1701. Fondateur de la lignée Grésely au Bief d’Étoz. Son fils Michel Graisely (né le 3 novembre 1687 à Lucelle, trois mariages successifs : Barbe Robichon en 1708, Marie Catherine Enard en 1718, Anne Schel en 1719) est une figure centrale de la première génération. De Michel descend Joseph Grésely (1690–1777), qui épouse Anne Marguerite Schmid (fille de Samuel Schmid et Anne Raspiller de Lucelle, †13 mars 1776 à Miellin) — alliance qui croise deux grandes dynasties. Leur fils Melchior Joseph Grésely (né le 19 octobre 1720 au Bief d’Étoz, †9 août 1788 à Le Noyer, Cher), époux de Marie-Madeleine Muller (fille de François Conrad I et sœur de Georges de Muller), est celui qui tente d’accaparer la verrerie dans les années 1770-1784. Trois générations après Jean-Baptiste Graisely, la famille n’a pas oublié qu’elle est chez elle.3

Henri Mayer (12 juillet 1673, Ligsdorf — 5 avril 1724, Bief d’Étoz), maître verrier marié à Anne Raspiller en 1695, premier enfant au Bief d’Étoz dès le 20 décembre 1701 — famille fondatrice attestée dès l’origine.

Jean-Baptiste Enard, marchand verrier de La Roche-en-Tarentaise, décédé au Bief d’Étoz le 29 février 1704. Père de Melchior Enard (1684–1747), grand-père de Joseph Enard (cofondateur de Givors), et de Marie Barbe Enard (1700–1767), grand-mère maternelle de Jean-Baptiste Brischoux. Ces deux lignées, issues du même homme, se retrouvent à la charnière du monde verrier forestier et du monde verrier industriel rhodanien.3

Jean Georges Muller (né vers 1674 à Lucelle), fondateur de la lignée Muller au Bief d’Étoz, père de François Conrad Muller I (†1753, marié en 1716 avec Anne Marie Raspiller, fille de Melchior Raspiller de Saint-Antoine), lui-même père de François Conrad Muller II (1723–1805), qui s’allie à Grésely pour tenter d’accaparer les ouvreaux, et de Georges de Muller de la Piolotte (1736–1787), aventurier verrier entre Ingrandes, Champagney et Varades. C’est aussi François Conrad I dont la fille Catherine épouse Jean-Pierre de Frésard en 1747.3

Jean-Baptiste Paupe, maître verrier, copropriétaire, sujet du prince-évêque de Bâle, acteur central dans l’affaire du Nid-à-l’Aigle (1747) et dans les requêtes administratives de 1758 et 1774. Gendre de François Conrad Muller I.

Les ancêtres de l’auteur

Pierre Hug (né vers 1631), l’un des tout premiers verriers attestés sur le site, décédé à la verrerie en 1711.

Bartholomé Heitzmann (dit « de Germanie »), époux d’Anne Hug fille de Pierre, marié à la verrerie en 1704. Quitte les Essarts-Cuenot pour rejoindre la verrerie de L’Isle-sur-le-Doubs. De ce couple naissent notamment Claude Heitzmann (né le 6 juin 1715 à L’Isle-sur-le-Doubs, coupeur de verre, marié à Wildenstein en 1739 avec Élisabeth Hug, ancêtre direct de l’auteur) et Jean-Baptiste Heitzmann (né le 5 mai 1718 à L’Isle-sur-le-Doubs, coupeur de verre à la Vieille Hutte de Plancher-Bas, marié à Marie Anne Kohler le 24 novembre 1738 à Plancher-Bas, décédé en 1788 à la verrerie de Boucard et inhumé à Bourges).3

Melchior Hintzy (né vers 1657, †11 juillet 1737 au Bief d’Étoz), fils de Christoph Hintzy, petit-fils de Turs Hintzy cofondateur de Lobschez. Lien vivant entre la verrerie mère et le nouvel établissement. Marié à Soubey le 29 août 1683 avec Marie Schel.

Ignace Hintzy (né le 12 avril 1700 à La Caborde, †25 mai 1755 au Bief d’Étoz), fils de Melchior. Marié à Charmauvillers le 13 mai 1723 avec Claudia Agnès Péquignot. Leur fille Marie Françoise Hintzy (née en 1724) épouse le 4 juin 1752 Jacques Spicher (né le 9 février 1715 à Court, Suisse, †3 mars 1759 à Thorens-Glières), fils de Joseph Spicher (marié le 29 octobre 1703 à Welschenrohr avec Élisabeth Grésely, †2 février 1756 à Wildenstein). Ce couple Spicher-Hintzy fait partie des ancêtres directs de l’auteur.3

Jean-Baptiste Brischoux (né à la verrerie en 1744), fils de Jean-Jacques Brischoux et de Marie Barbe Enard. Après son départ des Essarts-Cuenot, souffleur à la verrerie de Pierre-Bénite (1770-1778), marié à Servance en 1766, décédé à Varades en 1789. Sa double ascendance — Brischoux verriers, Enard marchands verriers — et la parenté de sa mère avec Joseph Enard font de lui un nœud entre les réseaux du Doubs et du Rhône.

Autres personnages clés

Pierre Marie Blondeau (†1798 à Besançon), propriétaire de 1788 à sa mort, officier modérément révolutionnaire qui dirige personnellement l’établissement pendant toute la période révolutionnaire.

Henri Bolot, maître de la verrerie de Miellin puis de Givors, héritier indirect (par son épouse Mélanie Praileur) d’une part de la verrerie de 1804 à 1809. Sa présence crée un lien documenté entre le Bief d’Étoz et le réseau verrier rhodanien.

Étienne Devaux (originaire de Vouhenans, Haute-Saône), directeur depuis 1798, puis propriétaire de 1811 jusqu’à la fermeture. Dernier exploitant connu de l’établissement.


Éléments techniques

La spécialité originelle est le verre à vitre (verre plat), production dominante jusqu’à la fermeture. Un mémoire de Dorlodot (1753) en fait explicitement la manufacture la plus importante de Franche-Comté dans cette catégorie.

Après l’incendie de 1758, la production se diversifie vers la gobeleterie artisanale : gobelets, carafes, huiliers, bouteilles, perles, chapelets, boutons et verres gravés et peints. Cette diversification est typique des verreries forestières artisanales face à la concurrence des grandes bouteilleries industrielles.

Le combustible est exclusivement le bois, acheminé par flottage sur le Doubs. Sa disponibilité conditionne le rythme de production et alimente les conflits avec les verreries concurrentes. Les matières premières comprennent du sable de Bellelay (Jura bernois) pour le verre blanc, attesté en 1734 et 1811, et des argiles locales. La technique du soufflage à la canne prévaut tout au long de l’existence de l’établissement.

En 1812, sous Devaux, la verrerie emploie 25 ouvriers et produit environ 180 000 feuilles de verre blanc par an. En 1830, l’effectif atteint une cinquantaine de personnes, beaucoup exerçant simultanément l’horlogerie — pluriactivité caractéristique du Haut-Doubs.


Contexte social

La verrerie est une communauté de vie quasi autarcique. Les maîtres verriers possèdent collectivement des terres (« la Côte de la verrerie » achetée en 1750 à Joseph Rondot), disposent de droits de pâturage précis (un acte de 1734 stipule qu’un ouvreau donne « droit de mettre une vache au pâturage », et jusqu’à six chèvres par ouvreau), et exercent des droits de pêche à la ligne dans le Doubs. En 1776, la verrerie emploie un jeune « berger de chèvres » de 12 ans.

L’endogamie est prononcée et structurante. Les alliances matrimoniales au sein du même réseau consolident les patrimoines et préservent les techniques : Hintzy-Péquignot (1723), Heitzmann-Hug (1704), Spicher-Hintzy (1752), Muller-Raspiller (1716), Grésely-Muller (Melchior Joseph et Marie-Madeleine). Les familles d’origine germanophone coexistent avec des intégrations locales — Bartholomé Heitzmann, fils d’un bûcheron alsacien, ou les Arnoux, « famille de bûcherons des bois de Montjoie » qui apprennent à souffler le verre au contact des maîtres verriers.

La dispersion des talents à la fin du XVIIIe siècle est une cause autant qu’une conséquence du déclin. Les familles Schel et Hintzy se tournent vers l’horlogerie ; les Grésely se retirent en rentiers. Jean-Baptiste Brischoux, né à la verrerie en 1744, part souffler à Pierre-Bénite puis à Varades — et Bartholomé Heitzmann avait déjà ouvert la voie en rejoignant L’Isle-sur-le-Doubs, emportant avec lui des fils qui iront souffler jusqu’à Wildenstein, Plancher-Bas et Boucard. Ce mouvement d’exode vers de nouveaux établissements prive la verrerie forestière de ses forces vives précisément au moment où elle en aurait le plus besoin.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature — et ce qu’il faut corriger

La date de 1684 circule largement comme date de fondation, y compris sur des sites sérieux et dans des sources de référence régionales. Elle n’est appuyée par aucun document primaire connu. Les sources concordantes — supplique de 1758, déclaration des verriers en 1778, témoignage des habitants de Charmauvillers en 1774, registres paroissiaux — convergent vers 1697-1698 pour la permission, et 1701 pour l’installation physique sur le terrain. La date de 1684 est à écarter.

La dénomination « Verrerie du Bief d’Étoz » est géographiquement inexacte : le hameau du Bief d’Étoz se trouve à plus de deux kilomètres en aval du site. Le nom correct est Verrerie des Essarts-Cuenot.

Points non résolus

  • L’article de C.-A. Michel (1935) reste à localiser et consulter directement.
  • La présence précise des Raspiller au Bief d’Étoz : Jean Germain Raspiller y décède en 1727 ; Anne Raspiller y est présente par son mariage avec Henri Mayer (1695). Mais leur statut (associés d’ouvreau ou ouvriers) reste à confirmer dans les sources primaires.
  • Le procès de 1734 (Archives cantonales du Jura) : à consulter pour en identifier les acteurs et l’objet exact.
  • La date exacte de fermeture : mentionnée en 1836, absente en 1840 — fermeture vers 1837-1839.
  • Thomas Grésely (maître verrier et peintre, actif à L’Isle-sur-le-Doubs 1707-1727 puis au Cerneux-Péquignot, aux Martelottes, aux Roussottes et finalement au Bief d’Étoz) : ses parents sont Laurent Antoine Grésely et Marguerite Sonnet, mariés à Plancher-les-Mines le 16 juin 1665. Le patronyme Sonnet est attesté à Miellin. Thomas n’est pas documenté dans la lignée directe Jean-Baptiste Graisely → Joseph → Melchior Joseph ; il représente vraisemblablement une branche collatérale ou simplement une coïncidence de patronyme dans un milieu où les Grésely/Graisely/Graizely sont nombreux.

Notes

Footnotes

  1. Guy-Jean Michel, Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle, tome II, 1989. La qualification de « plus importante verrerie à vitre de Franche-Comté » est de Michel. Sur la fondation depuis Lobschez (1659-1696) : ibid. 2 3 4

  2. Sur la datation controversée : Michel, op. cit. Les documents cités (supplique de 1758, déclaration de 1778, témoignage de 1774, registres paroissiaux) sont analysés par Michel. La manœuvre de 1763 est explicitement qualifiée de stratégique par Michel dans le contexte de la concession de Biaufond.

  3. Jean-Baptiste Graisely (†28 juin 1701), Michel Graisely (né 3 novembre 1687 à Lucelle, trois mariages), Joseph Grésely (1690-1777), Anne Marguerite Schmid (†13 mars 1776 à Miellin), Melchior Joseph Grésely (né 19 octobre 1720 au Bief d’Étoz, †9 août 1788 à Le Noyer, Cher) et Marie-Madeleine Muller : Michel, op. cit., et recherches personnelles sur les registres paroissiaux. Henri Mayer (1673-1724) : ibid. Jean-Baptiste Enard (†29 février 1704), Melchior Enard (1684-1747), Marie Barbe Enard (1700-1767), Jean Germain Raspiller (1695-1727) : recherches personnelles. Pierre Hug (né vers 1631, †1711), Bartholomé Heitzmann (mariage 1704) : ibid. Melchior Hintzy (né vers 1657, †11 juillet 1737, mariage à Soubey le 29 août 1683) : ibid. Ignace Hintzy (né 12 avril 1700 à La Caborde, †25 mai 1755, mariage 13 mai 1723) : ibid. Marie Françoise Hintzy (née 1724), Jacques Spicher (9 février 1715 — 3 mars 1759 à Thorens-Glières), mariage du 4 juin 1752 ; Joseph Spicher (mariage le 29 octobre 1703 à Welschenrohr, †2 février 1756 à Wildenstein) : ibid. Jean Georges Muller (né vers 1674), François Conrad Muller I (†25 juillet 1753), François Conrad Muller II (29 janvier 1723 — 22 septembre 1805) : Michel, op. cit. Jean-Baptiste Heitzmann (né 5 mai 1718 à L’Isle-sur-le-Doubs, marié le 24 novembre 1738 à Plancher-Bas avec Marie Anne Kohler, †1788 à la verrerie de Boucard, inhumé à Bourges) : recherches personnelles. 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

  4. Mémoire de Dorlodot (1753) cité par Michel, op. cit. : production de « verres blancs qui passent tous en Suisse ». Droits d’usage et organisation agro-pastorale : acte de 1734 cité par Michel. Sable de Bellelay : deux documents de 1734 et 1811, cités par Michel. 2

  5. Affaire du Nid-à-l’Aigle et fondation de Biaufond en 1747 par les frères Raspiller : Michel, op. cit. Jean-Baptiste Paupe comme prête-nom : ibid.

  6. Incendie des 8-9 mai 1758, dégâts de 60 000 livres, 200 personnes sans emploi, décision de reconstruction : Michel, op. cit. Diversification vers la gobeleterie et marque « Clarar » : ibid. Arrêt du Conseil d’État du 19 juillet 1774 et lettres patentes du 19 août 1774 : ibid. 2 3

  7. Politique d’accaparement des ouvreaux par Grésely et François Conrad Muller II (1777-1782) : Michel, op. cit. Jugement du 24 janvier 1784 et licitations du 22 avril et 3 juin 1784 : ibid. 2 3

  8. Revente à Pierre Marie Blondeau le 23 novembre 1788 pour 17 080 livres : Michel, op. cit. Carrière d’Antoine François Raymond Blondeau (général de brigade le 25 septembre 1793) : ibid., et article Wikipédia « Antoine François Blondeau du Fays ». Tentative de fabrication de vaisselle religieuse en verre : Michel, op. cit. Inventaire de succession (actif net 103 264 F, décès le 19 avril 1798 à Besançon) : ibid. 2 3

  9. Cession à Praileur le 25 mai 1798 pour 25 000 F : Michel, op. cit. Décès de Praileur (1804), héritage par Mélanie Praileur-Bolot, annotation de Bolot sur l’acte de 1809 : ibid. Cession à Devaux le 21 mai 1811 : ibid. Enquête de 1812 (25 ouvriers, 180 000 feuilles) : ibid. Situation en 1830 (50 personnes, 50 000 F) : ibid. Disparition de l’Annuaire entre 1836 et 1840 : ibid. 2 3 4

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Sources

livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — tome II — Guy-Jean Michel

1989. Source primaire de référence pour l'ensemble de cette fiche. Récit détaillé des conflits internes, de la licitation de 1784, de la période Blondeau et du déclin sous Devaux. Portrait de Jean-Pierre de Frésard aux pp. 614-615, portrait de Georges de Muller de la Piolotte aux pp. 615-616.

livre Les Verreries du Doubs — Charles Alfred Michel

Article de 1935. Source secondaire régionale de référence, citée par verrelene.org. Non consulté directement à ce jour — à localiser aux AD25 ou dans les fonds de la Société d'Émulation du Doubs.

autre Bief d'Étoz ou Essarts-Cuenot https://verrelene.org/2018/10/11/bief-detoz-ou-essarts-cuenot/

Article de synthèse du site verrelene.org (2018), reprenant notamment C.-A. Michel (1935). Source secondaire à recouper avec les archives primaires.

archive Archives cantonales du Jura — procès de 1734 https://archivescantonales.jura.ch/detail.aspx?ID=123633

Document judiciaire de 1734. À consulter directement pour en préciser la nature et les acteurs.