Personnalité

Paul Bosc d'Antic

8 juillet 1726 — 4 avril 1784

Physicien, expert en verrerie et glacerie, cofondateur de la manufacture de Rouelles, directeur de la verrerie de la Margeride

Biographie

Paul Bosc d’Antic est l’une des figures les plus complexes et les plus attachantes du monde verrier français du XVIIIe siècle. Chimiste de talent, médecin, pasteur protestant clandestin et franc-maçon, il incarne à la fois les promesses et les limites de l’intellectuel des Lumières confronté aux réalités de la production industrielle. Sa trajectoire est une succession de tentatives audacieuses et d’échecs retentissants, nourris par une foi inébranlable dans le progrès scientifique et une incapacité persistante à plier ses ambitions aux contraintes du quotidien.

Né le 8 juillet 1726 à Pierre-Ségade (Tarn), dans une famille protestante modeste, ses parents le font baptiser dans la foi catholique pour lui assurer un état civil officiel dans une France où l’Édit de Nantes est révoqué. Doué, il entame des études de médecine à Montpellier puis à Nîmes en 1745, où il rencontre le pasteur Paul Rabaut, qui l’oriente vers la vocation pastorale. En 1747, il rejoint le séminaire protestant de Lausanne, où il est consacré pasteur le 3 octobre 1751. Il utilise alors des pseudonymes — Forès, Dantik — pour échapper aux persécutions, et s’affilie à la franc-maçonnerie. De retour à Paris, il obtient son diplôme de médecin à l’université de Harderwijk (Pays-Bas) le 12 avril 1753, avant de se détourner progressivement de ses vocations initiales pour se consacrer à sa véritable passion : la chimie et les sciences naturelles1.

C’est à l’Académie des Sciences qu’il se fait remarquer, initié à l’art de la verrerie par l’abbé Nollet et Réaumur. Grâce à ses réseaux protestants et francs-maçons, il est engagé en 1756 comme directeur scientifique de la Manufacture royale des glaces de Saint-Gobain — poste prestigieux qui tourne court. En conflit permanent avec la direction, accusé d’incompétence et d’expériences jugées trop coûteuses, il quitte l’établissement en 1758 après de longs procès. Ce renvoi, vécu comme une humiliation, nourrit le désir de revanche qui orientera toute la suite de sa carrière industrielle1.

Dès 1759, il est l’un des quatre cofondateurs de la manufacture de glaces de Rouelles (Haute-Marne), aux côtés du baron de Marivetz, d’Antoine Allut et de l’économiste Véron de Forbonnais. Sa contribution est l’expertise technique — la connaissance des secrets de fabrication des glaces coulées que Saint-Gobain protège jalousement. Pourtant, les premières glaces produites à Rouelles manquent précisément de la « couleur blanche et cristalline » propre à son ex-employeur, ce qui suggère que ce transfert de savoir-faire ne fut pas aussi complet que prévu. Il se retire en 1763, lors de la première crise financière de la manufacture. Une tentative de verrerie à Servin (Doubs) tourne également court. Il dirige aussi un temps la manufacture de faïence d’Aprey avec ses beaux-frères1.

C’est en 1769 qu’il accepte la direction de la Manufacture Royale de la Margeride (Védrines-Saint-Loup, Cantal), la plus vaste et la plus ambitieuse de ses entreprises. Il y déploie une énergie considérable, lançant la construction d’un vaste complexe industriel avant même la réception des lettres patentes. Mais il conçoit l’établissement moins comme une entreprise commerciale que comme sa plateforme d’expérimentation : son projet le plus cher est une « école gratuite de chimie » dont il présente le plan à la Société des sciences de Clermont-Ferrand en 1771, un rêve académique qui ne voit jamais le jour. Il se disperse dans des recherches annexes (mémoires sur la fausse émeraude d’Auvergne, eaux thermales de Chaudes-Aigues, maladies bovines), néglige la gestion courante, et fait construire le four principal dans une pierre « très disposée à entrer en fusion » selon le rapport de l’ingénieur Monnet. La faillite survient à l’été 1773 2.

Sa carrière post-Margeride comprend une mission en Angleterre pour le compte du gouvernement français. Il rassemble et publie ses nombreux mémoires scientifiques en 1780 en deux volumes. Il s’éteint à Paris le 4 avril 1784, « pratiquement ruiné ».

Notes

Paul Bosc d’Antic illustre de façon saisissante l’écart possible entre le génie théorique et le pragmatisme de l’exécution. Ses connaissances chimiques étaient réelles — ses travaux sur la composition du verre, les argiles réfractaires, la décoloration au manganèse témoignent d’une science authentique. Mais il concevait systématiquement ses manufactures comme des laboratoires, non comme des entreprises, ce qui le condamnait à l’échec dès lors que ses associés attendaient des résultats commerciaux. À Rouelles, il est parti avant que la manufacture ne connaisse son âge d’or sous Saaz-Delahaye ; à la Margeride, il laisse un outil de production coûteux mais défaillant, dont une équipe plus pragmatique tire ensuite parti.

Sa trajectoire croise à deux reprises celle de Jean Julien Nicolas Saaz-Delahaye — autre transfuge de Saint-Gobain — sans que les deux hommes aient jamais travaillé ensemble : Bosc d’Antic cofonde Rouelles, Saaz-Delahaye la ressuscite neuf ans plus tard.

Footnotes

  1. Pour la biographie générale, la formation, le passage à Saint-Gobain et les entreprises verrières antérieures à la Margeride : article Wikipédia Paul Bosc d’Antichttps://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Bosc_d%27Antic ; article Un savant trop méconnuhttp://journal.vivreici.free.fr/site_html/vivreici/num119/pg_0010.htm ; notice CTHS — https://cths.fr/an/savant.php?id=128535. 2 3

  2. Pour la direction de la Manufacture de la Margeride, le projet d’école de chimie, le rapport Monnet et la faillite de 1773 : Inventaire Margeride (Service de l’Inventaire du Patrimoine Culturel).

Frise chronologique

Directeur scientifique

Engagé grâce à ses réseaux protestants et francs-maçons. En conflit avec la direction, accusé d'incompétence et d'expériences trop coûteuses et hasardeuses, il quitte Saint-Gobain en 1758 au terme de …

1756 — 1758
1759 — 1763
Expert technique cofondateur

Apporte la connaissance intime des procédés de Saint-Gobain. Se retire en 1763, lors de la première crise financière de la manufacture, privant l'établissement d'un soutien technique essentiel.

Directeur

Directeur fondateur de la Manufacture Royale de verre de la Margeride (Védrines-Saint-Loup, Cantal). Conçoit la manufacture comme un laboratoire scientifique plus que comme une entreprise commerciale …

1769 — 1773

Parcours géographique

2 verreries

Sources