Verrier

Thomas Crine

22 août 1836 — 12 mai 1889

Maître verrier, cofondateur de la verrerie Crine de la Freydière à Givors, dernier exploitant Crine à la verrerie de la Montat

Biographie

Résumé

Thomas Crine est le frère cadet de Nicolas et Jean-Baptiste, dernier représentant de la génération Crine dans le monde verrier stéphanois. Né à Rive-de-Gier en 1836, fils de Jean-Pierre Criner et Marie Anne Richard, il suit la trajectoire familiale — apprentissage à Rive-de-Gier, migration vers Saint-Étienne, puis une bifurcation qui le distingue de ses frères : il s’installe à Givors vers 1860 et y cofonde avec son frère Étienne la verrerie de la Freydière, qu’il dirige comme maître de verreries pendant quinze ans.

Contraint de revenir à Saint-Étienne vers 1875 après la cession de la verrerie givordine, il retrouve la verrerie de la Montat dans un contexte de dissensions familiales aiguës — il s’y était déjà opposé à Gustave Bertholon dans la liquidation de 1874. Après la dissolution judiciaire de 1878, il tente un dernier partenariat avec son gendre Charles Duplat, mais l’affaire périclite. Thomas décède le 12 mai 1889 rue de la Montat 94, dans la maison même où son frère Nicolas avait vécu et travaillé vingt ans plus tôt.


Filiation et réseau familial

Thomas est le fils de Jean-Pierre Criner (13 janvier 1792, Givors — 31 janvier 1841, Lyon) et de Marie Anne Richard (? — 30 avril 1863, Lyon). Il est le frère cadet de Nicolas (1819) et Jean-Baptiste (1817), et le plus jeune des frères actifs dans le monde verrier stéphanois. Sa naissance est déclarée en présence de Melchior Huot (verrier, 44 ans, rue des Verreries Rondes) — de la famille Huot du Bugey qu’on retrouve comme témoin dans plusieurs actes des Crine et à la verrerie de la Montat.

Il épouse le 14 février 1859 à Rive-de-Gier Antoinette Perrichon (8 janvier 1836 — ?), tailleuse, rue des Verchères — même quartier que les verreries Coste-Teillard où travaillaient les Crine. Leurs enfants :

  • Antoinette (29 mars 1860, Saint-Étienne — 22 janvier 1941, Écully), épouse de Charles-François-Marie Duplat (30 janvier 1853, Blidah, Algérie française — 16 mai 1892, Saint-Étienne) le 27 décembre 1878
  • Louise (5 septembre 1865, Givors — ?), épouse de Louis Aubin Baroni (1er mars 1852, Saint-Étienne) le 3 mai 1888
  • Claudia (21 août 1867, Givors — 3 juin 1868, Rive-de-Gier)
  • Anathole Benoît (12 juillet 1868, Givors — 10 juillet 1874, Givors)
  • Mariette Olympe (18 février 1870, Givors — ?)
  • Thérèse Cécilia (30 septembre 1872, Givors — 16 juillet 1873, Saint-Romain-en-Gier)
  • Jean Raoul (3 décembre 1873, Givors — ?), marié à Saint-Étienne le 8 décembre 1900 avec Madeleine Monillerat
  • Adolphe Marie (10 mars 1875, Saint-Étienne — 7 août 1931, Saint-Étienne), camionneur

Charles-François-Marie Duplat, un gendre atypique

Le gendre de Thomas mérite quelques lignes. Charles Duplat est né le 30 janvier 1853 à Blidah (Algérie française), fils de Jean-Baptiste Duplat, pharmacien de l’hôpital militaire de Blidah, chevalier de la Légion d’honneur (1840). Il épouse Antoinette Crine le 27 décembre 1878 à Saint-Étienne — la veille de la signature du contrat de société avec Thomas. Sa trajectoire professionnelle reflète les turbulences de la verrerie de la Montat : employé de commerce en 1878, négociant rue de la Montat en 1879, employé de commerce à Saint-Jean-de-Bonnefonds en 1882, maître de verrerie rue de la Montat en 1885. Il décède le 16 mai 1892, trois ans après Thomas, à 39 ans.


Trajectoire verrière

Formation et premiers pas (vers 1856 — 1859)

Thomas apprend son métier à Rive-de-Gier, comme ses frères, dans les verreries du quartier des Verchères ou des Verreries Rondes. À son mariage en février 1859, il est « verrier demeurant à Saint-Étienne, lieu de Bérard » — il travaille à la verrerie de la Montat avec ses frères Nicolas et Jean-Baptiste, qui y sont actifs depuis 1851 et 1859. Sa première fille Antoinette naît rue de la Montat 66 en mars 1860 — même adresse que Nicolas. Il est alors encore simple verrier, pas encore maître.

Givors : cofondation et direction de la verrerie de la Freydière (1860 — 1875)

Vers 1860, Thomas quitte Saint-Étienne pour Givors et s’installe rue de Rive-de-Gier au quartier de la Freydière, où ses frères — probablement Étienne en premier — viennent de fonder un four à topettes et bouffeterie. Les almanachs mentionnent « Crine frères, bouffeteries » à Givors dès 1860. Thomas y est d’abord « verrier » (1865), puis « maître de verreries » dès 1868 — la progression reflète une responsabilité croissante.

En 1870, il se présente aux élections municipales de Givors parmi les candidats démocratiques, qualifié de « fabricant de verrerie » — il est intégré à la vie civique de la ville après une décennie de présence.

Les premières difficultés apparaissent avec l’affaire de contrefaçon Grimault (1872-1874) : les Crine frères sont condamnés pour avoir fabriqué des flacons imitant ceux du célèbre sirop de raifort, diffusés en Espagne. La condamnation est symbolique (90 francs) mais la publicité dans trois journaux est désastreuse. En juillet 1874, Thomas est encore « maître de verrerie à Givors » lors du décès de son fils Anathole — mais la décision de céder est probablement déjà prise.

La verrerie est cédée à M. Hérard vers 1875 — et non 1865 comme l’indique Pelletier, erreur manifeste de décennie. Le premier enfant de Thomas né à Saint-Étienne depuis 1860, Adolphe Marie, voit le jour le 10 mars 1875 — la migration est datée.

Retour à Saint-Étienne : les derniers combats Crine (1875 — 1889)

Thomas revient sur un terrain familial miné. Il avait déjà pris position contre Bertholon dans l’acte de novembre 1874 (remplacement du liquidateur), aux côtés de Jean-Baptiste. En septembre 1876, la société « Crine frères et fils » est reconstituée rue de la Montat 64 et 66, avec Thomas, Jean-Baptiste, Joseph-Donat et — inévitablement — Bertholon. L’armistice est forcé : Bertholon possède les murs, les Crine ont le savoir-faire.

La dissolution judiciaire de février 1878 libère Thomas de cette cohabitation contrainte. Six mois plus tard, le 24 décembre 1878, il signe avec Charles Duplat — son gendre depuis la veille — une nouvelle société rue de la Montat 84 et 86 : capital de 50 000 francs, production de verre. C’est le choix délibéré d’un partenaire extérieur à la famille plutôt que de reconstituer une société avec Bertholon. Mais Duplat n’est pas verrier — il est employé de commerce — et l’affaire périclite progressivement. En octobre 1882, Duplat prend seul la gestion.

Thomas décède le 12 mai 1889 rue de la Montat 94, à 53 ans, « maître de verrerie » jusqu’au bout selon son acte de décès. Il est le dernier Crine à mourir dans la rue où ses frères Nicolas et Jean-Baptiste avaient vécu et travaillé.


Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • L’acte de décès indique Thomas né « à Givors (Rhône) » — erreur de l’officier d’état civil. Il est né à Rive-de-Gier (Loire), confirmé par son acte de naissance.
  • La date exacte de cession à Hérard : entre juillet 1874 (Thomas encore à Givors) et mars 1875 (premier enfant né à Saint-Étienne). Probablement fin 1874 ou début 1875.
  • Étienne Crine après 1874 : son frère cadet, « maître de verrerie demeurant à Givors » en novembre 1874, a vraisemblablement suivi une trajectoire similaire. Son acte de décès (12 août 1911, Saint-Étienne) confirme un retour, mais la date et les circonstances sont inconnues.
  • L’issue des poursuites en Espagne dans l’affaire Grimault : les tribunaux de Barcelone étaient saisis d’une instance correctionnelle au moment du jugement français de juin 1874 — l’issue est inconnue.
  • Le mariage de Jean Raoul Crine (8 décembre 1900, Saint-Étienne, avec Madeleine Monillerat) : sa profession et sa trajectoire après cette date ne sont pas documentées.

Frise chronologique

Naissance à Rive-de-Gier

Fils de Jean Pierre Crine, verrier, et Marie Anne Richard, domiciliés rue des Verreries Rondes. Témoins : Melchior Huot, verrier (44 ans, rue des Verreries Rondes) et Claude Chorliot, chapelier. Thoma…

22 août 1836
1859
Verrier à la verrerie de la Montat

À son mariage le 14 février 1859, Thomas est « verrier demeurant à Saint-Étienne, lieu de Bérard » — il travaille donc à la verrerie de la Montat (quartier de Bérard), aux côtés de ses frères Nicolas …

Mariage avec Antoinette Perrichon

Thomas, 22 ans, verrier demeurant à Saint-Étienne lieu de Bérard. Antoinette Perrichon, 23 ans, tailleuse, rue des Verchères à Rive-de-Gier — même quartier que les anciens engagements des Crine. Témoi…

14 février 1859
1860 — 1875
Cofondateur et maître de verreries, verrerie de la Freydière

Thomas s'installe à Givors vers 1860, rue de Rive-de-Gier (actuelle rue Fleury-Neuvesel), quartier de la Freydière. D'abord qualifié de « verrier » en 1865, il est « maître de verreries » dès 1868. En…

Installation à Givors et cofondation de la verrerie de la Freydière

Thomas quitte Saint-Étienne pour Givors vers 1860, s'installant rue de Rive-de-Gier au quartier de la Freydière. Les almanachs du commerce mentionnent « Crine frères, bouffeteries » à Givors dès 1860.…

vers 1860
1870
Candidature aux élections municipales de Givors

Thomas Crine figure parmi les candidats démocratiques aux élections municipales de Givors (Le Progrès, 5 août 1870), qualifié de « fabricant de verrerie ». Signe de son intégration dans la vie civique…

Affaire de contrefaçon Grimault

Les Crine frères sont poursuivis par Rigaud et Leconte (successeurs de Grimault et Cie) pour avoir fabriqué des flacons imitant ceux du sirop de raifort iodé de Grimault, diffusés en Espagne via le ma…

1872-1874
1875
Retour à Saint-Étienne et réassociation à la Montat

Thomas revient à Saint-Étienne vers 1875, après la cession de la verrerie givordine à M. Hérard. Son fils Adolphe Marie naît à Saint-Étienne le 10 mars 1875 — premier enfant hors de Givors depuis 1860…

Maître de verrerie, associé dans Crine frères et fils puis Crine-Duplat

Retour à Saint-Étienne vers 1875. En septembre 1876, Thomas est associé dans la société « Crine frères et fils » rue de la Montat 64 et 66 (avec Jean-Baptiste, Joseph-Donat et Gustave Bertholon). Aprè…

1876 — 1889
12 mai 1889
Décès rue de la Montat

Thomas Crine, 53 ans, maître de verrerie, décède le 12 mai 1889 à cinq heures du matin en son domicile. Déclarants : Louis Aubin Baroni (37 ans, employé d'octroi, rue Ferdinand 22 — son gendre, époux …

Parcours géographique

1 verrerie

Sources

  • etat civil Acte de naissance de Thomas Crine — 23 août 1836 (AD42, Rive-de-Gier, NMD 1836, cote 3NUMEC2/3E187_17, vue 94/325) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta8662093c55093769/img:AD04212_3E187_017_0095

    Jean Pierre Crine, verrier, rue des Verreries Rondes, déclare la naissance de son fils Thomas le 22 août 1836. Témoins : Melchior Huot, verrier (44 ans, rue des Verreries Rondes) — de la famille Huot du Bugey présente dans tout le réseau verrier ripagérien — et Claude Chorliot, chapelier.

  • etat civil Acte de mariage de Thomas Crine et Antoinette Perrichon — 14 février 1859 (AD42, Rive-de-Gier, Mariages 1859, cote 3NUMEC2/3E187_28, acte n°13, vue 14/138) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta83fdb632a2304f67/img:AD04212_3E187_028_0512

    Thomas Crine, verrier, demeurant à Saint-Étienne lieu de Bérard. Antoinette Perrichon, tailleuse, rue des Verchères à Rive-de-Gier. Contrat de mariage chez Me Frécon. Témoins : François Perrichon (forgeur, frère de l'épouse), Jean-Claude Goy et Benoît Goy (forgeurs, beaux-frères de l'épouse), Philippe Sibert (fondeur aux verreries).

  • etat civil Acte de naissance d'Antoinette Crine — 29 mars 1860 (AM Saint-Étienne, Naissances 1860, cote 2 E 68, acte n°891, vue 74/311)

    Thomas Crine, 24 ans, verrier, rue de la Montat 66. Témoins : Louis Barre (sergent de ville, même rue n°59) et Jean Antoine Remillieux (teneur de livres, rue de la Charité 7) — ce dernier, témoin récurrent dans les actes des Crine stéphanois.

  • etat civil Acte de naissance de Louise Crine — 5 septembre 1865, Givors (AD69, Givors, Naissances 1865, cote 4 E 1402, acte n°218, vue 39/59) https://archives.rhone.fr/ark:/28729/9vxp3kd18fwc/7a75b2ed-6df5-4fb0-8233-c2652565ed0d

    Thomas Crine, 29 ans, verrier, Givors, rue de Rive-de-Gier. Première attestation de Thomas à Givors.

  • etat civil Acte de naissance de Claudia Crine — 21 août 1867, Givors (AD69, Givors, Naissances 1867, cote 4 E 1402, acte n°224, vue 41/62) https://archives.rhone.fr/ark:/28729/gfcthzlp1w6j/c0fa1274-e9d6-4f1f-bbb4-135685129cb4

    Thomas Crine, 31 ans, verrier, Givors, lieu de la Freydière. Première mention du lieu précis « la Freydière ».

  • etat civil Acte de naissance d'Anathole Benoît Crine — 13 juillet 1868, Givors (AD69, Givors, Naissances 1868, cote 4 E 1402, acte n°156, vue 29/52) https://archives.rhone.fr/ark:/28729/x7n801vz25hd/6c823f25-6626-4b91-9891-17d543a64849

    Thomas Crine, 32 ans, « maître de verreries », lieu de la Freydière, Givors. Première attestation de Thomas qualifié de maître de verreries.

  • etat civil Acte de décès d'Anathole Benoît Crine — 10 juillet 1874, Givors (AD69, Givors, Décès 1874, cote 4 E 5556, acte n°131, vue 23/54) https://archives.rhone.fr/ark:/28729/68jzkdg15hnw/1cea8200-1903-4ac5-8ca3-1f99938b0a6f

    Thomas Crine, 38 ans, maître de verrerie, Givors. Déclarant avec Laurent Graisely, verrier. Dernier acte attestant Thomas à Givors comme maître de verrerie — la cession à Hérard intervient dans les mois suivants.

  • etat civil Acte de décès de Thomas Crine — 12 mai 1889 (AM Saint-Étienne, Décès 1889, cote 4 E 96, acte n°1151, vue 84/225)

    Thomas Crine, 53 ans, maître de verrerie, rue de la Montat 94, né à Givors [sic — erreur de l'officier d'état civil, il est né à Rive-de-Gier], époux d'Antoinette Perrichon. Déclarants : Louis Aubin Baroni (son gendre) et Philibert Sepier, passementier au Mont.

  • article Le Progrès — élections municipales de Givors 1870 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t526857445

    5 août 1870 : Thomas Crine figure parmi les candidats démocratiques aux élections municipales de Givors, qualifié de « fabricant de verrerie ».

  • article Le Figaro — affaire de contrefaçon Grimault https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k275257f

    7 juin 1874 : jugement condamnant Crine frères, Jacquel et Martinet pour contrefaçon des flacons du sirop de raifort iodé de Grimault et Cie. Condamnation à 90 francs d'indemnité (deux cinquièmes à charge de Crine frères), publication obligatoire dans trois journaux.

  • article Mémorial de la Loire — remplacement de Bertholon comme liquidateur https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/01-decembre-1874/4/cba1806e-0d8f-4d5f-b1b4-e8999d1647b5

    1er décembre 1874 : Thomas Crine, « maître de verrerie demeurant à Givors » s'oppose avec Jean-Baptiste à Gustave Bertholon dans la liquidation de la société stéphanoise. Bertholon est remplacé comme liquidateur par Me Desjoyeaux.

  • article Mémorial de la Loire — formation société Crine frères et fils

    Septembre 1876 : Thomas Crine est associé dans la société « Crine frères et fils », siège rue de la Montat 64 et 66, avec Jean-Baptiste, Joseph-Donat Crine et Gustave Bertholon. Capital : 60 000 francs.

  • article Mémorial de la Loire — formation société Crine-Duplat

    24 décembre 1878 : Thomas Crine s'associe à Charles-François-Marie Duplat, employé de commerce, pour l'exploitation de la verrerie rue de la Montat 84 et 86. Duplat a épousé la fille aînée de Thomas, Antoinette, la veille (27 décembre 1878). Capital : 50 000 francs. En octobre 1882, la gestion est confiée à Duplat seul.

  • archive Recensement de Givors — section Rue de Rive-de-Gier, 1866 et 1872 (AD69, Givors, cote 6 M 207)

    1866 : Étienne (maître de verrerie) et Thomas Crine (verrier) aux n°9 et 9bis, immeuble de onze ménages de verriers. 1872 : les deux frères, tous deux « maîtres de verreries », au n°17, avec Laurent Graisely (47 ans) et ses enfants dont Joseph (verrier, 13 ans).