Personnalité

Louis Auguste Maumené

21 juillet 1806 — 2 septembre 1864

Directeur de verrerie, ouvrier devenu maître, directeur des verreries de La Motte (1829) et de Couëron (vers 1835-1864), adjoint au maire de Couëron

Biographie

Louis Auguste Maumené est l’incarnation de la figure du directeur de verrerie à l’ancienne : un homme sorti du rang, formé sur le tas, dont la compétence technique et l’autorité naturelle l’ont porté de la condition d’ouvrier jusqu’à la direction d’un établissement de premier plan, et même jusqu’au mandat d’adjoint au maire. Sa trajectoire, des halles enfumées de Folembray aux bords de la Loire, est celle d’une ascension sociale fondée exclusivement sur le mérite, ce que le Phare de la Loire résume en une phrase au lendemain de sa mort : « avant de parvenir à la haute position qu’il occupait dans la verrerie, Maumenée avait été ouvrier ».

Origines : une famille de la verrerie du Vivier (Folembray)

Louis Auguste naît le 2 janvier 1805 à Folembray (Aisne), dans l’enceinte de la verrerie du Vivier. Son père est Jean Baptiste Maurice Maumené (né vers 1776 à Coucy-le-Château), commis à la verrerie, fils d’un garde-champêtre, pas d’origine verrière donc, mais entré dans le milieu par emploi administratif. Son oncle paternel Auguste Maumené (né vers 1769) est lui aussi « employé » à la verrerie. C’est d’ailleurs Auguste qui fait la déclaration de naissance, ce qui a conduit nombre de généalogistes à l’identifier à tort comme le père 1.

La famille gravite autour de la verrerie sans en être issue. Jean Baptiste Maurice y fait carrière comme commis, puis contremaître. Il ne la quittera presque jamais : il y décède le 29 mars 1849, à 73 ans, qualifié d’« ancien contre-maître de verrerie ». En un demi-siècle à Folembray, il a vu passer les époques et les propriétaires, de l’Ancien Régime aux débuts du règne de Louis-Philippe. L’un des témoins à son décès, Louis Charles Jeanne, est « employé à la manufacture de glaces de Saint-Gobain » toute proche, rappelant que Folembray et Saint-Gobain formaient un même bassin industriel verrier dans l’Aisne 1.

Louis Auguste grandit dans cette communauté fermée de la verrerie du Vivier, apprend le métier de l’intérieur, et y fait ses premières armes comme ouvrier, exactement comme le rapportera plus tard son nécrologique. Il a sans doute entre 18 et 22 ans lorsqu’il rejoint son père, déjà parti vers la Bourgogne.

À Saint-Bérain : le directeur des fabrications (vers 1825 — vers 1835)

Jean Baptiste Maurice Maumené a précédé son fils à la Verrerie de La Motte à Saint-Bérain-sur-Dheune (Saône-et-Loire). Le 23 février 1829, Louis Auguste s’y marie avec Marie Henriette Jeanne Chavot. L’acte révèle une situation remarquable : le fils est « directeur des fabrications des verreries de la Motte » et le père est dit « directeur demeurant au même lieu de la verrerie de la Motte ». Deux Maumené à deux niveaux de responsabilité dans le même établissement, l’un à la tête des fabrications, l’autre à la direction générale 1.

Louis Auguste n’a que 22 ans à son mariage. Cette précocité s’explique par une formation intensive au contact des ouvriers de Folembray, puis par une progression rapide à Saint-Bérain. C’est sa maîtrise technique (et non une origine de gentilhomme verrier) qui lui vaut ce titre de directeur des fabrications.

À Couëron : trente ans de direction (vers 1835 — 1864)

Vers 1835, Louis Auguste prend la direction de la Verrerie de Couëron, établissement fondé en 1784 sur les bords de la Loire, spécialisé dans les bouteilles en verre noir. Il y restera jusqu’à sa mort. Le Phare de la Loire du 5 septembre 1864 est explicite : il « dirigeait cet important établissement depuis près de 30 ans » 1.

Son règne coïncide avec la meilleure période de la verrerie. En 1857, la société en commandite Laganry, Maumenée et Comp. est constituée, associant Félix Lelardic de Laganry pour les capitaux et Maumené pour la direction technique. La production atteint environ un million de bouteilles par an.

Il vit sur place (« en son domicile dans la verrerie » selon son acte de décès) et cumule la direction industrielle avec le mandat d’adjoint au maire de Couëron. C’est dans cette verrerie-logement que le recensement de 1856 le place voisin des frères Samuel, Mathias et Pancrace Haour, souffleurs venus de Givors. Le directeur et ses ouvriers partagent le même espace, dans la communauté fermée que forment les verreries de l’estuaire.

Louis Auguste Maumené décède en poste le 2 septembre 1864, à 58 ans. Quelques semaines plus tard, le 25 novembre 1864, son ouvrier Samuel Haour (ancêtre d’Arnaud Balandras) le suit dans la mort, dans cette même verrerie. Directeur et souffleur, partis la même année, du même lieu.

La succession : Eugène Maumenée (1864 — 1887)

Son fils Auguste-Eugène Maumenée lui succède immédiatement à la direction technique, mais sans en prendre la gérance : la société Laganry-Maumenée est remplacée en 1866 par la société Lebreton et Cie, Toussaint Lebreton assurant la gérance administrative pendant qu’Eugène conserve la direction des fabrications. Ce n’est qu’après la dissolution de Lebreton et Cie en 1876 qu’Eugène crée sa propre société, Eugène Maumenée et Cie. Celle-ci est mise en liquidation judiciaire en mars 1883, aggravée par une escroquerie dont il est victime la même année : le fraudeur Jean-Baptiste Willemot lui fait perdre 22 000 francs, somme qui contribue à rendre la situation financière intenable. La verrerie ferme définitivement en 1887.

Notes

Sur la confusion généalogique. L’acte de naissance de Louis Auguste (21 juillet 1806), cousqin du Louis Auguste de cette fiche, est déclaré par son père Auguste Maumené. Mais le père de notre Louis Auguste, Jean Baptiste Maurice, est témoin et cité comme « frère du déclarant ». La proximité des naissances et la présence des deux frères dans le second acte explique l’erreur fréquente des généalogistes qui identifient Auguste comme le père du futur directeur de Couëron.

Sur le lien avec Edme-Jules Maumené. Louis Auguste Maumené n’a aucun lien familial établi avec Edme-Jules Maumené (Paris, 1818 — Paris, 1898), chimiste et co-directeur de la Cristallerie de Lyon. La coïncidence onomastique est notable mais non significative.

Footnotes

  1. Pour la généalogie et la carrière : actes de naissance (Folembray, 1805 et 1806, AD Aisne 5Mi0171) ; acte de mariage (Saint-Bérain-sur-Dheune, 23 février 1829) ; acte de décès de Jean Baptiste Maurice (Folembray, 29 mars 1849, AD Aisne 5Mi0172, vue 217/288) ; acte de décès de Louis Auguste (Couëron, 2 septembre 1864, AD Loire-Atlantique, 3E47/50) ; article nécrologique, Le Phare de la Loire, 5 septembre 1864 ; recensement de Couëron 1856. 2 3 4

Frise chronologique

Formation à la verrerie du Vivier

Né et formé à Folembray, où son père Jean Baptiste Maurice Maumené était commis puis contremaître, et son oncle Auguste Maumené ('âgé de trente-sept ans, employé à la verrerie du Vivier' en 1806) égal…

vers 1806 — vers 1825
vers 1825 — vers 1835
Directeur des fabrications

Au moment de son mariage à Saint-Bérain le 23 février 1829, il est 'directeur des fabrications des verreries de la Motte, commune de Saint-Bérain'. Son père Jean Baptiste Maurice y est aussi directeur…

Directeur

L'article nécrologique du Phare de la Loire précise qu'il 'dirigeait cet important établissement depuis près de 30 ans', situant le début de sa direction vers 1835-1836. Il décède en poste, 'en son do…

vers 1835 — 2 septembre 1864

Parcours géographique

3 verreries

Sources

  • etat civil Acte de naissance de Louis Auguste Maumené, Folembray, 2 janvier 1805 (AD Aisne, 5Mi0171 — Folembray, NMD 1804-1818, vue 6/253)

    Fils de Jean Baptiste Maurice Maumené, 'garde magasin à la verrerie de Folembray'. Présenté par son oncle Auguste Maumené, 'commis à la verrerie de Follembray'. Établit la présence des deux frères Maumené à Folembray dès 1805.

  • etat civil Acte de naissance de l'enfant Maumené (cousin de Louis Auguste), Folembray, 21 juillet 1806 (AD Aisne, 5Mi0171 — Folembray, NMD 1804-1818, vue 29/253)

    Louis Auguste fils d'Auguste Maumené — attention : il s'agit bien d'Auguste, déclarant, 'âgé de trente-sept ans et employé à la verrerie du Vivier' : c'est lui le père. Jean Baptiste Maurice est 'âgé de trente-un an commis à la verrerie du Vivier, frère du déclarant' donc oncle de l'enfant. La confusion entre les deux frères est fréquente chez les généalogistes car ils ont chacun eu un fils prénommé Louis Auguste à un an d'intervalle.

  • etat civil Acte de mariage de Louis Auguste Maumené et Marie Henriette Jeanne Chavot, Saint-Bérain-sur-Dheune, 23 février 1829

    L'acte le qualifie de 'directeur des fabrications des verreries de la Motte, commune de Saint-Bérain'. Son père Jean Baptiste Maurice est dit 'directeur demeurant au même lieu de la verrerie de la Motte'.

  • etat civil Acte de décès de Jean Baptiste Maurice Maumené, Folembray, 29 mars 1849 (AD Aisne, 5Mi0172 — Folembray, NMD 1842-1851, vue 217/288)

    'Ancien contre-maître de verrerie', décédé à 73 ans et demi. Témoins : Louis Charles Jeanne, 'employé à la manufacture de glaces de Saint-Gobain', et un rentier de Coucy-le-Château.

  • etat civil Acte de décès de Louis Auguste Maumené, Couëron, 2 septembre 1864 (AD Loire-Atlantique, Couëron, décès, 1864, cote 3E47/50, vue 496/503) https://archives-numerisees.loire-atlantique.fr/v2/ark:/42067/6e63c54a2aef5c8e0a263ba249cd6c1d

    'Directeur de la verrerie et adjoint de cette commune.'

  • article Le Phare de la Loire — nécrologie Louis Auguste Maumené, 5 septembre 1864

    'Dirigeait cet important établissement depuis près de 30 ans' et 'avant de parvenir à la haute position qu'il occupait dans la verrerie, Maumenée avait été ouvrier'.

  • archive Recensement de population de Couëron, 1856 https://archives-numerisees.loire-atlantique.fr/v2/ark:/42067/53ac939521b4c921aa8c90a6170711aa

    Auguste Maumenée mentionné comme directeur, à la même adresse que les frères Samuel, Mathias et Pancrace Haour.