Verrerie

Verrerie de la Grosse Mouche

avant 1858 — vers 1893

Aussi connue sous : Verrerie Félizat-Pély · Pély et Félizat · Curtillet et Dupuis · J. Dupuis · Compagnie générale des Verreries du Lyonnais

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie Félizat-Pély
Nom d'usage avant 1858 — vers 1860
Pély et Félizat
Raison sociale vers 1858 — vers 1867
Curtillet et Dupuis
Raison sociale 1867 — 1874
J. Dupuis
Raison sociale 1874 — 1891
Compagnie générale des Verreries du Lyonnais
Raison sociale 1891 — 1891

Histoire

Résumé

La Verrerie de la Grosse Mouche tire son nom du bras secondaire du Rhône — la Grosse Mouche — qui traversait le quartier de la Guillotière du nord au sud avant d’être asséché lors des grands travaux d’endiguement du XIXe siècle. Implantée au chemin de la Scaronne (actuelle rue Victor Lagrange), elle est l’une des plus anciennes verreries du secteur, attestée sous la raison sociale Félizat-Pély dès 1858, et probablement active plus tôt.

Son histoire est celle d’une verrerie secondaire, toujours dans l’ombre de la Verrerie des Culattes voisine, mais dont la longévité et les successions de propriétaires témoignent d’une activité réelle et durable. Jean-François-Marie Dupuis, ancien comptable chez Mesmer selon la tradition ouvrière, en prend le contrôle en 1874 et la dirige jusqu’à la faillite de 1892-1893. Elle est brièvement intégrée dans la Compagnie générale des Verreries du Lyonnais (janvier-novembre 1891) avant d’être vendue par expropriation forcée en mai 1893.


Historique

Origines et premières raisons sociales (avant 1858 — 1867)

L’histoire de la Verrerie de la Grosse Mouche est difficile à démêler en raison de la confusion entretenue par Pelletier (1887) entre plusieurs établissements voisins et plusieurs raisons sociales successives. Il faut d’emblée corriger une erreur topographique importante : le chemin de la Scaronne n’est pas devenu la rue de Gerland, mais la rue Victor Lagrange — rue qui longe la voie ferrée au sud, de l’actuelle rue Jean Jaurès jusqu’au Rhône1.

Pelletier décrit une chaîne de propriétaires depuis l’établissement originel “de la Grosse-Mouche” : Lacombe et Labatie (vers 1830) → Lacombe, Labatie et Pély → Pély et Félizat, qui “transportèrent [la verrerie] chemin de la Scaronne”. Cette migration du site initial vers le chemin de la Scaronne est confirmée par le premier document primaire disponible : le Salut Public du 8 octobre 1858 mentionne un ouvrier “à la verrerie Félizat-Pély, chemin de Scarolles [sic], Grosse-Mouche”. Le même Simon Pély apparaissait en 1841 comme “directeur de la verrerie” au chemin des Culattes — il a donc migré d’un site à l’autre dans l’intervalle1.

La suite de la chaîne Pelletier (Pély et Vallin → Vallin et Soulard → Curtillet et Dupuis) n’est pas vérifiable dans les sources primaires disponibles, mais elle est cohérente avec la séquence documentée.

L’association Curtillet et Dupuis (1867 — 1874)

Le 8 juillet 1867, le Salut Public annonce la formation d’une société en nom collectif entre Étienne Curtillet, négociant, et Jean-François-Marie Dupuis, employé de commerce, “ayant pour objet le commerce et la fabrication de la verrerie”, au lieu de la Grosse-Mouche, chemin de la Scaronne, La Guillotière2.

Dupuis n’est pas un inconnu du milieu verrier lyonnais. Selon le témoignage ouvrier publié dans L’Égalité en 1891, il aurait été “simple comptable chez Mesmer” avant de fonder sa propre verrerie — faisant de lui l’une des “créatures Mesmer”, au même titre que Jayet ou Saumont. La Verrerie de la Grosse Mouche et la Verrerie des Culattes sont d’ailleurs si proches l’une de l’autre qu’un fait divers du Salut Public du 1er mai 1879 situe un drame “chemin de la Scaronne, lieu désert, situé entre la verrerie de M. Mesmer et celle de M. Dupuis” — deux établissements séparés par quelques centaines de mètres à peine3.

L’association Curtillet-Dupuis cesse le 3 août 1874. Dupuis reprend seul l’exploitation2.

Dupuis seul (1874 — 1891)

Sous la direction de J. Dupuis puis de Dupuis père et fils (Jean-François-Marie et son fils Jean-Marie Félix), l’établissement figure dans les annuaires commerciaux successifs. Pelletier (1887) note qu’en 1867 la verrerie ne comptait que deux fours et en avait cinq à la date de son ouvrage — croissance notable sur vingt ans. La production comprend “tous les articles de gobeleterie, moulure, verres à pied, éclairage, spécialités pour pharmaciens, parfumeurs, fabricants de conserves alimentaires, confiseurs, droguistes et liquoristes”. Dupuis fils obtient deux médailles d’or à l’Exposition de Paris en 18824.

La verrerie Dupuis est directement mêlée aux grèves de 1886 qui secouent la Guillotière. Le Salut Public du 2 juillet 1886 mentionne qu’un gréviste escalade la grille de l’usine Dupuis pour en ouvrir les portes aux manifestants — parallèlement à l’envahissement de l’usine Mesmer. Dupuis fait partie des signataires de l’accord du 12 juillet 1886 alignant les tarifs sur ceux de l’usine Sadler et Béroud5.

La Compagnie générale des Verreries du Lyonnais (1891)

Le 28 janvier 1891, en pleine grande grève, Dupuis père et fils s’associent à Mesmer, Béroud et Jayet pour former la Compagnie générale des Verreries du Lyonnais. Leur apport est de 53 000 francs — soit le troisième apport en importance après Mesmer (61 000 francs) et avant Jayet (41 000 francs)6.

Ce document est exceptionnel à un autre titre : il permet de dresser la liste complète des verreries actives au sud de Lyon à cette date, avec leurs adresses précises — Mesmer chemin des Culattes 31 à 37, Dupuis chemin de la Scaronne 9, Béroud route de Vienne 51 et chemin de Vénissieux 1, Jayet chemin de Gerland 41 et 43. N’y manquent que la verrerie ouvrière de Vénissieux et les établissements plus au sud (Oullins, La Mulatière)6.

La société est dissoute le 20 novembre 1891, moins d’un an après sa création. L’épisode est à la fois révélateur et absurde : ces quatre industriels, qui venaient de passer huit mois à lutter contre leurs ouvriers grévistes en front commun, se séparent aussitôt la grève terminée.

Faillite et fermeture (1892 — 1893)

La situation de Dupuis se dégrade rapidement après la grève. Entre avril et décembre 1892, il subit plusieurs actions judiciaires, culminant avec un procès-verbal de saisie le 26 avril 1892. Le 17 avril 1893, le Salut Public annonce la vente par expropriation forcée de la “Verrerie de la Grosse Mouche”, chemin de la Scaronne, 9 : bâtiments d’habitation de maître, maison d’ouvriers, hangars, fours, terrain et dépendances, sur 2 343 m² (cadastre section G, n°511 P.), plus un immeuble rue des Verriers. Mise à prix : 40 000 francs. Adjudication fixée au 20 mai 18937.

En 1900, le Salut Public confirme que les locaux de “l’ancienne verrerie Dupuis, chemin de la Scaronne, 9” abritent désormais des ateliers de corderie. L’aventure verrière est terminée7.


Situation géographique

Localisation et topographie

La verrerie était implantée au chemin de la Scaronne, numéros 9 et 11 (actuelle rue Victor Lagrange), dans le quartier de La Guillotière, 3e arrondissement de Lyon. Cette rue longeait la voie ferrée au sud, de l’actuelle rue Jean Jaurès jusqu’au Rhône, où se trouvait jadis, plus au sud, la Vitriolerie. Le quai se nommait d’ailleurs Quai de la Vitriolerie en 18851.

La localisation précise peut être reconstituée grâce à l’annonce de vente de 1893 : le site est confiné “au midi par le chemin de la Scaronne, au nord par terrain à l’État et terrain au chemin de fer et propriété à Triffaz, et à l’ouest par terrain à Félizat”. Il se situe à la jonction de la rue Victor Lagrange et de la rue des Verriers (quart sud-ouest), à environ 300 mètres à l’est du chemin des Culattes dont il était parallèle1.

Le nom : la Grosse Mouche

Le nom de la verrerie — et du quartier — provient du bras secondaire du Rhône appelé “Grosse Mouche” qui traversait ce secteur du nord au sud. Une “Petite Mouche” en constituait le pendant. Ces lônes et bras morts structuraient le territoire avant les grands travaux d’endiguement du XIXe siècle, qui les ont progressivement asséchés. Le nom du quartier (et de l‘“usine de la Grosse-Mouche” que décrit Pelletier) est donc un toponyme hydrographique, héritage de la géographie fluviale antérieure aux transformations urbaines.

État actuel

Aucun vestige industriel n’a été identifié. La rue des Verriers, où se trouvait le bâtiment de logement des ouvriers, existe toujours entre la rue Victor Lagrange et la rue Lortet.


Personnages liés

Simon Pély — directeur attesté au chemin des Culattes en 1841, puis à la verrerie Félizat-Pély chemin de la Scaronne en 1858. Personnage pivot du milieu verrier de La Guillotière, dont la trajectoire relie les deux sites majeurs du quartier.

Étienne Curtillet — négociant, cofondateur de la société Curtillet et Dupuis en 1867. Rôle et trajectoire ultérieure inconnus.

Jean-François-Marie Dupuis — employé de commerce devenu maître verrier, selon la tradition ouvrier ancien comptable chez Mesmer. Cofondateur en 1867, seul exploitant à partir de 1874. Associé dans la Compagnie générale des Verreries du Lyonnais (1891). Voit son établissement saisi par expropriation forcée en 1893.

Jean-Marie Félix Dupuis — fils de Jean-François-Marie, associé sous la raison sociale “Dupuis père et fils”. Obtient deux médailles d’or à l’Exposition de Paris en 1882.


Éléments techniques

En 1867, la verrerie compte deux fours. En 1887, Pelletier mentionne cinq fours — croissance significative sur vingt ans. La production comprend gobeleterie, verres à pied, articles d’éclairage, et spécialités pour pharmaciens, parfumeurs, confiseurs et liquoristes4.

Le site mesure environ 2 343 m² (section G du cadastre, n°511 P.), d’un seul ténement entièrement clos, avec un bâtiment d’habitation de maître, une maison d’ouvriers, des hangars et les fours. Un second ténement, rue des Verriers, comprend une maison d’habitation et un terrain.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature — et ce qu’il faut corriger

Pelletier (1887) confond plusieurs établissements distincts dans sa description de “l’Usine de la Grosse-Mouche”. Il présente une chaîne linéaire (Lacombe-Labatie → Pély et Félizat → Curtillet et Dupuis → J. Dupuis) qui mélange des adresses différentes et des périodes mal datées. La principale erreur topographique est de laisser entendre que la verrerie Jayet (chemin de Gerland) serait la même que la verrerie de la Grosse Mouche (chemin de la Scaronne). Le chemin de la Scaronne est devenu la rue Victor Lagrange, non la rue de Gerland. Ce sont deux rues distinctes, certes dans la continuité l’une de l’autre, mais la première part du Rhône jusqu’à l’actuelle Avenue Jean Jaurés, la seconde part de cette avenue et descend vers le Sud jusqu’à l’Avenue Tony Garnier. Les établissements verriers, eux, sont séparés par l’Avenue Jean Jaurès et sont à plusieurs centaines de mètres de distance l’un de l’autre.

Points non résolus

  • La date exacte de fondation reste inconnue. La verrerie est attestée en 1858 sous le nom Félizat-Pély, mais son origine est probablement antérieure.
  • La chaîne Lacombe-Labatie → Pély et Félizat décrite par Pelletier n’est pas confirmée par des sources primaires. Elle reste plausible mais non vérifiée.
  • Le lien entre Simon Pély (chemin des Culattes, 1841) et la verrerie Félizat-Pély (chemin de la Scaronne, 1858) mérite confirmation : s’agit-il du même homme ? Une migration d’un site à l’autre en moins de vingt ans serait cohérente.
  • Le devenir de Dupuis après 1893 est inconnu. La faillite semble totale, mais aucune source ne précise ses circonstances exactes ni le devenir personnel de l’industriel.

Notes

Footnotes

  1. Document personnel sur la Verrerie de la Grosse Mouche (Arnaud Balandras). Ruesdelyon.net, notice rue Victor Lagrange : https://www.ruesdelyon.net/rue/1421-rue-victor-lagrange.html 2 3 4

  2. Salut Public, 8 juillet 1867 (formation Curtillet et Dupuis) : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18670708P-003.pdf; Salut Public, 1er septembre 1874 (dissolution). 2

  3. Salut Public, 1er mai 1879 : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18790501P-002.pdf L’Égalité, 4 mars 1891 (sur les origines de Dupuis chez Mesmer).

  4. Pelletier, Pierre. Les verriers dans le Lyonnais et le Forez. Paris, 1887, p. 246-247 (section “Usine de la Grosse-Mouche”). 2

  5. Salut Public, 2 juillet 1886 (envahissement des usines). Salut Public et Le Temps, 12 juillet 1886 (accord de fin de grève).

  6. Salut Public, 13 février 1891 (formation de la Compagnie générale) : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18910213P-004.pdf Salut Public, 29 novembre 1891 (dissolution) : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18911129P-004.pdf 2

  7. Salut Public, 17 avril 1893 (vente par expropriation) : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18930417P-004.pdf Salut Public, 7 août 1900 (ancienne verrerie Dupuis reconvertie en corderie) : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-19000807P-002.pdf 2

Personnages associés

Aucun personnage notable n'est renseigné. Voici les premières personnes liées au lieu.

Personnalités

Voir toutes les personnes liées →

Sources

article Salut Public, 8 juillet 1867 https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18670708P-003.pdf

Annonce de la formation de la société Curtillet et Dupuis, 'ayant pour objet le commerce et la fabrication de la verrerie', au lieu de la Grosse-Mouche, chemin de la Scaronne, La Guillotière. Premier document nominatif sur cet établissement.

article Salut Public, 8 octobre 1858

Annonce de vente par licitation mentionnant 'Pierre-Marie Monin, manœuvre à la verrerie Félizat-Pély, y demeurant, chemin de Scarolles [sic], Grosse-Mouche'. Premier document attestant l'existence d'une verrerie à cet emplacement, sous la raison sociale Félizat-Pély.

article Salut Public, 1er septembre 1874

Dissolution de la société Curtillet et Dupuis au 3 août 1874. Jean-François-Marie Dupuis reprend seul l'exploitation de la verrerie de la Grosse-Mouche.

article Salut Public, 1er mai 1879 https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18790501P-002.pdf

Fait divers tragique : un homme se tire deux coups de revolver 'chemin de la Scaronne, lieu désert, situé entre la verrerie de M. Meysmer [Mesmer] et celle de M. Dupuy [Dupuis]'. Document exceptionnel qui confirme la proximité immédiate des deux établissements et la topographie du secteur.

article Salut Public, 13 février 1891 https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18910213P-004.pdf

Formation de la Compagnie générale des Verreries du Lyonnais (28 janvier 1891). Dupuis père et fils, chemin de la Scaronne, 9. Apport : 53 000 francs. Document exceptionnel listant l'ensemble des verreries du sud de Lyon à cette date.

article Salut Public, 29 novembre 1891 https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18911129P-004.pdf

Dissolution de la Compagnie générale des Verreries du Lyonnais, effective au 20 novembre 1891 — moins d'un an après sa création.

article Salut Public, 17 avril 1893 https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-18930417P-004.pdf

Vente par expropriation forcée de la 'Verrerie de la Grosse Mouche', chemin de la Scaronne, 9. Comprenant bâtiments d'habitation de maître, maison d'ouvriers, hangars, fours, terrain et dépendances, d'un seul ténement clos de murs (2 343 m², section G du cadastre, n°511 P.). Second lot : immeuble rue ou chemin des Verriers. Mise à prix : 40 000 francs. Adjudication au 20 mai 1893. Clôture de l'histoire industrielle du site.

article Salut Public, 7 août 1900 https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=69SALUTPUBLI-19000807P-002.pdf

Mention de 'l'ancienne verrerie Dupuis, chemin de la Scaronne, 9', dont les locaux abritent désormais des ateliers de corderie. Confirme la fin de toute activité verrière sur le site.

livre Les verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre

Paris, 1887, p. 246-247. Section 'Usine de la Grosse-Mouche'. Pelletier retrace la chaîne Lacombe-Labatie → Lacombe-Labatie-Pély → Pély et Félizat (déménagement chemin de la Scaronne) → Pély et Vallin → Vallin et Soulard → Curtillet et Dupuis → J. Dupuis. Source essentielle mais confuse sur les dates et les adresses.