Verrerie

Verrerie de Lobschez

vers 1640 — 1696 (officiellement 1659 — 1696)

Aussi connue sous : Verrerie de Lobschez

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie de Lobschez
Nom d'usage 1659 — 1696

Histoire

Résumé

La verrerie de Lobschez, établie sur la rive droite du Doubs dans la Principauté épiscopale de Bâle, a fonctionné de 1659 à 1696 — avec peut-être une activité antérieure dès 1640. Fondée par des verriers biennois protestants, reprise rapidement par des artisans catholiques venus de la Forêt-Noire, elle produit du verre à vitre pendant près de quarante ans avant de fermer pour épuisement des forêts.

Son importance dépasse de loin sa courte durée. Par les familles qui l’ont animée (les Schmid, les Raspiller, les Hug) elle est le point de départ d’une diaspora verrière extraordinaire qui irrigue la Franche-Comté et l’Alsace pendant un siècle. C’est à Lobschez que Melchior Joseph Schmid, petit-fils du fondateur de la verrerie de Grünwald, installe sa famille. C’est là que sa fille Anne épouse Jean Henri Hug de Ligsdorf, qui fondera vingt ans plus tard la verrerie de Wildenstein où travailleront les premiers Haour.

Lobschez est donc, pour cette généalogie verrière, un maillon essentiel entre la Forêt-Noire du XVIIe siècle et les verreries alsaciennes et comtoises du XVIIIe.


Historique

Fondation et premiers verriers (vers 1640 — 1662)

Une activité verrière est mentionnée à Lobschez dès 1640, mais la fondation officielle date du 2 mars 1659, par un contrat entre Jean Claude de Breitenlandenberg, châtelain de Saint-Ursanne, et trois verriers originaires de régions protestantes : Jacques Weber de Bienne, Guillaume Warnourris de Tramelan, et Turs Hintzet (ou Hintzy) de la région du Pays-d’Enhaut. Ces artisans sont attirés par les ressources forestières du Doubs : bois pour les fours, potasse pour le verre, sable vitrifiable dans les gisements locaux de Fuet et Saicourt.

Leur présence tourne court. Pour des raisons probablement confessionnelles (la Principauté épiscopale de Bâle est un territoire catholique, et les tensions entre artisans protestants et autorités locales sont documentées dans plusieurs verreries de la région) ils sont remplacés vers 1661-1662 par des verriers catholiques venus de la Forêt-Noire.

Les familles catholiques : Schmid, Raspiller, Hug (1662 — 1696)

Le tournant de 1661-1662 marque le début de la période la mieux documentée. Les nouveaux artisans appartiennent aux grandes dynasties verrières germanophones qui essaiment depuis la Forêt-Noire depuis le début du siècle.

Germain Raspiller (né en 1626 à Grünwald) et son fils ou cousin Jean Raspiller (né vers 1640, marié à Catherine Gresely) représentent la famille qui dominera la verrerie franc-comtoise pendant deux siècles, les mêmes Raspiller dont Georg avait cofondé Grünwald en 1611. À Lobschez naît Melchior Raspiller en 1670, qui partira fonder les verreries de Ronchamp, de Saint-Antoine et de Miellin.

Melchior Schmid est la figure centrale pour cette généalogie. Né le 27 mars 1639 à Grünwald (fils ou petit-fils direct de Peter Schmid, le fondateur anabaptiste de la Neuglashütte) il apporte à Lobschez le savoir-faire de la Forêt-Noire dans sa version la plus directe. Il épouse vers 1660 Cunégonde Leyen, dont l’origine reste inconnue. Tous leurs enfants connus naissent à Soubey, paroisse de rattachement de la verrerie.

Remarque sur les actes paroissiaux : quand on dit qu’un verrier est “né à Soubey” ou “décédé à Fessevillers”, c’est une approximation courante mais techniquement inexacte. Ces mentions désignent la paroisse de baptême ou d’inhumation. Les naissances et décès avaient lieu sur le site de la verrerie, que les familles ne quittaient pour ainsi dire jamais. Les actes paroissiaux sont les seuls documents conservés, et les historiens acceptent cet usage par commodité.

D’autres verriers sont actifs à Lobschez : Peter Schmid (prévôt, mort en 1703 à La Caborde), Adam Haug, et Georges Godard de Mervelier (prévôt de 1662 à 1667).

Fermeture (1696)

L’épuisement du bois met fin à l’activité en 1696. Les verreries forestières sont condamnées par leur propre succès : elles consomment des quantités considérables de bois (pour les fours, pour la production de potasse) et doivent se déplacer quand la forêt recule trop loin. Les bâtiments sont rachetés par Nicolas Choffat pour le compte du marchand-verrier Jean-Baptiste Enard, et désignés désormais sous le nom de « la vieille verrerie ». Ce Enard est le père de Joseph Enard, cousin de Jean-Baptiste Brischoux et cofondateur de la verrerie royale de Givors, puis fondateur de la verrerie royale de Pierre-Bénite. Son petit-fils Melchior-Gaspard Esnard est vraisemblablement celui qui a fondé la verrerie de Vienne, le même dont l’acte de vente de 1800 révèle qu’il était propriétaire de cette verrerie sur le quai du Rhône. Lobschez, une verrerie forestière du Doubs fermée en 1696, est ainsi reliée aux verreries des vallées du Gier et du Rhône par trois générations de marchands de verre et de nombreuses dynasties de souffleurs.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était établie au lieu-dit Lobschez, sur la rive droite du Doubs, dans la paroisse de Soubey (actuel canton du Jura, Suisse), à quelques dizaines de mètres de la frontière de la Franche-Comté. Comme toutes les verreries forestières, elle était profondément isolée : Soubey n’était qu’un village distant, simple paroisse de rattachement pour les baptêmes et inhumations. Le hameau de Clairbief se trouvait en face sur l’autre rive, si bien que l’établissement est parfois désigné sous le nom de « verrerie de Clairbief » dans certaines sources. Le Doubs servait au flottage du bois et alimentait probablement un moulin pour broyer les argiles des creusets.

État actuel

En 1916, des ruines étaient encore visibles. Le toponyme « la vieille verrerie » persistait dans la mémoire locale. Aucun vestige archéologique documenté n’est signalé aujourd’hui, mais des fouilles pourraient révéler des fondations, tessons ou creusets, comme à la verrerie voisine de Rebeuvelier où une halle de 750 m² a été identifiée.


Éléments techniques

La verrerie se spécialisait dans le verre à vitre, technique maîtrisée par les artisans de la Forêt-Noire depuis plusieurs générations. Le verre plat était obtenu par soufflage en manchon — le souffleur créait un cylindre qu’on ouvrait et aplatissait après recuisson. Les matières premières provenaient des gisements locaux de sable (Fuet, Saicourt) et des forêts environnantes pour la potasse et le combustible. Le verre était commercialisé en partie par des marchands savoyards, témoignant de réseaux s’étendant vers les régions alpines.


La diaspora : ce que Lobschez a engendré

La fermeture de 1696 marque le début d’une dispersion qui structure la verrerie franc-comtoise pour un siècle :

Chatey (1682-1694, Pont-de-Roide-Vermondans) — des artisans de Lobschez y travaillent avant même la fermeture officielle, signe que l’épuisement du bois était anticipé.

La Caborde (1690-1716, Fessevillers) — Melchior Raspiller, Peter Schmid et Noël Peter y fondent une nouvelle verrerie. Melchior Schmid y décède le 27 juin 1703.

Ronchamp (1706, Haute-Saône) — fondée par Melchior Raspiller.

Saint-Antoine (1731, Plancher-les-Mines) — Melchior Raspiller y est maire de la communauté verrière.

Miellin (1733, Haute-Saône) — cofondée par Pierre Joseph Raspiller, né en 1698 à La Caborde.

Et surtout, par la ligne Schmid-Hug :

Lucelle (v.1680-1699) — Jean Henri Hug, époux d’Anne Schmid fille de Melchior, y dirige une verrerie pendant vingt ans.

Wildenstein (fondée le 6 juillet 1700) — Jean Henri Hug, François Hug et Jean-Jacques Hug y fondent la verrerie qui accueillera les premiers Haour. C’est le chaînon suivant de cette saga familiale.


Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • L’origine exacte de Cunégonde Leyen, épouse de Melchior Schmid, est inconnue. Son patronyme pourrait indiquer une origine rhénane ou alsacienne, mais aucun document ne le confirme.
  • La continuité entre l’activité de 1640 et la fondation officielle de 1659 reste à documenter. S’agit-il d’une proto-verrerie sur le même site, ou d’un établissement distinct ?
  • La filiation Schmid est établie : Peter Schmid (cofondateur de Grünwald, †1639) → Samuel Schmid (né à Laupersdorf, Soleure, 1615 ; †Grünwald 1668) → Melchior Schmid (né à Grünwald le 27 mars 1639). Melchior est donc le petit-fils de Peter, via son père Samuel.
  • La confusion fréquente entre Melchior Schmid de Lobschez et un homonyme signalé dans certains arbres généalogiques amateurs est à éviter : les deux hommes n’ont pas vécu à la même époque, et les sources qui les confondent ne reposent sur aucun document primaire.

Personnages associés

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Verriers

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Sources

livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — Michel, Guy-Jean

Deux tomes, 1989. Source de référence principale sur les verreries du Doubs et leur réseau familial. Contient les actes d'acensement, les listes de verriers et la généalogie des dynasties Raspiller, Schmid et Hug.

etat civil Actes paroissiaux de Soubey

Baptêmes et inhumations des familles verrières de Lobschez. Les actes désignent Soubey comme paroisse de rattachement, les naissances et décès ayant eu lieu sur le site de la verrerie.

archive Contrat de fondation du 2 mars 1659

Entre Jean Claude de Breitenlandenberg, châtelain de Saint-Ursanne, et trois verriers biennois : Jacques Weber, Guillaume Warnourris et Turs Hintzet.