Verrerie

Verrerie du Sappey

? — vers 1823

Aussi connue sous : Verrerie du Sappey

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie du Sappey
Nom d'usage ? — vers 1823

Histoire

Résumé

La verrerie du Sappey est l’un des ateliers verriers les mieux documentés du Bugey central, malgré une date de fondation inconnue. Implantée au lieu-dit “Le Sappey” sur le territoire de l’ancienne commune de La Balme, aujourd’hui intégrée à La Balme-les-Grottes (Ain), à proximité de Cerdon et de Vieu-d’Izenave, elle s’inscrit dans la longue tradition des verreries forestières qui ont façonné le paysage industriel et humain du Bugey du XVIIe au XIXe siècle.

Sous la direction de Louis de Finance, elle atteint son apogée vers 1803 avec une soixantaine d’ouvriers et une production journalière de 4 000 verres, 400 flacons et 600 topettes. Sa production est distribuée jusqu’à Lyon, Bourg-en-Bresse, Grenoble, et même exportée en Suisse. Parmi ses acteurs clés figure Simon Mesmer, “entrepreneur d’exploitation de forêt”, dont la famille est venue de la verrerie de Thorens en Savoie et dont la descendance fondera plus tard la Verrerie des Culattes à la Guillotière (Lyon).

Comme toutes les verreries forestières, le Sappey succombe à l’épuisement de la ressource ligneuse. Louis de Finance quitte le site en 1815 pour un autre atelier du Bugey, à “En Chevron” (Thézillieu). La fermeture définitive intervient vers 1823. Le fils de Simon, Philippe Mesmer, se retrouve “cabaretier” et propriétaire à La Guillotière en 1841, première étape de la migration familiale vers Lyon qui aboutira à la fondation de la Verrerie des Culattes.


Historique

Le Bugey verrier : contexte et dynasties

Les verreries du Bugey central sont filles de la forêt. Leur implantation est dictée par trois ressources : le sable siliceux, l’eau et, surtout, le bois, dont la consommation colossale condamne ces ateliers à l’itinérance. Une fois la forêt épuisée, les verriers déplacent leur production, laissant derrière eux des clairières et un paysage transformé. Le bois sert non seulement de combustible pour les fours, mais aussi, par la combustion des fougères, de source de potasse nécessaire à la fusion du verre, afin d’abaisser son point de fusion.

Les artisans qui animent ces ateliers jouissent d’un statut singulier. La verrerie est considérée comme un “art noble”, l’une des rares activités manuelles qu’un noble peut exercer sans déroger. Des chartes royales et ducales accordent aux “gentilshommes verriers” des privilèges considérables : exemptions fiscales, droit de port d’épée, droits de chasse et concessions exclusives sur de vastes forêts. Cette situation crée une caste d’artisans-entrepreneurs au statut élevé, mais aussi une source de conflits récurrents avec les communautés paysannes pour le contrôle des ressources.

D’après les recherches de Marcel Monnier, onze sites verriers ont été recensés dans le Bugey central entre 1662 et 1823, associés à des dynasties souvent migrantes : de Fassion, de Richard, Maugy de Montorsier, Billion, de Finance. Le Sappey s’inscrit en bout de chaîne, dernier grand atelier actif avec celui d‘“En Chevron”, avant l’abandon définitif de cette industrie dans la région.

Fondation et premières années (date inconnue)

La date de fondation du Sappey n’est pas établie. Les sources documentaires ne permettent pas de la déterminer avec certitude. L’atelier est actif au moins depuis le début du XIXe siècle, et vraisemblablement depuis la fin du XVIIIe.

Apogée sous Louis de Finance (vers 1803)

En 1803, la verrerie du Sappey est une entreprise proto-industrielle d’une envergure remarquable pour la région. Sous la direction de Louis de Finance, elle emploie une soixantaine d’ouvriers et affiche une production journalière diversifiée et impressionnante : 4 000 verres, 400 flacons carrés ou chopines à liqueur, et 600 topettes à sirop.

L’organisation logistique témoigne d’un réseau d’approvisionnement étendu. Le bois provient des forêts locales, consommées à raison de 3 216 stères annuels (l’équivalent d’une bonne piscine olympique, ou d’un millier de charreté par an). Les autres matières premières viennent de plus loin : sable de Haute-Savoie, sel et manganèse du Jura. Le recyclage est bien établi : 125 tonnes de verre concassé sont réemployées. La production est écoulée vers Lyon, Bourg-en-Bresse et Grenoble, et exportée en Suisse.

Parallèlement à Louis de Finance, le fonctionnement du site repose sur Simon Mesmer, qualifié dans les actes d’état civil d‘“entrepreneur d’exploitation de forêt” : c’est-à-dire le responsable de l’approvisionnement en bois, un poste stratégique dans une verrerie dont la survie dépend entièrement de la ressource ligneuse. La famille Mesmer, originaire de la verrerie de Thorens en Savoie, forme avec les familles Schmitt et Pinthener le noyau dur de la communauté ouvrière du Sappey.

Déclin et départ de Louis de Finance (1805 — 1815)

À partir de 1805, l’atelier entre en déclin. Deux causes se conjuguent : une concurrence accrue des centres de production industriels, et la raréfaction du bois, ressource vitale dont l’épuisement progressif condamne toutes les verreries forestières à plus ou moins brève échéance.

En 1815, Louis de Finance quitte définitivement le Sappey pour relancer une activité à “En Chevron”, sur le territoire du Genevray (commune de Thézillieu). Il est nommé maire de Thézillieu à partir de 1816.

Fermeture et diaspora (vers 1823)

La cessation définitive de l’activité coïncide vraisemblablement avec la démission de Louis de Finance de son mandat de maire en 1823. Le Sappey illustre parfaitement la transition de la première révolution industrielle : son modèle (ressource bois, technique artisanale) ne peut plus rivaliser avec les grandes usines fixes alimentées au charbon de terre.

La fermeture disperse la communauté ouvrière. Philippe Mesmer, fils de Simon, suit un chemin que prennent alors de nombreux verriers des forêts : la migration vers les pôles urbains. On le retrouve “cabaretier” et propriétaire au chemin des Culattes, à La Guillotière, en 1841. C’est son fils Gaspard qui franchira le pas décisif en fondant une verrerie à cet endroit, perpétuant ainsi sur trois générations et deux régions une tradition familiale du verre.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était implantée au lieu-dit “Le Sappey”, sur le territoire de l’ancienne commune de La Balme, aujourd’hui intégrée à La Balme-les-Grottes (Ain), à proximité de Cerdon et de Vieu-d’Izenave. Cette zone fait partie de la Communauté de communes Rives de l’Ain – Pays du Cerdon, riche en patrimoine industriel (cuivrerie de Cerdon notamment).

État actuel

Aucun vestige industriel n’est identifié. Le lieu-dit “Le Sappey” subsiste sur les cartes actuelles. Le site industriel a probablement disparu sous la reforestation progressive qui a suivi l’épuisement de la forêt exploitée par la verrerie.


Personnages liés

Louis de Finance — directeur de la verrerie vers 1803-1815, figure emblématique du site à son apogée. Quitte le Sappey en 1815 pour le site d‘“En Chevron” à Thézillieu, dont il devient maire (1816-1823).

Simon Mesmer (vers 1752 — ?) — “entrepreneur d’exploitation de forêt”, responsable de l’approvisionnement en bois. Chef de la communauté Mesmer au Sappey, originaire de Thorens-Glières (Savoie). Époux de Marie Schmitt, décédée avant mai 1808. Voir fiche individu.

Philippe Mesmer (9 décembre 1786, Thorens-Glières — 23 juin 1856, Lyon) — ouvrier verrier au Sappey, fils de Simon. Se reconvertit en cabaretier à La Guillotière après la fermeture. Père de Gaspard Mesmer, fondateur de la Verrerie des Culattes. Voir fiche individu.

Balthazar Mesmer — frère de Philippe, verrier au Sappey. Date de naissance inconnue.

Gaspard Mesmer (1791 — ?) — frère de Philippe, oncle du fondateur lyonnais. Parfois confondu avec son neveu homonyme dans les sources secondaires.

George Pinthener (23 avril 1784 — ?) — verrier au Sappey, gendre de Simon Mesmer. Fils de Michel Painthenaire, verrier à Thorens — lien documenté entre les deux communautés.

Antoine Schmitt (vers 1784 — ?) — cousin germain des enfants Mesmer, verrier au Sappey. Témoin aux deux mariages de 1807-1808.


Éléments techniques

Production documentée en 1803 : verre soufflé utilitaire (verres à boire, flacons carrés, chopines à liqueur, topettes à sirop). La production journalière atteint 5 000 pièces toutes catégories confondues pour une soixantaine d’ouvriers.

Matières premières :

  • Bois local : 3 216 stères annuels
  • Sable : venu de Haute-Savoie
  • Sel et manganèse : du Jura
  • Verre concassé recyclé : 125 tonnes

La consommation de bois (un mètre cube par bouteille produite) est à la fois la condition de la production et la cause de la fermeture.


Contexte social

La communauté du Sappey présente les traits caractéristiques des verreries forestières de l’Ancien Régime tardif : familles migrantes recrutées dans d’autres centres verriers (Thorens en Savoie), liens familiaux et professionnels entremêlés, endogamie du milieu. Les deux actes de mariage de 1807-1808 illustrent ce fonctionnement en clan : les témoins sont systématiquement des membres de la même communauté : père, frère, cousin, beau-frère.

Le statut de Simon Mesmer comme “entrepreneur d’exploitation de forêt” mérite attention. Il ne s’agit pas d’un simple ouvrier mais d’un prestataire indépendant gérant une ressource stratégique, une fonction rare, à la charnière entre le monde verrier et le monde forestier. L’acte de baptême de son fils Philippe à Thorens-Glières révèle un détail significatif : sa marraine porte le nom de “Jeanne Siguevard”, orthographe locale du patronyme Sigwart, l’une des grandes dynasties verrières d’Europe de l’Ouest. Les Mesmer évoluaient donc dans un réseau d’artisans germanophones dont les familles se connaissaient et se fréquentaient de verrerie en verrerie.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

La revue Rive Gauche affirme que Gaspard Mesmer (né en 1814) aurait dirigé une verrerie à Poncin vers 1830-1835. Cette affirmation est chronologiquement impossible : les verreries de la région ont fermé vers 1823-1825, alors que Gaspard n’avait qu’une dizaine d’années. Il s’agit très vraisemblablement d’une confusion entre le fils (Gaspard, né 1814) et son père Philippe, voire son oncle Gaspard (né en 1791), qui auraient pu poursuivre une activité au Sappey jusqu’à sa fermeture définitive.

Points non résolus

  • La date de fondation reste inconnue. Aucune source consultée ne permet de la déterminer.
  • L’origine savoyarde des Mesmer est confirmée par l’acte de baptême de Philippe à Thorens-Glières, mais les origines précises de Simon et de Marie Schmitt dans cette région restent à documenter.
  • Le devenir de Simon Mesmer après 1808 est inconnu. A-t-il suivi Louis de Finance à “En Chevron” en 1815, ou rejoint directement Lyon ?
  • La date exacte de fermeture : 1823 est une estimation fondée sur la démission de Louis de Finance de la mairie de Thézillieu. Aucun acte de fermeture n’a été retrouvé.
  • L’énigme Marie Rose Chaboud : l’épouse de Philippe Mesmer est dite fille de “Louise Burel”, mais porte le patronyme Chaboud dans les recensements ultérieurs à Lyon, le même nom que le maire de La Balme signataire de l’acte. La question d’une naissance illégitime et d’une filiation masquée reste ouverte.

Sources consultées

  • Monnier, Marcel. Les ateliers du verre et les verriers dans les forêts du Bugey central du 17e au 19e siècle. Association Le Dreffia.
  • Acte de baptême de Philippe Mesmer, Thorens-Glières, 9 décembre 1786. Archives départementales de Haute-Savoie.
  • Acte de mariage Pinthener/Mesmer, Vieu-d’Izenave, en 1807. Archives départementales de l’Ain.
  • Acte de mariage Mesmer/Chaboud, La Balme, 10 mai 1808. Archives départementales de l’Ain.

Personnages associés

Personnalités

Verriers

Voir toutes les personnes liées →

Sources

livre Les ateliers du verre et les verriers dans les forêts du Bugey central du 17e au 19e siècle — Monnier, Marcel

Publié par l'association Le Dreffia. Référence principale sur les verreries du Bugey central. Localise onze sites et retrace les grandes dynasties verrières de la région.

etat civil Acte de mariage de George Pinthener et Jeanne Marie Mesmer

Vieu-d'Izenave, vers 1807. Atteste la présence de la famille Mesmer à la verrerie du Sappey. Simon Mesmer, 55 ans, qualifié d''entrepreneur d'exploitation de forêt'. Lien établi avec la verrerie de Thorens (Savoie) via le père du marié, Michel Painthenaire, verrier à Thorens.

etat civil Acte de mariage de Philippe Mesmer et Marie Rose Chaboud

La Balme, 10 mai 1808. Confirme la filiation de Philippe Mesmer, ouvrier verrier né le 9 décembre 1786, fils de Simon Mesmer et de feue Marie Schmitt. Réseau familial verrier documenté : Simon Mesmer, Balthazar Mesmer, Antoine Schmitt, George Pinthener.

etat civil Acte de baptême de Philippe Mesmer

Thorens-Glières (Haute-Savoie), 9 décembre 1786. Le vicaire a inscrit par erreur le patronyme 'Schmid' pour le père — confusion fréquente avec les patronymes germaniques. La marraine porte le nom de 'Jeanne Siguevard' (Sigwart), célèbre patronyme verrier, confirmant l'appartenance des Mesmer à la diaspora d'artisans germanophones du réseau verrier savoyard.