Personnalité

Marie Henri Georges Emmanuel Gaston Brigode de Kemlandt

1er juin 1850 — 11 avril 1937

Comte de Brigode, maître de verrerie, maire de Folembray, officier de la Légion d'honneur

Biographie

Gaston de Brigode — de son nom complet Marie Henri Georges Emmanuel Gaston Brigode de Kemlandt — est le dernier grand propriétaire de la verrerie du Vivier à Folembray, qu’il dirige pendant plus de soixante ans, de 1876 jusqu’à sa mort le 11 avril 1937. Industriel, maire, reconstructeur, il incarne à lui seul la longue transition de la verrerie artisanale vers l’entreprise moderne, et traverse deux guerres mondiales sans abdiquer ni son rôle industriel ni son rôle civique.

Né à Paris le 1er juin 1850 — même jour que son future épouse Corisande de Gramont —, il est le fils du comte Henry de Brigode (1827-1859) et d’Anette du Hallay-Coëtquen (1831-1905). Sa famille est l’une des plus illustres de la noblesse lilloise, anoblie sous Louis XVI par la charge de secrétaire du roi, puis portée aux plus hauts honneurs sous l’Empire par son grand-oncle Louis Marie Joseph de Brigode, comte de l’Empire, pair de France et maire de Lille sous Napoléon — qui avait épousé Émilie de Pellapra, prétendue fille naturelle de l’Empereur. C’est le beau-frère de sa mère, Henri Charles Georges de Poilly, qui, en épousant Anette du Hallay-Coëtquen en 1860, avait introduit les Brigode dans l’orbite de la verrerie de Folembray ; la mort prématurée d’Henri de Poilly en 1862 place progressivement la famille de Brigode à la tête de l’établissement.

Après une carrière de secrétaire d’ambassade — dont les détails restent à documenter —, Gaston de Brigode prend la direction des verreries en 1876, à la suite du décès de sa mère, et en devient le gérant dès 1880. Il épouse la même année du mariage (1871, à Londres) Corisande de Gramont, fille d’Antoine XI, duc de Gramont, le ministre des Affaires étrangères dont la déclaration de guerre à la Prusse en juillet 1870 précipita le désastre du Second Empire. Il réside au château du Vivier et à Paris (6 rue de la Trémoille), et est élu maire de Folembray en 1877, mandat qu’il exercera pendant plus de 47 ans (jusqu’en 1925 au moins).

Sous sa direction, la verrerie entre résolument dans l’ère industrielle : fours à gaz à travail continu, moules métalliques fermés, et surtout la construction en 1879-1882 d’un chemin de fer privé reliant l’usine au canal de Saint-Quentin. Vers 1899, il prend l’initiative — avec le directeur Guéroult — de lancer la fabrication d’isolateurs électriques en verre, première de ce type en France, qui devient la spécialité de Folembray dans l’entre-deux-guerres.

En septembre 1914, les Allemands occupent Folembray et réquisitionnent la verrerie. Gaston de Brigode reste vaillamment à son poste de maire, confiné dans une chambre et une cuisine de son propre château, où le général Von Kluck, commandant de la 1re armée, séjourne en 1915. Il avance sur ses deniers personnels les fonds du ravitaillement de la commune — remboursés ensuite par la municipalité. En mars 1917, lors du repli allemand, le village et la verrerie sont entièrement dynamités. Gaston de Brigode lance aussitôt, dès la fin 1918, la reconstruction complète selon un plan nouveau conçu par l’ingénieur Conrad. En octobre 1920, la fabrication reprend. En 1921, il apporte formellement ses biens à la Société des Verreries de Folembray, dont il devient président du conseil d’administration.

La période 1920-1929 est la plus faste de toute l’histoire de la verrerie : 750 ouvriers, trois fours en permanence, fabrication de bouteilles, isolateurs, bocaux et verre borosilicaté Sibor. Gaston de Brigode meurt le 11 avril 1937 à Folembray, à 86 ans, dans le château qu’il avait reconstruit de ses ruines.

Notes

Le lien entre Gaston de Brigode et Jean-Claude Haour est une coïncidence de calendrier : c’est précisément en 1876, l’année où Gaston prend la direction des verreries, que Jean-Claude Haour s’y marie et s’y installe. Les deux hommes se côtoient donc à Folembray à la même époque : l’un propriétaire et gérant aristocrate, l’autre souffleur de bouteilles nomade. Ils n’ont laissé aucun lien documenté, mais incarnent les deux faces d’un même monde verrier : le capital et le travail, le château et les fournaises.

Sa femme Corisande de Gramont (1850-1935) était la fille du duc de Gramont qui avait déclenché la guerre franco-prussienne de 1870, guerre qui n’est pas sans lien indirect avec le basculement industriel que Gaston a accompagné à Folembray, la défaite ayant accéléré en France la modernisation des outils de production.

Frise chronologique

Gérant et propriétaire de la Société des Verreries de Folembray

Prend la direction des verreries en 1876, à la suite du décès de sa mère. Devient gérant de la Société de Poilly-Brigode dès 1880. Artisan de toutes les modernisations de l'ère industrielle : four Sie…

1876 — 1937
1876
Événement

Prend la direction des verreries de Folembray à la suite du décès de sa mère. Devient également maire de Folembray, fonction qu'il exercera pendant plus de 47 ans (1877-1925).

Événement

Mise en service du chemin de fer privé reliant la verrerie au canal de Saint-Quentin et à la gare de Chauny, dont la construction avait débuté en 1879.

1er mai 1882
1899
Événement

Initiative avec le directeur Guéroult du lancement des isolateurs électriques en verre — première fabrication de ce type en France.

Événement

Le village et la verrerie sont entièrement dynamités par les Allemands lors de leur repli. Gaston de Brigode, resté à son poste de maire pendant toute l'occupation (septembre 1914 - mars 1917), avait …

mars 1917
16 avril 1921
Événement

Acte reçu par Me de Ridder, notaire : apport formel des biens de Folembray à la Société des Verreries de Folembray. Gaston de Brigode en devient président du conseil d'administration.

Parcours géographique

1 verrerie

Sources