Verrier

Nicolas Joseph Henri Bolot

11 juin 1775 — 27 décembre 1826

Maître de verrerie, maire de Givors (1815-1826), co-fondateur de Bolot, Neuvesel et Cie

Biographie

Portrait

Nicolas Joseph Henri Bolot est une figure charnière entre deux mondes : celui des dynasties verrières comtoises dont il est issu par sa mère Catherine Schmid, et celui de la bourgeoisie industrielle et civique de la Restauration qu’il incarne par son destin givordino. Homme de formation juridique et militaire reconverti dans l’industrie verrière à 26 ans, il bâtit en moins de trente ans un empire verrier à Givors tout en y exerçant les fonctions de premier magistrat — modèle accompli du notable industriel du début du XIXe siècle.

Son père Ignace Bolot, avocat, avait accolé à son nom le titre de seigneur d’Ancier — un de ces anoblissements de robe caractéristiques de l’Ancien Régime. Sa mère Catherine Schmid lui apporte quelque chose de plus concret : la verrerie de Miellin et les réseaux d’une grande famille verrière comtoise. C’est de cette alliance entre la prétention nobiliaire du père et le capital productif de la mère que naît Henri Bolot — à Servance, le 11 juin 1775, à quelques lieues des fours de Miellin.

Formation et carrière militaire

Henri fait ses études de philosophie et mathématiques au collège de Besançon, qu’il termine en 1793. La Révolution le détourne temporairement du monde verrier : il s’engage dans l’armée et y sert jusqu’en 1800 dans des fonctions administratives, notamment hospitalières. Il obtient son congé définitif le 17 décembre 1800, à 26 ans, au moment même où les occasions se multiplient à Givors.

L’entrée dans le monde verrier : un double deuil, un double mariage

L’année 1800 est décisive et douloureuse. Henri vient d’épouser Émilie Robichon, fille de Marc Robichon — un mariage qui noue les deux grandes familles verrières de Givors et de Miellin. Émilie meurt après seulement huit mois de mariage. Ce deuil précoce ne détourne pas Henri de la stratégie familiale : en février 1800, il achète les parts de ses cousins Enard dans la verrerie Robichon de Givors, fondée par Michel Robichon en 1749.

En 1803, il épouse en secondes noces Mélanie Prailleur, fille de Jacques Prailleur, maître de hauts-fourneaux — alliance qui ouvre la famille sur le monde de la métallurgie comtoise. Mélanie apporte en dot des parts dans les verreries du Bief-d’Étoz et de Biaufond, que Henri cèdera à la famille Blondeau pour simplifier la gestion du patrimoine.

La conquête de Givors

Profitant des difficultés financières croissantes des Robichon, Henri mène une stratégie d’acquisition méthodique. Entre 1803 et 1806, il rachète leurs parts restantes à Miellin. En 1806, avec son frère Gabriel Bolot et la caution de son beau-père Jacques Prailleur, il acquiert leurs parts à Givors. Les Robichon, fondateurs de la verrerie givordinoà en 1749, en ont perdu le contrôle.

Parallèlement, Henri fonde avec Melchior Neuvesel la société Bolot, Neuvesel et Cie, verrerie concurrente qui prospère rapidement et pose les bases de la fortune familiale. C’est l’acte fondateur de la domination Bolot sur l’industrie verrière givordinoà — domination qui se prolongera bien au-delà de sa mort.

Le notable givordin

Henri s’enracine à Givors avec l’autorité d’un fondateur. Il y devient premier adjoint au maire en 1805, puis maire de 1815 à sa mort en 1826. En ce temps de Restauration où l’ordre social et l’ordre économique se renforcent mutuellement, Bolot est l’archétype du grand industriel-notable : il dirige ses verreries et dirige la ville, les deux fonctions se nourrissant l’une l’autre.

Son geste le plus emblématique est le don des terrains pour la construction de l’église Saint-Nicolas de Givors — acte de générosité paternaliste qui ancre son patronage sur la ville bien au-delà du registre économique. On donne les terres, on nomme l’église, on perpétue le nom. C’est le même réflexe seigneurial qu’Ignace son père avait exprimé en accolant « d’Ancier » à son nom.

Henri Bolot meurt le 27 décembre 1826 à Givors — et non en 1827 comme l’indiquent par erreur de nombreuses sources secondaires.

La gestion de Miellin

En parallèle de ses activités givordines, Henri assure la direction de la verrerie de Miellin, indivise entre les Bolot et Célestin Grésely, mari de sa sœur Martine Bolot. La gestion en est compliquée par une concurrence technologique interne : Grésely exploite une verrerie à La Saulnaire alimentée au charbon de Ronchamp, innovation que Miellin, dépendante du bois forestier, ne peut adopter sans transformation profonde. La verrerie de Miellin survivra à Henri (elle ne ferme que vers 1835-1837) mais son déclin est amorcé de son vivant.

Le fondateur de la verrerie de Malbouhans

En 1819, Henri Bolot fonde à Malbouhans (Haute-Saône) une verrerie à verre à vitre et à gobeleterie qui porte son nom : la « verrerie Bolot de Malbouhans ». L’établissement est encore actif en 1846, année où il accueille provisoirement deux fours de remplacement lors de la reconstruction des creusets de la verrerie voisine (et concurrente) de La Saulnaire. La commune comptait ainsi deux verreries simultanément actives, produisant des feuilles de verre, des verres de couleur pour vitraux d’église et un verre demi-opaque imitant la porcelaine pour la vaisselle. Cette création, à mi-chemin entre Miellin et Givors, illustre parfaitement la stratégie d’Henri Bolot : tenir simultanément les verreries forestières comtoises héritées de sa mère et développer de nouveaux établissements dans la continuité géographique et technique de la tradition familiale, en remplaçant le combustible ligneux par le charbon.

Henri Bolot, l’industriel verrier

Par sa seconde épouse Mélanie Prailleur, Henri détenait également des parts dans les verreries du Bief-d’Étoz (Doubs) et de Biaufond (Doubs, côté suisse de la vallée), héritées de la branche maternelle. Ces participations, qu’il cédera à la famille Blondeau pour simplifier la gestion du patrimoine, témoignent de l’étendue de son réseau : à son apogée, Henri Bolot avait des intérêts dans pratiquement tous les établissements verriers majeurs et encore actifs de la Franche-Comté méridionale et du couloir Miellin-Givors.

Frise chronologique

Événement

Termine ses études de philosophie et mathématiques au collège de Besançon, puis s'engage dans l'armée.

1793
février 1800 — 1826
Co-propriétaire

En février 1800, achète les parts de ses cousins Enard dans la verrerie Robichon de Givors (fondée par Michel Robichon en 1749). Profitant des difficultés financières des Robichon, il acquiert en 1806…

Service militaire

Carrière militaire dans des postes administratifs, notamment dans des hôpitaux. Obtient son congé définitif le 17 décembre 1800 à 26 ans.

1793 — 17 décembre 1800
vers 1803 — 1826
Co-propriétaire et directeur

Reprend entre 1803 et 1806 les parts restantes des Robichon à Miellin. La verrerie est indivise avec Célestin Grésely (mari de Martine Bolot). Gestion complexe : Grésely exploite une verrerie à La Sau…

Fondateur et directeur de Bolot, Neuvesel et Cie

Fonde avec Melchior Neuvesel la société Bolot, Neuvesel et Cie, verrerie concurrente de celle des Robichon à Givors. Pose les bases de la fortune familiale et marque l'entrée des Bolot dans l'industri…

vers 1805 — 1826
1805
Événement

Nommé premier adjoint au maire de Givors.

Événement

Maire de Givors de 1815 jusqu'à son décès en 1826. Fait don des terrains pour la construction de l'église Saint-Nicolas de Givors — geste caractéristique du paternalisme industriel de la Restauration.

1815 — 27 décembre 1826
1819 — 1826
Fondateur et propriétaire

Verrerie à verre à vitre fondée en 1819 à Malbouhans (Haute-Saône). Active jusqu'après le décès d'Henri ; en 1846, elle accueille deux fours de remplacement lors de la reconstruction de la verrerie vo…

Parcours géographique

3 verreries

Sources