Verrerie

Verrerie du Champ-de-Mars

vers 1790 — après 1879

Aussi connue sous : Verrerie Rognat · Lempereur et Compagnie · Johannot, Archier et Compagnie · Johannot · Charles Raabe et Compagnie

Disparue — sans vestiges

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Noms et raisons sociales

Verrerie Rognat
Nom d'usage 1807 — vers 1813
Lempereur et Compagnie
Raison sociale 1817 — vers 1832
Johannot, Archier et Compagnie
Raison sociale 1832 — vers 1837
Johannot
Nom d'usage vers 1837 — 1853
Charles Raabe et Compagnie
Raison sociale 1853 — après 1879

Histoire

Résumé

La verrerie du Champ-de-Mars est l’établissement verrier le plus important et le mieux documenté de Vienne (Isère). Implantée à l’angle du quai du Rhône et de la rue du Champ-de-Mars, dans le centre de la ville (quartier de la Porte-d’Avignon, au sud), elle est active depuis au moins 1790-1794 et jusqu’après 1879. Spécialisée dans la production de bouteilles, notamment les dames-jeannes et le verre noir, elle a également fabriqué du verre à vitres dans ses premières années (les deux productions y coexistant dès 1794) avant de se consacrer exclusivement au verre creux utilitaire. À son apogée, sous la direction de Marc Johannot, elle produisait quatre millions de bouteilles par an.

L’histoire de sa propriété est nettement plus complexe que ce que rapporte la littérature. Contrairement à ce qu’affirme Pierre Pelletier, la verrerie n’a pas été fondée par M. Lempereur : celui-ci n’en a jamais été que le directeur-gérant. Le premier propriétaire connu est Melchior-Gaspard Enard (ou Esnard, Eynard), maître de verreries, fils de Joseph Enard (co-fondateur de la verrerie royale de Givors et fondateur de celle de Pierre-Bénite) : il est attesté à la tête de l’établissement dès 1794 et cède ses parts à partir de l’an VIII (1800). La propriété passe ensuite, par acquisitions successives étalées sur dix-neuf ans, à Jean-Baptiste Rogniat fils, préfet, qui la dirige par l’intermédiaire de Lempereur. Marc Johannot en prend la direction vers 1833 et en devient propriétaire à partir de 1839. Il la cède à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône en août 1853, tout en restant directeur jusqu’à sa mort en 1867.

L’établissement du Champ-de-Mars a vraisemblablement été précédé, à Vienne, par une autre verrerie : celle que Jérôme Janériat, héritier des verreries de la forêt de Bonnevaux, avait transférée à la Porte de Lyon (au nord de la ville) vers 1786. Le lien exact entre les deux (rachat par Enard, ou simple coïncidence chronologique) n’est pas établi.

La verrerie ferme ses portes peu après 1879, date à laquelle le Moniteur Viennois annonce l’extinction prochaine de ses feux. Le site, d’une superficie d’environ 4 400 mètres carrés, avec son propre port sur le Rhône, est aujourd’hui entièrement disparu sous des bâtiments modernes impersonnels. Pelletier, dans son livre publié en 1887, signale déjà que les bâtiments de la verrerie ont été démolis et remplacés « par des immeubles bourgeois », qui ont eux-mêmes disparus depuis.


Historique

Les origines : la verrerie de Janériat, de Bonnevaux à Vienne (vers 1786)

La forêt de Bonnevaux, en Dauphiné, était un foyer verrier actif depuis le XVIe siècle, et plusieurs déplacements d’ateliers vers les villes fluviales y sont attestés à la fin de l’Ancien Régime, pour profiter de la houille et de la facilité des transports. C’est dans ce mouvement que s’inscrit la première verrerie connue de Vienne.

D’après Raymond Moyroud (Les verriers de la forêt de Bonnevaux (Isère), 1992, p. 139-140), Jérôme Janériat (ou Janeyriat), bourgeois de Lieudieu, hérita des verreries de la forêt de Bonnevaux, les ferma une à une et transféra la production à Vienne en 1786, afin de profiter de la houille — fondant ainsi une verrerie à charbon vouée au verre creux (bouteilles). Janériat appartenait à une vieille lignée verrière : fils de Joseph Janériat (1703-1740), maître de la verrerie de Chambaran et bourgeois de Semons, lui-même fils de Claude Janériat ; par sa grand-mère Marie de Marin, il descendait de la famille Marini, originaire d’Altare. La verrerie de Vienne prolongeait donc, en plein cœur urbain, une tradition forestière dauphinoise déjà teintée d’influences altaroises.

Cet établissement n’est pas celui du Champ-de-Mars. Il était situé à la Porte de Lyon, à l’extrémité nord de la ville, tandis que le Champ-de-Mars occupe l’extrémité sud (le quartier dit « Porte d’Avignon »), comme l’établit le plan cadastral de 1829. C’est très vraisemblablement la verrerie Janériat que concerne l’annonce la plus ancienne connue, datée du 30 janvier 1791 : une verrerie complète de bouteilles noires, située à Vienne, Porte de Lyon, y est proposée à la location et décrite comme capable de fabriquer « toute espèce de verre ». Longtemps rattachée à tort au Champ-de-Mars, cette annonce documente en réalité la cession d’un autre site.

Janériat ne resta pas longtemps à sa tête. Le 26 ventôse an II (16 mars 1794), il est attesté rentier à Saint-Jean-de-Bournay (alors nommée « Toile-à-Voile »), aux côtés de son épouse Marguerite Glandut, lors de la naissance d’un enfant de sa fille Victoire : il ne dirige donc plus de verrerie à cette date. La fabrique de la Porte de Lyon finit par être abandonnée — c’est sans doute elle que désigne le « clos de l’ancienne verrerie » mentionné en 1841 dans la banlieue nord de Vienne.

Fondation et premières années (vers 1790 — 1819)

Le premier propriétaire identifiable de la verrerie du Champ-de-Mars est Melchior-Gaspard Enard, « maître de verreries demeurant à Vienne ». Deux hypothèses peuvent rendre compte de l’origine de son établissement. Selon la première, Enard aurait racheté la fabrique Janériat de la Porte de Lyon (mise en location en 1791), puis transféré son activité rue du Champ-de-Mars, en y adjoignant un second four — destiné, lui, au verre à vitres. Selon la seconde, il aurait fondé de toutes pièces un établissement neuf vers 1790-1793, en investissant la part d’héritage reçue de son père Joseph Enard (mort en 1790), la verrerie Janériat fermant alors simplement en parallèle. Aucun acte ne relie directement Enard à Janériat ni à la Porte de Lyon : la question reste ouverte (voir Erreurs et incertitudes). Dans les deux cas, c’est bien Enard qui apparaît comme l’unique maître de verrerie de Vienne au milieu des années 1790.

L’identité de Melchior-Gaspard Enard est désormais solidement établie. Il est né à Lyon le 10 juin 1757, en la paroisse Sainte-Croix, fils de Joseph Enard, alors « entrepreneur de la verrerie royale de Givors », et de Marie Saint-Pierre (acte de baptême, Archives municipales de Lyon, paroisse Sainte-Croix, BMS 1757, cote 1 GG 423). Joseph Enard — maître de la belle verrerie royale de Pierre-Bénite qu’il a lui-même fondée, et co-fondateur avec les Robichon père et fils de la verrerie royale de Givors en 1749 — meurt en 1790. Il est concevable que son fils Melchior-Gaspard, alors âgé de trente-trois ans, ait investi sa part d’héritage dans un établissement à Vienne. En revanche, la date de son installation à Vienne, celle de son départ, ainsi que sa date et son lieu de décès demeurent inconnus ; il ne semble ni s’être marié, ni avoir eu de descendance, ce qui complique le suivi de sa trajectoire.

Un acte d’état civil permet de combler partiellement le silence des sources entre 1791 et 1800. Le 11 floréal an II (30 avril 1794), Jean Schmid, « souffleur à vitre demeurant chez le citoyen Melchior Enard propriétaire de la vererie de cette commune », déclare devant l’officier public Benoît Roux le décès de son fils Jean Pierre, âgé de sept mois (survenu la veille, le 29 avril). Deux personnes, également logées chez Enard, l’assistent : François May, souffleur à bouteille de vingt ans, et un certain Germain de trente-sept ans dont le patronyme, illisible sur l’acte de décès, peut être restitué grâce à l’acte de naissance de l’enfant : il s’agit de Germain Dusseaux, déjà témoin de la naissance en 1793 (où il est dit demeurant paroisse Saint-George, âgé d’environ trente-six ans), et signataire des deux actes. C’est l’acte de décès qui demeure, à ce jour, le plus ancien document nommant explicitement la verrerie et son propriétaire. L’acte de naissance du même enfant, daté du 25 août 1793, désigne Jean Baptiste Schmid comme « ouvrier à vitre » demeurant paroisse Saint-George, sans toutefois nommer l’établissement (voir Situation géographique). Cet acte de naissance constitue désormais la plus ancienne trace écrite connue de la présence d’un verrier de l’établissement viennois.

Cet ensemble apporte plusieurs enseignements. Il atteste d’abord Melchior Enard comme propriétaire de la verrerie dès avril 1794, six ans avant la vente de ses parts de 1800 : il était donc aux commandes au cœur même de la Terreur, ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle il en fut le fondateur. Il documente ensuite, fait rarissime, le personnel résidant chez le maître au début des années 1790. Il établit enfin qu’on y soufflait simultanément le verre à vitres (Schmid) et la bouteille (May) et non l’un puis l’autre, comme le laisse entendre Pelletier (voir la section Éléments techniques). Quant à Jean Schmid lui-même (voir sa fiche) : verrier originaire d’Illingen, dans la Sarre, il a travaillé de 1786 à 1791 à la verrerie royale de Pierre-Bénite (celle de Joseph Enard) — où ses enfants naissent dans la paroisse d’Oullins —, avant de rejoindre, à Vienne, dès 1793, l’établissement de Melchior. Ce transfert d’une même main-d’œuvre de la verrerie du père à celle du fils n’est plus, désormais, ce qui établit la filiation Enard (acquise par l’acte de baptême de 1757) : il en illustre la conséquence concrète, en révélant la continuité familiale et professionnelle entre la verrerie royale de Pierre-Bénite et la verrerie viennoise. La famille Schmid demeure à Vienne au moins jusqu’au 18 juin 1797, date du décès d’un autre de ses fils, prénommé Pierre : preuve que la verrerie Enard fonctionnait encore à cette date, peu avant la cession de 1800.

L’acte de purge d’hypothèques de 1856 (Moniteur Viennois, 1er août 1856) détaille la chaîne de propriété à partir de 1800. Le 10 mai 1800 (20 floréal an VIII), par un même acte reçu Me Delaloy, Enard vend deux parts d’un quart chacune (trois douzièmes) : l’une à Jean-Baptiste Rogniat fils, l’autre à Jean-Baptiste Rogniat père, tous deux demeurant à Chanas. L’acte ne précise pas à quelle date Enard était lui-même devenu propriétaire, ni s’il en était le fondateur.

Jean-Baptiste Rogniat fils, ancien préfet, consolide ensuite la propriété morceau par morceau, sur une période de dix-neuf ans (1800-1819). Outre les trois douzièmes acquis directement en 1800, il rachète à Enard deux autres douzièmes le 14 prairial an IX (3 juin 1801, Me Delaloy), puis devient adjudicataire des quatre derniers douzièmes par licitation entre les trois copropriétaires (Enard et les deux Rogniat), le 15 frimaire an XII (7 décembre 1803, Me Delaloy). Quant aux trois douzièmes acquis par son père, il en devient propriétaire comme donataire préciputaire (en vertu de son contrat de mariage avec Claire Boissat, passé le 12 nivôse an X soit le 2 janvier 1802, Me Guillermin), comme héritier réservataire pour un tiers, et comme cessionnaire des droits de ses deux cohéritiers : sa sœur Marie Rogniat, épouse de Claude Passard (ancien notaire et maire de Chamagneux), suivant acte du 15 octobre 1819 (Me Chollier, à Saint-Quentin), et son frère le baron Joseph Rogniat, lieutenant-général demeurant à Paris, suivant acte du 29 octobre 1819 (Me Genin, à Vienne). Dans les almanachs du commerce, l’établissement est mentionné sous le nom de « Rognat » de 1807 à 1813 au moins, orthographe approximative de Rogniat.

Pendant ces premières décennies, la verrerie compte parmi son personnel des maîtres et ouvriers dont les actes d’état civil viennois ont gardé la trace (voir Contexte social). Parmi eux, la famille Lobre, originaire de Ribeauvillé : François Samuel Lobre (Hennezel, 4 octobre 1761 — Vienne, 29 décembre 1807), « maître verrier » de la verrerie de Vienne, témoin dès l’an X (1802) sous son premier prénom de François, y présente une fille en janvier 1807 et y meurt à la fin de la même année ; son frère André Lobre (Clairefontaine, 1767 — Rive-de-Gier, 1849) y est verrier à la même date. Le fils de François Samuel, Laurent Lobre (Givors, 23 septembre 1784 — Lyon, 4 avril 1840), est lui aussi témoin à Vienne en l’an X (1802), à dix-huit ans seulement, ce qui, sous le Directoire, n’excluait pas qu’on le tînt pour « majeur » au sens des actes ; il quittera plus tard la région pour fonder à Givors la verrerie du Canal, où il est attesté « directeur de verrerie » dès son mariage à Grigny en 1821.

Sous la direction de Lempereur (vers 1817 — 1832)

À partir de 1817, l’almanach du commerce mentionne « Verrerie, L’Empereur et Comp. ». Rogniat fils reste propriétaire, mais c’est la raison sociale du directeur-gérant Lempereur qui apparaît publiquement (avec une imprécision orthographique). En 1822, les produits fabriqués sont explicitement désignés : dames-jeannes et verre noir. Les années suivantes confirment la continuité de cet attelage propriétaire/directeur : Rogniat et Lempereur se retrouvent dans les almanachs de 1820, 1822, 1823, 1825, 1827, 1829 et 1832.

La raison sociale Lempereur est toutefois plus ancienne que ces mentions d’almanach : un acte de naissance du 20 septembre 1812 désigne déjà le verrier André Coreny comme habitant « à la Verrerie de M. L’Empereur ». Lempereur dirigeait donc l’établissement, pour le compte de Rogniat, au moins dès 1812 — soit cinq ans avant sa première apparition dans les almanachs du commerce.

La direction Johannot (1833 — 1853)

Vers 1832-1833, Marc Johannot remplace Lempereur à la direction de l’établissement. L’almanach de 1832 mentionne pour la première fois « Johannot, Archier et co. » comme raison sociale. À partir de 1837, la désignation se simplifie en « Johannot » seul. Il est attesté comme directeur dès février 1838 dans le Journal de Vienne (10 février 1838), sans en être encore propriétaire.

La propriété change de mains en 1839 dans des circonstances troublées. Par acte sous seings privés du 20 septembre 1839 (déposé en décembre 1839 aux minutes de Me Lauza, notaire à Vienne), Jean-Baptiste Rogniat fils, alors « propriétaire-rentier domicilié à Daron » (commune d’Oyé, canton de Semur-en-Brionnais, arrondissement de Charolles, Saône-et-Loire), vend à Marc Johannot, moyennant cinquante mille francs, « la partie au levant de la propriété qu’il possédait, située à Vienne, quartier de la Porte-d’Avignon, appelée la Verrerie ». La partie au couchant est simultanément acquise par Alexandre Boissat, notaire et banquier à Vienne. Or, une semaine seulement après cette transaction, la faillite de Boissat est annoncée dans la presse, pour un passif estimé entre sept et neuf millions de francs, l’une des plus importantes de la région. Les biens de Boissat sont immédiatement mis en liquidation, et la verrerie est proposée aux enchères à plusieurs reprises : le 29 novembre 1840, où elle est décrite comme « une verrerie en activité dans la même ville, joignant le nouveau quai du Rhône et le Champ-de-Mars, avec de vastes emplacements, magasins et bâtiments pouvant servir au logement des maîtres et des ouvriers », puis de nouveau en décembre 1840 et le 6 juin 1841.

Liquidation Boissat, verrerie de Vienne - Journal de Vienne, 15 mai 1841
Liquidation Boissat, verrerie de Vienne - Journal de Vienne, 15 mai 1841

Le 7 août 1841, par acte reçu Me Rambaud, notaire à Saint-Symphorien-d’Ozon, Johannot rachète la partie ouest (anciennement Boissat) auprès du liquidateur, réunissant ainsi l’ensemble du site sous sa seule propriété.

Sous la direction de Marc Johannot, bientôt secondé par son gendre Charles Abel Pioct, la verrerie atteint son apogée. Le Moniteur Industriel du 14 juin 1846 indique une production de quatre millions de bouteilles annuelles, un total considérable pour une verrerie moyenne à un seul four. La production figure à l’Exposition de 1844, où Johannot présente des bonbonnes de 140 litres, des bouteilles de 33 litres et des carafes à anse.

Intégration dans la Compagnie Générale (1853 — après 1879)

Le 18 août 1853, Marc Johannot cède la verrerie à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, qui opère alors sous la raison sociale « Charles Raabe et Compagnie ». La Compagnie regroupe à cette époque 37 fours répartis entre Rive-de-Gier, Givors, Saint-Étienne et Vienne.

L’acte de purge d’hypothèques publié le 1er août 1856 décrit précisément le bien cédé : « l’usine qu’il [M. Johannot] possède à Vienne, comprenant un four à bouteilles, situé dans la ville même sur le quai du Rhône et la rue du Champ-de-Mars, d’un seul tènement », provenant de l’acquisition faite auprès des ayants droit de Boissat. Ses confins sont donnés : au couchant, le quai du Rhône ; au midi, la route impériale (rue du Champ-de-Mars) ; au levant, « la partie réservée à M. Johannot » et l’hôtel du Parc ; au nord, l’ancienne église Saint-Pierre, la maison Berthet, la petite cour Saint-Pierre (où se trouve un passage réservé) et la propriété Lempereur. Deux points en ressortent : à cette date, l’usine ne compte plus qu’un seul four, à bouteilles (voir Éléments techniques) ; et la mention d’une « partie réservée à M. Johannot » au levant suggère que celui-ci n’a pas cédé l’intégralité de son tènement à la Compagnie.

Johannot, nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1849 et décoré pour ses campagnes militaires (1806-1809), est maintenu à la tête de son établissement par la Compagnie jusqu’à la fin de sa vie, distinction notable, que son panégyrique souligne expressément.

Marc Johannot décède le 27 novembre 1867 à Vienne, inhumé selon le rite réformé. Son gendre Pioct l’avait précédé de deux ans, le 19 novembre 1865. Tous deux reposent dans le caveau familial du cimetière du Pipet. Après leur disparition, la verrerie continue de fonctionner sous la direction de la Compagnie Générale, dont le représentant à Vienne est M. Raabe, chevalier de la Légion d’honneur.

Fin d’activité (vers 1879)

Le Moniteur Viennois du 24 janvier 1879 annonce la suppression prochaine de la verrerie du Champ-de-Mars, les feux devant être éteints « sous peu ». C’est la dernière mention connue de l’établissement en activité. En décembre 1879, un filateur utilise la « Cour de la Verrerie » pour mettre en vente du matériel, signe que les bâtiments sont alors vides ou en cours de démantèlement.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était implantée au sud de Vienne (actuellement, dans le centre-ville), à l’angle du nouveau quai du Rhône et de la rue du Champ-de-Mars, dans le quartier dit de la Porte-d’Avignon. Les actes notariaux en précisent les confins : au couchant, le quai du Rhône ; au midi, la route impériale (rue du Champ-de-Mars) ; au levant, l’hôtel du Parc ; au nord, l’ancienne église Saint-Pierre. L’ensemble formait un tènement d’un seul tenant d’environ 4 400 mètres carrés, avec un port privé sur le Rhône.

Cette localisation au sud de la ville est corroborée par l’état civil. Les registres révolutionnaires de Vienne, bien que tenus par un même officier public, sont divisés en deux sections, nord et sud. Or l’acte de naissance de Jean Pierre Schmid (25 août 1793), fils du souffleur à vitre de la verrerie, figure dans la section sud du registre des naissances (AD38, 9NUM/AC544/55), et y désigne le père comme demeurant paroisse Saint-George, une paroisse du sud de la ville, là précisément où se trouvait la verrerie d’Enard. C’est un indice indépendant du cadastre, qui pointe vers le même quartier de la Porte-d’Avignon.

Un autre jalon topographique va dans le même sens. En l’an VIII (1799-1800), le verrier Henry Lacombe est dit demeurant « rue de la Traille ». Cette rue, disparue du cadastre de 1824, tirait son nom du bac à traille dont le départ se situait à hauteur de l’actuelle place Saint-Maurice, là où une passerelle franchit aujourd’hui le Rhône, c’est-à-dire de nouveau dans le quartier Saint-Georges, au sud. Plus tard, à partir de 1814, plusieurs verriers (dont Henry Lacombe et François Schmid) sont dits demeurant paroisse Saint-Maurice — celle de la cathédrale, toute proche de la verrerie : un troisième point d’ancrage qui confirme la fixation du milieu verrier dans le secteur sud de la ville, autour de la fabrique d’Enard puis Rogniat.

Au début du XIXe siècle, le lit du Rhône était environ vingt mètres plus proche de la ville qu’aujourd’hui, les quais n’existant pas encore. En 1852, le préfet de l’Isère acquiert d’ailleurs 487 mètres carrés de terrain sur la propriété Johannot pour établir le nouveau quai et rectifier la route nationale n° 7.

Vienne, vue du quartier du Champ-de-Mars et de l'emplacement approximatif de l'ancienne verrerie de Marc Johannot. A cette date, le site avait é"té démantelée depuis près de trente ans, et remplacé par des "immeubles bourgeois" qui ont eux-mêmes disparus depuis.
vers 1908 — Vienne, vue du quartier du Champ-de-Mars et de l'emplacement approximatif de l'ancienne verrerie de Marc Johannot. A cette date, le site avait été démantelé depuis près de trente ans, et remplacé par des "immeubles bourgeois" qui ont eux-mêmes disparus depuis. © Collection privée Arnaud Balandras

Sources cadastrales

Le cadastre napoléonien de Vienne (cote 4P4/533, 1824) permet de situer précisément l’établissement. Le tableau d’assemblage montre le vaste Champ-de-Mars longeant le quai du Rhône. La section G fait apparaître clairement la « fabrique de verrerie », avec deux groupes de bâtiments distincts, est et ouest, séparés par une limite de propriété, ce qui correspond exactement au partage entre Rogniat/Johannot et Boissat observé dans les actes de 1839-1841. Le plan cadastral de 1824 confirme par ailleurs la situation au sud de la ville (Porte-d’Avignon), à distinguer de la Porte de Lyon, au nord, où se trouvait, sans doute, la verrerie antérieure de Janériat.

Le cadastre napoléonien de Vienne (section G), dressé en 1824, permet d’identifier : la partie ouest de la verrerie (ancienne propriété de Boissat), la partie est (Johannot) et l’emplacement à cette date de la halle où se trouvait le four à bouteilles (parcelle n°4). À cette date, il semble bien qu’il y avait deux “fabriques de verrerie” bien distinctes, le four de la partie est se trouvant sans doute dans le bâtiment de la parcelle n°6 du cadastre. Lors de la cession à la Compagnie Générale en 1853, il est clairement indiqué que l’usine ne possède qu’un « four à bouteilles, situé dans la ville même sur le quai du Rhône et la rue du Champ-de-Mars, d’un seul tènement » 1. Il s’agit donc de la parcelle n°4.

Pour l’identification précise des parcelles, la Matrice des Propriétés Foncières (cote 3541 W 14 à 19, six volumes) reste à consulter.

État actuel

Le site est entièrement disparu. Il correspond aujourd’hui à la zone allant de la rue Boson jusqu’au quai Jean-Jaurès, encadrée par le Cour Marc-Antoine Brillier au sud et l’Église Saint-Pierre au Nord. On n’y trouve plus rien qui témoigne de l’ancien établissement verrier.


Personnages liés

Jérôme Janériat (ou Janeyriat) : bourgeois de Lieudieu, héritier des verreries de la forêt de Bonnevaux. Vers 1786, il transfère la production à Vienne (quartier de la Porte de Lyon, au nord) pour profiter de la houille, fondant une verrerie à charbon dédiée au verre creux (déjà produit à Bonnevaux). Issu d’une lignée verrière (fils de Joseph Janériat, maître de la verrerie de Chambaran ; par sa grand-mère Marie de Marin, descendant de la famille Marini d’Altare). Retiré des affaires dès 1794 (rentier à Saint-Jean-de-Bournay). Son établissement, distinct du Champ-de-Mars, est vraisemblablement celui mis en location en janvier 1791.

Melchior-Gaspard Enard (Lyon, 10 juin 1757 — date et lieu de décès inconnus) : maître de verreries, premier propriétaire identifié de la verrerie du Champ-de-Mars, attesté à sa tête dès 1794. Fils de Joseph Enard, entrepreneur de la verrerie royale de Givors puis fondateur de celle de Pierre-Bénite, et de Marie Saint-Pierre ; baptisé à Lyon en la paroisse Sainte-Croix (filiation établie par l’acte de baptême de 1757, cote 1 GG 423). Vraisemblablement fondateur du Champ-de-Mars (ou repreneur de la fabrique Janériat). Il ne semble ni s’être marié ni avoir eu de descendance, ce qui complique le suivi de sa trajectoire après les cessions de 1800-1803.

Jean-Baptiste Rogniat père : demeurant à Chanas, acquiert une part de la verrerie le 10 mai 1800, transmise ensuite à son fils.

Jean-Baptiste Rogniat fils (Saint-Priest, 7 mai 1771 — Fontainebleau, 31 août 1845) : propriétaire de la verrerie de 1803 à 1839, sans jamais l’exploiter. Fils d’un notaire de Chanas devenu administrateur révolutionnaire, polytechnicien (1811), il épouse en 1802 Claire Boissat, d’une famille notable de Vienne, ce qui lui confère une partie de ses droits sur la verrerie ; il consolide ensuite la propriété morceau par morceau jusqu’en 1819. Préfet d’Empire et de Restauration (Bonneville, Vienne, Puy-de-Dôme, Ardennes, Vendée, Ain), destitué en 1832 pour s’être opposé à l’état de siège de Paris, il dirige la verrerie à distance par l’intermédiaire du gérant Lempereur. D’où l’effacement de son nom derrière celui de ce dernier dans les almanachs, et l’erreur de Pelletier qui prit Lempereur pour le véritable fondateur. Frère du général Joseph Rogniat, du génie de la Grande Armée. Vend la partie est à Johannot en 1839 et la partie ouest au banquier Alexandre Boissat.

Jean-Jacques Lempereur : négociant et notable viennois, directeur-gérant de la verrerie pour le compte du propriétaire Rogniat. La raison sociale « Lempereur et Comp. » (orthographiée « L’Empereur » dans les almanachs, mais qu’il signe lui-même « JJ Lempereur ») désigne la verrerie de 1812 (l’acte Coreny la nomme alors « Verrerie de M. L’Empereur ») jusque vers 1832. Cité par Pelletier comme fondateur, ce qui est inexact : il n’en était que le gérant. Né vers 1769, parents décédés (le père dans le Rhône, la mère dans l’Ain), il épouse à Saint-Genest-Malifaux, le 27 novembre 1815, Jeanne Marie Montanier, native de Saint-Étienne, et réside à Vienne paroisse Saint-Maurice, où naissent ses enfants (Auguste Ernest 1817, Marie Sabine 1821, Henry Eugène 1829). Loin d’être un simple homme de métier, c’est une figure du négoce local : juge au tribunal de commerce de Vienne dès 1815, il en devient président en 1829, une stature qui éclaire le choix de Rogniat, propriétaire absent, de lui confier l’administration de l’usine. Il est témoin au mariage de Marc Johannot, son futur successeur à la tête de la verrerie, le 1er décembre 1817. L’acte de 1856 mentionne enfin une « propriété Lempereur » et la « maison des héritiers Lempereur » contiguës à la verrerie, confirmant qu’il habitait sur place ou à proximité. Aucun acte ne le qualifie toutefois explicitement de directeur de la verrerie : son rôle, certain, repose sur la convergence des almanachs, de l’acte Coreny et de la raison sociale, non sur une pièce unique décisive.

Marc Johannot (1784-1867) : directeur dès 1833, propriétaire à partir de 1839 (et de l’ensemble du site en 1841), puis directeur salarié de la Compagnie Générale jusqu’à sa mort. Chevalier de la Légion d’honneur (1849). Figure centrale de la verrerie et de la société viennoise pendant plus de trente ans. Inhumé au cimetière du Pipet selon le rite réformé.

Charles Abel Pioct (Vienne, 3 août 1815 — Vienne, 19 novembre 1865) : gendre de Marc Johannot, dont il épouse la fille Pauline le 14 octobre 1837. Fils de Claude Henry Pioct, capitaine en retraite chevalier de la Légion d’honneur, et d’Élisabeth Pauline de Chapeau-Rouge ; d’une famille de notables viennois (son oncle Maurice Pioct fut longtemps secrétaire en chef de la mairie). Négociant, il est associé à la direction de la verrerie du Champ-de-Mars aux côtés de son beau-père, attesté « demeurant à la Verrerie » dès 1849, rôle compatible avec sa qualité de négociant, comme l’étaient avant lui Lempereur et Johannot. Sa carrière le porte ensuite, au sein de la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, à la direction des verreries de Givors, qualité sous laquelle il meurt en 1865, au domicile de son beau-père à Vienne, ce qui suggère qu’il n’avait pas rompu avec la direction viennoise. Inhumé au cimetière du Pipet dans le caveau de la famille Johannot.

Alexandre Boissat : ex-notaire devenu banquier à Vienne, membre du conseil général, « considéré comme le banquier du pays ». Il acquiert la partie ouest de la verrerie en septembre 1839, une semaine à peine avant l’effondrement de sa maison de banque, entraînée dans la chute des frères Doyon, banquiers à Grenoble. Le passif, diversement estimé de quatre à huit millions de francs, en fait l’une des plus grandes faillites de la région ; Boissat « disparaît », est arrêté en octobre 1839 dans ses propriétés de Suisse sur mandat d’extraction, et la liquidation, faute de concordat, ruine les créanciers. Elle ne sera close qu’en 1869, sur un dividende final dérisoire de 1,79 % pour cent. La partie ouest de la verrerie, vendue aux enchères dans le cadre de cette liquidation, est rachetée par Marc Johannot en août 1841. Le lien de parenté exact de ce Boissat avec la famille de Clarisse Boissat, épouse Rogniat, reste à établir (voir la fiche de Jean-Baptiste Rogniat, « Erreurs et incertitudes »).

Charles Raabe : directeur général de la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, chevalier de la Légion d’honneur. C’est lui qui conclut le rachat de la verrerie en août 1853. Il tient le coin du poêle aux funérailles de Marc Johannot en 1867.

Jean Baptiste Schmid (1764-1845) : souffleur à vitre originaire d’Illingen (Sarre), passé par Champagney, logé chez Melchior Enard et attesté à la verrerie en 1794 (acte de décès de son fils, 11 floréal an II). Venu de la verrerie royale de Pierre-Bénite, où il travaillait de 1786 à 1791 pour Joseph Enard, il est présent à Vienne de 1793 à 1797 au moins, avant de quitter la ville (la famille est ensuite attestée en Espagne fin 1799, puis de retour à Champagney, en Haute-Saône, dès 1801). Issu de la grande lignée des Schmid verriers de Soleure et de Grünwald (Forêt-Noire). Sa trajectoire illustre la continuité entre la verrerie de Joseph Enard (Pierre-Bénite) et celle de son fils Melchior (Vienne).

Famille Lobre : dynastie verrière originaire de Ribeauvillé, dont elle était copropriétaire de la verrerie, attestée à Vienne au début du XIXe siècle. François Samuel Lobre (Hennezel, 4 octobre 1761 — Vienne, 29 décembre 1807) y est « maître verrier » de la verrerie (témoin en l’an X sous son prénom de François ; présentation d’une fille en janvier 1807 sous « François Samuel » ; acte de décès du 30 décembre 1807 sous « Samuel »). Son frère André Lobre (Clairefontaine, 24 février 1767 — Rive-de-Gier, 21 novembre 1849), verrier, est à Vienne à la même date (déclarant au décès de son frère, naissance d’une fille en décembre 1807). Le fils de François Samuel, Laurent Lobre (Givors, 23 septembre 1784 — Lyon, 4 avril 1840), est également témoin à Vienne dès l’an X (1802), à dix-huit ans ; il fondera plus tard la verrerie du Canal (bouteilles) à Givors, où il est dit « directeur de verrerie » à son mariage à Grigny en 1821.

Henry Lacombe : ouvrier verrier, attesté « verrier demeurant rue de la Traille » en l’an VIII (1799-1800), puis « ouvrier verrier » en l’an XII (1804), puis « paroisse Saint-Maurice » à partir de 1814. Époux d’Élisabeth Billot (sœur du verrier Alexis Billot), il élève une nombreuse famille à Vienne entre 1799 et 1817, et meurt dans la ville en 1826 (son épouse en 1823). Son fils Blaise Lacombe, verrier à son tour, se marie à Sainte-Colombe le 14 avril 1825 (avec Françoise Clamaron), a plusieurs enfants à Vienne jusqu’en 1832, et meurt à Bourg-lès-Valence le 29 décembre 1874, deux générations de verriers viennois.

André Coreny : verrier, natif de Hongrie. L’acte de naissance de sa fille Étiennette, le 20 septembre 1812, le dit habitant « à la Verrerie de M. L’Empereur », première (et unique) mention connue en acte d’état civil de la raison sociale Lempereur. Il meurt à l’hospice de Vienne le 20 juin 1841, « veuf de Christine Tèche, âgé de soixante-dix-neuf ans ».

Jean Baptiste Grézely : ouvrier verrier né le 15 avril 1780 à Servance (Haute-Saône), fils du verrier Bonaventure Grézely. Épouse à Vienne, en l’an IX (1801), Hélène Levieux, fille du verrier Charles Levieux, en présence du verrier Jean Mielle. Un enfant leur naît à Vienne en l’an XIV (1805).

Antoine Haour : verrier, né à Givors le 26 septembre 1767, fils de Joseph Haour, composeur de verre à vitre à Givors. Témoin d’un mariage de verriers à Vienne en l’an X ; sa présence dans la ville est confirmée par le décès de sa fille Joséphine, native de Givors, le 4 avril 1808. Il se reconvertira plus tard dans le négoce (qualifié « négociant » au mariage de son fils Jean Pierre à Nîmes en 1816).

Jean Baptiste Hougue (Hug) : chaufournier — métier du four à chaux, indispensable à la verrerie —, né à Givors le 21 mai 1772, fils de Jean Baptiste Hug et de Jeanne Marie Robichon (elle-même fille de Michel Robichon, cofondateur de la verrerie royale de Givors), de la lignée Hug de Wildenstein. Établi à Vienne, il s’y marie le 28 juillet 1811. Un Claude Hug, probablement de la même famille, est par ailleurs attesté à Vienne (témoin en l’an X).

Joseph Settler (alias Sebbler, Seblet) : ouvrier verrier, déserteur de l’armée autrichienne, établi à Vienne depuis quatre ans lorsqu’il épouse, en l’an X (1802), Jeanne Marie Billot, autre fille du batelier Jean Baptiste Billot, qui maria ainsi deux de ses filles à des verriers.

Blaise Allimand : emballeur à la verrerie (acte de 1817), né à Rive-de-Gier le 21 mars 1791, fils de Joseph Allimand, l’un des cofondateurs des premières verreries de Rive-de-Gier (dynastie évincée par l’alliance Robichon-Bolot-Neuvesel). Antoine Allimand, verrier, est également attesté à Vienne (témoin en 1811).

François Schmid (Chemite) : verrier né à Oullins le 23 juin 1782, fils de Georges Schmid et de Marie Anne Raspiller. Attesté « verrier demeurant à Vienne, paroisse Saint-Maurice » de 1814 à 1819 (plusieurs enfants y naissent). Sa présence montre que la filière de recrutement Oullins/Pierre-Bénite → Vienne fonctionnait encore deux décennies après le départ de Melchior-Gaspard Enard.

Melchior Haitzmann : souffleur en bouteilles à la verrerie de Vienne, mentionné dans une annonce judiciaire du 23 mai 1850.


Éléments techniques

La verrerie du Champ-de-Mars, sous la direction de Marc Johannot, est spécialisée dans la production de bouteilles, notamment de grandes contenances. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. L’acte de décès de floréal an II (1794) atteste la présence simultanée, chez le propriétaire Melchior Enard, d’un souffleur à vitre (Jean Baptiste Schmid) et d’un souffleur à bouteille (François May). Le verre à vitres était donc bien produit dans les premières années, ce qui confirme Pelletier sur ce point précis, mais il coexistait avec la bouteille plutôt qu’il ne l’a précédée : la séquence « d’abord les vitres, puis reconversion au verre noir » décrite par Pelletier doit être corrigée en une concomitance.

Le nombre de fours a vraisemblablement évolué dans le temps, et sa reconstitution repose sur des indices convergents plus que sur des preuves directes. En 1856, l’acte de purge d’hypothèques décrit sans ambiguïté l’usine cédée à la Compagnie Générale comme « comprenant un four à bouteilles, d’un seul tènement » : il n’y a donc plus, à cette date, qu’un seul four, dévolu à la bouteille. En 1839-1840, en revanche, la fabrique a pu être vendue par moitiés, la partie au levant à Marc Johannot (20 septembre 1839, pour cinquante mille francs), la partie au couchant à Alexandre Boissat, dont les biens, après faillite, sont remis en vente le 29 novembre 1840 sous la désignation « une verrerie en activité ». Cette divisibilité même suggère que chaque moitié disposait alors de son propre four. La moitié Boissat est explicitement décrite comme une verrerie en activité ; quant à la moitié Johannot, le prix élevé de cinquante mille francs se justifierait mal pour un ensemble dépourvu de four (sans que cette dernière éventualité soit pour autant impossible). Selon toute vraisemblance, la fabrique comptait donc probablement deux fours vers 1839-1840, contre un seul (à bouteilles) en 1856. Entre la réunion des deux moitiés (1841) et la cession à la Compagnie (1853), l’un des fours aurait été supprimé, Johannot reconstruisant et agrandissant probablement le survivant pour accroître sa production de bouteilles, ce que paraît corroborer le décompte de huit creusets relevé en 1863, compatible avec un unique four de grande capacité. Ce scénario rejoint l’observation faite pour 1794, où coexistaient un souffleur à vitre et un souffleur à bouteille : la ligne du verre à vitres aurait fini par disparaître au profit de la seule bouteille. Toutes ces déductions, faute d’actes les établissant directement, demeurent des hypothèses présentées sous réserve.

À son apogée, en 1846, l’établissement produit quatre millions de bouteilles par an. À l’Exposition de 1844, les produits présentés incluent des bonbonnes de 140 litres, des bouteilles de 33 litres et des carafes à anse.

La liste des ouvriers de 1863 permet de reconstituer l’organisation interne : on dénombre huit creusets ou places au four, une cinquantaine d’employés répartis entre ouvriers verriers (souffleurs, grands garçons, gamins), un fondeur, des tiseurs, des tamiseurs, un fouet, des porteurs, un magasinier, un monteur de charbon, un forgeur, un emballeur, un voiturier, des manœuvres et un aide-forgeur. L’établissement disposait de son propre port sur le Rhône pour les livraisons par voie fluviale, attesté dès 1819 par le naufrage d’une barque chargée de bouteilles à Valence.


Contexte social

La verrerie du Champ-de-Mars entretient avec le Rhône une relation étroite et parfois dangereuse. La presse locale enregistre de nombreux accidents liés à la proximité du fleuve : noyades d’ouvriers, chutes de passants ivres, vols de charbon par des bateliers nocturnes (décembre 1857). Les voûtes de la verrerie servent de refuge à des vagabonds (27 arrestations en octobre 1867). En 1851, une femme s’y suicide en se précipitant dans le Rhône.

Le personnel et les réseaux de recrutement (1794-1819)

Les registres d’état civil de Vienne, bien que d’un laconisme désespérant sous la plume des officiers de l’époque, permettent de reconstituer une part du personnel de la verrerie pour ses premières décennies, et d’en éclairer les réseaux de recrutement. La main-d’œuvre qui s’y fixe au tournant du XIXe siècle est remarquablement cosmopolite : on y trouve le souffleur à vitre Jean Baptiste Schmid, né à Illingen dans la Sarre, passé par Pierre-Bénite, issu de la lignée des Schmid de Soleure et de Grünwald (attesté en 1793-1797) ; la famille Lobre, de Ribeauvillé, dont le maître verrier Samuel et son frère André (attestés en 1807) ; Joseph Settler ou Sebbler, déserteur de l’armée autrichienne ; André Coreny, natif de Hongrie, explicitement dit « à la Verrerie de M. L’Empereur » en 1812, décédé à Vienne en 1841 ; Henry Lacombe, givordin, et sa famille, attestés entre 1799 et 1832, et son beau-frère Alexis Billot, la famille Billot, de Vienne, mariant deux de ses filles à des verriers immigrés (Settler et Seblet) ; Jean Baptiste Grézely, de Servance, allié aux Levieux verriers originaires d’Apremont, dans le Cher ; Jean Baptiste Hougue, chaufournier de la lignée Hug de Wildenstein ; ou François Schmid, d’Oullins, encore présent en 1819.

Cette communauté révèle les deux pôles d’aimantation de la verrerie viennoise. En amont, les verriers arrivent très majoritairement de Givors et de Pierre-Bénite (la « connexion Enard-Robichon »), à l’image d’Antoine Haour, d’Henry Lacombe, de Jean Baptiste Hougue ou de Jean-Baptiste et François Schmid, tous venus de Givors ou d’Oullins ; la filière reste active jusqu’à la fin des années 1810, soit bien après le départ de Melchior-Gaspard Enard. En aval, lorsqu’ils quittent Vienne, ces verriers se dirigent eux aussi très majoritairement vers Rive-de-Gier, dont les fours se multiplient à partir de 1815-1820 et qui aspire alors les souffleurs de toute la région : André Lobre, Blaise Lacombe et bien d’autres y finissent leur carrière. Vienne occupe ainsi une position chronologique et géographique singulière : antérieure à l’explosion ripagérienne, elle s’intercale entre le « vieux » foyer Givors-Pierre-Bénite et le nouveau pôle de Rive-de-Gier, et, malgré la concurrence de ce dernier, fait plus que résister tout au long du XIXe siècle.

Les ouvriers de la verrerie sont par ailleurs intégrés à la vie sociale de la ville : en mai 1846, ils participent au cortège funèbre de Marie Johannot, fille de Marc, morte en couches à 23 ans. En 1863, ils souscrivent collectivement en faveur de leurs camarades sans travail.

Une affaire de notables

L’appartenance de Marc Johannot à l’Église réformée structure partiellement les relations sociales de la verrerie. Son inhumation au cimetière réformé, avec les coins du poêle tenus par les notables protestants de la région, illustre l’enracinement d’un réseau familial et confessionnel distinct du catholicisme dominant.

On notera enfin que la verrerie fut, sur plusieurs générations, une affaire de notables viennois étroitement apparentés : Abel Boissat, premier maire puis adjoint et officier d’état civil de Vienne, enregistre lui-même nombre des actes de naissance des enfants de verriers ; sa fille Claire épouse le propriétaire Jean-Baptiste Rogniat ; et un certain Alexandre Boissat, banquier (dont le lien exact à cette famille reste à établir), deviendra brièvement copropriétaire de la verrerie en 1839. La fabrique du Champ-de-Mars baignait ainsi dans un réseau familial et notabiliaire qui en faisait, au-delà de l’atelier, une institution de la ville.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

Pierre Pelletier (1887) affirme que la verrerie a été fondée par M. Lempereur en 1791, et qu’il en a été le directeur « pendant plusieurs années ». Cette version est doublement inexacte.

D’une part, les actes notariaux de 1800-1856 (purge d’hypothèques, Moniteur Viennois, 1er août 1856) ne mentionnent Lempereur qu’à titre de directeur-gérant, jamais de propriétaire. Le premier propriétaire identifié est Melchior-Gaspard Enard, attesté à la tête de l’établissement dès 1794 et qui vend ses parts à partir de mai 1800. Il est probable qu’Enard soit le véritable fondateur.

D’autre part, Pelletier ignore totalement l’implication des Rogniat (père et fils) comme propriétaires de 1800 à 1839, soit près de quarante ans. La simplification pelletierienne (Lempereur fondateur → Johannot successeur) occulte une chaîne de propriété nettement plus complexe, impliquant des transactions notariées précises et une propriété divisée entre plusieurs copropriétaires pendant près de vingt ans. Il est possible (et c’est l’hypothèse la plus vraisemblable) que Pelletier n’ait retenu que le nom du directeur visible, ignorant les propriétaires qui restaient en coulisses. Enfin, Pierre Pelletier n’a probablement jamais connu la première verrerie de Vienne, celle de Jérôme Janériat.

Sur la production de verre à vitres, Pelletier n’a pas tort dans le principe mais se trompe dans la chronologie. Il présente une reconversion successive (vitres puis bouteilles noires) là où l’acte de floréal an II (1794) montre les deux productions menées de front, dès l’origine, sous un même propriétaire. Le fait (la fabrication de vitres) est confirmé ; le récit d’une reconversion ne l’est pas (voir Éléments techniques).

Points non résolus

  • L’origine du Champ-de-Mars : rachat ou fondation ? Deux hypothèses restent ouvertes. Soit Melchior-Gaspard Enard a racheté la verrerie Janériat de la Porte de Lyon (mise en location dès 1791) avant d’en transférer l’activité rue du Champ-de-Mars en y ajoutant un four à vitres ; soit il a fondé de toutes pièces un établissement neuf vers 1790-1793 avec sa part d’héritage paternel, la fabrique Janériat fermant en parallèle. Aucun acte ne relie directement Enard à Janériat.
  • L’existence d’un établissement antérieur est désormais établie (la verrerie Janériat, Porte de Lyon, transférée de Bonnevaux vers 1786, et probablement le « clos de l’ancienne verrerie » signalé au nord en 1841). En revanche, le lien matériel ou juridique avec le Champ-de-Mars demeure conjectural.
  • La date de fondation exacte du Champ-de-Mars : l’établissement est attesté en activité dès 1794 (acte Schmid), mais la date précise de sa création par Enard, et le fait qu’elle procède ou non du rachat de la fabrique Janériat, restent indéterminés.
  • Le nombre et le type de fours au fil du temps : deux fours vraisemblables vers 1839-1840 (site divisible en deux moitiés, chacune semblant pourvue de son four), contre un seul (à bouteilles) en 1856. Ces conclusions reposent sur des déductions (divisibilité du site, prix de vente, désignations des actes) et non sur des descriptions techniques directes.
  • L’étendue exacte cédée à la Compagnie Générale en 1853 : l’acte de 1856 décrit l’usine cédée (ancienne partie Boissat, à l’ouest) comme confinée au levant par « la partie réservée à M. Johannot », ce qui suggère que Johannot n’a pas cédé l’intégralité de son tènement. La part conservée et son devenir restent à préciser.
  • Melchior-Gaspard Enard : sa filiation est désormais établie de façon certaine. Né à Lyon le 10 juin 1757 (paroisse Sainte-Croix), fils de Joseph Enard, entrepreneur de la verrerie royale de Givors et fondateur de celle de Pierre-Bénite, et de Marie Saint-Pierre. En revanche, sa formation, la date de son installation à Vienne, celle de son départ, ainsi que sa date et son lieu de décès demeurent inconnus ; il ne semble ni s’être marié ni avoir laissé de descendance, ce qui complique les recherches.
  • M. Lempereur : identifié comme Jean-Jacques Lempereur, négociant, juge puis président du tribunal de commerce de Vienne, marié en 1815 à Jeanne Marie Montanier. Son identité de notable et son rôle de gérant pour Rogniat sont solidement établis par convergence (almanachs, acte Coreny de 1812, raison sociale, voisinage de la « propriété Lempereur »), mais aucun acte ne le qualifie nommément de directeur de la verrerie, et la jonction entre le « M. L’Empereur » de l’acte Coreny (1812) et Jean-Jacques Lempereur, quoique très probable, reste une inférence. Son origine familiale précise (parents décédés dans le Rhône et l’Ain ; un parent, Jean Auguste Lempereur, docteur en médecine à Ambérieux) reste à reconstituer.
  • Laurent Lobre, témoin en 1802 : bien que l’officier d’état civil qualifie Laurent Lobre de « majeur » lors du mariage célébré à Vienne en 1802, son acte de naissance montre qu’il n’a en réalité qu’un peu plus de dix-sept ans, âge bien inférieur à la majorité civile alors fixée à vingt et un ans révolus pour les deux sexes par la loi du 20 septembre 1792, disposition maintenue ensuite par le Code civil de 1804. Cette qualification de « majeur » apparaît donc comme une approximation routinière de l’officier plutôt que comme un renseignement exact. En l’absence de tout homonyme plausible, et compte tenu de la concordance du métier (verrier) et de la présence, à la même époque et dans le même acte, de son père François Samuel Lobre comme témoin, il y a lieu de considérer qu’il s’agit bien du même individu.
  • La date de fermeture précise : l’annonce de janvier 1879 indique une fermeture imminente, mais la date effective d’extinction des feux n’est pas connue.
  • Devenir du site après 1879 : la destination des bâtiments (démolition, réaffectation) n’est pas documentée dans les sources consultées. Seule information d’époque : dans son livre paru en 1887, Pelletier affirme que l’usine est déjà remplacée « par des immeubles bourgeois ».
  • L’acte de naissance de Jean Pierre Schmid (25 août 1793) : retrouvé dans la section sud du registre des naissances de Vienne (AD38, 9NUM/AC544/55, vue 96/210). Il confirme la localisation de la verrerie au sud de la ville (paroisse Saint-George) et désigne Jean Baptiste Schmid comme « ouvrier à vitre » — sans toutefois nommer la verrerie. L’acte de décès du 11 floréal an II demeure donc le plus ancien document nommant explicitement l’établissement et son propriétaire.
  • Le troisième témoin de 1794 : le « Germain » de trente-sept ans, logé chez Enard en 1794 et dont le patronyme était illisible sur l’acte de décès, est identifié comme Germain Dusseaux, déjà témoin de la naissance de l’enfant en 1793 (où il est dit demeurant paroisse Saint-George, âgé d’environ trente-six ans) et signataire des deux actes. Sa profession n’est pas verrier mais marchand, comme le prouve un acte de naissance d’une fille le 23 février 1801.

Footnotes

  1. Acte de purge d’hypothèque, Société Charles Raabe et Cie sur la verrerie cédée par Marc Johannot, publié dans le Moniteur Viennois du 1er août 1856.

Personnages associés

Personnalités

Verriers

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Galerie

Sources

archive Cadastre napoléonien de Vienne, tableau d'assemblage et section G (4P4/533)

Dressé en 1824. Montre clairement la « fabrique de verrerie » longeant le quai du Rhône et la rue du Champ-de-Mars, avec deux groupes de bâtiments distincts (est et ouest). Le plan cadastral de 1829 confirme la situation au sud de la ville (quartier de la Porte-d'Avignon), à distinguer de la Porte de Lyon au nord.

etat civil Acte de baptême de Melchior-Gaspard Enard, fils de Joseph Enard et de Marie Saint-Pierre (Archives municipales de Lyon, paroisse Sainte-Croix, BMS 1757, cote 1 GG 423)

10 juin 1757. « Melchior Gaspard fils de Mr Joseph Enard, entrepreneur de la verrerie royale de Gyvors et de Mme Marie St-Pierre, son épouse, né aujourd'hui dix juin mil sept cent cinquante sept, a été baptisé le même jour. » Établit de façon certaine la filiation entre Melchior-Gaspard Enard, premier propriétaire de la verrerie de Vienne, et Joseph Enard, fondateur de la verrerie royale de Givors puis de celle de Pierre-Bénite.

livre Les verriers de la forêt de Bonnevaux (Isère) — Moyroud, Raymond

1992, p. 139-140. Documente Jérôme Janériat, héritier des verreries de la forêt de Bonnevaux, qui les ferme une à une et transfère la production à Vienne (Porte de Lyon) vers 1786 pour profiter de la houille. Source de l'identification d'un établissement antérieur, distinct du Champ-de-Mars.

etat civil Acte de naissance de Jean Pierre Schmid (Schemite), fils du souffleur à vitre Jean (Baptiste) Schmid (AD38, Vienne, Naissance 1793–an II, 9NUM/AC544/55, vue 96/210)

25 août 1793. Désigne Jean Baptiste Schmid comme « ouvrier à vitre » demeurant paroisse Saint-George (sud de Vienne), sans nommer la verrerie. Figure dans la section sud du registre des naissances — les registres révolutionnaires de Vienne étant divisés en sections nord et sud, bien que tenus par le même officier public —, ce qui corrobore la localisation de la verrerie au sud de la ville. Témoins : Germain Dusseaux (paroisse Saint-George, env. 36 ans) et Jacques Morel, drapier (paroisse Saint-Martin, env. 35 ans). Plus ancienne trace écrite connue d'un verrier de l'établissement viennois.

etat civil Acte de décès de Jean Pierre Schmid (Schemite), fils du souffleur à vitre Jean (Baptiste) Schmid, demeurant chez Melchior Enard, propriétaire de la verrerie (AD38, Vienne, Décès 1793–an II, 9NUM/5E547/20, vue 162/232)

Acte du 11 floréal an II (30 avril 1794), le décès étant survenu la veille, le 10 floréal (29 avril 1794). Plus ancien acte nommant explicitement la verrerie et son propriétaire. Atteste Melchior Enard propriétaire dès 1794 et nomme trois personnes logées chez lui : Jean Schmid (souffleur à vitre), François May (souffleur à bouteille, 20 ans) et Germain Dusseaux (37 ans ; patronyme illisible sur l'acte, restitué grâce à l'acte de naissance de 1793).

etat civil Acte de décès de Samuel Lobre, maître verrier de la verrerie de Vienne (AD38, Vienne, Décès 1807, 9NUM/5E547/59, vue 69/76)

30 décembre 1807. « Samuel Lobre maître verrier époux de Jeanne Fleury natif d'Enezel [Hennezel] département des Vosges est décédé hier [29 décembre] âgé de quarante six ans. » Déclarant : André Lobre, verrier, son frère. Établit François Samuel Lobre (son prénom complet, donné à l'acte de naissance de janvier 1807) comme maître verrier de la verrerie de Vienne ; il y avait présenté une fille, Marguerite Mély, le 25 janvier 1807 (AD38, 9NUM/5E547/57, vue 13/114), où il est dit « de la verrerie de Vienne ». Père de Laurent Lobre, futur fondateur de la verrerie du Canal (bouteilles) à Givors.

etat civil Actes relatifs au verrier Henry Lacombe, à Vienne (AD38, Vienne : Naissances an VIII, 9NUM/5E547/36, vue 37/125 ; Naissances an XII, 9NUM/5E547/48, vue 56/108 ; Naissances 1807, 1809, 1811, 1814, 1817)

Henry Lacombe, « verrier demeurant à Vienne rue de la Traille » (an VIII, naissance d'Anne), puis « ouvrier verrier » (an XII, naissance de Blaise), puis « paroisse Saint-Maurice » (1814, 1817). Épouse Élisabeth Billot. Nombreuse descendance à Vienne entre 1799 et 1817 (Anne, Blaise, Jeanne, Pierre-Marie †1810, les jumeaux Jean et Pierre 1811, Pierre 1814, Thomas 1817) ; décédé dans la ville en 1826, son épouse en 1823. Son beau-frère Alexis Billot est également verrier. Son fils Blaise, verrier à son tour, se marie à Sainte-Colombe le 14 avril 1825 (Françoise Clamaron) et meurt à Bourg-lès-Valence le 29 décembre 1874.

etat civil Acte de naissance d'Étiennette Coreny, fille du verrier André Coreny, « à la Verrerie de M. L'Empereur » (AD38, Vienne, Naissances 1812, 9NUM/5E547/72, vue 52/79)

20 septembre 1812. « André Coreny verrier habitant à Vienne à la Verrerie de M. L'Empereur. » Première attestation, en acte d'état civil, de la raison sociale Lempereur — antérieure de cinq ans à sa première mention dans les almanachs (1817). André Coreny, natif de Hongrie, meurt à l'hospice de Vienne le 20 juin 1841, « veuf de Christine Tèche, âgé de soixante-dix-neuf ans » (AD38, Vienne, Décès 1841).

etat civil Actes relatifs au verrier Jean Baptiste Grézely, à Vienne (AD38, Vienne : Mariages an IX, 9NUM/5E547/40, vue 20/42 ; Naissances an XIV, 9NUM/5E547/54, vue 7/112)

Jean Baptiste Grézely (ou Grezelli), ouvrier verrier né le 15 avril 1780 à Servance (Haute-Saône), fils du verrier Bonaventure Grézely et d'Anne Catherine Schwartzmann. Épouse à Vienne, 19 ventôse an IX (10 mars 1801), Hélène Levieux (née à Apremont, Nièvre), fille du verrier Charles Levieux ; témoin Jean Mielle, verrier. Naissance de Marguerite Gabrielle à Vienne, 11 vendémiaire an XIV (3 octobre 1805).

etat civil Actes relatifs à d'autres verriers de la verrerie de Vienne (1794-1819) (AD38, collections de Vienne (état civil et collection communale))

Joseph Settler (alias Sebbler/Seblet), ouvrier verrier déserteur autrichien, marié en l'an X à Jeanne Marie Billot, autre fille de Jean Baptiste Billot (mariage du 21 prairial an X, 9NUM/5E547/43, vue 44/62 ; collection communale 9NUM/5E544/63, vue 45/283, précisant « déserteur autrichien ») ; Antoine Haour, verrier (témoin en l'an X), né à Givors le 26 septembre 1767, attesté à Vienne par le décès de sa fille Joséphine le 4 avril 1808 (9NUM/5E547/62, vue 26/74) ; Jean Baptiste Hougue (Hug), chaufournier né à Givors le 21 mai 1772, fils de Jean Baptiste Hug et Jeanne Marie Robichon, marié à Vienne le 28 juillet 1811 (9NUM/5E547/70, vue 29/54) ; Pierre Bouilloux, verrier ; les Allimand (Antoine verrier ; Blaise, emballeur à la verrerie, né à Rive-de-Gier le 21 mars 1791, fils de Joseph cofondateur des premières verreries ripagériennes) ; François Schmid (Chemite), verrier né à Oullins en 1782, fils de Georges Schmid et Marie Anne Raspiller, attesté à Vienne (paroisse Saint-Maurice) de 1814 à 1819.

archive notariale Acte de purge d'hypothèques — Société Charles Raabe et Cie sur la verrerie cédée par Marc Johannot

Publié dans le Moniteur Viennois du 1er août 1856. Source primaire de première importance : retrace toute la chaîne des propriétaires depuis Enard (an VIII) jusqu'à Johannot (1853), avec les cotes des actes successifs (Me Delaloy pour 1800-1803, Me Chollier et Me Genin pour 1819, Me Lauza pour 1839, Me Rambaud pour 1841). Décrit l'usine cédée comme « comprenant un four à bouteilles, d'un seul tènement », et en donne les confins (quai du Rhône au couchant, rue du Champ-de-Mars au midi, partie réservée à M. Johannot et hôtel du Parc au levant, ancienne église Saint-Pierre, maison Berthet, petite cour Saint-Pierre et propriété Lempereur au nord). Contredit Pelletier sur plusieurs points.

article Journal de Vienne, 10 février 1838

Mentionne brièvement Marc Johannot à la tête de la verrerie : il en est directeur dès cette date, sans en être encore propriétaire.

article Annonce de vente aux enchères de la verrerie (liquidation Boissat)

Vente du 29 novembre 1840, dans le cadre de la liquidation d'Alexandre Boissat. Décrit « une verrerie en activité dans la même ville, joignant le nouveau quai du Rhône et le Champ-de-Mars, avec de vastes emplacements, magasins et bâtiments pouvant servir au logement des maîtres et des ouvriers ». Adjudications successives en novembre-décembre 1840 puis le 6 juin 1841.

article Moniteur Industriel, 14 juin 1846

Mentionne Marc Johannot comme dirigeant de la verrerie, produisant 4 000 000 de bouteilles annuellement.

article Moniteur Viennois, 30 novembre 1867

Panégyrique de Marc Johannot, décédé le 27 novembre 1867. Biographie détaillée, mention de son rôle de directeur après cession à la Compagnie Générale.

article Moniteur Viennois, 15 février 1863

Liste complète des ouvriers de la verrerie, souscription en faveur des ouvriers sans travail. Permet de dénombrer 8 creusets et une cinquantaine d'employés.

article Moniteur Viennois, 24 janvier 1879

Annonce la suppression prochaine de la verrerie du Champ-de-Mars, avec extinction des feux imminente.

livre Les verreries du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais — Pelletier, Pierre

1887. Attribue la fondation à M. Lempereur en 1791 ; ignore totalement les propriétaires Enard et Rogniat. Informations partiellement erronées, à utiliser avec prudence.

archive Matrice des Propriétés Foncières, Vienne (3541 W 14 à 19)

Six volumes. Non encore consultés. Permettrait de confirmer les parcelles exactes dépendant de la fabrique.