Verrerie
Cristallerie de Givors
1837 — vers 1842
Aussi connue sous : François Mignot et Cie, Cristallerie de Givors
Disparue — sans vestigesNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La Cristallerie de Givors est fondée en 1837 par François Mignot et Cie — les frères Mignot, entrepreneurs d’envergure nationale — sur le site de leur gare d’eau au quartier de la Freydière, en amont du pont de fer sur le Gier. Dirigée par M. Ackermann, ancien directeur de la Cristallerie du Creuzot, elle produit du cristal pendant cinq à six ans avant d’être liquidée vers 1842. Les bâtiments restent désaffectés jusqu’en 1853, puis servent de caserne, avant d’être rachetés en 1855 par Jean-Baptiste May qui les transforme en verrerie à bouteilles — ouvrant ainsi la voie aux Nouvelles Verreries de Givors fondées par Neuvesel en 1864.
La cristallerie est aussi remarquable par les réseaux qu’elle révèle : les Mignot sont associés à Joseph-Camille Dugas, maire de Givors et copropriétaire des verreries Robichon par alliance, lui-même petit-fils par mariage de Michel Robichon et arrière-petit-fils de Joseph Enard — le cofondateur de Pierre-Bénite. Tout le monde verrier givordain de la première moitié du XIXe siècle se retrouve dans ce projet.
Historique
Les Mignot et la gare d’eau de Givors
Les frères Mignot — Louis, Siméon, Vincent et Pierre — sont des entrepreneurs d’une envergure rare pour l’époque. Ils s’intéressent aux premiers chemins de fer, font des essais de touage sur le Rhône, construisent des ponts suspendus (Vienne, Vals, Ville, Beauchastel), exploitent des houillères dans le Cantal et la Corrèze, et aménagent des forêts dans la Loire et l’Allier. À Givors, ils créent la gare d’eau — un port fluvial permettant le transbordement des marchandises entre le canal de Givors et le Rhône — en s’associant dès le 2 novembre 1829 avec les frères Seguin et Joseph-Camille Dugas, propriétaire-manufacturier de verre et maire de Givors.
Par ordonnance royale du 8 mars 1832, autorisation est accordée à MM. Mignot aîné, Bolot et Cie d’établir sur leur propriété, en amont du pont de fer, cinq fours pour l’épurage du charbon et deux fours de verrerie alimentés à la houille. Ce Bolot est vraisemblablement l’un des fils d’Henri Bolot père (†1826) — cofondateur de Bolot-Neuvesel et copropriétaire de la verrerie Robichon — soit Henri Bolot fils, soit Théodule. Son association avec Mignot confirme l’imbrication des réseaux verriers et industriels givordins.
La cristallerie Ackermann (1837 — vers 1842)
En 1837, en tête de leur gare d’eau, les Mignot ouvrent un établissement pour faire du cristal. La raison sociale est « François Mignot et Cie, Cristallerie de Givors ». La direction en est confiée à Paul Jacques Ackermann (Altkirch, 15 février 1808 — Paris, 13 avril 1864), chimiste alsacien formé à la Manufacture des Cristaux de la Reine du Creusot. Après la fermeture de cet établissement en 1832, il réapparaît à Lyon en janvier 1836 où il dirige la Cristallerie de Lyon (société Ackermann et Cie, avec Burdet comme principal actionnaire), avant de prendre la direction de la Cristallerie de Givors vers 1837. Il est encore domicilié à Givors en 1845 selon l’acte de naissance de son fils au Creusot, soit trois ans après la liquidation officielle. Il rentre ensuite au Creusot dans les années 1853-1858, puis meurt à Paris en 18641.
La cristallerie fonctionne cinq à six ans selon Pelletier. Le contexte est difficile : la concurrence bohémienne pèse sur le cristal français dans les années 1837-1842, et les coûts de production d’un cristal de qualité sont élevés. La Presse du 25 mai 1842 annonce la mise en liquidation de “François Mignot et Cie”, la cristallerie et son outillage étant vendus aux enchères le 11 juin 1842. Cette faillite est spécifique à la cristallerie — la société de la Gare d’Eau, distincte, survit et a toujours pour gérants Dugas, Gervois et Mignot en 1851.
Après la cristallerie : caserne et attente (1842 — 1855)
Le recensement de 1846 confirme qu’il n’y a plus un seul verrier au « Quartier de la Cristallerie ». D’après Étienne Abeille, les bâtiments désaffectés servent de caserne à la garnison de Givors de mars 1848 à 1853. Le Salut Public du 15 février 1853 annonce la mise en vente d’un établissement industriel d’un hectare près de la gare de Givors — appelé « la Cristallerie » mais pouvant servir de verrerie ou d’autre industrie.
En 1855, Jean-Baptiste May rachète le site et le transforme — ouvrant ainsi la période de la verrerie May (1855-1863), prédécesseur direct des Nouvelles Verreries de Givors. Pour la suite, voir la fiche Nouvelles Verreries de Givors.
Le réseau Mignot-Dugas-Robichon-Enard
L’histoire de la cristallerie révèle un nœud de relations qui traverse tout le monde verrier et industriel givordain du premier XIXe siècle.
Joseph-Camille Dugas (Saint-Chamond, 16 juin 1785 — Givors, 25 septembre 1871), associé des Mignot pour la gare d’eau dès 1829, est une figure centrale. Maire de Givors de 1827 à 1848, il est aussi copropriétaire des verreries Robichon par son mariage le 1er octobre 1816 à Givors avec Pauline Malgontier, fille de Claude Augustin Malgontier et de Françoise Marie Clotilde Robichon, elle-même fille de Michel Robichon (1745-1820). Michel Robichon avait épousé Marie Anne Enard, fille de Joseph Enard, cofondateur de la Verrerie Royale de Givors en 1749 et fondateur de la verrerie de Pierre-Bénite. Dugas est donc, par les femmes, le petit-fils de Michel Robichon et l’arrière-petit-fils de Joseph Enard.
Ce lien place la cristallerie Mignot dans la continuité directe de la grande tradition verrière givordine : les Mignot investissent à Givors en s’appuyant sur Dugas, lui-même héritier par alliance des fondateurs Robichon et Enard. Quand Neuvesel reprend le site en 1864, il s’inscrit dans le même réseau — puisqu’il est cousin des Neuvesel des Anciennes Verreries, elles-mêmes héritières de Bolot et Robichon.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- La date précise de fermeture : Pelletier dit “liquidé vers 1846”, la liquidation légale est annoncée en 1842. La vérité est peut-être entre les deux : une vente aux enchères en juin 1842, une activité résiduelle jusqu’en 1846 ? À vérifier dans les recensements de 1841 et 1846.
- Paul Jacques Ackermann : identifié avec certitude (Altkirch 1808 — Paris 1864). Chimiste alsacien protestant, fils d’un Receveur municipal, formé au Creusot.
- Le Bolot associé à Mignot en 1832 : Henri Bolot fils ou Théodule ? À confirmer dans les actes notariaux AD Rhône de 1832.
- La production exacte : la cristallerie produisait-elle du cristal au plomb (comme Saint-Louis ou Baccarat) ou du verre blanc de qualité simplement appelé cristal ? La présence d’Ackermann du Creuzot suggère une vraie production cristalline, mais aucune source ne le confirme explicitement.
Notes
Footnotes
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Paul Jacques Ackermann (Altkirch, 15 février 1808 — Paris, 13 avril 1864). Trajectoire établie : Manufacture des Cristaux de la Reine du Creusot → Cristallerie de Lyon (société Ackermann et Cie, janvier-février 1836) → Cristallerie de Givors (vers 1837, recensement 1841) → Creusot (1853-1858) → Paris (†1864). Sources : acte de mariage au Creusot (1er décembre 1833), recensement Givors 1841, acte de naissance d’Emiland Bernard Ackermann au Creusot (19 mai 1845, père domicilié à Givors), acte de décès à Paris (13 avril 1864). Voir fiche individuelle paul-jacques-ackermann. ↩
Personnages associés
Aucun personnage notable n'est renseigné. Voici les premières personnes liées au lieu.
Voir toutes les personnes liées →Sources
Journal du Commerce, 8 avril 1832, p. 4 ; Gazette Nationale, 10 mars 1832. Autorisation d'établir deux fours de verrerie alimentés à la houille sur la propriété Mignot à Givors, en amont du pont de fer.
25 mai 1842. Annonce la mise en liquidation de 'François Mignot et Cie'. La cristallerie, l'usine, l'outillage, les matières premières et les marchandises sont vendus aux enchères le 11 juin 1842.
Pages 181 et suivantes. 'En 1837, MM. Mignot et Cie, qui avaient créé la gare d'eau de Givors, établirent en tête de leur gare, avec le concours d'associés, un établissement pour faire du cristal sous la raison sociale : François Mignot et Cie, Cristallerie de Givors. La direction de cette usine fut donnée à M. Ackermann, ancien directeur de la Cristallerie du Creuzot ; cet établissement a marché environ 5 à 6 ans, puis liquidé vers 1846 ; il resta alors inoccupé jusqu'en 1855.'
Page 291. Les bâtiments de la cristallerie désaffectée servent de caserne à la garnison de Givors de mars 1848 à 1853.