Verrier
Jean-Baptiste Crine
29 septembre 1817 — 16 mars 1877
Maître verrier, bouffetier, figure de la branche stéphanoise des Crine
Biographie
Résumé
Jean-Baptiste Crine est le frère aîné de Nicolas Crine et l’un des piliers de la présence verrière des Crine à Saint-Étienne. Né à Rive-de-Gier deux ans avant Nicolas, il partage avec lui la même formation de bouffetier, la même trajectoire vers Saint-Étienne, et finalement le même immeuble rue de la Montat (Jean-Baptiste au n°64, Nicolas au n°66) jusqu’à leurs morts respectives en 1877 et 1873.
Sa vie est marquée par une mobilité professionnelle remarquable : des verreries ripagériennes de son enfance à un mystérieux passage dans le Gard vers 1852-1854, avant de s’installer définitivement à Saint-Étienne où il travaille à la verrerie de la Montat aux côtés de ses frères. Sa mort en mars 1877, moins de quatre ans après celle de Nicolas, achève de démanteler la structure familiale qui faisait tenir l’ensemble : la dissolution judiciaire de la société Crine frères et fils est prononcée onze mois plus tard.
Filiation et réseau familial
Jean-Baptiste est le fils de Jean-Pierre Criner (13 janvier 1792, Givors — 31 janvier 1841, Lyon), verrier spécialisé en bouffeterie, et de Marie Anne Richard (? — 30 avril 1863, Lyon). Il est membre d’une fratrie nombreuse dont la majeure partie se retrouvera à Rive-de-Gier puis Saint-Étienne : Nicolas (1819), Melchior (vers 1810), Étienne (vers 1823) et d’autres.
Il épouse le 24 avril 1840 à Rive-de-Gier Sophie Orcel (3 juillet 1819, Givors — ?), fille de Claude Orcel, emballeur aux verreries (déjà dans le monde verrier) et de Françoise Bastien. Le couple a de nombreux enfants, dont plusieurs décèdent en bas âge :
- Marie Sophie (26 mars 1841, Rive-de-Gier — 6 juin 1841, Longes)
- Françoise Amélie (20 février 1842, Rive-de-Gier — 9 septembre 1924, Lyon), épouse Desvignes
- Joseph-Donat (25 mars 1844, Rive-de-Gier — 20 avril 1916, Pierre-Bénite), verrier, puis “ancien maître de verreries”
- Marie Héleine (7 novembre 1846, Rive-de-Gier — 2 octobre 1847, Givors)
- Claude Henry (15 septembre 1848, Rive-de-Gier — 26 septembre 1908, Lyon 3e)
- Marie Héleine (5 juin 1850, Rive-de-Gier — 11 janvier 1925, Albigny-sur-Saône)
- Sophie Prudence (9 mai 1852, Saint-Hilaire-de-Brethmas, Gard — 20 septembre 1919, Bron)
- Appolon Frédéric (vers 1854, Saint-Hilaire-de-Brethmas — 18 août 1876, hôpital militaire de Batna, Algérie)
- Jean-Baptiste Jérôme (24 mars 1859, Saint-Étienne — 26 juin 1919, Lyon), chiffonnier à son décès
- Théodore Thomas (25 août 1862, Saint-Étienne — ?)
L’acte de dissolution de la société “Crine frères et fils” (mars 1878) cite encore deux enfants mineurs à la mort de Jean-Baptiste : Jérôme et Théodore, ce qui est cohérent avec leurs dates de naissance (1859 et 1862).
Trajectoire verrière
Les années ripagériennes (1817 — vers 1851)
Jean-Baptiste grandit rue des Verreries Rondes à Rive-de-Gier, au cœur du quartier verrier. Son mariage en 1840 le montre déjà “ouvrier verrier” à cette adresse. Il est qualifié de “bouffetier” dès 1846 — terme précis désignant le souffleur spécialisé dans les bouteilles et flacons en verre moulé, héritier direct de la spécialité paternelle.
Son réseau de témoins aux actes de naissance de ses enfants révèle l’épaisseur du tissu verrier qui l’entoure : Melchior Schtingre (1842), de la famille Stingre/Stenger présente à la verrerie de la Montat depuis 1820 ; Nicolas Crine son frère (1844, première attestation adulte de Nicolas) ; Melchior Criner (1848) et Étienne Criner (1850), ses autres frères. En 1850, les trois frères Jean-Baptiste, Nicolas et Étienne sont tous à Rive-de-Gier, la dernière fois qu’on les trouve réunis dans la même ville avant leur migration vers Saint-Étienne.
La mort de sa première fille Marie Héleine à Givors en octobre 1847, chez son oncle maternel André Orcele, révèle une présence familiale dans le réseau verrier givordien. Parmi les signataires de l’acte de décès figure Joseph Neuvesel, fondateur vers 1819 de la verrerie de la Pomme à Rive-de-Gier, un lien indirect entre les familles Crine et Neuvesel.
Le détour par le Gard (1852 — vers 1854)
Entre la naissance de Marie Héleine (2e) à Rive-de-Gier en juin 1850 et celle de Sophie Prudence à Saint-Hilaire-de-Brethmas en mai 1852, Jean-Baptiste a quitté Rive-de-Gier pour rejoindre la verrerie de Larnac, dépendant de la commune de Saint-Hilaire-de-Brethmas dans le Gard (canton d’Alès). Il y est “ouvrier verrier” — une légère rétrogression par rapport au titre de “bouffetier” qu’il portait en 1846-1848, peut-être liée à un nouvel établissement où les hiérarchies sont à construire.
Son fils Appolon Frédéric, né vers 1854 au même lieu et décédé à l’hôpital militaire de Batna (Algérie) le 18 août 1876, suggère un séjour d’au moins deux ans dans le Gard. Les raisons de ce détour méridional restent inconnues, peut-être une opportunité d’emploi dans une verrerie en expansion, peut-être un réseau de contacts qui le conduit jusque-là.
Retour à Saint-Étienne et la verrerie de la Montat (1859 — 1877)
Jean-Baptiste réapparaît à Saint-Étienne en mars 1859, lors de la naissance de Jean-Baptiste Jérôme : il est désormais “fabricant de verres, à la Verrerie (Outrefurens)” — il a rejoint ses frères à la verrerie de la Montat, et sa qualification est montée d’un cran. Il y est aux côtés de son frère Nicolas, qui y travaille depuis 1851.
En août 1862, à la naissance de Théodore Thomas, Jean-Baptiste est “fabricant de verres, rue de la Montat 66” — la même adresse que Nicolas. Les deux frères partagent donc le même immeuble, peut-être le même appartement ou des appartements contigus. Jusqu’à la mort de Nicolas en juillet 1873, ils travaillent côte à côte.
Après le décès de Nicolas, Jean-Baptiste continue à la Montat dans le cadre de la société Crine et Cie constituée en septembre 1876 avec Thomas Crine, Joseph-Donat, et d’autres héritiers. C’est à la rue de la Montat 64 qu’il décède le 16 mars 1877, à 60 ans — porte-à-porte avec le 66 où Nicolas avait vécu et travaillé.
Sa mort déclenche la mécanique successorale qu’on retrouve dans l’acte de dissolution de mars 1878 : ses parts se dispersent entre sa veuve Sophie Orcel, ses filles majeures Marie et Sophie, sa fille Amélie Desvignes, et ses fils mineurs Jérôme et Théodore. Trop d’héritiers, des intérêts divergents — la dissolution judiciaire de “Crine frères et fils” est prononcée le 12 février 1878.
Les conséquences de sa mort
La mort de Jean-Baptiste en mars 1877, survenant moins de quatre ans après celle de Nicolas, achève de désintégrer la structure Crine à la Montat. Si Nicolas était le pivot commercial et technique, Jean-Baptiste était le lien de continuité générationnelle : son fils Joseph-Donat, ses gendres, ses nombreux héritiers auraient pu constituer une relève. Au lieu de cela, la multiplicité des ayants droit aboutit à la dissolution.
Thomas Crine, le seul frère encore actif, réagit en s’associant à Charles Duplat dès le 24 décembre 1878 — choix délibéré d’un partenaire extérieur à la famille, plutôt que de reconstruire avec Bertholon qui possède les murs mais n’est pas verrier. C’est le dernier avatar de la présence Crine à la Montat, avant la faillite de 1883 et la liquidation définitive.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- La verrerie de Larnac à Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard) n’a pas encore été identifiée dans les sources gardoises. Une recherche aux AD30 permettrait de préciser cet établissement.
- La date exacte de décès de Sophie Orcel est inconnue. Elle est encore vivante en mars 1877 (citée dans l’acte de décès de son mari) et tutrice de ses enfants mineurs en mars 1878.
- Appolon Frédéric (vers 1854 — 18 août 1876, Batna) : son acte de naissance dans le Gard n’a pas encore été retrouvé. La date de naissance “vers 1854” est déduite de son âge probable.
- Joseph-Donat Crine (25 mars 1844 — 20 avril 1916, Pierre-Bénite) : sa trajectoire après la dissolution de 1878, où il est qualifié d‘“ancien maître de verreries”, reste à documenter. Il finit à l’hospice du Perron à Pierre-Bénite.
Frise chronologique
Fils de Jean-Pierre Crine, verrier, et Marianne Richard. Témoins : Jean Villard et Barthélémy Reynaud, tous deux verriers. Ni le père ni les témoins ne savent signer. Jean-Baptiste, lui, signera son a…
Jean-Baptiste réside rue des Verreries Rondes lors de son mariage (1840) et aux naissances de Marie Sophie (1841), Joseph-Donat (1844) et Marie Héleine (1846). La verrerie Teillard frères, qui occupe …
Jean-Baptiste, « ouvrier verrier rue des Verreries Rondes », épouse Sophie Orcel, quartier de la Pomme. Témoins : Thomas Orcel, coupeur de verre (frère germain de l'épouse) ; Nicolas Gaillard, étendeu…
Jean-Baptiste réside rue des Verchères en 1850 (naissance de Marie Héleine 2e). Sa résidence antérieure rue d'Égarande (1848, naissance de Claude Henry) s'explique probablement par la proximité de la …
Jean-Baptiste est « ouvrier verrier à la verrerie de Larnac dépendant de la commune de Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard) » lors de la naissance de Sophie Prudence le 9 mai 1852. Il s'agit de la verreri…
Ouvrier verrier à la verrerie de Larnac lors de la naissance de Sophie Prudence (9 mai 1852). Son fils Appolon Frédéric, né vers 1854 au même lieu et décédé à l'hôpital militaire de Batna (Algérie) le…
En mars 1859, Jean-Baptiste est « fabricant de verres, à la Verrerie (Outrefurens) ». En août 1862, « fabricant de verres, rue de la Montat 66 », la même adresse que son frère Nicolas. Il décède en ma…
Décès constaté le 17 mars 1877 à 11h du matin. Jean-Baptiste est « verrier, rue de la Montat 64 », 60 ans. Déclarants : Donat Crine (son fils Joseph-Donat, 33 ans, verrier, même adresse) et Pierre Cor…
Parcours géographique
3 verreries
Sources
- etat civil Acte de naissance de Jean-Baptiste Crine — 30 septembre 1817 (AD42, Rive-de-Gier, NMD 1817, cote 3NUMEC4/3E187_10, vue 42/134) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaf71b67ea9d2c4cf3/img:AD04212_3E187_010_0405
Jean Pierre Crine, verrier, déclare la naissance de son fils Jean-Baptiste, né le 29 septembre 1817. Témoins : Jean Villard et Barthélémy Reynaud, verriers. Aucun des trois ne sait signer.
- etat civil Acte de mariage de Jean-Baptiste Crine et Sophie Orcel — 24 avril 1840 (AD42, Rive-de-Gier, NMD 1840, cote 3NUMEC1/3E187_19, acte n°34, vue 164/299) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta1473f9df4ea1a1ed/img:AD04212_3E187_019_0165
Jean-Baptiste, ouvrier verrier rue des Verreries Rondes. Sophie Orcel, quartier de la Pomme. Témoin notable : Thomas Orcel, coupeur de verre, frère germain de l'épouse.
- etat civil Acte de naissance de Marie Sophie Crine — 26 mars 1841 (AD42, Rive-de-Gier, NMD 1841, cote 3NUMEC2/3E187_19, acte n°136, vue 36/269) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta6b06affdf8f74564/img:AD04212_3E187_019_0336
Premier enfant du couple, décédée le 6 juin 1841 à Longes. Témoin : Jean Caterin, verrier aux Verreries Rondes.
- etat civil Acte de naissance de Françoise Amélie Crine — 20 février 1842 (AD42, Rive-de-Gier, Naissances 1842, cote 3NUMEC2/3E187_20, acte n°61, vue 16/125) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta4700fd4d2ddf8fa2/img:AD04212_3E187_020_0017
Témoin : Melchior Schtingre, verrier, rue des Verreries Rondes — de la famille Stingre/Stenger présente à la verrerie de la Montat depuis 1820.
- etat civil Acte de naissance de Joseph-Donat Crine — 25 mars 1844 (AD42, Rive-de-Gier, Naissances 1844, cote 3NUMEC2/3E187_21, acte n°136, vue 36/130) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaae5e1ffea511b7ef/img:AD04212_3E187_021_0037
Témoin : Nicolas Crine, 24 ans, verrier, rue des Verreries Rondes — première attestation adulte de Nicolas Crine à Rive-de-Gier.
- etat civil Acte de naissance de Marie Héleine Crine — 7 novembre 1846 (AD42, Rive-de-Gier, Naissances 1846, cote 3NUMEC2/3E187_22, acte n°366, vue 95/123) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta66185974ad69db20/img:AD04212_3E187_022_0096
Jean-Baptiste qualifié de « bouffetier » — première utilisation de ce terme pour les Crine dans les actes d'état civil.
- etat civil Acte de décès de Marie Héleine Crine — 2 octobre 1847, Givors (AD69, Givors, Décès 1847, cote 4 E 5629, acte n°209, vue 25/34) https://archives.rhone.fr/ark:/28729/7krzmhtv1l23/a750ca05-69b4-424c-9041-59cd5f7a215c
Décédée chez André Orcele, son oncle maternel, à Givors. Signataire notable : Joseph Neuvesel, lié à la verrerie de la Pomme à Rive-de-Gier — présent à Givors, dans le même réseau que les Crine et les Orcel.
- etat civil Acte de naissance de Claude Henry Crine — 15 septembre 1848 (AD42, Rive-de-Gier, Naissances 1848, cote 3NUMEC2/3E187_23, acte n°358, vue 92/140) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta9ade84c0c2557f6b/img:AD04212_3E187_023_0093
Témoin : Melchior Criner, 38 ans, verrier, rue d'Égarande — frère de Jean-Baptiste, présent à Rive-de-Gier.
- etat civil Acte de naissance de Marie Héleine Crine (2e) — 5 juin 1850 (AD42, Rive-de-Gier, Naissances 1850, cote 3NUMEC2/3E187_24, acte n°207, vue 54/130) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta209c1e005503fab0/img:AD04212_3E187_024_0055
Témoins : Nicolas Criner (30 ans, rue des Verchères) et Étienne Criner (27 ans, rue d'Égarande) — les deux frères, tous trois verriers en bouffeteries, présents à Rive-de-Gier en 1850.
- etat civil Acte de naissance de Sophie Prudence Crine — 9 mai 1852 (AD30, Saint-Hilaire-de-Brethmas, NMD 1843-1852, cote 5 Mi 18 106, acte n°10, vue 99/321)
Jean-Baptiste, « ouvrier verrier à la verrerie de Larnac dépendant de cette commune (Saint-Hilaire-de-Brethmas) ». Unique attestation d'un Crine dans le Gard.
- etat civil Acte de naissance de Jean-Baptiste Jérôme Crine — 24 mars 1859 (AM Saint-Étienne, Naissances 1859, cote 2 E 67, acte n°895, vue 74/311)
Jean-Baptiste, 42 ans, « fabricant de verres, à la Verrerie (Outrefurens) » — retour à Saint-Étienne et à la Montat. Témoin récurrent : Jean Antoine Remillieux, teneur de livres, rue de la Charité — présent aussi aux actes de Nicolas.
- etat civil Acte de naissance de Théodore Thomas Crine — 25 août 1862 (AM Saint-Étienne, Naissances 1862, cote 2 E 70, acte n°895, vue 74/297)
Jean-Baptiste, 45 ans, « fabricant de verres, rue de la Montat 66 » — même adresse que son frère Nicolas. Témoin : Pierre Desvigne, boulanger rue Saint-Roch — à rapprocher d'Antoine Desvignes, verrier à Bellevue, époux d'Amélie Crine.
- etat civil Acte de décès de Jean-Baptiste Crine — 17 mars 1877 (AM Saint-Étienne, Décès 1877, cote 4 E 84, acte n°738, vue 56/254)
Jean-Baptiste Crine, 60 ans, verrier, rue de la Montat 64, décédé le 16 mars 1877 à 23h30. Déclarants : Donat Crine (Joseph-Donat, son fils, 33 ans, verrier, même adresse) et Pierre Corrompt, boulanger, rue de Lyon 77. Sa mort déclenche la procédure de dissolution de la société « Crine frères et fils », prononcée judiciairement le 12 février 1878.