Verrerie

Verrerie de Blancheroche

1712 — vers 1835

Aussi connue sous : Verrerie de Grand'Combe-des-Bois

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie de Grand'Combe-des-Bois
Nom d'usage 1712 — vers 1835

Histoire

Résumé

La Verrerie de Blancheroche est fondée en 1712 — et non en 1697 comme l’affirme la tradition locale — dans une petite prairie alluviale au pied de la falaise dominant le Doubs, sur la commune de Fournet-Blancheroche (Doubs). Elle naît d’une vente de bois par les habitants de Grand-Combe-des-Bois à un groupe de verriers représentés par Joseph Schmid, Jacques Henry et Jean Pierre Casseman, venus pour la plupart de la verrerie de La Caborde. Sa spécialité est la gobeleterie et la verrerie d’assortiment — en particulier le cristal « façon de Bohême », ce qui la distingue des Essarts-Cuenot voisins, spécialisés dans le verre plat, et explique leur coexistence pacifique sur plus d’un siècle.1

L’histoire de la verrerie se déroule en deux phases nettement distinctes. La première, de 1712 à 1765, est celle des dynasties verrières germanophones et franc-comtoises — Schmid, Raspiller, Hug, Zumkeller, Dechasal — organisées en société d’ouvreaux selon le modèle traditionnel. La seconde, de 1765 à vers 1835, est dominée par la famille Chatelain de Charquemont, marchands verriers qui absorbent progressivement la société, la dirigent seuls après 1784, traversent la Révolution dans des difficultés croissantes, puis se déplacent vers Roches et Moutier avant d’abandonner le site vers 1835 1.

La verrerie entretient tout au long de son existence des relations complexes avec les deux établissements voisins : les Essarts-Cuenot, dont elle est à la fois la concurrente pour le bois et la complémentaire pour la production, et Biaufond, fondée en 1747 par les frères Raspiller qui en étaient alors les maîtres. Elle accueille dans sa dernière période des verriers de passage venus de Forêt-Noire, des cantons de Soleure et Lucerne, d’Alsace et des Vosges comtoises, témoignage de la persistance du réseau germano-suisse jusqu’à la veille de la Révolution 1.


Historique

Fondation et premières familles (1712-1765)

La vente de bois du 30 juin 1712 par les habitants de Grand-Combe-des-Bois à un groupe de verriers conduit par Joseph Schmid, Jacques Henry et Jean Pierre Casseman est l’acte fondateur. Cette vente est immédiatement contestée par la comtesse de Poitiers, la même Élisabeth-Philippine de Rye dont les tuteurs poursuivaient simultanément les bourgeois de L’Isle-sur-le-Doubs pour le bois d’Avatoy, pour les mêmes raisons de droits seigneuriaux sur les forêts. Le litige ne ruine pas l’établissement comme à L’Isle, mais en complique les débuts 1.

PLusieurs fondateurs proviennent de la verrerie de La Caborde. Joseph Schmid (né le 2 octobre 1666 à Soubey, †vers 1725) est le personnage central : descendant des Schmid de Soleure par la lignée du patriarche Peter Schmid de Gänsbrünnen, son père Melchior Schmid était maître verrier à la Glashütte Grünwald (Forêt-Noire) et décède à La Caborde le 27 juin 1703 ; son grand-père Samuel Schmid était né à Welschenrohr et décède à Grünwald. La trajectoire Gänsbrünnen → Welschenrohr → Grünwald → La Caborde → Blancheroche illustre en trois générations la migration vers l’ouest des dynasties verrières de Soleure, et crée un lien documenté entre le corpus allemand de Radix Vitri (Glashütte Grünwald) et le corpus franc-comtois 2.

Les frères Casseman sont fils de Jean Casseman, marchand verrier des Essarts-Cuenot, ce qui ancre la fondation de Blancheroche dans le réseau du Bief d’Étoz dès l’origine. Leur sœur Anne Ursule épouse vers 1720 Jean Jacques Schel, verrier né le 13 septembre 1705 à la verrerie de Court (Suisse). Jean Pierre Casseman se marie à Charmauvillers le 9 juin 1718 et y décède le 22 janvier 1761 2.

La première naissance de verrier attestée à Fournet-Blancheroche est celle de Guillaume Schmid, né le 18 août 1713, fils de Jean Henri Schmid et Anne Marie Hug, couple dont les deux membres décèdent à la verrerie (la mère le 8 octobre 1736, le père le 9 mai 1752). Les Raspiller arrivent peu après : Georges Raspiller, né à Soubey et marié à Ligsdorf avec Barbe Hug, décède à la verrerie en 1732 ; sa femme y décède le 22 avril 1741. Leur petit-fils Joseph Balthazar Raspiller, né le 3 février 1737, aura une belle carrière puisqu’il décède à 76 ans à Monthermé 2.

La verrerie vit tranquillement dans sa première période, « sans histoire », note Michel, oubliée de l’enquête de 1744 et ignorée de Dorlodot de Préville qui en 1753 ne connaît dans la région que le Bief d’Étoz. Cette discrétion s’explique par son orientation délibérée vers la gobeleterie et l’assortiment à diffusion locale, qui lui évite les rivalités commerciales à longue distance. La contrainte du bois pèse néanmoins sur elle comme sur toutes les verreries des gorges du Doubs, et la contraint elle aussi à de longues périodes de chômage 1.

Une tension interne est peut-être perceptible vers 1735 : une délibération du 23 novembre 1736 « pour le gouvernement de la verrerie » est enregistrée au bureau de Damprichard, suggérant la rédaction d’un règlement intérieur. Mais les dissensions graves n’éclatent qu’en 1763, quand « l’union et l’intelligence ont cessé de régner parmi les associés », et mènent en 1765 à une séparation 1.

L’entrée du Bief d’Étoz et la restructuration (1765-1784)

La rupture de 1765 est un tournant majeur : elle marque l’entrée dans la verrerie de trois hommes du Bief d’Étoz. Les ouvreaux des copropriétaires évincés sont rachetés par les maîtres verriers François Conrad Muller II et Melchior Joseph Grésely, les mêmes qui mènent parallèlement leur politique d’accaparement des ouvreaux au Bief d’Étoz, et par le marchand verrier Jean-Baptiste Chatelain, de Charquemont. Un contrat de société lie les trois le 30 avril 1767, et une requête obtient du Conseil d’État, le 28 novembre 1767, les exemptions et privilèges habituels 3.

De la société antérieure survivent Pierre Joseph Dechasal (marchand verrier, directeur de la verrerie de Thorens en Savoie) et Vite Zumkeller (venu de Forêt-Noire, époux en 1756 de Marie Madeleine Schmid, veuve de Gaspard Grésely : c’est par ce mariage qu’il gère l’ouvreau de feu Grésely). Henri Raspiller est également intéressé dans le contrat de société du 27 mai 1762 qui précède la rupture 3.

En 1771, nouvelles dissensions : désireux de se désengager, Dechasal et Zumkeller proposent la licitation. François Joseph Muller, craignant de perdre sa place de caissier (1 200 livres par an pour trois mois de campagne), cherche un acquéreur extérieur au métier. Il le trouve en la personne du notaire Nicolas Joseph Briot du Russey, qui achète en juin 1771 les parts Dechasal (9 700 livres pour 4/15e) et deux mois plus tard celles de Zumkeller (10 000 livres, il s’agit en réalité des parts de Madeleine Schmid et de son fils Nicolas Joseph Grésely) 3.

À cette date, la verrerie dispose de deux fours de dix ouvreaux chacun, dont l’un pour le verre d’assortiment et l’autre pour le verre à vitre, mais la gobeleterie fine « à la manière du cristal de Bohême » ou « d’Allemagne » reste la production valorisée et la source de réputation. Dix souffleurs y travaillent, assistés de quatre gamins, deux attiseurs, un composeur de fritte, un potier, un magasinier et un caissier : vingt personnes au total, sans les femmes, les enfants et les ouvriers externes. Le père Dunand juge l’usine « grande, belle et bien distribuée » ; en réalité, deux maisons communes tombent déjà en ruines faute d’entretien en 1776, et l’on ne travaille guère qu’un trimestre par an 3.

Briot prend conscience dès 1774 que son investissement est mauvais. La dissolution de la société est envisagée en 1776, portée en justice, et une période de chômage d’environ deux ans vide la verrerie de ses verriers (« les verriers se sont dispersés lors de l’assignation en rupture de la société et se sont engagés dans d’autres verreries »). La sentence du bailliage de Baume le 25 juin 1777 relance la production. Briot et Jean-Baptiste Félix Chatelain s’appuient alors sur les frères Jean-Baptiste et Julien Moutrille, fils d’un brasseur de Besançon, qui apportent des capitaux. Julien fait fonction de directeur jusqu’à octobre 1779 3.

En 1778, François Conrad Muller II et son jeune frère Georges de Muller de la Piolotte rachètent le quart de l’entreprise dont Briot se défait. La verrerie fonctionne alors sept à huit mois sur douze. Le subdélégué Faton, la visitant en novembre 1778, note qu’on y travaille « pendant plus de dix mois de l’année » et que « c’est la verrerie de tout le Royaume qui fabrique les plus beaux Cristaux », exagération significative d’une bonne santé relative. Georges de Muller part bientôt vers le Val de Loire, et Moutrille quitte Blancheroche peu après 3.

Après la licitation du Bief d’Étoz en 1784, Melchior Joseph Grésely et François Conrad Muller II, évincés de leur verrerie d’origine, « semblent se satisfaire de leur sort de rentiers » à Blancheroche, selon Michel, et laissent la maîtrise à Jean-Baptiste Félix Chatelain seul 3.

La maîtrise Chatelain (1784-vers 1835)

Jean-Baptiste Félix Chatelain (né le 30 mai 1732 à Fournet-Blancheroche, marié le 23 novembre 1762 avec Marie Françoise Grésely, fille d’Antoine Joseph et Marie Madeleine Raspiller, née à la verrerie le 22 octobre 1741) appartient à la vieille famille locale des Chatelain-Petoz de Charquemont, qui pénètre dans le milieu verrier avec lui, expérience qui se termine avec son fils. Son père Jean Baptiste Chatelain (né à Charquemont le 14 novembre 1692, marié en 1714 avec Marie Madeleine Racine, †Charquemont 1763) était marchand verrier associé avec François Conrad Muller II (qui avait épousé sa sœur Marie Dorothée Chatelain, née le 31 août 1723 à Grand-Combe-des-Bois). Son autre sœur Jeanne Baptiste Chatelain (née le 24 juin 1729 à Fournet-Blancheroche) épouse Henri Melchior Muller, frère de François Conrad II et de Georges de la Piolotte, consolidant l’alliance Chatelain-Muller sur deux générations 4.

Chatelain entretient de bonnes relations avec les autorités neuchâteloises, ce qui lui permet d’obtenir des autorisations d’exportation de bois difficiles à négocier pour ses prédécesseurs. La verrerie emploie alors trente à quarante personnes, « verriers de passage pour la plupart, venus de Forêt-Noire, des cantons de Soleure et de Lucerne, d’Alsace, des Vosges comtoises », témoignage de la persistance du réseau germano-comtois à la veille de la Révolution. Elle dispose de deux fours et produit désormais aussi du verre à vitre, tout en maintenant sa renommée en cristal et verre creux (verres de montre, tubes, ustensiles de chimie et de pharmacie, gobeleterie) 4.

Parmi ces verriers de passage figure Raphaël Sigwart, graveur, attesté à la verrerie dès son mariage le 22 thermidor an IV (9 août 1796) à Charquemont avec Marie Dorothée Schmid, fille de verrier née à Blancheroche vers 1772. Originaire de Fribourg-en-Brisgau, il est apparenté aux Sigwart du réseau germano-suisse. Sa présence confirme qu’on décorait encore des pièces à Blancheroche à cette époque et que le réseau verrier germano-comtois continuait de fonctionner comme un écosystème cohérent, acheminant des spécialistes là où le besoin s’en faisait sentir 4.

La Révolution crée de graves difficultés. La loi du 21 septembre 1793, réquisitionnant tout ce qui peut servir à la confection du salpêtre, contraint Chatelain à arrêter la production tout en continuant de payer ses ouvriers. En 1794, il ne peut honorer une commande de l’Armée du Rhin faute de salin. La guerre enlève deux de ses fils, Joseph et Auguste, partis volontaires en août 1792 et qui ne reviennent pas. L’annexion de la principauté de Porrentruy et l’occupation de Neuchâtel facilitent en contrepartie l’approvisionnement en bois sur la rive droite du Doubs, les maîtres verriers traversent quotidiennent le Doubs pour se servir en toute impunité 4.

Jean-Baptiste Félix Chatelain décède peu avant une forte crue du Doubs qui ravage les installations (fours, bois, verres à vitre, compositions, bâtiments). Sa veuve Marie Françoise Grésely reprend la direction avec son fils aîné Blaise Alexandre, esprit inventif mais administrateur incertain. En 1803, elle donne en bail le quart de la verrerie à son frère Melchior Joseph Grésely (père de Sophie Grésely, qui épouse en 1798 un Georges Muller puis divorce en 1802 avant d’épouser le fils Célestin Chatelain le 30 mars 1804, scandale familial). Mais Grésely meurt en 1805 et la direction revient à Blaise Alexandre 4.

Sous les Chatelain, la réputation de Blancheroche se maintient : l’Annuaire du Doubs pour 1804 la dit « renommée pour les verres d’assortiment », pintes, chopines, casse-noisettes, verres à pied, gobelets, chopes à bière, huiliers, etc. La fabrication du cristal à la potasse « façon de Bohême » se poursuit vraisemblablement 4.

Déclin et fermeture (1817-vers 1835)

À partir de 1817, les Chatelain achètent aux Bâlois Laroche et Sauvain la verrerie de Roches, dans les gorges de la Birse entre Moutier et Delémont. Ce déplacement vers le marché suisse annonce l’abandon progressif du site du Doubs. En 1841, Célestin Chatelain engage des démarches pour établir une verrerie à Moutier, où il commence à fabriquer du verre en juin 1842. Dans ce nouveau cadre, Blancheroche est devenue inutile : Roches puis Moutier sont mieux placés pour approvisionner le marché suisse. La verrerie disparaît vers 1835 4.


Situation géographique

Localisation

La verrerie est établie en contrebas du hameau de Blancheroche, dans une petite prairie alluviale étirée le long du Doubs, au pied de la falaise, sur la commune de Fournet-Blancheroche (Doubs, 25140). Elle se situe à quelques centaines de mètres de Maison-Monsieur, sur la rive neuchâteloise, point de passage important. Le barrage naturel de la Goule, un peu en aval, crée un long bief remontant jusqu’au Saut-du-Doubs : les bois des côtes abruptes pouvaient y être facilement flottés, mais il était difficile, sinon en période de hautes eaux, de les faire passer plus loin vers le Bief d’Étoz, ce qui explique la relative autonomie de Blancheroche vis-à-vis de sa grande voisine.

État actuel

Aucun vestige industriel signalé. Le site est accessible depuis le GR®5 et les chemins longeant le Doubs dans les gorges.


Personnages liés

Joseph Schmid (2 octobre 1666, Soubey — vers 1725), représentant des fondateurs en 1712. Descendant du patriarche Peter Schmid de Gänsbrünnen par la lignée Samuel Schmid (Welschenrohr/Grünwald) → Melchior Schmid (maître verrier à Grünwald, †27 juin 1703 à La Caborde). Lien documenté entre la Glashütte Grünwald du corpus allemand et le réseau franc-comtois.

Jean Henri Schmid (†9 mai 1752 à la verrerie) et Anne Marie Hug (†8 octobre 1736 à la verrerie), couple de fondateurs dont le fils Guillaume naît à la verrerie le 18 août 1713 — premier enfant de verrier attesté sur le site.

Georges Raspiller (né à Soubey, †1732 à la verrerie), époux de Barbe Hug (†22 avril 1741 à la verrerie). Père de Joseph Raspiller, grand-père de Joseph Balthazar Raspiller (né le 3 février 1737, †à 76 ans à Monthermé). Les Raspiller sont présents à Blancheroche avant de fonder Biaufond en 1747.

Jean Pierre Casseman (marié à Charmauvillers le 9 juin 1718, †22 janvier 1761), co-fondateur. Fils de Jean Casseman, marchand verrier des Essarts-Cuenot. Lien de fondation entre les deux établissements.

Pierre Joseph Dechasal, marchand verrier, directeur de la verrerie de Thorens (Savoie), copropriétaire à Blancheroche jusqu’en 1771. Personnage du réseau verrier savoyard-comtois, lié par alliance aux Muller.

Vite Zumkeller, verrier de Forêt-Noire, époux de Marie Madeleine Schmid (veuve de Gaspard Grésely). Copropriétaire jusqu’en 1771, part pour la verrerie de Personico (Tessin).

Henri Raspiller, marchand verrier, intéressé dans le contrat de société de 1762.

François Conrad Muller II (1723-1805) et Melchior Joseph Grésely (1720-1788), maîtres verriers du Bief d’Étoz, entrent à Blancheroche en 1765 dans le cadre de leur politique de diversification, la même qui les mène à tenter d’accaparer les ouvreaux du Bief d’Étoz. Évincés du Bief d’Étoz en 1784, ils se replient sur Blancheroche avant de se retirer comme rentiers.

Georges de Muller de la Piolotte (1736-1787), frère cadet de François Conrad II, brièvement copropriétaire en 1778 avant de partir vers le Val de Loire et Varades.

Jean Baptiste Chatelain (né à Charquemont le 14 novembre 1692, †Charquemont 1763), marchand verrier, père de la famille Chatelain-verrière. Marié en 1714 avec Marie Madeleine Racine. Père de Marie Dorothée (épouse de François Conrad Muller II), Jeanne Baptiste (épouse d’Henri Melchior Muller), et Jean Baptiste Félix.

Jean-Baptiste Félix Chatelain (30 mai 1732, Fournet-Blancheroche — vers 1800), maître unique de la verrerie à partir de 1784. Époux de Marie Françoise Grésely (née le 22 octobre 1741 à la verrerie, fille d’Antoine Joseph Grésely et Marie Madeleine Raspiller). Deux fils partis volontaires en 1792, Joseph et Auguste, ne reviennent pas.

Blaise Alexandre Chatelain, fils aîné et successeur, esprit inventif (propose en 1800 une machine à traction mécanique) mais administrateur incertain. Reste célibataire, épouse à 63 ans une demoiselle Besant en 1830 et part pour la Russie où il mourra.

Célestin Chatelain, fils cadet, épouse sa cousine germaine Sophie Grésely (divorcée d’un Georges Muller) le 30 mars 1804. Loue en 1805 la verrerie de Roches, puis engage en 1841 la création de la verrerie de Moutier.

Raphaël Sigwart, graveur, attesté à Blancheroche dès son mariage à Charquemont le 9 août 1796 avec Marie Dorothée Schmid (née à Blancheroche vers 1772). Originaire de Fribourg-en-Brisgau, apparenté au réseau Sigwart germano-suisse. Sa présence atteste la persistance de la production décorée (cristal gravé) sous les Chatelain, et illustre le maintien du réseau verrier germano-comtois jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.


Éléments techniques

La spécialité de Blancheroche est la gobeleterie et la verrerie d’assortiment, particulièrement le cristal « à la manière de Bohême » ou « d’Allemagne », ce qui la distingue des Essarts-Cuenot (verre plat) et explique leur coexistence durable. À partir des années 1760-1770, un second four produit également du verre à vitre, commercialisé vers la Suisse.

La verrerie dispose de deux fours attestés en 1771, de dix ouvreaux chacun. La production comprend gobeleterie (pintes, chopines, verres à pied, gobelets, chopes à bière, huiliers, casse-noisettes), cristal gravé et coloré, verre à vitre, et des articles spécialisés comme les verres de montre, tubes, et ustensiles de chimie et de pharmacie. La présence d’un graveur (Raphaël Sigwart, attesté en 1796) confirme la production de pièces décorées.

Le combustible est le bois flotté sur le Doubs, obtenu de communautés riveraines ou de particuliers, avec les contraintes habituelles des verreries forestières. La position en amont du barrage naturel de la Goule rend difficile l’approvisionnement depuis les forêts situées plus en aval, ce qui contraint la verrerie à négocier avec les autorités neuchâteloises pour accéder aux bois de la rive droite.


Contexte social

La communauté verrière de Blancheroche suit le même modèle agro-pastoral que ses voisines des gorges du Doubs, combinant le travail du verre avec l’élevage et la culture. Les longues périodes de chômage technique (la verrerie ne tourne guère qu’un trimestre par an dans sa première période) sont une constante.

Les conflits internes de 1763-1765, puis de 1771-1777, vident deux fois la verrerie d’une partie de ses verriers. Michel cite explicitement que « les verriers se sont dispersés lors de l’assignation en rupture de la société et se sont engagés dans d’autres verreries », illustration de la mobilité permanente des souffleurs dans le réseau franc-comtois.

La période révolutionnaire frappe durement : réquisition du salpêtre, pénurie de salin, décès de deux fils Chatelain aux armées, catastrophe de la crue du Doubs. L’engagement politique de la famille (soutien du représentant en mission Pelletier, du député Michaud, des sociétés populaires locales) ne suffit pas à compenser les difficultés financières.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

La date de 1697 est la plus communément reçue comme date de fondation, y compris dans des sources de référence régionales. Elle est erronée. La vente de bois fondatrice date de 1712 et la première naissance de verrier attestée à Fournet-Blancheroche est du 18 août 1713. La date de 1697 est à écarter sans ambiguïté.

Points non résolus

  • Date exacte de fermeture : Michel dit « vers 1835 ». La verrerie de Roches est achetée en 1817 ; Moutier démarre en juin 1842. La fermeture effective de Blancheroche se situe donc entre 1835 et 1841, probablement vers 1835-1838.
  • Jacques Henry, co-fondateur en 1712 avec Schmid et Casseman : identité à préciser. Lien avec les familles verrières de La Caborde ou d’autres établissements ?
  • La vente de bois de 1712 : acte à localiser dans les archives notariales locales (AD25) pour en préciser les termes et les signataires complets.
  • La verrerie de La Caborde : origine présumée de la plupart des fondateurs. Sa propre histoire est peu documentée et reste à établir.
  • Raphaël Sigwart : sa branche exacte dans la famille Sigwart (distincte des Sigwart de la lignée provençale) reste à documenter. Son acte de mariage à Charquemont (22 thermidor an IV) est la principale source disponible.

Notes

Footnotes

  1. Guy-Jean Michel, Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle, tome I, 1989, pp. 81-85. La date de fondation (1712), la spécialité en gobeleterie, le « silence » de l’enquête de 1744, et la qualification générale de l’histoire de l’établissement : ibid. La citation sur les verriers de passage sous Chatelain : ibid. 2 3 4 5 6

  2. Joseph Schmid (né 2 octobre 1666 à Soubey, †vers 1725), son père Melchior (maître verrier de Grünwald, †27 juin 1703 à La Caborde), son grand-père Samuel (né à Welschenrohr, †à Grünwald), Peter Schmid de Gänsbrünnen : Michel, op. cit. et recherches personnelles. Jean Pierre Casseman (marié à Charmauvillers le 9 juin 1718, †22 janvier 1761) et sa sœur Anne Ursule (épouse vers 1720 de Jean Jacques Schel, né le 13 septembre 1705 à Court) : recherches personnelles. Guillaume Schmid (né 18 août 1713), Georges Raspiller (†1732 à la verrerie), Barbe Hug (†22 avril 1741), Joseph Balthazar Raspiller (né 3 février 1737) : registres paroissiaux de Fournet-Blancheroche. 2 3

  3. Rupture de 1765 et entrée des hommes du Bief d’Étoz (Muller, Grésely, Chatelain) : Michel, op. cit. Contrat de société du 30 avril 1767, arrêt du Conseil d’État du 28 novembre 1767 : ibid. Dissensions de 1771, ventes à Briot (9 700 livres en juin 1771, 10 000 livres deux mois plus tard), description des deux fours et de leur production : ibid. Sentence du bailliage de Baume le 25 juin 1777, reprise par Briot et Chatelain avec les frères Moutrille : ibid. Rachat du quart par François Conrad Muller II et Georges de Muller en 1778, visite du subdélégué Faton en novembre 1778 : ibid. 2 3 4 5 6 7

  4. Jean-Baptiste Félix Chatelain (né 30 mai 1732, marié le 23 novembre 1762 avec Marie Françoise Grésely née le 22 octobre 1741) : registres paroissiaux de Fournet-Blancheroche et recherches personnelles. Jean Baptiste Chatelain père (né Charquemont 14 novembre 1692, marié 6 février 1714, †Charquemont 1763) : ibid. Marie Dorothée Chatelain (née 31 août 1723 à Grand-Combe-des-Bois, épouse de François Conrad Muller II) ; Jeanne Baptiste Chatelain (née 24 juin 1729 à Fournet-Blancheroche, épouse d’Henri Melchior Muller) : ibid. Raphaël Sigwart (mariage le 22 thermidor an IV / 9 août 1796 à Charquemont avec Marie Dorothée Schmid née à Blancheroche vers 1772, originaire de Fribourg-en-Brisgau) : recherches personnelles. Guerres révolutionnaires (réquisition du salpêtre, commande de l’Armée du Rhin en 1794, volontaires Joseph et Auguste Chatelain en 1792) : Michel, op. cit. Crue du Doubs et ses conséquences, Blaise Alexandre Chatelain et sa machine (1800) : ibid. Bail à Melchior Joseph Grésely en 1803, sa mort en 1805 : ibid. Mariage de Célestin Chatelain avec Sophie Grésely le 30 mars 1804 (Sophie avait épousé Georges Muller en 1798, divorcé en 1802) : ibid. Annuaire du Doubs 1804 : ibid. Achat de la verrerie de Roches en 1817, verrerie de Moutier en 1842, fermeture de Blancheroche vers 1835 : ibid. 2 3 4 5 6 7

Personnages associés

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Sources

livre Verriers et verreries en Franche-Comté au XVIIIe siècle — tome I — Guy-Jean Michel

Pages 81-85. Source principale et quasi unique pour l'histoire de cet établissement. Récit détaillé de la fondation, des conflits internes, de la période Chatelain et du déclin. Complété par les recherches généalogiques de l'auteur de Radix Vitri pour les notes sur les familles Chatelain, Schmid, Grésely, etc.

archive Registres de contrôle des actes du bureau de Damprichard

Délibération du 23 novembre 1736 « pour le gouvernement de la verrerie ». Mentionné par Michel.

etat civil Registres paroissiaux de Fournet-Blancheroche et Charquemont

Actes de naissance, mariage et décès des familles Schmid, Raspiller, Chatelain, Hug. Sources primaires pour la généalogie des fondateurs et de la famille Chatelain.