Verrerie
Verrerie de Rodalben
1715 — 1731
Aussi connue sous : Verrerie de Jakob Schmid · Verrerie sous Johann Conrad Weygand
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Noms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie de Rodalben fut une verrerie forestière (Waldglashütte) de courte durée, active de 1715 à 1731 dans le Pfälzerwald, sur le territoire de l’actuelle ville de Rodalben (Landkreis Südwestpfalz, Rhénanie-Palatinat), alors comprise dans le duché de Palatinat-Deux-Ponts. Elle fut fondée et exploitée par le maître verrier Jakob Schmid, dit originaire de la seigneurie de Trautbuch (en Allgäu) ou, selon d’autres sources, de l’entourage de la grande verrerie de Sankt Blasien en Forêt-Noire 1.
Établie à l’écart du bourg, sur le chemin charretier menant vers Fehrbach (aujourd’hui quartier de Pirmasens), avec un embranchement vers Petersberg, la verrerie écoulait facilement sa production grâce à la qualité de ses verres. La mort prématurée de Jakob Schmid, survenue après une courte maladie en 1720, laissa son épouse Anastasia Hockenmüller veuve avec sept enfants. Elle se remaria peu après avec le maître verrier Johann Conrad Weygand, originaire de Hesse, qui dut fermer l’établissement en 1731 faute de bois, le sort commun de la quasi-totalité des verreries forestières de la région 1.
Malgré sa brièveté, Rodalben occupe une place singulière dans l’histoire des dynasties verrières germano-suisses. Le verrier Léonard Sigwart (1685-1747), ancêtre direct, y est attesté avec certitude en 1725, année où il y fit baptiser son fils Georges Antoine Sigwart (Georg Anton, 1725-1791), futur maître verrier qui mourra à l’autre bout de l’Europe, à Gémenos près de Marseille 2. La verrerie réunit ainsi sur un même lieu, et pour quelques années, des lignées (Schmid, Hockenmüller, Sigwart) dont les ramifications irriguent l’ensemble du monde verrier de l’Ouest européen au XVIIIe siècle.
Historique
Fondation et premières années
La verrerie est créée en 1715 par Jakob Schmid (parfois orthographié Schmidt), qui en est le fondateur et le premier propriétaire. Les sources hésitent sur son origine géographique, entre deux hypothèses qui se recoupent souvent : il est dit venu de la seigneurie de Trautbuch (en Allgäu, région réputée pour ses maîtres verriers itinérants), tandis que d’autres documents le rattachent directement à l’entourage de la verrerie de Sankt Blasien en Forêt-Noire 1.
Jakob Schmid avait épousé Anastasia Hockenmüller (aussi orthographié Haggenmiller ou Hocquemiller), patronyme de verriers typique de l’Allgäu, et le couple eut sept enfants connus. Grâce à la grande qualité de ses produits, la verrerie connut d’emblée un bon écoulement de sa marchandise 1.
Évolutions et transferts
Le destin de l’établissement bascule avec la mort de son fondateur. Jakob Schmid décède en 1720, semble-t-il après une courte maladie, laissant Anastasia veuve avec sept enfants. La veuve se remarie peu après avec le maître verrier Johann Conrad Weygand, originaire de Hesse, qui reprend la conduite de la verrerie 1.
C’est dans cette période que la présence de la famille Sigwart est attestée. Léonard Sigwart, verrier issu de la dynastie de Sankt Blasien, est documenté avec certitude sur le site en 1725, lorsqu’il y fait baptiser son fils Georges Antoine (Georg Anton). On ignore s’il y travaillait déjà auparavant 2.
Fin d’activité
La verrerie ferme ses portes en 1731. Johann Conrad Weygand y est contraint par la pénurie de bois, la cause récurrente de l’extinction des verreries forestières, dont la consommation de combustible épuisait rapidement les massifs environnants. Aucune reprise n’est connue après cette date 1.
Situation géographique
Localisation
La verrerie se trouvait sur le territoire de l’actuelle ville de Rodalben, dans le Pfälzerwald. Au début du XVIIIe siècle, ce territoire relevait du duché de Palatinat-Deux-Ponts (Amt Lemberg).
Les sources ne donnent qu’une localisation relationnelle, sans coordonnées : l’établissement était situé à l’écart du bourg, à l’endroit où un chemin charretier menait vers Fehrbach (aujourd’hui quartier de Pirmasens) et où un sentier latéral bifurquait vers Petersberg 1.
Sources cadastrales
Aucun plan cadastral n’a été consulté à ce stade. L’identification du site précis reste à faire (cf. Points non résolus).
État actuel
Aucun vestige connu. Comme la plupart des verreries forestières, l’installation était constituée de bâtiments légers (halle à four en charpente de bois, à toiture fumante caractéristique) non destinés à durer, ce qui explique l’absence de traces matérielles repérables.
Personnages liés
- Jakob Schmid (†1720) : fondateur et premier propriétaire.
- Anastasia Hockenmüller : épouse de Jakob Schmid, veuve et mère de sept enfants, remariée à J. C. Weygand.
- Johann Conrad Weygand : maître verrier hessois, dernier exploitant (jusqu’en 1731).
- Léonard Sigwart (1685-av. 1756) — verrier, ancêtre direct, attesté sur place en 1725. Voir sa fiche.
- Georges Antoine Sigwart (Georg Anton, 1725-1791) : né et baptisé à Rodalben en 1725, fils de Léonard, futur maître verrier à Gémenos (Bouches-du-Rhône).
- Balthasard Andres (30 mai 1706, Walbertsweiler - 25 février 1792, Monthermé) : souffleur de verre, marié à Agatha Vogt le 28 août 1726 à Rodalben, le couple a plusieurs enfants baptisés dans cette paroisse jusqu’en 1729 au moins. Ensuite, on retrouve Balthasard à Charleroi (1750-1762) puis à Monthermé, où il décède.
Éléments techniques
La verrerie de Rodalben appartient à la catégorie des verreries forestières (Waldglashütten) du début du XVIIIe siècle. Le type exact de sa production n’est pas documenté dans les sources disponibles, qui en signalent seulement la qualité et le bon écoulement. Par analogie avec les Waldglashütten contemporaines de la région (Palatinat, Sarre, Forêt-Noire), il s’agissait vraisemblablement de verre soufflé d’usage courant (verre creux, gobeleterie, éventuellement verre à vitres), produit à partir de potasse tirée des cendres de bois et de sable local. Cette dépendance au bois explique aussi sa fermeture.
Contexte social
Une communauté verrière itinérante
Rodalben s’inscrit dans le grand mouvement de migration des verriers entre la Forêt-Noire, le Palatinat et la Sarre au tournant des XVIIe-XVIIIe siècles. Après la fermeture de la verrerie de Sankt Blasien et le transfert de l’activité vers la « Hintere Aha » dite Äule (1716), une partie des verriers de la dynastie originelle essaime vers les massifs du Palatinat et de la Sarre, à la recherche de nouveaux gisements de combustible 1. Ces verreries fonctionnaient comme des communautés familiales où se croisaient verriers catholiques et réformés et où l’endogamie professionnelle scellait des réseaux d’alliances.
Rodalben, creuset des grandes dynasties
Sur ce seul site, et pour quelques années, convergent plusieurs des lignées majeures du monde verrier de l’Ouest européen — convergence établie par les travaux généalogiques convergents portant sur les actes primaires :
- Schmid. Le fondateur Jakob Schmid descend de la dynastie issue de Hans Schmid, d’abord cordonnier puis maître de la verrerie de Schafmatt, présentée comme la première du canton de Soleure (Suisse). Deux de ses fils, Peter et Wolfgang Schmid, gagnent Sankt Blasien en 1617 ; Jakob descend de Peter. La présence de Peter à Sankt Blasien est elle-même corroborée par les sources publiées, qui notent que sa fille Margarethe y épousa Michael Sigwart 1.
- Hockenmüller. L’épouse de Jakob Schmid, Anastasia Hockenmüller, appartient à une lignée de verriers de l’Allgäu (Wiggensbach).
- Sigwart. Le verrier Léonard Sigwart, présent en 1725, est issu de la dynastie de Sankt Blasien ; par les alliances Sigwart × Schmid du XVIIe siècle, il partage d’ailleurs avec Jakob Schmid une ascendance commune en Peter Schmid.
Ainsi, malgré sa courte existence, Rodalben réunit en un même lieu les souches Schmid, Hockenmüller et Sigwart, dont les ramifications irriguent l’ensemble du monde verrier européen du XVIIIe siècle.
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
Les sources sont cohérentes entre elles : datation (1715-1731), fondation par Jakob Schmid, décès en 1720 et fermeture par Weygand pour manque de bois s’accordent entre l’ouvrage de Nest (1999), sa reprise dans la Pressglas-Korrespondenz et les données d’état civil. Ces dernières précisent la chronologie : Nest indiquait seulement que la veuve s’était remariée « peu après » ; le remariage est en réalité daté du 2 juillet 1721, ce qui resserre la mort de Jakob Schmid entre avril 1720 et juillet 1721 1. La principale réserve résiduelle concerne l’origine géographique de Jakob Schmid (Trautbuch / Allgäu vs. Sankt Blasien), laissée ouverte par les sources elles-mêmes.
Points non résolus
- Emplacement parcellaire exact. Le secteur est bien circonscrit (bifurcation B270 / K17), mais la parcelle précise reste à fixer par un dépouillement des archives de l’Amt Lemberg (Palatinat-Deux-Ponts) et des plans anciens.
- Type de production. Verre soufflé d’usage courant probable, mais non documenté.
Notes
Footnotes
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Peter Nest et al., Die Glashütten im Warndt, Völklingen-Ludweiler, 1999, p. 90 sq. ; repris par Walter Neutzling, « Die Glasmacher-Familie Sigwart / Siegwart », Pressglas-Korrespondenz n° 01/2000, p. 30-33. ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8 ↩9 ↩10
-
Ibid., notice de Georg Anton Sigwart : « Georg Anton Sigwart (1725 Rodalben - 1791 Gemenos bei Marseille), 4. Sohn von Leonhard Sigwart » ; et notice de Leonhard Sigwart : « Leonhard war mit Sicherheit 1725 hier, denn in diesem Jahr ließ er seinen Sohn Georg Anton hier taufen. » ↩ ↩2
Personnages associés
Verriers
Sources
Généalogie de référence de la famille Sigwart et de son passage dans les verreries du Palatinat et de la Sarre. Reproduit, avec l'aimable autorisation de l'auteur, dans la Pressglas-Korrespondenz.
Référence documentaire interne pk-2000-01-1. Source principale de cette fiche pour la fondation, la production et la fermeture.
Chronique familiale ancienne, base partielle de la généalogie reconstituée par Nest.