Verrerie

Verrerie de la rue Tréfilerie

entre 1867 et 1877 — 1897

Aussi connue sous : Guébourg, Poulet et Cie · Guébourg et Cie · Société anonyme des Verreries et Cristalleries de la Seine et de la Loire · Mangeol · Veuve Mangeol (Jeanne Louis) · Verrerie Stéphanoise

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Guébourg, Poulet et Cie
Raison sociale entre 1867 et 1877
Guébourg et Cie
Raison sociale 1877 — 1881
Société anonyme des Verreries et Cristalleries de la Seine et de la Loire
Raison sociale 19 mai 1881 — décembre 1882
Mangeol
Nom d'usage vers 1884 — 1886
Veuve Mangeol (Jeanne Louis)
Nom d'usage 1886 — 1890
Verrerie Stéphanoise
Raison sociale 1er août 1891 — avril 1897

Histoire

Résumé

La verrerie de la rue Tréfilerie est l’héritière directe de la verrerie de La Brûlante, fondée à La Ricamarie en 1863 par la société Brûlé et Cie. Entre 1867 et 1877, Zéphirin Guébourg transfère progressivement son activité au 11 rue Tréfilerie, à Saint-Étienne, en bordure de la rivière Furens. Le site occupera environ 3 000 mètres carrés jusqu’à l’abandon définitif de toute activité verrière en 1897.

L’histoire de cet établissement est celle d’une succession de raisons sociales, de liquidations et de reprises, dans un contexte de forte concurrence et de sous-capitalisation chronique des petites verreries industrielles. Six entités distinctes s’y succèdent en trente ans : Guébourg, Poulet et Cie, puis Guébourg et Cie, puis la Société anonyme des Verreries et Cristalleries de la Seine et de la Loire — ambitieuse mais éphémère —, puis deux exploitants privés (Mangeol, puis sa veuve Jeanne Louis), et enfin une coopérative ouvrière, la Verrerie Stéphanoise, qui quitte les lieux vers 1897 pour de plus vastes locaux à Vénissieux.

La production est constante tout au long : gobeletterie, topetterie, flaconnage — du verre creux de consommation courante, destiné au marché urbain stéphanois et régional.

Jean Claude Haour, verrier et ancêtre direct, réside au 13 rue Tréfilerie lors de son mariage le 10 décembre 1888. Il a très probablement travaillé dans la verrerie de Jeanne Louis entre 1888 et 1890, avant de partir pour Épinac où il décède en 1892.


Historique

L’installation rue Tréfilerie (entre 1867 et 1877)

L’origine de la verrerie rue Tréfilerie est indissociable de celle de La Brûlante, à La Ricamarie. La société Brûlé et Cie, fondée le 16 février 1863, est dissoute en septembre 1867 et immédiatement reformée sous le nom Guébourg, Poulet et Cie, pour l’exploitation de la verrerie Landrin au lieu de La Brûlante. Mais dès cette époque, Guébourg envisage un transfert vers Saint-Étienne.

La dissolution de Guébourg, Poulet et Cie, annoncée le 11 janvier 1877 dans le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, révèle que la société avait « primitivement son siège à la Brûlante, commune de la Ricamarie, et plus tard à Saint-Étienne, rue Tréfilerie, 11 ». Le transfert s’est donc effectué à une date inconnue entre 1867 et 1876 — sans doute peu avant 1877, car à cette date l’associé Poulet réside encore à La Brûlante et tente de louer le site dès février 1879.

Le choix du site stéphanois n’est pas anodin : la rue Tréfilerie longe la rivière Furens, dont la proximité est un avantage industriel, et se situe dans un quartier déjà marqué par l’activité manufacturière. L’usine s’installe à l’angle de l’impasse Mallet, aux numéros 9 et 11.

L’ère Guébourg (1877 — 1882)

À la dissolution de la société, Guébourg annonce dans le même journal qu’il « continue comme par le passé la fabrication de la verrerie, sous la raison Guébourg et Cie, dans le local occupé par l’ancienne société, rue Tréfilerie, 11 ». Il est seul désormais.

En octobre 1878, une grève éclate chez Guébourg et Cie. Les ouvriers ne parviennent pas à faire aboutir leurs revendications et perdent l’indemnité de logement qui était communément versée par les patrons verriers.

En mai 1881, Guébourg apporte son usine à une société ambitieuse : la Société anonyme des Verreries et Cristalleries de la Seine et de la Loire, constituée le 19 mai 1881 avec un capital de 850 000 francs. Les deux autres associés sont Maurice Sautter, négociant en verrerie établi à Paris rue Saint-Sabin, et John Herdt, négociant, également parisien. Le siège social est fixé à Paris.

L’apport de Guébourg est précisément décrit dans les statuts publiés le 1er juin 1881 : une usine de 3 000 mètres carrés comprenant une halle aux fours, une cheminée avec générateur et moteur à vapeur, une taillerie, une forge, une salle pour les moules, des magasins, des écuries, un bureau avec bascule charretière, et deux maisons d’habitation — l’une pour le maître, l’autre de trois étages pour les ouvriers. Cette description constitue le témoignage le plus précis de l’état de l’établissement à son apogée.

La nouvelle société dépose rapidement une demande d’autorisation pour ajouter deux fours à gobeletterie. Une enquête est ouverte le 1er juin 1881, mais la demande bute sur des conditions non remplies concernant la hauteur de la cheminée — comme le rappelle un conseiller municipal en mai 1882.

L’effondrement est rapide. Dès le 14 septembre 1882, le Gil Blas annonce la mise en liquidation du fonds de commerce parisien. Le 14 décembre 1882, le Mémorial de la Loire et Le Soir publient simultanément l’annonce de la vente des actifs stéphanois. Le Républicain du 26 décembre précise : maison d’habitation au 11 rue Tréfilerie, mise à prix 20 000 francs ; usine de verrerie au 9 rue Tréfilerie, mise à prix 50 000 francs.

Entre deux mains : propriétaires non-verriers (1882 — vers 1884)

Après la vente aux enchères de décembre 1882, le site passe entre les mains de plusieurs propriétaires, dont aucun n’est verrier. La production est à l’arrêt ou très réduite pendant cette période.

Charles Mangeol, puis Jeanne Louis (vers 1884 — 1890)

Vers 1884, Charles Mangeol, verrier originaire de Besseyres en Haute-Loire, rachète ou loue l’usine et relance la production. Le recensement de 1886 le montre résidant au 15 rue Tréfilerie — adresse distincte de l’usine au 9 et de la maison patronale au 11 — avec son épouse Jeanne Louis (54 ans), et leurs deux fils Louis (24 ans, verrier) et Armand (18 ans). Félix Bollin, tailleur de verre, réside lui au 9 de la même rue, sur le site même de la fabrication.

Cette différence d’adresses suggère que Mangeol exploite peut-être d’abord un four plus modeste au 15, avant que sa veuve ne transfère l’ensemble sur le site Guébourg. C’est en tout cas ce que laisse entendre la demande d’autorisation déposée le 29 janvier 1889 par Jeanne Louis pour transférer l’établissement du 15 vers le 11 rue Tréfilerie.

Charles Mangeol décède le 2 octobre 1886, à 61 ans. Sa veuve, Jeanne Louis, native de Tence (Haute-Loire), reprend la direction de l’usine — fait remarquable dans une industrie entièrement masculine. Elle est désignée « maître de verrerie » dans les actes. Malgré son énergie, elle ne peut redresser une situation financière structurellement fragile. La vente aux enchères du 10 juin 1890, annoncée dans le Mémorial de la Loire du 1er juin, liquide la fabrique. L’inventaire des biens vendus — flacons, carafes, encriers, moules, matières premières — confirme la spécialisation dans la gobeletterie fine et le flaconnage.

En avril 1890, Auguste Mangeol, fils de Charles et Jeanne, verrier résidant au 9 rue Tréfilerie, se marie — la vie continue jusqu’aux derniers instants de l’entreprise.

Jeanne Louis décède le 30 novembre 1897, à 66 ans. Elle exercait alors la profession de ménagère et résidait au 9 rue de l’Industrie.

La Verrerie Stéphanoise, coopérative ouvrière (1891 — 1897)

Les locaux ne restent pas longtemps inoccupés. Une coopérative ouvrière, la Verrerie Stéphanoise, s’installe au 9 rue Tréfilerie et démarre sa première fonte le 1er août 1891. La production, exclusivement de la gobeleterie et de la flaconnerie, s’inscrit dans la continuité de ce que fabriquaient les exploitants précédents.

Cette initiative s’inscrit dans le mouvement coopératif ouvrier qui se développe en France dans les années 1890, dont l’exemple le plus célèbre dans le secteur verrier sera la Verrerie Ouvrière d’Albi, fondée en 1896 à la suite des grandes grèves de Carmaux.

Dès avril 1897, la verrerie est de nouveau mise en location : la Stéphanoise a déménagé dans de plus vastes locaux à Vénissieux. Après cette date, le site de la rue Tréfilerie ne sera plus jamais exploité comme verrerie.


Situation géographique

Localisation

L’usine s’étendait aux numéros 9 et 11 de la rue Tréfilerie, à l’angle de l’impasse Mallet. Les statuts de 1881 en donnent les limites précises : 68 mètres de façade nord sur l’impasse Mallet, 75 mètres côté sud, 39,90 mètres à l’est le long de la rivière Furens, 39,65 mètres à l’ouest sur la rue Tréfilerie. Superficie totale : environ 3 000 mètres carrés.

Le numéro 9 correspondait à l’usine de fabrication ; le numéro 11 à la maison d’habitation patronale (trois étages sur rez-de-chaussée). Le numéro 13, résidence de Jean Claude Haour en 1888, n’existe plus — il était situé plus au nord sur la même rue.

État actuel

Le site est aujourd’hui occupé par le Campus Tréfilerie de l’Université Jean Monnet. Les bâtiments industriels ont disparu lors de la construction du campus, commencée en 1969. La caserne Rullière voisine a été démolie en 1970.

Carte du site

À venir — localisation sur cadastre napoléonien et plan de situation vers 1881.


Éléments techniques

La verrerie produisait essentiellement de la gobeletterie (verres à boire), de la topetterie (petits flacons) et du flaconnage (flacons pour parfums, médicaments, liquoristes). Pelletier la qualifie de « topetterie » en 1887 — production de petits flacons plats destinés aux travailleurs. Mais l’inventaire de la vente de 1890 révèle une gamme beaucoup plus étendue : 480 moules en fonte pour bouteilles, flacons, topettes, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade. La spécialisation était donc dans le verre creux de consommation courante au sens large.

L’usine disposait d’une halle aux fours, d’une poterie pour la fabrication des creusets, d’une taillerie, d’une forge et d’une salle pour les moules. Le moteur à vapeur et la cheminée attestent d’une mécanisation partielle, courante dans les verreries industrielles des années 1870-1880.

En 1881, la direction de la SA demande l’autorisation d’ajouter deux fours à gobeletterie, ce qui suggère que l’établissement n’en possédait alors qu’un ou deux. La demande est rejetée pour non-conformité de la cheminée.


Contexte social

La verrerie est le théâtre de tensions sociales récurrentes. En octobre 1878, une grève éclate chez Guébourg et Cie : les ouvriers ne parviennent pas à faire aboutir leurs revendications et perdent l’indemnité de logement. En 1890, une nouvelle grève des souffleurs a lieu sous la direction de Jeanne Louis.

Ces conflits s’inscrivent dans un contexte régional tendu : en octobre 1878, le Mémorial de la Loire signale des grèves simultanées chez Guébourg et Cie, Saumont, et veuve Crine, toutes verreries stéphanoises.

La mobilité de la main-d’œuvre est importante : Jean Claude Haour, présent à Saint-Étienne en 1888, se retrouve à Épinac en 1892, suivant les ouvertures et fermetures d’usines. Félix Bollin, tailleur de verre, réside sur le site même en 1886, ce qui correspond à la pratique paternaliste du logement ouvrier sur place.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature — et ce qu’il faut corriger

Pelletier (1887) mentionne « MM. Guébourg, Poulet et Cie avaient, rue Tréfilerie, une topetterie. C’étaient d’anciens ouvriers. Leurs fours sont éteints. » Cette notice est doublement imprécise : d’une part, Pelletier ignore que la société Guébourg, Poulet et Cie avait été dissoute dès 1877 et remplacée par Guébourg et Cie, puis par la SA des Verreries et Cristalleries ; d’autre part, il présente les associés comme « d’anciens ouvriers », ce qui est inexact — Guébourg, Brûlé et Poulet étaient des fabricants verriers, pas des ouvriers au sens strict.

Points non résolus

  • Date exacte du transfert depuis La Ricamarie. On sait seulement que c’est entre 1867 et 1876, « peu de temps avant la dissolution de 1877 » selon les indices disponibles.
  • Mangeol au 15 rue Tréfilerie. Pourquoi cette adresse distincte du 9 et du 11 ? L’hypothèse d’un four séparé exploité au 15, avant que la veuve ne fusionne les deux sites, est plausible mais non confirmée par les sources disponibles.
  • Propriétaires entre 1882 et 1884. On sait que le site passe entre des mains non-verrières pendant cette période, mais leur identité n’a pas été retrouvée.
  • Conditions exactes de la grève de 1890. Le Mémorial mentionne une grève des souffleurs sous Jeanne Louis, mais les détails (revendications, issue) ne sont pas documentés dans les sources consultées.
  • Situation du site entre la vente de 1882 et la reprise par Mangeol. La production était-elle totalement arrêtée, ou y avait-il une exploitation partielle ?

Personnages associés

Personnalités

Verriers

Voir toutes les personnes liées →

Sources

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire https://presselocaleancienne.bnf.fr/ark:/12148/cb32813853r

1er juin 1881 — statuts SA des Verreries et Cristalleries. 11 janvier 1877 — dissolution Guébourg, Poulet et Cie. 9 octobre 1878 — grève chez Guébourg et Cie. 28 février 1879 — verrerie à louer à La Brûlante. 25 février 1881 — verrerie Landrin à vendre. 1er juin 1890 — annonce vente aux enchères veuve Mangeol. 14 avril 1890 — mariage Auguste Mangeol. Avril 1897 — mise en location.

article Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire

26 décembre 1882 — vente aux enchères (maison 11 rue Tréfilerie à 20 000 fr., usine 9 rue Tréfilerie à 50 000 fr.). 29 mai 1882 — conseil municipal, hauteur cheminée. 12 juillet 1880 — décès épouse Guébourg.

article Le Gil Blas

14 septembre 1882 — mise en liquidation du fonds de commerce parisien rue Saint-Sabin.

article Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=42LEREPUBLIC-18821226-P0004.pdf&query=Tr%C3%A9filerie+Verrerie

26 décembre 1882 — vente aux enchères (maison 11 rue Tréfilerie à 20 000 fr., usine 9 rue Tréfilerie à 50 000 fr.). 29 mai 1882 — conseil municipal, hauteur cheminée. 12 juillet 1880 — décès épouse Guébourg.

article Le Messager de Paris

6 avril 1882 — présentation enthousiaste de la SA par la Banque Métropolitaine.

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — vente aux enchères juin 1890 https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/01-juin-1890/4/c2c8768f-8e34-443e-b2fa-db93d92a1820

1er juin 1890 — détail du matériel et des marchandises : flacons, carafes, encriers, 480 moules en fonte.

livre Les Verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5393702h/f19.item.item

1887 — mentionne 'MM. Guébourg, Poulet et Cie avaient, rue Tréfilerie, une topetterie. C'étaient d'anciens ouvriers. Leurs fours sont éteints.' Pelletier ignore le transfert depuis La Ricamarie et la succession des raisons sociales.

etat civil Recensement de Saint-Étienne, canton sud-est, 1886

Page 931/1191 — Charles Manijol [Mangeol], verrier, 61 ans, 15 rue Tréfilerie. Page 928 — Félix Bollin, tailleur de verre, 40 ans, 9 rue Tréfilerie.