Ancêtre direct · Verrier
Jean-Claude Haour
30 décembre 1852 — 22 avril 1892
Souffleur de verre itinérant, travaillant dans au moins six verreries françaises entre 1866 et 1892
Ancêtre directBiographie
Portrait
Jean-Claude Haour incarne la figure du souffleur de verre nomade du XIXe siècle. En moins de vingt-cinq ans de carrière active, il traverse la France de part en part — de Folembray dans l’Aisne à Carmaux dans le Tarn, de Rive-de-Gier à Saint-Étienne, pour finir à Épinac en Saône-et-Loire — en suivant la demande en souffleurs qualifiés que les verreries à bouteilles ne peuvent jamais tout à fait satisfaire. Sa vie est faite de déménagements incessants, de familles reconstituées, d’enfants morts en bas âge dans des villes où le père était peut-être déjà ailleurs.
Il appartient à la branche givordine des Haour — une famille de verriers installée depuis plusieurs générations à Givors, au cœur du bassin stéphanois, au confluent du Rhône et du Gier, là où se concentraient à cette époque les grandes verreries à bouteilles de la région. Son père Abraham Haour, lui aussi verrier à Givors, lui a vraisemblablement transmis le métier dès l’adolescence.
Origines et formation
Jean-Claude naît à Givors en 1852, dans une famille de verriers. Tout laisse penser qu’il entre dans le métier par apprentissage local, vraisemblablement à la Verrerie du Canal (quai du Bassin, Givors) où il est attesté de 1866 à 1872 — soit dès l’âge de 14 ans. C’est la trajectoire classique du fils de souffleur : apprenti gamin d’abord, grand garçon ensuite, souffleur à plein titre vers 18-20 ans. En 1872, à 20 ans, il s’engage volontairement pour deux ans dans l’armée, ce qui interrompt brièvement sa carrière verrière.
Folembray (1875-1879)
Avant son mariage en 1876, Jean-Claude quitte Givors pour la Verrerie du Vivier de Folembray dans l’Aisne, l’une des plus grandes verreries à bouteilles du nord de la France, spécialisée dans les bouteilles champenoises et charentaises. Il y retrouve peut-être des réseaux familiaux : les Hug, présents à Folembray dès 1821, appartiennent à la même sphère de dynasties verrières alsaciennes que certaines branches des Haour. C’est en 1876 que le comte Gaston de Brigode prend la direction des Verreries de Folembray à la suite du décès de sa mère, et Jean-Claude arrive à peu près au même moment. Il y fait deux séjours : le premier jusqu’en 1877, le second en 1879.
En 1876, il épouse à Folembray Jeanne Chosson, originaire de la région de Vernaison et Ternay. En octobre 1877, sa femme accouche de leur première fille Célestine à Vernaison (la commune d’origine de la famille Chosson) en présence de membres de la branche Haour de Vernaison, qui travaillaient alors à la Verrerie de Vernaison. Jean-Claude était probablement encore à Folembray à cette date : c’est Jeanne qui est rentrée accoucher chez les siens. Célestine Haour, ancêtre d’Arnaud Balandras, est ainsi le dernier lien généalogique de cette ligne avec la région lyonnaise.
Carmaux et le Tarn (1880-1882)
Entre 1879 et 1880, Jean-Claude migre vers le Tarn. Son fils Claudius Louis, né à Folembray en 1879, décède en août 1880 à Blaye-les-Mines — ce qui place Jean-Claude dans le Tarn à cette date. La verrerie de Blaye d’Albigeois ayant fermé en 1862, c’est la Verrerie Sainte-Clotilde de Carmaux, reconstruite par Resseguier en 1862 à proximité de la gare, qui l’emploie. En 1882, elle produit 21 000 bouteilles par jour avec 300 ouvriers — l’une des plus grandes verreries à bouteilles de France. En août 1880, Jean-Claude effectue ses exercices militaires au 27e bataillon de chasseurs stationné de Port-Vendres à Sète, ce qui confirme son rattachement administratif à la région d’Albi. En 1885, la commission de réforme d’Albi le réforme en son absence — il avait probablement quitté Carmaux.
Rive-de-Gier, Givors et le retour (1882-1885)
En mars 1882, son fils Joseph Claude décède à l’âge de 9 mois à Rive-de-Gier — Jean-Claude est donc revenu dans le bassin stéphanois. Il travaille vraisemblablement dans l’une des nombreuses verreries de Rive-de-Gier ou de Givors, peut-être pour la Compagnie générale des Verreries de la Loire et du Rhône qui exploite plusieurs sites dans ce périmètre. L’année suivante, un quatrième enfant naît et meurt le même mois à Givors (juillet 1883), Jean-Claude semblant absent. Son épouse Jeanne Chosson décède le 4 avril 1884 à l’hospice de Givors, sans que son mari soit présent à la déclaration.
Après ce deuil, sa fille aînée Célestine, alors âgée de 7 ans, n’est pas reprise par son père — elle sera placée chez des bourgeois lyonnais, probablement dans le quartier Fourvière, où on la retrouvera des années plus tard, avant son mariage en 1906 avec son cousin Abraham Haour à Montluçon.
Saint-Étienne et la rue Tréfilerie (1888-1890)
Après quelques années de trajectoire mal documentée, Jean-Claude refait surface à Saint-Étienne en 1888. Son acte de second mariage du 10 décembre 1888 (AM Saint-Étienne, acte n°1100) le qualifie de « verrier rue Tréfilerie 13 ». La verrerie la plus probable est celle de Mme Jeanne Louis, veuve de Charles Mangeol, installée aux n° 9-15 de la même rue, héritière de la verrerie Guébourg, spécialisée en gobeletterie. Cette verrerie sera liquidée en juin 1890 et vendue aux enchères. Jean-Claude, qui produisait habituellement des bouteilles, a donc fait ici une incursion dans la gobeletterie : mais pour un souffleur de son niveau, passer d’un type de verre creux à un autre ne pose pas de problème technique majeur.
Sa seconde épouse, Marie-Catherine-Eulalie Pittet, a une fille d’un précédent lit, Lucie Lutwiller, qui épouse le même jour le verrier Jacques Estival, lequel sera, quatre ans plus tard, témoin au décès de Jean-Claude à Épinac.
En juin 1889, naît sa dernière enfant, Marie-Jeanne, à Saint-Étienne.
Épinac (vers 1890-1892)
Après la liquidation de la verrerie Tréfilerie en 1890, Jean-Claude gagne la Verrerie d’Épinac en Saône-et-Loire. Fondée en 1755, modernisée sous Gustave Andelle à partir de 1845, cette verrerie est alors sous la direction de Jean-Marie Trunel et produit près de 4 millions de bouteilles par an avec 500 ouvriers. C’est l’une des plus importantes de Bourgogne. Jean-Claude y est attesté depuis au moins début 1892 d’après les reconstitutions de son itinéraire ; son acte de décès l’y place « demeurant à la Verrerie commune d’Épinac », ce qui signifie qu’il logeait sur le site même, avec son épouse Eulalie.
Il meurt le 22 avril 1892, à deux heures et demie de l’après-midi, à l’âge de 39 ans. Cause du décès inconnue, mais une mort à 39 ans, après une vie de fours, de chaleur intense et de déplacements incessants, n’a rien d’exceptionnel dans ce métier.
Le premier témoin de son acte de décès, Jacques Estival, est qualifié de « verrier demeurant à Châlon-sur-Saône » : il travaillait vraisemblablement à la Verrerie Aupècle, à quarante kilomètres d’Épinac. Le réseau familial Pittet-Estival-Haour traversait ainsi, à ce moment précis, deux des plus grandes verreries bourguignonnes.
La fille orpheline
Célestine Haour, née à Vernaison en 1877, doublement orpheline à 32 ans lors de la mort de son père, avait été élevée loin de lui. Son père, reparti vers le Tarn en 1880 quand elle avait 3 ans, ne l’avait pas reprise après le décès de sa mère Jeanne Chosson en 1884. C’est la dure réalité des familles ouvrières nomades du XIXe siècle : les enfants en bas âge restaient avec les grands-parents ou étaient placés chez des employeurs bourgeois, pendant que les pères suivaient le travail. Célestine se retrouve à Lyon, quartier Fourvière, vraisemblablement comme domestique ou employée dans une famille aisée. Elle épouse en 1906 à Montluçon son cousin germain Abraham Haour — perpétuant ainsi la tradition endogame des dynasties verrières, où l’on se mariait volontiers entre cousins pour consolider les réseaux de placement dans les verreries.
Parcours verrier reconstitué
| Période | Verrerie | Lieu | Type |
|---|---|---|---|
| 1866-1872 | Verrerie du Canal | Givors (Rhône) | Bouteilles |
| ~1875-1877 | Verrerie du Vivier | Folembray (Aisne) | Bouteilles champenoises |
| 1877 (?) | Verrerie de Vernaison | Vernaison (Rhône) | Bouteilles (passage incertain) |
| 1879 | Verrerie du Vivier | Folembray (Aisne) | Bouteilles champenoises |
| 1880-1882 | Verrerie Sainte-Clotilde | Carmaux (Tarn) | Bouteilles |
| 1882-~1885 | Incertain : Rive-de-Gier ou Givors ? | Loire / Rhône | Bouteilles |
| 1888-1890 | Verrerie Louis, veuve Mangeol | Saint-Étienne (Loire) | Gobeletterie |
| ~1890-1892 | Verrerie d’Épinac | Épinac (Saône-et-Loire) | Bouteilles |
Notes généalogiques
Père : Abraham Haour, verrier à Givors, encore vivant au moment du décès de Jean-Claude en 1892.
Mère : Pierrette Héraud, décédée le 9 juin 1882 à Rive-de-Gier, Rue d’Égarande, où se trouvaient les logements de nombreux verriers de chez Richarme.
Enfants du premier mariage (Jeanne Chosson) :
- Célestine (Vernaison, 17 octobre 1877 — Givors, 1969), ancêtre d’Arnaud Balandras ; mariée en 1906 à Abraham Haour à Montluçon.
- Claudius Louis (Folembray, 10 août 1879 — Blaye-les-Mines, 27 août 1880), mort à 1 an.
- Joseph Claude (né en 1881 — Rive-de-Gier, 19 mars 1882), mort à 9 mois.
- Joseph Abraham (Givors, 15 juin 1883 — Givors, 19 juillet 1883), mort à 1 mois.
Enfant du second mariage (Eulalie Pittet) :
- Marie-Jeanne (Saint-Étienne, 8 juin 1889 — Chaponost, 7 octobre 1956). Elle épouse Jean Baptiste Berthaud le 27 juillet 1907 à Rive de Gier. L’époux est “soldat” mais fils de verrier, et sa mère se nomme Claudine Haour (1863-1931), la fille d’Abraham Haour et Pierrette Héraud, donc la soeur de Jean Claude Haour. Son époux est donc là encore son cousin !
Frise chronologique
Travaille comme verrier à la Verrerie du Canal, quai du Bassin, à Givors, de 1866 à 1872. C'est à Givors que son père Abraham Haour, lui aussi verrier, était domicilié.
Engagement volontaire pour deux ans en 1872. Envoyé dans la disponibilité de l'armée active le 30 novembre 1877. Son livret militaire enregistre ses domiciles successifs entre 1872 et 1885 : Givors, F…
Jean Claude Haour résidait et travaillait à Givors en 1872. Il s'est marié à Folembray le 17 février 1876, mais il est mentionné dans l'acte qu'il résidait alors à Givors (son épouse, quant à elle, ré…
Premier mariage avec Jeanne Chosson. Dans l'acte de mariage, Jean-Claude est encore mentionné comme demeurant à Givors, bien qu'il soit installé à Folembray à cette date. Le couple est recensé quai de…
Naissance de sa fille Célestine, ancêtre d'Arnaud Balandras. Jeanne Chosson accouche à Vernaison, commune d'origine de sa belle-famille paternelle (les Chosson sont de Ternay). Jean-Claude se trouvait…
Difficile de dire à quelle date exactement Jean Claude Haour s’est de nouveau installé à Folembray. D’après son livret militaire, il y aurait résidé deux fois, mais il n’y a pas les dates. Une chose e…
Naissance de son fils Claudius Louis à Folembray. L'enfant décède le 27 août 1880 à Blaye-les-Mines (Tarn), ce qui atteste du déménagement de Jean-Claude vers le Tarn entre 1879 et 1880.
Son fils Claudius Louis est né à Folembray le 10 août 1879, et décédé à Blaye-les-Mines le 27 août 1880. On sait qu'un autre de ses fils, Joseph Claude, est décédé le 19 mars 1882, âgé de 9 mois envir…
Exercices militaires au 27e bataillon de chasseurs, en garnison sur les côtes des Pyrénées-Orientales de Port-Vendres à Sète. Le rattachement à ce bataillon tend à confirmer sa résidence à Carmaux (Ta…
Tout ce que l'on connait sur cet engagement est déduit de l'acte de décès de son fils Joseph Claude le 19 mars 1882, à Rive-de-Gier, chez Richarme (rue d'Égarande). Ensuite il y a l’acte de naissance…
Décès de son troisième enfant Joseph Claude à l'âge de 9 mois à Rive-de-Gier, attestant d'un nouveau déménagement.
Naissance et décès le même mois d'un quatrième enfant à Givors. Jean-Claude semble absent : c'est le grand-père qui présente l'enfant à l'état civil.
Décès de son épouse Jeanne Chosson à l'hospice de Givors. C'est le père de Jeanne qui fait la déclaration ; Jean-Claude n'est pas présent et son domicile n'est pas précisé.
Réformé par la commission d'Albi, absent au conseil de révision. Le rattachement à la commission d'Albi confirme le séjour à Carmaux en 1880, mais difficile d'en dire plus. Jean Claude étant absent, o…
Jean Claude Haour se remarie à Saint-Étienne le 10 décembre 1888. Il réside alors au 13 rue Tréfilerie, à deux pas de la verrerie de Jeanne Louis. Il est très probable qu'il y travaillait, peut-être d…
Second mariage avec Marie-Catherine-Eulalie Pittet. Acte n°1100 des archives municipales de Saint-Étienne. Dans l'acte, Jean-Claude est qualifié de « verrier rue Tréfilerie 13 ». La fille d'Eulalie Pi…
Naissance de sa dernière enfant, Marie-Jeanne, à Saint-Étienne. Dernier enfant connu de Jean-Claude.
Jean Claude Haour est probablement parti pour Épinac lorsque la verrerie de la rue Tréfilerie, à Saint-Étienne, a été liquidée aux enchères en juin 1890. Il est peu probable qu'il soit resté à Saint-É…
Décédé à 39 ans à la Verrerie d'Épinac, en son domicile sur le site même de la verrerie. Qualifié de « verrier » dans l'acte. Ses deux témoins : Jacques Estival (verrier, 26 ans, demeurant à Châlon-su…
Parcours géographique
5 verreries
Sources
- etat civil Acte de décès de Jean-Claude Haour (Épinac (Saône-et-Loire), état civil, 22 avril 1892)
Source primaire principale. Maire Claudius May, officier d'état civil. Deux témoins : Jacques Estival (verrier, Châlon-sur-Saône) et Jean-Baptiste Gonery (journalier, Épinac). Qualifie Jean-Claude de « verrier demeurant à la Verrerie commune d'Épinac ».
- etat civil Acte de second mariage de Jean-Claude Haour (Saint-Étienne (Loire), Archives municipales, acte n°1100, 10 décembre 1888)
Mentionne Jean-Claude « verrier rue Tréfilerie 13 ». Le même jour, sa belle-fille Lucie Lutwiller épousait Jacques Estival.
- etat civil Acte de naissance de Célestine Haour (Vernaison (Rhône), état civil, 17 octobre 1877)
Naissance de la fille aînée de Jean-Claude, ancêtre d'Arnaud Balandras. Des membres de la famille Haour de Vernaison sont témoins.
- archive Livret militaire de Jean-Claude Haour
Consigne les domiciles successifs entre 1872 et 1885 : Givors, Folembray, Givors, Vernaison, Folembray. Engagement volontaire 1872 ; réforme le 5 mai 1885 par la commission d'Albi (absent au conseil).