Verrerie

Verrerie de Monthermé

1749 — 1846

Aussi connue sous : Verrerie de Monthermé · Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé · Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie de Monthermé
Nom d'usage 1749 — 1813
Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé
Raison sociale 1813 — 1841
Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé
Raison sociale 1841 — 1858

Histoire

Résumé

La Verrerie de Monthermé est fondée en 1749 au confluent de la Meuse et de la Semois, sur les terres de l’Abbaye de Laval-Dieu, dans la ville ardennaise de Monthermé. Après des débuts difficiles sous son fondateur Gilles Amoury, elle est vendue par justice en 1762 puis rachetée en 1766 par la verrerie de Saint-Quirin (Moselle), une intégration qui marque le début d’un siècle de croissance au sein d’un empire verrier de premier plan.

Entre 1789 et 1808, sous la direction d’Auguste Desrousseaux, la verrerie connaît la période la plus documentée de son histoire en lien avec Radix Vitri : Pons Grimblot, négociant local né à Monthermé en 1758, en est actionnaire (« propriétaire en partie ») dès 1794, avant de partir fonder et racheter des verreries en Provence puis à Choisy-le-Roi après 1818.

En 1813, l’ensemble Saint-Quirin/Monthermé adopte le statut de société anonyme (l’une des premières en France). Cirey est intégrée en 1817. En 1841, la raison sociale devient « Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé ». En 1858, la fusion avec Saint-Gobain donne naissance à la « Société anonyme des Manufactures des Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain, Chauny & Cirey », et Saint-Quirin disparaît de la raison sociale, marquant le début du déclin du site mosellan. La verrerie de Monthermé cesse son activité en 1846, trois ans avant que le site ne soit converti en forges.

La boucle Radix Vitri est ici particulièrement remarquable : Louis-Antoine Ména, directeur de Monthermé de 1766 à 1773, passe ensuite à la direction de Saint-Quirin (1773-1786), là même où Georges Bontemps se forme avant de rejoindre Choisy-le-Roi en 1822. Et surtout à l’époque où George Antoine Sigwart, ancêtre de l’auteur de Radix Vitri, exerçait ses talents de souflleur de verre à vitre, avant de traverser la France pour finir sa vie en 1791 à… Gémenos, une création de Pons Grimblot !


Historique

Fondation et premières difficultés (1749-1766)

Le 22 juillet 1749, Gilles Amoury reçoit l’autorisation de construire une verrerie à Monthermé, sur le bord de la Meuse, « pour y fabriquer pendant 20 ans toute espèce d’ouvrages de verrerie ». L’établissement peine à s’imposer. Le 28 janvier 1762, il est vendu par autorité de justice et adjugé à Jean-Baptiste Husson et consorts, qui tentent de le redresser jusqu’en 1766.

Intégration à Saint-Quirin (1766-1813)

En 1766, la verrerie de Saint-Quirin rachète l’établissement et l’intègre à son réseau. C’est le tournant décisif : Monthermé bénéficie désormais du savoir-faire, des capitaux et des réseaux commerciaux du plus grand ensemble verrier français hors Saint-Gobain.

La direction technique du site suit une chronologie précise :

  • Louis-Antoine Ména (1766-1773) : son logement patronal, construit pendant cette période, subsiste encore aujourd’hui. Il passe ensuite à la direction de Saint-Quirin (1773-1786), puis son fils Pierre Ména y assure la direction financière.
  • Guillaume Moyen (1773-1789)
  • Auguste Desrousseaux (1789-1808) : c’est sous sa direction que Pons Grimblot, né à Monthermé en 1758, apparaît comme « propriétaire en partie de verrerie de Monthermé » dans les actes de naissance de ses enfants Paul Émile (2 octobre 1794) et Augustine (7 juin 1796). Grimblot n’est pas directeur technique — il est actionnaire, conformément à son profil de capitaliste-investisseur. Il quittera les Ardennes pour le Midi vers 1797-1800.
  • Louis-Philippe Desrousseaux de Medrano (1808-1846) : fils d’Auguste, il assure la direction jusqu’à la fermeture du site.

La société anonyme et l’empire Saint-Quirin (1813-1858)

Le 27 octobre 1813, la société prend le statut de société anonyme sous la dénomination « Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé » — l’une des toutes premières sociétés anonymes françaises. Le 15 mai 1817, elle rachète pour 160 000 francs la verrerie de Cirey (Meurthe-et-Moselle). La production principale est progressivement transférée vers Cirey, mieux située pour l’approvisionnement en combustible.

Le 12 mai 1841, après rachat de la pleine propriété de Saint-Quirin, la raison sociale devient « Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé ». Capital : 8 millions de francs, 192 actions. La société emploie de 1 500 à 2 000 ouvriers et est administrée par les familles Guaita, Chevandier de Valdrome, Desrousseaux et Roederer — un actionnariat familial dynastique typique de la grande industrie française du XIXe siècle.

Fermeture et conversion (1846-1849)

La verrerie de Monthermé cesse son activité en 1846, tandis que l’ensemble du groupe continue sous le nom Saint-Quirin/Cirey. Le 20 décembre 1849, le site est acheté par Gendarme-Drumeaux, qui y installe les Forges de Laval-Dieu — manufactures de fers carrés, plats et ronds pour boulons et clous — qui deviendront le deuxième établissement métallurgique des Ardennes.

La fusion Saint-Gobain (1858)

Le 11 juin 1858, les Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé fusionnent avec la Compagnie de Saint-Gobain. La nouvelle entité s’appelle « Manufactures des Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain, Chauny & Cirey ». Saint-Quirin — et Monthermé avec elle — disparaissent de la raison sociale. L’établissement de Lettenbach (Saint-Quirin) continue de fonctionner jusqu’en 1888, date à laquelle les opérations sont transférées à Cirey. En 1870, la nouvelle société emploie 6 500 personnes et représente le quart de la production européenne de glaces.


Connexions Radix Vitri

La boucle Saint-Quirin → Gémenos : Scalabrino et les Sigwart

La connexion entre Saint-Quirin et Gémenos passe par deux réseaux distincts qui se croisent.

Martin François Scalabrino, père de Jean François, est commis à la verrerie de Lettenbach (Saint-Quirin) de 1767 à 1775 environ, plusieurs de ses enfants y naissent ou décèdent. Jean François Scalabrino (né à Lauterbourg en 1758) y est en formation de souffleur dès l’enfance : à 17 ans en 1775, il y est attesté, déjà formé après cinq à dix ans d’apprentissage. Son père est ensuite « premier commis » à Fours (Nièvre) à partir de 1779, et Jean François l’y suit, qualifié de souffleur à 21 ans. C’est lui que Grimblot (ou les premiers associés de Gémenos) mandatent pour diriger la mise en route du vallon de Saint-Pons dès le début de 1789.

Georg Anton Sigwart père (ancêtre direct d’Arnaud Balandras) travaille encore à Lettenbach en 1773, où il croise Louis-Antoine Ména, directeur du site. Il migre ensuite vers Pierre-Bénite dans les années 1780, où son fils Jean Georges Sigwart (né à Illingen, attesté à Pierre-Bénite dès 1792) et son autre fils Georg Anton Sigwart fils (né à Saint-Quirin, attesté à Pierre-Bénite entre 1785 et 1799) travaillent également. C’est vraisemblablement à travers Jean François Scalabrino que les Sigwart sont recrutés pour Gémenos. Scalabrino connaissait la famille Sigwart depuis Lettenbach, et c’est lui qui constitue l’équipe ouvrière initiale du vallon de Saint-Pons.

Le lien Scalabrino-Sigwart prend une dimension supplémentaire avec une découverte récente : Rosine Scalabrino, sœur de Jean François et fille de Martin François, épouse Melchior Antoine Sigwart (souffleur de verre né vers 1756 à Schüpfheim, canton de Lucerne, Suisse). Le couple a tous ses enfants connus à Gémenos entre 1792 et 1802, dont le premier : Georges Antoine Bernard Sigwart, né le 20 septembre 1792. Le recrutement de Gémenos par Scalabrino était littéralement familial : il a amené sa propre sœur, qui avait épousé un cousin Sigwart.

Melchior Antoine Sigwart est très probablement un fils du maître verrier Anton Siegwart-Knotz, qui travaillait à la verrerie du Sörenbergli (Schüpfheim) de 1741 à 1759. Vers 1780, les fils d’Anton Siegwart quittent la région de l’Entlebuch. Melchior avait alors environ 24 ans, l’âge idéal pour prendre son envol. Il se retrouve à Jars (Cher), où travaille la verrerie du Noyer/Ivoy-le-Pré, et y rencontre les familles Scalabrino, Raspiller et Grésely. C’est là que se noue l’alliance Sigwart-Scalabrino, avant que les deux familles ne convergent vers Gémenos.

Georges Bontemps se forme à Saint-Quirin vers 1817-1819, avant Baccarat puis Choisy-le-Roi : autre fil Saint-Quirin → verrerie du corpus Radix Vitri, mais sans lien avec Gémenos.

Pons Grimblot, actionnaire ardennais

Pons Grimblot (Monthermé, 1758) grandit dans l’ombre de la verrerie locale, déjà intégrée au réseau Saint-Quirin depuis 1766. Il en devient actionnaire — « propriétaire en partie » — avant 1794, sans jamais en être directeur technique. Ce modèle d’actionnariat passif dans un établissement à direction déléguée est exactement celui qu’il transpose en Provence puis à Choisy-le-Roi : Gémenos, La Destrousse, Le Cannet-des-Maures, Choisy — toujours la même méthode, toujours un Robichon pour diriger.

Les Sigwart : de Saint-Quirin à Gémenos

Les Sigwart (ancêtres directs d’Arnaud Balandras) sont attestés à Saint-Quirin (Lettenbach) avant d’apparaître à Gémenos en 1790-1804. Georg Anton Sigwart père (†Gémenos mars 1791) et ses fils Georg Anton fils (†1804) et Jean Georges (†1795) suivent le courant migratoire Saint-Quirin → Gémenos. La fusion de 1858 qui absorbe Saint-Quirin dans Saint-Gobain boucle symboliquement ce fil : la verrerie qui a formé les Sigwart finit dans le même empire que celle qui les a accueillis.

Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • La participation exacte de Grimblot : « propriétaire en partie » — quelle fraction ? Combien a-t-il payé et quand a-t-il cédé ses parts ? Les archives du groupe Saint-Quirin (conservées aux archives Saint-Gobain) pourraient répondre.
  • La production exacte vers 1790-1800 : verre à vitre principalement, mais dans quelles dimensions et à destination de quels marchés ? La statistique industrielle de la période révolutionnaire pourrait livrer des données.
  • Le lien Grimblot/Desrousseaux : Auguste Desrousseaux dirige Monthermé de 1789 à 1808 — c’est lui que Grimblot côtoie comme actionnaire. Y a-t-il une relation personnelle documentée entre les deux ?

Personnages associés

Aucun personnage notable n'est renseigné. Voici les premières personnes liées au lieu.

Personnalités

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Sources

autre Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé https://fr.wikipedia.org/wiki/Manufactures_de_glaces_et_verres_de_Saint-Quirin,_Cirey_et_Montherm%C3%A9

Article Wikipedia détaillé sur l'ensemble du groupe, avec chronologie des directeurs de chaque site et généalogie des familles actionnaires (Guaita, Chevandier de Valdrome, Roederer, Desrousseaux).

archive Acte de fondation — autorisation de construction

22 juillet 1749 : Gilles Amoury autorisé à construire une verrerie sur le bord de la Meuse, pour y fabriquer pendant 20 ans toute espèce d'ouvrages de verrerie.

archive Vente judiciaire et adjudication à Husson

28 janvier 1762 : vendue par autorité de justice et adjugée à Jean-Baptiste Husson et consorts.

archive Acte de naissance de Paul Émile Grimblot (Registres de Monthermé, 11 Vendémiaire An III (2 octobre 1794))

Pons Grimblot qualifié de 'propriétaire en partie de verrerie de Monthermé'. Même formulation dans l'acte de naissance d'Augustine Grimblot (19 Prairial An IV, 7 juin 1796).

autre Notice Inventaire du patrimoine — Forges de Laval-Dieu http://inventaire-patrimoine.cr-champagne-ardenne.fr/dossier/verrerie-puis-usine-metallurgique-de-la-ste-des-fonderies-de-montherme-laval-dieu/b144aac4-503e-4352-a3c4-c5902bc476ef

Décrit la verrerie de Monthermé active de 1749 à 1846, le logement patronal de Louis-Antoine Ména subsistant, et la conversion du site en forges à partir de 1849.