Verrerie
Verrerie de Pierre-Bénite
1768 - env. 1813
Aussi connue sous : Verrerie Royale de Pierre-Bénite
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Noms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La Verrerie Royale de Pierre-Bénite est l’une des manufactures verrières les plus importantes de la région lyonnaise dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fondée en 1768 par Joseph Enard, marchand verrier né à Fessevillers (Doubs) en 1713, elle produit du verre à vitre, des bouteilles et du verre blanc « façon Bohême », emploie jusqu’à 200 ouvriers, et attire les meilleurs souffleurs du réseau franc-comtois. C’est l’aboutissement de la trajectoire d’un entrepreneur d’exception, déjà cofondateur de la Verrerie Royale de Givors en 1749.
La manufacture ferme au plus tard vers 1811-1813, après la mort de son fondateur en 1790 et une reprise par son fils Jean Marie Melchior Enard, qui s’éteint sans descendance. Les Robichon, héritiers du site, ferment la verrerie pour favoriser leurs propres établissements de Rive-de-Gier. Les bâtiments industriels connaissent ensuite plusieurs vies (caserne sous Charles X, manufacture de fuchsine dans les années 1860) avant de disparaître sous le site chimique actuel d’Arkema. Seules survivent les habitations des verriers, alignées à l’ouest de l’actuelle Impasse de la Verrerie, avec leurs jardins tout en longueur, presque dans l’état de leur création vers 1768.
Historique
Fondation (1768)
Joseph Enard — né le 2 avril 1713 à Fessevillers, décédé le 7 juin 1790 à Oullins — fonde la Verrerie Royale de Pierre-Bénite en 1768. Il avait déjà cofondé la Verrerie Royale de Givors en 1749 avec Michel Robichon. La création de Pierre-Bénite intervient à l’expiration de l’exclusivité de 20 ans accordée à la verrerie de Givors, qui lui interdisait de concurrencer cet établissement qu’il avait pourtant co-fondé, dans un rayon défini.
Joseph Enard est issu d’une famille de marchands verriers enracinée depuis le XVIIe siècle dans les verreries du Doubs et du Jura. Son père Jean-Baptiste Enard avait racheté en 1696 les bâtiments de la verrerie de Lobschez à sa fermeture. Sa tante Marie Barbe Enard avait épousé Jean-Jacques Brischoux, un autre marchand de verre et père du souffleur Jean-Baptiste Brischoux, lequel travaillera à Pierre-Bénite de 1770 à 1778. Enard et Brischoux étaient donc cousins, et leurs familles doublement liées.
Apogée (1770 — 1790)
En 1772, la Gazette du commerce décrit une manufacture remarquable : « grandeur et ordre des ateliers », plus de 80 personnes employées. D’autres sources évoquent 200 ouvriers en 1770. La production est diversifiée : verre à vitre, bouteilles, et verre blanc imitant celui de Bohême, ce qui place Pierre-Bénite parmi les manufactures les plus complètes de la région.
Le personnel est issu du réseau franc-comtois qui alimente toutes les grandes verreries du bassin lyonnais. Jean-Baptiste Brischoux, souffleur de verre à vitre et cousin d’Enard, y travaille de 1770 à 1778. Georg Anton Sigwart père, venu de Saint-Quirin via Fère-en-Tardenois, arrive vers 1781 avec son fils Georg Anton Sigwart fils ; ce dernier y épouse en 1785 Marie Catherine Brischoux, fille de Jean-Baptiste. Jean Georges Sigwart, frère aîné de Georg Anton fils, s’y était déjà marié dès janvier 1776 avec Anne Barbe Sonnet, belle-sœur de Brischoux.
À leurs côtés œuvre également Jean Baptiste Schmid, souffleur en verre à vitre issu de la grande lignée des Schmid de Soleure et de Grünwald (Forêt-Noire), attesté à Pierre-Bénite de 1786 à 1791 par les baptêmes de ses cinq enfants dans la paroisse d’Oullins (AD69, 149 GG 8). Les parrainages croisés de ces actes dessinent un instantané dense de la communauté germanophone de la manufacture : Catherine Brischoux, épouse de Georg Anton Sigwart père, est marraine du petit Pierre Schmid en 1786 ; Claude Joseph Raspiller, souffleur en verre à vitre, est parrain en 1790 ; les Spicher (Georg, puis Jean-Baptiste Hilaire, époux d’une fille Sigwart), les Crine (Pierre Louis), l’étendeur Pierre Kaltenbach et le souffleur George Laurent Fogt (Vögt, de Saint-Quirin) y figurent tour à tour comme témoins, parrains ou marraines. C’est l’une des photographies les plus complètes dont on dispose du personnel verrier de Pierre-Bénite à son apogée. Le passage ultérieur de Schmid à la verrerie de Vienne, chez le fils du fondateur (voir plus bas), illustre la circulation de cette main-d’œuvre d’un établissement Enard à l’autre.
Ces familles ne se côtoient pas par hasard : elles font partie du même réseau verrier construit sur plusieurs générations, où Raspiller, Enard, Brischoux, Sigwart et Robichon se retrouvent de verrerie en verrerie depuis la Forêt-Noire et le Doubs.
Joseph Enard décède le 7 juin 1790 à Oullins.
Déclin et fermeture (1790 — 1812)
Son fils Jean Marie Melchior Enard lui succède. Le 27 avril 1791, il épouse Marie Odile Brischoux, une autre fille de Jean-Baptiste. Ce mariage qui nécessite une dispense du troisième degré de consanguinité, les deux familles étant en réalité cousines doubles côté père et côté mère. Le couple n’a pas d’enfants.
La verrerie fonctionne encore en 1812 (un acte de naissance d’Oullins mentionne cette année-là un « verrier à la verrerie de Pierre-Bénite ») mais le nombre de feuillets des actes civils avait déjà chuté drastiquement entre 1811 et 1812, signe d’un effectif en forte diminution.
Jean Marie Melchior Enard décède le 12 décembre 1810 à la Verrerie, à 63 ans. Les témoins de son décès sont le teneur de livre de l’usine et Victor Robichon, désigné comme « co-propriétaire de la Verrerie de Pierre-Bénite », âgé de 31 ans. Victor est le fils de Michel Robichon III et de Marie Anne Enard, fille de Joseph. La soeur du défunt a donc épousé un Robichon, et leur fils se retrouve co-propriétaire de la verrerie de son oncle maternel.
Cette « co-propriété » n’est pas une situation de circonstance née en 1810. Elle remonte au mariage, le 8 janvier 1775, de Michel Robichon dit « cadet » (1745-1820), fils de Michel Robichon, cofondateur avec lui et Joseph Enard de la Verrerie Royale de Givors en 1749, avec Marie Anne Enard, fille de Joseph. À la mort de celle-ci en 1804, Michel Robichon cadet hérite d’une part de la fabrique de Pierre-Bénite. Le décès de Jean Marie Melchior Enard en 1810 ne fait donc qu’achever une prise de contrôle Robichon engagée depuis deux générations et deux voies d’alliance.
Joseph Enard avait sans doute cru résoudre la tension avec ses anciens associés Robichon en mariant sa fille à Michel III. Il avait trois fils et ne pouvait imaginer qu’aucun n’aurait de descendance. C’est pourtant ce qui arrive : à la mort de Jean Marie Melchior, les deux autres fils Enard n’ont aucun rôle dans l’entreprise. L’aîné, Melchior-Gaspard Enard (né à Lyon le 10 juin 1757), que l’histoire de Pierre-Bénite a longtemps cru « disparu de la circulation », ne l’est nullement : les actes révèlent qu’il fut le fondateur (ou repreneur) et premier propriétaire de la verrerie de Vienne (Champ-de-Mars), où il est attesté maître dès 1794 et dont il cède les parts à partir de 1800 (voir plus bas et la fiche de cette verrerie). Le second fils, Joseph, finit ses jours seul dans la partie privée du domaine comme un châtelain décadent. Victor Robichon et son frère Joseph Michel héritent les mains libres d’un concurrent sérieux, qu’ils s’empressent de fermer. La verrerie est mentionnée dans l’Almanach du commerce jusqu’en 1813, et disparaît de l’édition de 1817. Selon l’incontournable Pierre Pelletier, ils transfèrent même les fours et ustensiles à leur nouvelle acquisition de Rive-de-Gier, la verrerie de la Berthelasse, nouvellement acquise en 1813, agrandie précisément à cette période. Joseph Michel Robichon deviendra maire de Rive-de-Gier. Les Enard avaient fondé, les Robichon ont tout récupéré.
Pierre-Bénite et Vienne : deux verreries, une même maison Enard
L’identification de Melchior-Gaspard Enard comme maître de la verrerie de Vienne établit un pont direct entre Pierre-Bénite et le Dauphiné. Joseph Enard avait fondé Pierre-Bénite (1768) ; son fils aîné Melchior-Gaspard porte le savoir-faire et le capital familiaux à Vienne, vers 1790-1794, en y créant ou reprenant un établissement propre. Plusieurs indices matérialisent cette continuité : le souffleur en verre à vitre Jean Baptiste Schmid, employé à Pierre-Bénite de 1786 à 1791, rejoint la verrerie de Melchior-Gaspard à Vienne dès 1793 (il y est logé chez « Melchior Enard propriétaire de la ver[r]erie de cette commune ») ; et l’on y retrouve la même spécialité du verre à vitres, marque de fabrique des Enard. Il ne s’agit pas d’une succession juridique — les deux verreries coexistent et n’ont pas de lien de propriété commun —, mais d’une filiation familiale et technique, le fils prolongeant en Dauphiné l’entreprise verrière du père.
L’après-verrerie (1812 — 1924)
En 1822, la propriété est mise en vente ou à louer par un certain M. Arnaud. L’annonce décrit plusieurs corps de bâtiments « solidement construits et récemment restaurés », dont un bâtiment principal de 74 mètres de long sur 12 mètres de large, élevé de deux étages au-dessus d’un rez-de-chaussée voûté avec caves sur toute sa longueur, une écurie double pouvant contenir cent chevaux avec fenil, et plus d’un hectare et demi de terrain cultivé. L’annonce suggère même une destination possible pour « une communauté religieuse ». Le domaine privé des Enard, séparé de l’ensemble industriel, n’est pas inclus dans la vente. Les acheteurs potentiels peuvent consulter le plan des bâtiments chez Me Joliet, notaire à Dijon — détail géographique qui pourrait indiquer que les héritiers ou mandataires étaient établis en Bourgogne ou en Franche-Comté.
Les états de section d’Oullins de 1822 (AD69, 3P168/1) permettent de reconstituer précisément le devenir du domaine après la fermeture. Les Robichon frères, installés à Rive-de-Gier, conservent l’ensemble du domaine de maître hérité de Joseph Enard : maison (parcelle 511), jardin (512), terre (513), vignes (514), ainsi que les parcelles 535 à 537 et 547-548 formant le côté nord du quadrilatère, avec la maison rurale et la chapelle où s’était célébré, en 1775, le mariage fondateur de Michel Robichon cadet et de Marie Anne Enard. Les bâtiments industriels proprement dits, c’est-à-dire le « bâtiment considérable de deux étages » abritant vraisemblablement les fours (parcelle 549, conforme aux 73 m x 12 m de l’annonce de 1822) et sa partie sud (parcelle 550), appartiennent en revanche déjà, à cette date, à Arnaud et Dufournel conjointement, tandis que les anciennes habitations de verriers (parcelles 524-534, 538-545) sont dispersées entre de nombreux propriétaires distincts.
Ce partage suggère un scénario cohérent avec les autres sources généalogiques du dossier Radix Vitri : à la fermeture (1811-1813), les Robichon transfèrent l’exploitation, les fours et les ouvriers — dont l’ancêtre Antoine Haour, attesté à Rive-de-Gier dès 1813, vers leurs verreries ripagériennes, dont l’ancienne verrerie Claudius, propriété de la famille depuis 1808 et alors en cours d’agrandissement (adjonction d’un four à verre blanc et d’un four à vitres). Ils revendent rapidement les bâtiments industriels devenus inutiles à Arnaud et Dufournel, et laissent se disperser les logements de verriers entre divers particuliers, tout en conservant le seul domaine de maître, dans lequel décède d’ailleurs Victor Robichon le 10 septembre 1830 1.
L’occupation militaire du site est documentée avec une précision remarquable par la presse d’époque. Le 1er juin 1832, le Journal du commerce de la ville de Lyon et du département du Rhône évoque « la formation définitive d’une grande caserne de cavalerie » à Pierre-Bénite, rendant nécessaire l’installation d’un hôtel-restaurant pour les officiers ne pouvant se loger sur place. Cette caserne, occupée par des unités d’artillerie montée puis de dragons, reste active pendant près de trois décennies : un incendie voisin l’épargne en juin 1841 ; des cas de morve y sont recensés parmi les chevaux en janvier 1842 ; un grave accident y survient le 16 septembre 1841, largement relayé par la presse nationale : des canonniers menant leurs chevaux se baigner dans le Rhône sont surpris par le passage d’un bateau à vapeur, entraînant la noyade de deux d’entre eux et de quatre chevaux, malgré le sauvetage héroïque du canonnier Doudinot. Le 12 avril 1857, deux dragons du 10e régiment manquent également de se noyer dans le Rhône en regagnant leur caserne depuis Lyon, sauvés par leur camarade Damas ; ce régiment, présent à Pierre-Bénite depuis 1855-1856 environ, quitte la ville début octobre 1858 pour Sedan. La caserne reste néanmoins occupée par d’autres unités de dragons au moins jusqu’en 1860, comme l’atteste leur intervention lors d’un incendie à Irigny la même année. Cet épisode militaire, dont la persistance dans la mémoire locale est encore attestée par une carte postale du début du XXe siècle légendée « La Roche Bénite et l’ancienne Caserne de Cavalerie », marque durablement l’identité toponymique du lieu, au point d’éclipser pour longtemps son passé verrier dans la culture populaire.
Un rapport du Conseil général du Rhône de janvier 1854 introduit cependant un nouvel acteur non identifié trente ans plus tôt : il désigne « l’ancienne verrerie de Pierre-Bénite » comme propriété d’un certain M. Chevassieux, décrivant des bâtiments considérables mais « dans un grand délabrement », nécessitant d’importants travaux pour être réutilisés, avec seulement 55 ares cultivables et une étroite saulée envahie par les eaux du Rhône. Chevassieux en demande alors 150 000 francs. L’acquisition de ce domaine par Chevassieux (probablement auprès d’Arnaud et Dufournel, entre 1822 et 1854) reste à documenter. Ce rapport soulève surtout une tension avec les sources militaires contemporaines : la presse atteste sans discontinuer la présence d’une caserne de cavalerie active à Pierre-Bénite entre 1832 et au moins 1860 (voir plus bas), alors que le même lieu-dit est décrit en 1854 comme largement à l’abandon. Il est possible que la « caserne » proprement dite et « l’ancienne verrerie » de Chevassieux désignent des ensembles bâtis distincts au sein du même domaine, les anciens bâtiments industriels d’un côté, tombés en désuétude après le départ des Robichon, et d’autres structures (logements, dépendances, voire constructions nouvelles) affectées à l’usage militaire de l’autre. Mais cette hypothèse demande à être vérifiée par des sources complémentaires.
Vers 1865, les bâtiments sont occupés par les frères Renard pour la fabrication de la fuchsine, un colorant rouge extrait du goudron de houille. Cette teinture, l’une des toutes premières matières colorantes de synthèse, avait été découverte en 1858 par le chimiste lyonnais François-Emmanuel Verguin (1814-1864), alors contremaître depuis 1855 dans la fabrique lyonnaise d’acide sulfurique et de vitriol de Louis Raffard. Cherchant à synthétiser un nouveau colorant, Verguin obtient par hasard, probablement dans un laboratoire installé au château de Damette à Irigny, une matière d’un rouge éclatant qu’il nomme « magenta » en l’honneur de la bataille du même nom, et pour laquelle il dépose un premier brevet le 2 février 1858. Tombé malade et dans l’incapacité d’assurer une production industrielle, il cède son procédé pour 100 000 francs aux frères Renard, teinturiers lyonnais, qui déposent à leur tour un brevet le 8 avril 1859 et rebaptisent le produit « fuchsine », en référence à la couleur de la fleur du fuchsia. C’est cette entreprise Renard (la Société La Fuchsine, fondée en 1863 avec l’aide du Crédit lyonnais) qui installe, deux ans plus tard, sa production dans les anciens bâtiments de la verrerie de Pierre-Bénite. L’activité teint tout en rouge : les ruisseaux, les ouvriers, les chiens de garde. Des procès liés au brevet et une faillite conduisent à la liquidation de la Société de la Fuchsine en 1871.
En 1893-1894, de nouvelles annonces de vente décrivent encore une maison de 73 mètres de long (949 m²) avec une cheminée industrielle de 68 mètres de hauteur. En 1924, le site est à nouveau mis en vente, et semble avoir été absorbé par ce qui est aujourd’hui le site d’Arkema à Pierre-Bénite.
Le domaine verrier survit en réalité beaucoup plus longtemps que ne le suggèrent ces seules annonces immobilières. Le rapprochement du cadastre napoléonien de 1822, de la carte d’état-major levée entre 1820 et 1866 (qui porte la mention explicite « la Verrerie Caserne » et dessine un tracé fermé sur les quatre côtés du site) et d’une photographie aérienne verticale antérieure à 1960 (l’autoroute A7 n’y figure pas encore) établit que trois des quatre ailes du quadrilatère d’origine sont restées en place jusqu’à la construction de cette autoroute, aux mêmes emplacements et dans les mêmes proportions qu’en 1822. Seul le côté sud a disparu entre 1950 et 1960. C’est donc le chantier de l’A7, dans les années 1950-1960, qui met fin à la présence matérielle du plus gros du bâti verrier, non pas les mutations industrielles ou immobilières du XIXe siècle. L’aile ouest, correspondant aux logements des verriers avec leurs jardins en lanière, échappe seule à cette démolition tardive et constitue aujourd’hui l’Impasse de la Verrerie ; elle est identifiée par le PLU-H de la Métropole de Lyon comme Élément Bâti Patrimonial (fiche n°14).
Cette continuité industrielle sur plus de deux siècles n’est pas anodine. De la verrerie à la fuchsine, de la fuchsine à la pétrochimie, le site de Pierre-Bénite n’a plus cessé d’être un lieu de transformation de la matière. C’est sur ces bords du Rhône, dans les anciens bâtiments d’une manufacture de verre à vitre, que naît 2 au milieu du XIXe siècle la Vallée de la Chimie lyonnaise, l’un des premiers pôles chimiques de France. Joseph Enard, en choisissant ce site en 1768 pour ses accès fluviaux et sa proximité de Lyon, avait sans le savoir posé la première pierre d’un destin industriel qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui.
Synthèse chronologique
Récapitulatif des dates et événements évoqués dans cette section, avec leur niveau de fiabilité.
| Date | Événement | Source / fiabilité |
|---|---|---|
| 1713 | Naissance de Joseph Enard à Fessevillers (Doubs) | État civil |
| 1749 | Fondation de la Verrerie Royale de Givors par Joseph Enard et Michel Robichon père et fils | Établi |
| 1768 | Fondation de la Verrerie Royale de Pierre-Bénite par Joseph Enard | Établi |
| 1770-1778 | Jean-Baptiste Brischoux, souffleur, actif sur le site | Actes paroissiaux d’Oullins |
| 1772 | La Gazette du commerce décrit la manufacture : 80 à 200 ouvriers, verre à vitre/bouteilles/verre blanc | Source primaire |
| 1776-1799 | Présence attestée des Sigwart père et fils | Actes paroissiaux |
| 1786-1791 | Jean Baptiste Schmid, souffleur en verre à vitre, cinq enfants baptisés sur site | AD69, 149 GG 8 |
| 1790 | Décès de Joseph Enard à Oullins ; succession par son fils Jean Marie Melchior | État civil |
| 1791 | Mariage de Jean Marie Melchior Enard avec Marie Odile Brischoux | État civil |
| v.1790-1794 | Melchior-Gaspard Enard (fils aîné) fonde/reprend la verrerie de Vienne (Champ-de-Mars) | Déduit des actes |
| 1804 | Décès de Marie Anne Enard ; Michel Robichon cadet hérite d’une part de la fabrique | Déduit |
| 1808 | Les Robichon acquièrent la verrerie Claudius à Rive-de-Gier | Établi (autres fiches) |
| 1810 | Décès de Jean Marie Melchior Enard ; Victor Robichon (neveu) témoin, dit « co-propriétaire » | État civil |
| 1811-1813 | Fermeture de la production (chute des actes d’Oullins 1811-1812 ; encore mentionnée en 1813) | Almanach du commerce |
| 1811 (non confirmé) | Date de fermeture avancée sans source par le PLU-H | À traiter avec réserve |
| 1817 | La verrerie a disparu de l’Almanach du commerce | Almanach du commerce |
| 1810-1822 | Lacune : transmission de la propriété, revente du domaine — non documentée | Point non résolu |
| 1820 | Décès de Joseph Enard (second fils, resté seul sur le domaine privé) | À vérifier |
| 1822 | Mise en vente/location par « MM. Arnaud et Dufournel » ; cadastre napoléonien (cote 3P1257) | Annonce + cadastre |
| 1822 | États de section : domaine de maître aux Robichon, bâtiments industriels à Arnaud/Dufournel, logements dispersés | AD69, 3P168/1 |
| 1832 | « Formation définitive » d’une caserne de cavalerie à Pierre-Bénite | Journal du commerce de Lyon |
| 1841 (juin) | Incendie voisin, caserne épargnée (artilleurs) | Le Moniteur parisien |
| 16 septembre 1841 | Accident mortel : noyade de canonniers et de chevaux dans le Rhône | L’Aube, 1841 |
| 1842 | Cas de morve parmi les chevaux de la caserne | Recueil de médecine vétérinaire |
| 1854 | « Ancienne verrerie » en grand délabrement, propriété de M. Chevassieux, à vendre 150 000 fr | Conseil général du Rhône |
| 1855-1856 | Arrivée du 10e régiment de dragons à la caserne | Historique du 10e dragons, 1893 |
| 1857 | Sauvetage de deux dragons du 10e régiment dans le Rhône | Gazette Nationale |
| 1858 | Verguin découvre la fuchsine (magenta), brevet du 2 février | L’Actualité Chimique, SCF |
| 1858 (5-10 oct.) | Départ du 10e régiment de dragons pour Sedan | Historique du 10e dragons |
| 1859 | Les frères Renard rachètent le procédé, déposent un brevet le 8 avril, renomment le produit « fuchsine » | L’Actualité Chimique, SCF |
| 1860 | Dragons casernés à Pierre-Bénite interviennent lors d’un incendie à Irigny | Le Progrès |
| 1863 | Fondation de la Société La Fuchsine par les frères Renard (avec le Crédit lyonnais) | L’Actualité Chimique, SCF |
| 1854-1865 | Lacune : lien entre Chevassieux et les frères Renard non établi | Point non résolu |
| v.1865 | Les frères Renard installent la production de fuchsine dans les bâtiments de l’ancienne verrerie | Point à confirmer |
| 1868 | Les frères Renard cessent la production de fuchsine (procès en contrefaçon) | Sources externes |
| 1871 | Liquidation de la Société de la Fuchsine | — |
| 1893-1894 | Nouvelles annonces de vente : bâtiment de 73 m, cheminée de 68 m | Annonces |
| 1820-1866 | Carte d’état-major : mention « la Verrerie Caserne », quadrilatère fermé encore visible | Cartographie |
| 1902 | Implantation de La Volta lyonnaise (Georges Coutagne) — future Atochem/Atofina/Arkema, sur un site voisin ou successeur | Dossier Vallée de la Chimie |
| 1924 | Nouvelle mise en vente du site | — |
| Avant 1960 | Photo aérienne IGN : 3 des 4 ailes du quadrilatère encore en place, A7 absente | Photo aérienne |
| v.1960 | Construction de l’autoroute A7 ; démolition du reste du site (sauf aile ouest) | Déduit |
| Aujourd’hui | Aile ouest (logements + jardins en lanières) protégée comme EBP n°14 au PLU-H ; reste du site absorbé par le complexe Arkema | PLU-H 2019/2022 |
Situation géographique
Localisation
La verrerie était établie à Pierre-Bénite, sur la rive gauche du Rhône, dans la paroisse d’Oullins, dont les registres paroissiaux constituent la source principale pour reconstituer la vie de la manufacture. L’emplacement exact est clairement visible sur le cadastre napoléonien, la cheminée de 68 mètres signalée en 1893, si elle date des débuts de la manufacture, suggère un site d’envergure industrielle.
Le nom de Pierre-Bénite
Selon la tradition locale, le nom de la localité provient d’une légende : un ermite aurait béni un rocher dangereux pour les mariniers naviguant sur le Rhône. Les navigateurs venaient s’y signer et déposer une offrande pour s’assurer un voyage sûr.
Sources cadastrales
Le cadastre napoléonien de Pierre-Bénite (Section C dite de Pierre-Bénite, feuille n° 2, parcelles 316-695, cote 3P1257, daté de 1822) est la source iconographique principale pour comprendre la disposition du site. Il a été établi une dizaine d’années après la fermeture de la verrerie, mais les bâtiments y sont encore représentés dans leur intégralité, ce qui en fait un document exceptionnel.
On y distingue clairement plusieurs ensembles :
- Le grand ensemble industriel central (parcelles 507 à environ 522), composé de corps de bâtiments disposés en peigne autour d’une cour — disposition typique des halles de soufflage avec leurs dépendances attenantes.
- Au nord-ouest, un bâtiment isolé au bord de la lône (parcelle 506 environ), vraisemblablement le port ou un magasin de chargement pour les livraisons par voie fluviale.
- À l’ouest, une rangée de petites parcelles allongées (494-503 environ), correspondant aux habitations des verriers avec leurs jardins en longueur — celles qui subsistent encore aujourd’hui dans l’Impasse de la Verrerie.
- La lône du Rhône, très nettement dessinée à droite et au nord, confirme la position du site en bordure directe du fleuve.
Le grand label “la Verrerie” inscrit en rouge au centre de la parcelle principale confirme que le nom est resté attaché au lieu même après la fermeture de la manufacture, dix ans plus tôt.
Pour identifier précisément la propriété à cette date (qui appartient au « M. Arnaud » de l’annonce de vente de 1822), il faudrait consulter la matrice cadastrale associée à cette section.
État actuel
Aucun vestige industriel identifié. Le site semble avoir été intégré au complexe industriel d’Arkema à Pierre-Bénite. Par contre, les habitations des verriers qui s’alignaient à l’ouest existent toujours et forment l’Impasse de la Verrerie.
Carte du site
Cadastre napoléonien, Section C de Pierre-Bénite, feuille n° 2 (1822) — cote 3P1257.
L’extrait ci-dessous couvre l’essentiel du site verrier. On identifie de gauche à droite :
① Les habitations des verriers (ouest, parcelles 525-535) — rangée de petites parcelles rectangulaires allongées nord-sud, avec jardins en longueur côté ouest. Seul élément du site ayant survécu, elles forment aujourd’hui l’Impasse de la Verrerie.
② Le domaine industriel (centre, parcelles 537-554) — vaste ensemble clos, avec plusieurs corps de bâtiments en peigne autour d’une cour intérieure. Le bâtiment principal correspond vraisemblablement à la halle de soufflage ; les bâtiments latéraux aux dépendances (magasins, écuries, logement du directeur).
③ Le chemin séparateur — limite de propriété confirmée par les états de section. Les parcelles à l’est (500-508) n’appartiennent pas au domaine verrier, du moins en 1822.
④ La lône du Rhône (droite et nord) — bras secondaire du fleuve qui délimitait le site à l’est et au nord, et constituait l’accès fluvial de la manufacture.
⑤ Le domaine du propriétaire (nord-ouest, parcelles 511-514 et 536) — vaste maison d’habitation (511) avec terres attenantes, et chapelle privée (536) dans laquelle se célébraient les cérémonies religieuses de la famille Enard.
Personnages liés
Joseph Enard (1713-1790) : fondateur. Né à Fessevillers, cofondateur de Givors (1749), fondateur de Pierre-Bénite (1768). Décède à Oullins.
Jean Marie Melchior Enard : fils et successeur de Joseph. Épouse Marie Odile Brischoux en 1791. Décède sans descendance (12 décembre 1810), laissant la verrerie aux Robichon.
Michel Robichon dit « cadet » (1745-1820) : fils de Michel Robichon, cofondateur avec Joseph Enard de la Verrerie Royale de Givors (1749). Épouse le 8 janvier 1775, dans la chapelle du domaine de Pierre-Bénite (parcelle 536 du cadastre), Marie Anne Enard, fille de Joseph. Hérite d’une part de la fabrique à la mort de celle-ci en 1804, préfigurant la prise de contrôle complète du domaine par ses fils après le décès de Jean Marie Melchior Enard en 1810.
Melchior-Gaspard Esnard (Enard) (Lyon, 10 juin 1757 — date et lieu de décès inconnus) : fils aîné de Joseph Enard, baptisé à Lyon en la paroisse Sainte-Croix (AM Lyon, BMS 1757, 1 GG 423). Longtemps réputé « disparu de la circulation » dans l’histoire de Pierre-Bénite, il est en réalité le fondateur (ou repreneur) et premier propriétaire de la verrerie de Vienne (Champ-de-Mars), attesté à sa tête dès 1794 et cédant ses parts à partir de 1800. Le passage à Vienne du souffleur Jean Baptiste Schmid, venu de Pierre-Bénite, matérialise la continuité entre l’établissement du père et celui du fils.
Jean-Baptiste Brischoux : souffleur de verre à vitre, cousin du maître de verrerie Joseph Enard, actif à Pierre-Bénite entre 1770 et 1778.
Georg Anton Sigwart père (1725-1791) : maître souffleur, actif vers 1781-1787.
Georg Anton Sigwart fils (1762-1804) : souffleur, actif de 1785 à 1799.
Jean Baptiste Schmid (1764-1845) : souffleur en verre à vitre issu de la grande lignée Schmid de Soleure et de Grünwald (Forêt-Noire), attesté à Pierre-Bénite de 1786 à 1791 (cinq enfants y naissent, paroisse d’Oullins). Au cœur du réseau de parrainages germanophone de la manufacture (Sigwart, Brischoux, Raspiller, Spicher, Crine, Kaltenbach, Fogt). Suit ensuite Melchior-Gaspard Esnard à la verrerie de Vienne.
Éléments techniques
Production documentée en 1772 : verre à vitre, bouteilles, verre blanc imitant celui de Bohême. Effectifs : 80 à 200 ouvriers selon les sources et les années. La présence simultanée de plusieurs souffleurs spécialisés en verre à vitre (Brischoux, Sigwart père et fils, Schmid, Raspiller, Fogt) confirme que cette production était centrale, le verre creux étant secondaire.
Contexte social
La manufacture formait une communauté soudée, typique des verreries de cette époque : familles liées par des mariages endogames, recrutement dans le réseau franc-comtois, logement sur le site. Les actes paroissiaux d’Oullins témoignent de cette densité sociale : baptêmes, mariages et inhumations se succèdent dans le même cercle de familles (Brischoux, Sigwart, Griner, Haour, Schmid, Raspiller, Singre, Pintener, Sénely) sur quarante ans.
Les baptêmes des enfants de Jean Baptiste Schmid (1786-1791) en donnent une illustration particulièrement parlante : en l’espace de cinq actes, on y voit se croiser les Sigwart (dont Catherine Brischoux, épouse de Georg Anton père, marraine en 1786, et deux filles Sigwart en 1790), les Raspiller, les Spicher, les Crine, l’étendeur Kaltenbach et le souffleur Fogt — soit l’essentiel du noyau germanophone de la manufacture réuni autour d’un même berceau. Ces parrainages croisés, où chacun est tour à tour parrain, marraine ou témoin chez l’autre, scellent une communauté à la fois professionnelle, confessionnelle et familiale.
La présence d’une chapelle privée sur le domaine familial (parcelle 536 du cadastre de 1822) témoigne du statut particulier de la famille Enard : à la fois entrepreneurs verriers issus du réseau franc-comtois et notables provinciaux disposant de leurs propres espaces de culte, à l’image des grandes familles bourgeoises de l’Ancien Régime et du XIXe siècle.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- La date de décès de Jean Marie Melchior Enard est établie : 12 décembre 1810. Victor Robichon, son neveu et co-propriétaire de l’usine, était présent comme témoin.
- Le devenir de Melchior-Gaspard Enard est désormais en partie éclairci : fils aîné de Joseph, né à Lyon le 10 juin 1757 (paroisse Sainte-Croix), il n’a pas « disparu » mais s’est établi à Vienne, où il fonde (ou reprend) et dirige la verrerie du Champ-de-Mars, attesté à sa tête dès 1794. En revanche, sa formation, la date de son installation à Vienne, les circonstances de sa sortie de l’affaire (cession de ses parts à partir de 1800) et sa date de décès restent inconnues ; il ne semble ni s’être marié ni avoir eu de descendance.
- La date exacte de fermeture de la production : les actes d’Oullins montrent une chute brutale en 1811-1812, et l’Almanach du commerce ne mentionne plus la verrerie en 1817. La fermeture se situe entre 1810 et 1813.
- La destination exacte du transfert des fours et ouvriers par les Robichon après 1811 mérite d’être précisée : Pelletier (1887) l’attribue à la Berthelasse « nouvellement acquise en 1813 », tandis que la présence de l’ancêtre Antoine Haour à Rive-de-Gier dès 1813 pourrait tout aussi bien pointer vers la verrerie Claudius, propriété Robichon depuis 1808 et alors en cours d’agrandissement. Les deux hypothèses ne sont pas nécessairement exclusives (deux transferts distincts vers deux sites), mais restent à vérifier par les actes robichoniens de Rive-de-Gier.
- L’identité exacte d’« Odon Dufournel et Cie », co-propriétaire des bâtiments industriels aux côtés d’Arnaud dès 1822, reste à préciser : nature de la société, autres associés éventuels, activité(s) exercée(s) au quai Saint-Antoine.
- L’identité et la date d’acquisition de M. Chevassieux, propriétaire de « l’ancienne verrerie de Pierre-Bénite » en 1854, restent à établir. Son acquisition se situe nécessairement entre 1822 (propriété Arnaud/Dufournel selon les états de section) et 1854 ; les minutes notariales lyonnaises de cette période permettraient de la dater.
- La coexistence, entre 1832 et au moins 1860, d’une caserne de cavalerie active et, dès 1854, de bâtiments industriels décrits comme largement à l’abandon sous le nom de « l’ancienne verrerie » constitue une tension à résoudre : s’agit-il d’ensembles bâtis distincts au sein du même domaine, ou d’un chevauchement partiel entre deux propriétés voisines portant le même toponyme ? Les plans militaires ou les archives du génie pourraient trancher.
- Le lien entre Chevassieux (1854) et les frères Renard (v.1865), qui installent la production de fuchsine sur le site, reste à établir : rachat direct, intermédiaire, ou location ?
- La date exacte de la démolition des bâtiments industriels : ceux-ci ont été réutilisés tout le long du XIXe siècle, jusqu’en 1893-1894. Quand donc, et par qui, ont-ils été démantelés ?
Footnotes
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« M. Victor Robichon, natif de Givors, époux de Dame Marie Catherine Dugas, propriétaire à Oullins, est décédé dans sa maison à Oullins aujourd’hui à une heure et demie de l’après midi, à l’âge de cinquante ans. » Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, Oullins, Décès 1830, cote 4 E 3788, acte n°53, vue 15 sur 20. Lien : https://archives.rhone.fr/ark:/28729/sgrvmbtdx5h3/1d2b6bd4-8011-4d9e-a6aa-3c8536482f40 ↩
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il serait plus exact de dire que la Vallée de la Chimie, née sur la rive gauche du Rhône en 1853 avec l’installation des frères Perret à Saint-Fons, se prolonge dès 1865 sur le site de la verrerie. Source : Lyon Vallée de la Chimie 1853-2023, dossier de presse, Métropole de Lyon, septembre 2023, op. cit. ↩
Personnages associés
Verriers
Sources
Souligne la grandeur et l'ordre des ateliers. La manufacture occupe plus de 80 personnes (d'autres sources évoquent 200 en 1770). Production : bouteilles, verre à vitres, verre blanc imitant celui de Bohême.
La verrerie est mentionnée jusqu'en 1813, disparaît de l'édition de 1817.
La propriété de l'ancienne verrerie est mise en vente. Bâtiment de 74 mètres de long sur 12 mètres de large avec caves voûtées. Confirme la copropriété Arnaud / Dufournel déjà identifiée dans les états de section (AD69, 3P168/1) : l'annonce invite à s'adresser soit à « M. Arnaud, propriétaire » à Lyon, soit à « MM. Odon Dufournel et Cie », quai Saint-Antoine n°20, également à Lyon.
Maison de 73 mètres de long (949 m²) avec une cheminée industrielle de 68 mètres de hauteur.
Baptêmes, mariages et inhumations des familles verrières de Pierre-Bénite : Brischoux (1770-1778), Sigwart père et fils (1776-1799), Enard. Source principale pour la reconstitution du personnel de la manufacture.
Cinq actes (1786, 1788, 1789, 1790, 1791) désignant Jean Baptiste Schmid comme « souffleur en verre à vitre » (une fois « maître souffleur ») à la verrerie royale de Pierre-Bénite. Parrains, marraines et témoins issus de la communauté verrière germanophone : Sigwart (Catherine Brischoux, épouse de Georg Anton père, est marraine en 1786), Raspiller (Claude Joseph, parrain en 1790), Spicher (Georg Spicher en 1789, Jean-Baptiste Hilaire Spicher en 1790), Crine (Pierre Louis, témoin en 1789), Kaltenbach (Pierre, étendeur, parrain en 1786) et Fogt/Vögt (George Laurent, souffleur). Voir la fiche de Jean Baptiste Schmid pour le détail et les liens directs de chaque acte.
10 juin 1757. « Melchior Gaspard fils de Mr Joseph Esnard, entrepreneur de la verrerie royale de Gyvors et de Mme Marie St-Pierre. » Identifie le fils Melchior-Gaspard, longtemps réputé « disparu de la circulation », qui fonde et dirige la verrerie de Vienne (Champ-de-Mars), attesté à sa tête dès 1794.
Naissance de Marie, fille de Jean Verrier, le 24 mai 1812. Le père est dit « profession de verrier à la verrerie de Pierre-Bénite, section dudit Oullins, y résident ». Les deux témions sont également des verriers de Pierre-Bénite. C'est le dernier acte que j'ai trouvé mentionnant un verrier à Oullins. A noter que le nombre de feuillets des actes civils avait déjà baissé drastiquement entre 1811 et 1812. Source AD69, naissances-mariages-décès, 1812, vue 5/10.
Atteste l'occupation militaire du site par une caserne de cavalerie « en formation définitive » à cette date, et la nécessité d'un hôtel-restaurant pour les officiers (la maison dite de Beaumont est proposée à la vente ou à la location). Corrige et précise la mention antérieure, non sourcée, d'une occupation « sous Charles X ».
Confirme la persistance de la caserne d'artillerie montée à Pierre-Bénite au moins jusqu'en 1841. Récit détaillé et nominatif : le canonnier Doudinot (2e compagnie) sauve le sieur Alleyret ; deux canonniers et quatre chevaux se noient lors du bain des chevaux dans le Rhône, surpris par le passage d'un bateau à vapeur.
1887, description détaillée des verreries Robichon de Rive-de-Gier, pages 200-210. Pelletier est né à la Berthelasse en 1843, son père Mathias en était le directeur pendant de nombreuses années
Confirme la protection patrimoniale actuelle de l'aile ouest subsistante (habitations + jardins lanières) au titre d'Élément Bâti Patrimonial. Décrit le site originel comme un quadrilatère de quatre ailes autour d'une cour centrale, dont seule l'aile ouest aurait survécu — lecture qui rejoint et prolonge celle du cadastre napoléonien (voir carte d'état-major et photographie aérienne ci-dessous). Avance une fermeture « en 1811 » et un effectif de « 200 employés » en 1771, sans indication de source ; ces éléments recoupent les informations déjà établies par les actes d'Oullins et la Gazette du commerce de 1772, mais ne constituent pas une confirmation indépendante et doivent être traités avec cette réserve.
Documente la généalogie de l'usine d'acide sulfurique implantée à Pierre-Bénite en 1902 par la société La Volta lyonnaise de Georges Coutagne, devenue Atochem (1983), Atofina (2000), puis Arkema (2004). Situe la naissance de « Lyon Vallée de la Chimie » à Saint-Fons en 1853 (frères Perret), sur la rive gauche du Rhône — distincte de la rive droite où se trouve Pierre-Bénite.
Détaille la répartition parcellaire précise du domaine verrier en 1822 : Robichon frères (Rive-de-Gier) propriétaires du domaine de maître (parcelles 511-514, 535-537, 547-548-548bis, soit la maison, jardin, terre, vignes, maison rurale et chapelle) ; Dufournel (parcelles 502-503-505, nord-ouest) ; Arnaud et Dufournel conjointement pour les bâtiments industriels proprement dits (parcelles 546, 549-558, dont la 549 correspondant très probablement au « bâtiment considérable de deux étages » de l'annonce de 1822) ; les anciens logements de verriers (parcelles 524-534 et 538-545) déjà dispersés entre divers propriétaires. Source clé pour la reconstruction de la transmission du domaine après 1811.
Atteste la présence du 10e régiment de dragons casernés à Pierre-Bénite (commune d'Oullins) en 1857.
Précise que le régiment quitte Lyon (donc la caserne de Pierre-Bénite) entre le 5 et le 10 octobre 1858 pour Sedan, après un séjour de deux ans et demi — situant son arrivée vers 1855-1856.
Atteste la présence de dragons casernés à Pierre-Bénite en 1860, donc postérieurement au départ du 10e régiment (1858) — un autre régiment de cavalerie occupe alors la caserne.
Confirme la présence d'artilleurs casernés à Pierre-Bénite en 1841 ; un incendie voisin (approvisionnement de paille) épargne la caserne.
Confirme la présence de la caserne de Pierre-Bénite en 1842, aux côtés des casernes lyonnaises de la Part-Dieu et des Brotteaux.
Décrit « l'ancienne verrerie de Pierre-Bénite », propriété de M. Chevassieux, comme des bâtiments considérables mais en grand délabrement, nécessitant d'importants travaux, avec seulement 55 ares cultivables et une saulée envahie par le Rhône. M. Chevassieux en demande 150 000 fr. Introduit un propriétaire non identifié dans le cadastre de 1822 (Robichon, Arnaud, Dufournel) : son acquisition reste à documenter. Soulève une tension avec les sources militaires contemporaines (1841-1860) attestant une caserne active sur le même lieu-dit — à clarifier : bâtiments distincts au sein du même domaine, ou décalage partiel entre les deux ensembles.
Fait apparaître le site sous la mention « la Verrerie Caserne », avec un tracé fermé sur les quatre côtés, confirmant indépendamment du cadastre napoléonien l'unité du domaine en quadrilatère à cette date.
Montre trois des quatre côtés du quadrilatère encore en place, aux mêmes emplacements et proportions que sur le cadastre de 1822 ; seul le côté sud a disparu. Établit que l'essentiel du bâti verrier a subsisté jusqu'à la construction de l'A7, soit près d'un siècle et demi après la fermeture de la manufacture.