Verrier
Jean-Baptiste Paupe
14 avril 1705 — 1er avril 1784
Marchand verrier, copropriétaire au Bief d'Étoz, stratège foncier
Biographie
Résumé
Jean-Baptiste Paupe (14 avril 1705, Soubey — 1er avril 1784, Damprichard) est l’une des figures majeures de la verrerie du Bief d’Étoz au XVIIIe siècle, non comme souffleur mais comme marchand, copropriétaire et stratège foncier. Originaire de Soubey dans la principauté épiscopale de Bâle, il arrive à la verrerie des Essarts-Cuenot au début des années 1730, y acquiert un ouvreau, et épouse en 1741 Marie-Madeleine Muller, fille du marchand verrier François Conrad Muller I — union qui l’intègre au cœur du réseau des familles dominantes de l’établissement.
Son rôle est essentiellement financier et foncier. Pratiquant la même stratégie que Melchior Enard, il prête à intérêt, rachète des domaines agricoles, et constitue au fil des décennies un patrimoine considérable qui lui permet de doter généreusement ses quatre filles — mariées à des fils de bonne famille à Clerval, Pontarlier, Arbois et Damprichard — et de donner à son fils François Conrad la possibilité de faire des études et de voyager en Europe. Sa nationalité suisse lui confère en outre un avantage stratégique décisif : il sert d’intermédiaire avec les autorités épiscopales de Bâle pour les acquisitions de bois sur leurs terres, notamment dans l’affaire de la forêt du Nid-à-l’Aigle (1747), impossible à conduire directement par des sujets français.
Il décède le 1er avril 1784 à Damprichard, vraisemblablement dans l’un des domaines qu’il y avait acquis. Son fils François Conrad, unique héritier mâle à avoir suivi la voie verrière, partira ensuite pour le Cotentin, où il dirigera la bouteillerie de Tourlaville de 1791 à 1797.
Biographie
Origines et arrivée au Bief d’Étoz
Jean-Baptiste Paupe naît le 14 avril 1705 à Soubey, dans la principauté épiscopale de Bâle, fils de Pierre Paupe et Jeanne Claude Choffat. Sa nationalité de sujet épiscopal — précieuse dans un contexte où les acquisitions de bois en territoire bâlois étaient interdites aux sujets français — est probablement l’une des raisons de son intégration dans le réseau verrier transfrontalier du Haut-Doubs.
Il arrive à la verrerie du Bief d’Étoz au début des années 1730. Son installation prend la forme habituelle de l’intégration par le marché : il achète un ouvreau, y place un ouvrier, et se fait appeler maître verrier — titre formel qui lui ouvre les portes de la communauté sans qu’il exerce lui-même le métier de souffleur.
Le mariage Muller (1741) et l’ascension sociale
Le 26 juillet 1741, à Charmauvillers, Jean-Baptiste épouse Marie-Madeleine Muller, née le 11 août 1719 à la verrerie des Essarts-Cuenot, fille de François Conrad Muller I (†25 juillet 1753) et Anne Marie Raspiller. Son beau-père la dote de 1 800 livres. Parmi les témoins figure Melchior Enard, marchand verrier et père du futur fondateur des verreries de Givors et Pierre-Bénite — signe de l’interconnexion étroite de ces réseaux.
Ce mariage est l’axe central de sa stratégie : en s’alliant aux Muller, il entre dans la copropriété de l’une des familles fondatrices de l’établissement et accède à un réseau commercial étendu.
La stratégie foncière
Paupe pratique une politique d’accumulation systématique, par prêts hypothécaires puis rachat des propriétés des débiteurs. Il acquiert successivement :
- 1749 — le meix de la Seignotte à Damprichard (10 100 livres, avec les frères Muller ; AD Doubs, 2 C 841)
- 1752 — les Biens des Crus à Soubey (6 400 livres bâloises, avec les frères Muller ; AAEB N.FM 886)
- 1767 — rachat de la part des Muller dans la Seignotte (4 000 livres ; AD Doubs, 2 C 850) et dans les Biens des Crus (3 704 livres ; AAEB N.FM 887), les frères ayant besoin de liquidités pour leur projet de verrerie à houille à Champagney
- en propre — le meix des Briot à Damprichard (8 666 livres 13 sols 4 deniers)
Sur ces terres, il installe des fermiers — souvent les anciens propriétaires. Ce patrimoine lui permet de doter chacune de ses quatre filles de 6 000 livres et d’offrir à son fils François Conrad une éducation universitaire et des voyages en Europe.
Rôle à la verrerie du Bief d’Étoz
Sa participation à la vie de la verrerie se situe à plusieurs niveaux. En 1747, il joue un rôle décisif dans la tentative d’accaparement de la forêt du Nid-à-l’Aigle : en tant que sujet du prince-évêque de Bâle, il agit comme prête-nom pour permettre à la verrerie d’obtenir des coupes sur un territoire normalement inaccessible aux sujets français. Cette manœuvre provoque en réaction directe la fondation de la verrerie de Biaufond par les frères Raspiller.
Après l’incendie de mai 1758, il figure parmi les copropriétaires signataires des requêtes administratives pour la reconstruction, et fait partie des associés mentionnés lors de l’arrivée de nouveaux partenaires en 1774 (avec J. B. Grand-Perrin et Henri Schalle). À cette date, il a plus de 68 ans et laisse probablement la gestion active à son fils François Conrad, qui le représente dès 1765 dans diverses cérémonies à travers la région.
Descendance et fin de vie
Jean-Baptiste Paupe a plusieurs enfants, principalement des filles, dont :
- Anne Marie Catherine Paupe (née le 24 mars 1745 au Bief d’Étoz), mariée le 4 novembre 1770 à Charmauvillers avec François Bobiller-Monnot de Clerval
- Marie Anne Généreuse Paupe (née vers 1761), mariée le 5 décembre 1779 à Damprichard avec Philippe Joseph Emonin, procureur fiscal, notaire royal et contrôleur des actes — le même Emonin qui rachète la verrerie du Bief d’Étoz lors de la licitation de 1784
- François Conrad Paupe (né le 11 juin 1747 aux Essarts-Cuenot), seul fils à avoir poursuivi dans la voie verrière
Il décède le 1er avril 1784 à Damprichard, quelques mois après la licitation judiciaire de la verrerie du Bief d’Étoz. Il avait environ 78 ans.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
La période entre 1784 et 1791 dans la biographie de son fils François Conrad reste la principale lacune : après le décès de Jean-Baptiste et jusqu’à la prise de direction de la bouteillerie de Tourlaville, le parcours de François Conrad est inconnu. Il gérait vraisemblablement les domaines patrimoniaux avant de les vendre ou de les mettre en rente pour financer son installation en Normandie.
Le nombre exact d’enfants du couple Paupe-Muller n’est pas établi avec certitude. Seuls François Conrad et deux filles (Anne Marie Catherine et Marie Anne Généreuse) sont documentés avec précision ; d’autres enfants sont évoqués sans être nommés.
Notes
Frise chronologique
Arrive au Bief d'Étoz au début des années 1730. Achète un ouvreau sur lequel il place un ouvrier, lui valant le titre de maître verrier, mais son activité principale est commerciale et foncière. Sujet…
Agit comme prête-nom pour permettre à la verrerie du Bief d'Étoz d'acquérir des coupes dans la forêt du Nid-à-l'Aigle, impossible pour des sujets français. En réaction directe, les frères Raspiller fo…
Achat en commun avec ses beaux-frères Muller du meix de la Seignotte à Damprichard pour 10 100 livres (AD Doubs, 2 C 841). Aussitôt affermé aux vendeurs pour 426 livres par an.
Achat en commun avec les frères Muller des Biens des Crus à Soubey pour 6 400 livres bâloises (AAEB N.FM 886), ancienne propriété de Jean Louis Choffat héritée par Jean Jacques Raspiller de Saint-Anto…
Rachète la moitié de la Seignotte aux frères Muller pour 4 000 livres (AD Doubs, 2 C 850), ceux-ci ayant besoin de liquidités pour leur projet de verrerie à houille à Champagney.
Rachète la moitié des Biens des Crus aux frères Muller pour 3 704 livres (AAEB N.FM 887).
Sources
- livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — tome II — Guy-Jean Michel
1989. Source principale. Portrait détaillé pp. 327 et suivantes : stratégie foncière, rôle d'intermédiaire épiscopal, politique matrimoniale des filles. Citation : « il vaque surtout à ses activités commerciales ».
- etat civil Acte de décès de Jean-Baptiste Paupe (AD Doubs, Damprichard, BMS 1758-1790, vue 235/306) https://portail-archives.doubs.fr/ark:/25993/vfwmhsr45l2c/de8cda12-3604-46fa-9660-3d5fd2a9074a
Décès le 1er avril 1784 à Damprichard. Acte : « Le Sieur Jean Baptiste Paupe époux de demoiselle Marie Madeleine Miler âgé d'environ quatre vingt ans est mort muni des sacrements de l'église le premier jour d'avril mil sept cent quatre vingt quatre. »
- etat civil Acte de mariage Jean-Baptiste Paupe — Marie-Madeleine Muller (AD Doubs, Charmauvillers, 26 juillet 1741)
Mariage à Charmauvillers. Un des témoins est Melchior Enard, marchand verrier, père de Joseph Enard futur fondateur des verreries de Givors et Pierre-Bénite.