Personnalité
François Coron
21 juin 1818 — 10 novembre 1869
Maître de verrerie, inventeur d'un modèle de four à douze creusets, fondateur de la verrerie de Vernaison
Biographie
François Coron est l’un de ces entrepreneurs verriers du XIXe siècle dont la trajectoire illustre parfaitement le modèle de la mobilité méritocratique dans l’industrie du verre : fils de la Loire, formé à la comptabilité et aux affaires dans une verrerie de Rive-de-Gier, il devient directeur à Givors, invente un modèle de four breveté, puis fonde son propre établissement à Vernaison où il produit près de deux millions de bouteilles par an, avant de mourir prématurément à 51 ans, laissant une entreprise dont l’épilogue judiciaire durera des années.
Origines et formation (1818 — vers 1842)
François Coron naît le 21 juin 1818 à Farnay, village de la Loire sur les contreforts nord du Pilat, au-dessus de Grand-Croix et Lorette. La famille Coron (ou Corompt, Coromp selon les graphies) est une famille de la région, dont on trouve de nombreuses branches autour de Rive-de-Gier. C’est dans cette ville industrielle, cœur verrier du bassin stéphanois, que François Coron entre dans le monde du verre. Non par la voie technique du souffleur, mais par celle, plus rare, des affaires : il y est teneur de livres chez Ninquerier, maître de verrerie réputé. Cette formation duale (comptabilité et connaissance de la production) fera toute la singularité de son profil.
La verrerie Lobre à Givors : l’invention du four (vers 1842 — 1856)
À une date inconnue, vraisemblablement dans les années 1840, Coron prend la direction de la verrerie Lobre à Givors, un établissement dont les sources disponibles ne précisent ni la localisation exacte ni le profil du propriétaire éponyme. C’est pendant cette période givordine qu’il développe sa principale contribution technique : un modèle de four à douze creusets, qu’il fait protéger par un brevet de quinze ans. Le nombre de douze creusets est exceptionnel pour la région, comme le confirme Pierre Pelletier en 1887. Il constitue un avantage de capacité décisif pour la production de bouteilles en grande série.
À la fin de son bail, en 1856, Coron dispose donc d’une technique brevetée, d’une expérience de direction et d’une connaissance commerciale solide. Il est prêt à fonder son propre établissement.
La verrerie de Vernaison : une vie de maître (1857 — 1869)
Après la fin de son bail chez Lobre, Coron se tourne vers Vernaison, commune du Rhône idéalement positionnée au bord du Rhône et de la ligne de chemin de fer P.L.M., deux avantages logistiques majeurs pour l’approvisionnement en matières premières et l’expédition des bouteilles. Le maire de Vernaison, soucieux de relancer l’emploi après la fermeture de l’indiennerie locale en 1855, lui apporte son soutien actif.
Les formalités administratives retardent l’ouverture. Les fours ne sont allumés qu’en 1859. La verrerie comprend deux fours : l’un consacré aux bouteilles, l’autre à d’autres productions, tous deux construits sur le modèle breveté à douze creusets. La production est essentiellement axée sur les bouteilles (près de deux millions par an à son apogée), mais la verrerie fabrique aussi d’autres types de verre, notamment du verre de couleur et des bonbonnes et dames-jeannes très prisées des usines de chimie industrielle de la vallée du Rhône. Une spécialité qui rappelle celle de la verrerie Neuvesel de Givors, et qui témoigne d’une stratégie commerciale diversifiée au-delà du seul marché viticole et d’eaux minérales, très concurrentiel.
François Coron avait épousé Marie Gazanchon le 19 juillet 1842 à Rive-de-Gier. Il décède en son domaine le 10 novembre 1869, à 51 ans, laissant sa veuve et son entreprise dans une situation financière difficile.
L’épilogue : la succession et la fin (1869 — vers 1895)
La mort prématurée de Coron ouvre une longue période d’incertitude. C’est son gendre Francisque Mille qui, au terme d’un combat judiciaire de plusieurs années, rachète l’usine et relance la production pour un temps. En 1893, M. Marion, un soyeux lyonnais, rachète le domaine et y installe une usine textile. Peu après, M. Guéry acquiert la partie est du site, où se trouvaient les fours : il abandonne la production verrière et y installe des entrepôts. C’est à ce moment, vers 1894-1895, que les fours sont abattus.
Une partie des bâtiments industriels, ainsi que l’embranchement P.L.M. et le passage vers le Rhône sous le chemin de fer, restent visibles et utilisés après 1950.
Notes
Sur la verrerie Lobre. Cet établissement givorden reste mal documenté dans les sources disponibles : ni sa localisation précise, ni le profil de son propriétaire éponyme ne sont établis. La période exacte du passage de Coron (bail probable entre le début des années 1840 et 1856) et les conditions de son départ sont à documenter dans les archives notariales ou la presse locale de Givors.
Sur le brevet du four à douze creusets. Le dépôt du brevet, s’il est bien conservé aux archives de l’INPI (ou dans les fonds antérieurs), constituerait une source technique de premier ordre, précisant la date du dépôt, la description du dispositif et les avantages revendiqués. À rechercher.
Frise chronologique
Loue aux héritiers Lobre le four dit 'de la Gare' (entre la gare d'eau et le Gier), inoccupé depuis la mort de Laurent Lobre vers 1843. Ce four est cédé en 1853 à la Compagnie Générale des Verreries …
Après la fin de son bail chez Lobre, Coron se lance dans la fondation de son propre établissement à Vernaison. Les formalités administratives retardent l'ouverture malgré l'appui du maire de Vernaison…
François Coron fait ses premières armes comme teneur de livres chez Ninquerier, maître de verrerie réputé à Rive-de-Gier. C'est là qu'il acquiert sa connaissance des aspects commerciaux et administrat…
Parcours géographique
2 verreries
Sources
- livre Les verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre
1887 — confirme le caractère exceptionnel des fours à douze creusets de Coron dans la région.
- etat civil Acte de mariage de François Coron et Marie Gazanchon
19 juillet 1842, Rive-de-Gier (Loire).