Personnalité
Paul Jacques Ackermann
15 février 1808 — 13 avril 1864
Chimiste spécialiste du cristal, directeur technique de plusieurs cristalleries françaises entre 1833 et 1845
Biographie
Portrait
Paul Jacques Ackermann (Altkirch, 15 février 1808 — Paris, 13 avril 1864) est l’un de ces experts techniques rares qui circulent dans les cristalleries françaises de la monarchie de Juillet, apportant leur savoir-faire chimique d’un établissement à l’autre. Fils d’un Receveur municipal alsacien mort jeune, petit-fils d’un maître de forges montbéliardais, il est formé au cristal au Creusot (le grand établissement de référence) avant de porter son expertise à Lyon puis à Givors dans les années 1836-1845.
Il est issu d’une famille protestante alsacienne et franc-comtoise d’un certain rang : ses grands-parents maternels Binninger sont des notables de Montbéliard, et son frère cadet Paul Ackermann (1812-1846) est linguiste et homme de lettres — deux destins très différents pour deux fils du même père disparu trop tôt.
Une carrière dans les cristalleries françaises
Formation au Creusot (avant 1833)
Paul Jacques grandit à Altkirch puis, probablement, dans l’orbite du Creusot où sa famille semble s’être implantée. En décembre 1833, quand il se marie au Creusot avec la jeune Marie Joseph Julliotte (15 ans), il est qualifié de « chimiste, demeurant au Creusot » — il travaille donc à la Manufacture des Cristaux de la Reine du Creusot ou dans ses suites immédiates, l’établissement ayant fermé ses portes en 1832. C’est là qu’il acquiert son expertise en chimie du cristal — purification des matières premières, formulation des mélanges, contrôle des fusions.
La cristallerie de Lyon (janvier 1836 — vers 1837)
Après la fermeture du Creusot, Ackermann se retrouve sans emploi fixe. En janvier 1836, il apparaît à Lyon où il prend la direction technique d’une cristallerie naissante. Le Journal du commerce de la ville de Lyon annonce d’abord une fabrique fondée par « MM. Burdet et Cie », avant qu’une rectification du 31 janvier ne précise que la société a été rachetée par une « société nouvelle » signant « Ackermann et Cie », Burdet restant « le plus fort actionnaire » et l’un des administrateurs. C’est Ackermann qui donne son nom et son expertise à l’entreprise, Burdet qui fournit le capital.
La cristallerie de Givors (vers 1837 — vers 1845)
Vers 1837, Ackermann prend la direction de la Cristallerie de Givors, fondée par François Mignot et Cie au quartier de la Freydière, en amont du pont de fer sur le Gier. Le recensement de 1841 le place au « Quartier de la Cristallerie, La Frédière » : Jacques Ackermann, directeur, avec sa mère (la veuve Ackermann, Louise Binninger, veuve depuis 1814) vivant sous le même toit. Son voisin immédiat est François Mignot, directeur, célibataire, les deux hommes qui dirigent la cristallerie logent côte à côte sur le site même.
Le quartier abrite alors de nombreux verriers et tailleurs de cristaux, avec plusieurs patronymes à consonance germanique, vraisemblablement d’anciens ouvriers du Creusot qui ont suivi Ackermann ou ont été recrutés dans les mêmes réseaux alsaciens et comtois.
La cristallerie est liquidée vers 1842, mais Ackermann reste à Givors bien au-delà : en mai 1845, l’acte de naissance de son fils Emiland Bernard au Creusot précise qu’il est « non présent car domicilié à Givors » : il supervise peut-être la liquidation complète ou s’est reconverti dans une autre activité sur place.
Le retour au Creusot et la fin de vie (1853 — 1864)
Ackermann réapparaît au Creusot à partir de 1853, où naissent ses enfants Marguerite, Lucie et Marthe Charlotte. Il y est peut-être employé par Schneider et Cie, qui a transformé le Creusot en capitale de la métallurgie lourde. Il assiste au décès de sa mère à Montbéliard le 19 mai 1861.
Il meurt le 13 avril 1864 à Paris, 2e arrondissement, à l’âge de 56 ans. Dans l’acte de décès il est dit ingénieur civil, demeurant à Boulogne (Seine), « décédé à Paris, Rue de la Banque n°5, où il se trouvait momentanément ». Cette adresse est toute proche du Palais Royal. Il est inhumé le 16 avril 1864 au Cimetière de Montmartre 1.
Contexte familial
Son frère Paul Ackermann (1812-1846), linguiste et auteur d’un Vocabulaire de la langue franque, représente le versant intellectuel d’une famille qui oscille entre les sciences, les lettres et l’industrie. Les Binninger de Montbéliard (protestants, notables, maîtres de forges) constituent l’arrière-plan social qui a permis à Paul Jacques d’accéder à une formation technique de haut niveau au Creusot.
Points non résolus
- Lieu de naissance précis : Altkirch est établi par le mariage de 1833, mais l’acte de naissance lui-même n’a pas été retrouvé.
- La période au Creusot après 1832 : dans quel rôle exact travaillait-il entre la fermeture de 1832 et son mariage de décembre 1833 ? Pour la liquidation ? Pour Schneider qui reprend les installations ?
- La période givordine 1842-1845 : que fait-il à Givors après la liquidation de la cristallerie ? Y a-t-il une activité de substitution sur le site ?
- Le retour au Creusot (1853-1864) : dans quel établissement ou activité ? Les archives Schneider (Musée de l’Homme et de l’Industrie du Creusot) pourraient répondre.
- Les tailleurs de cristaux du quartier de la Freydière en 1841 : une étude systématique de leurs origines permettrait de reconstituer le réseau de recrutement d’Ackermann.
Footnotes
-
Source : Paris, Cimetière de Montmartre (Paris, France) - Registres d’inhumation, 01/04/1864 - 16/04/1864, https://www.geneanet.org/registres/view/212974/31?individu_filter=23815543 ↩
Frise chronologique
Mariage au Creusot. Paul Jacques est qualifié de 'chimiste, demeurant au Creusot'. Il travaille donc à la Manufacture des Cristaux de la Reine du Creusot ou dans ses suites à cette date — l'établissem…
Fonde avec Burdet la cristallerie lyonnaise sous la raison sociale 'Ackermann et Cie'. Burdet reste le principal actionnaire, Ackermann apporte l'expertise technique.
Apparaît à Lyon comme directeur technique de la cristallerie fondée par Burdet. Le Journal du commerce de la ville de Lyon annonce en janvier 1836 l'ouverture d'une 'fabrique de cristaux' par 'MM. Bur…
Dirige la Cristallerie de Givors (François Mignot et Cie) depuis sa fondation vers 1837. Encore domicilié à Givors en 1845 selon l'acte de naissance de son fils au Creusot.
Dirige la Cristallerie de Givors (François Mignot et Cie). Le recensement de 1841 au quartier 'Cristallerie, La Frédière' le confirme : 'Jacques Ackermann, directeur', vivant avec sa mère (veuve Acker…
Retour au Creusot, attesté par les naissances de ses enfants Marguerite (1853), Lucie (1857) et Marthe Charlotte (1858). Dans quel établissement travaille-t-il à cette date ? Le Creusot industriel des…
Qualifié de 'chimiste demeurant au Creusot' lors de son mariage en décembre 1833. Travaille à la Manufacture des Cristaux de la Reine du Creusot, fermée en 1832, ou dans ses suites. Pelletier le quali…
Parcours géographique
3 verreries
Sources
- etat civil Acte de mariage de Paul Jacques Ackermann et Marie Joseph Julliotte
1er décembre 1833, Le Creusot. 'Paul Jacques Ackermann, âgé de 25 ans et 9 mois, profession de chimiste, demeurant au Creusot, fils majeur de défunt Jean Paul Ackermann, de son vivant Receveur municipal, demeurant à Altkirch (Haut-Rhin) et de Louise Binninger du dit lieu.' Établit son origine alsacienne, sa profession et son lieu de résidence.
- etat civil Acte de naissance d'Emiland Bernard Ackermann
19 mai 1845, Le Creusot. Père : 'Paul Jacques Ackermann, âgé de trente sept ans, non présent car domicilié à Givors.' Preuve qu'Ackermann est encore à Givors en 1845, trois ans après la liquidation officielle de la cristallerie Mignot.
- etat civil Acte de décès de Louise Binninger veuve Ackermann
19 mai 1861, Montbéliard, rue de la Sous-préfecture. Mère de Paul Jacques, qualifiée de 'rentière'. Témoin : Paul Jacques Ackermann.
- etat civil Acte de décès de Paul Jacques Ackermann
13 avril 1864, Paris 2e arrondissement.
- archive Recensement de Givors, 1841 — quartier de la Cristallerie, La Frédière https://www.geneanet.org/cercles/ancestry/view/colgnecac69r/ZZZ184134_V01/155
'Jacques Ackermann, directeur, veuf [rectification : sa mère, veuve Ackermann, vit avec lui], voisin immédiat de François Mignot, directeur, célibataire.' Le quartier accueille de nombreux verriers et tailleurs de cristaux, avec plusieurs patronymes à consonance germanique, vraisemblablement venus du Creusot.
- article Ouverture de la cristallerie lyonnaise — société Ackermann et Cie — Journal du commerce de la ville de Lyon
Janvier-février 1836. Trois articles successifs documentent la fondation de la cristallerie et le rôle d'Ackermann comme directeur technique.
- livre Histoire des verreries lyonnaises — Pelletier, Pierre
Page 181. 'La direction de cette usine fut donnée à M. Ackermann, ancien directeur de la Cristallerie du Creuzot.'