Verrier
Mathias Haour
23 septembre 1789 — 13 septembre 1877
Ouvrier verrier à Givors, soldat du 23e régiment d'infanterie de ligne, médaillé de Sainte-Hélène
Biographie
Mathias Haour est né le 23 septembre 1789 à Givors, peut-être dans l’enceinte même de la verrerie royale où travaillait son père. Il grandit dans ce milieu verrier de la basse vallée du Rhône, se marie à 19 ans avec Marie Moussy, et commence sa carrière comme ouvrier verrier chez Bolot, la verrerie concurrente de Robichon sur le chemin des Bans. Il a 21 ans quand l’Empire le rattrape.
Soldat malgré lui : la campagne d’Allemagne (1811-1815)
Enrôlé le 15 avril 1811 au 23e régiment d’infanterie de ligne, Mathias Haour mesure 1m73 — grand pour l’époque. Sa fiche d’incorporation mentionne sa profession : verrier. Il est affecté au 4e bataillon, stationné en Allemagne sur le cours de l’Elbe, tandis que les deux premiers bataillons s’épuisent dans la guérilla espagnole.
Le 1er janvier 1812, il déserte. Ramené par la gendarmerie, jugé, absous le 14 juillet 1812 — date symbolique qui n’est peut-être pas fortuite. Il est renvoyé en Allemagne.
La campagne de 1813, après la catastrophe de Russie, est meurtrière. Mathias participe à quatre batailles en quelques mois : Lützen (2 mai), Bautzen (20-21 mai), Dennewitz (6 septembre — défaite, Berlin restera hors d’atteinte), puis Wartenburg (3 octobre), près de Leipzig, contre l’armée prussienne. C’est là qu’il est fait prisonnier avec un millier d’autres soldats français. Son compagnon de bataillon Jean-Joseph Jean-Blanc, un autre verrier de Givors qui avait déserté le même jour que lui en 1812, est capturé le 31 octobre à Hanau dans la même retraite.
Mathias reste prisonnier jusqu’à l’abdication de Napoléon, le 6 avril 1814. Libéré, il reste sous les drapeaux, sans doute stationné aux abords de Lyon. Il ne participe pas aux batailles de Mâcon (11 mars 1814) ni de Limonest (20 mars 1814) — il était encore prisonnier.
Le 21 mars 1815, lendemain de l’entrée de Napoléon aux Tuileries, il déserte une seconde fois. Ce faisant, il évite la campagne de Belgique et la bataille de Fleurus (16 juin 1815), deux jours avant Waterloo, où plusieurs soldats de son bataillon sont tués ou blessés. Il rentre à Givors. Neuf mois jour pour jour après sa désertion, le 22 décembre 1815, naît son fils Charles Philippe.
Le verrier, le rentier, le noyé (1815-1877)
De retour à Givors, Mathias reprend son métier de verrier. Il travaille désormais chez Robichon frères — attesté en 1827, en 1836 et en 1841. Sa famille s’agrandit : douze enfants naissent entre 1815 et 1831, tous à Givors. L’officier d’état civil qui enregistre leurs naissances est invariablement Camille Dugas, premier adjoint au maire, futur directeur de la verrerie Robichon où travailleront plus tard de nombreux Haour.
En 1827, une procédure d’expropriation forcée est lancée contre « Mathieu Haour, ouvrier verrier chez MM. Robichon » — très probablement lui. La vente a lieu à la criée au Palais de Justice de Lyon en février 1828. Les détails de cette affaire restent inconnus.
Vers 1845-1846, Mathias prend sa retraite. Les recensements le qualifient désormais de « rentier ». Il vit toujours dans l’enceinte de la verrerie Robichon, devenue entre-temps celle de M. Dugas. En 1857, à 68 ans, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène, décernée aux survivants des campagnes napoléoniennes. Son régiment, ses campagnes, ses désertions — tout est consigné.
En 1861, il est rue Puits Ollier avec sa femme Marie Moussy, tous deux âgés de 72 ans, et sa sœur Marguerite. En 1872, il est veuf. Il vit avec son fils Charles Urbain.
Le 13 septembre 1877, un jeudi matin à 10 heures, Mathias Haour tombe dans le Rhône depuis le pont de Givors à Chasse. Son corps est retrouvé sur la rive gauche, en face du viaduc, à Vienne. Il a 87 ans. On ne saura jamais ce qu’il faisait là.
Frise chronologique
Mentionné comme 'ouvrier verrier à la Verrerie de Monsieur Bolot' lors de son mariage en 1808, et encore en 1810 à la naissance de sa fille Marie. La verrerie Bolot-Neuvesel, fondée vers 1798, était s…
Enrôlé au 23e régiment d'infanterie de ligne, 4e bataillon. Taille : 1m73. Profession enregistrée : verrier.
Première désertion. Ramené par la gendarmerie, jugé et absous par jugement contradictoire le 14 juillet 1812. Renvoyé en Allemagne.
Bataille de Lützen, le long de l'Elbe. Victoire française.
Bataille de Bautzen. Victoire française.
Bataille de Dennewitz (Jüterborg, Brandebourg actuel). Défaite française — Napoléon ne prendra pas Berlin.
Bataille de Wartenburg, près de Leipzig. Mathias Haour est fait prisonnier avec environ 1 000 autres soldats français. Détenu jusqu'à l'abdication de Napoléon.
Abdication de Napoléon. Mathias est vraisemblablement libéré de captivité à cette date ou peu après. Reste sous les drapeaux, stationné aux abords de Lyon.
Seconde désertion — le lendemain de l'entrée de Napoléon aux Tuileries (20 mars 1815). Évite ainsi la campagne de Belgique et la bataille de Fleurus (16 juin 1815), deux jours avant Waterloo, où plusi…
Naissance de son fils Charles Philippe — exactement neuf mois après sa seconde désertion du 21 mars 1815.
Mentionné comme 'ouvrier verrier chez MM. Robichon, où il demeure' dans le Journal du commerce de Lyon du 12 décembre 1827. Recensé à la verrerie Robichon frères en 1836 et 1841. Recensé comme 'rentie…
Récipiendaire de la médaille de Sainte-Hélène. Régiment : 23e de Ligne. Période de service enregistrée : 30 septembre 1811 — 14 octobre 1815.
Parcours géographique
2 verreries
Sources
- archive Fiche d'incorporation militaire — 23e régiment d'infanterie de ligne
Deux matricules au nom de Mathias Haour. La première couvre 1811-1813, la seconde 1813-1815. Détaille les campagnes, les désertions et la captivité.
- etat civil Acte de mariage de Mathias Haour et Marie Moussy
13 novembre 1808, Givors — époux mentionné comme 'ouvrier verrier à la Verrerie de Monsieur Bolot'.
- article Journal du commerce de la ville de Lyon — expropriation 1827 https://www.retronews.fr/journal/journal-du-commerce-de-la-ville-de-lyon-et-du-departement-du-rhone/12-decembre-1827/1973/4262997/5
12 décembre 1827 — mention de 'Mathieu Haour, ouvrier verrier chez MM. Robichon, où il demeure'. Vente par expropriation forcée le 23 février 1828.
- archive Recensement de Givors, 1836 https://www.geneanet.org/registres/view/904073/25
À la verrerie de MM. Robichon frères et Cie.
- archive Recensement de Givors, 1841 https://archives.rhone.fr/ark:/28729/dcwjb6qsvr18/95189b4d-e483-4983-aeb9-8668fa881c23
Vit avec son épouse et leurs enfants Mathias, Claude Honoré, Pancrace et Marie Caroline. Profession : verrier.
- archive Recensement de Givors, 1846 https://archives.rhone.fr/ark:/28729/d3bjw7x6tv2p/8f0f513a-6076-4e39-a550-d7166a155f59
Ménage n°21 — Mathias Haour, rentier de 57 ans, avec son épouse Marie Moussy (58 ans) et leurs enfants Mathias (24 ans), Honoré (22 ans), Pancrace (17 ans) et Caroline (18 ans). Son fils Samuel est voisin au ménage n°23.
- archive Recensement de Givors, 1861 https://archives.rhone.fr/ark:/28729/rjqgdcfzw79v/76eb6680-dcea-47e3-a5ec-12470ae79a56
Rue Puits Ollier — sans profession, rentier de 72 ans, avec son épouse Marie Moussy (72 ans) et sa sœur Marguerite (70 ans).
- archive Recensement de Givors, 1872 https://archives.rhone.fr/ark:/28729/2407mx1krqdz/00941a81-7067-442e-959e-62174c358803
Rue Puits Ollier — veuf, vit avec son fils Charles Urbain et sa famille.
- autre Médaille de Sainte-Hélène — base stehelene.org http://www.stehelene.org/
Régiment : 23e de Ligne. Période enregistrée : 30 septembre 1811 — 14 octobre 1815.
- etat civil Acte de décès de Mathias Haour
13 septembre 1877 — corps retrouvé sur la rive gauche du Rhône en face du viaduc. Était tombé à l'eau depuis le pont de Givors à Chasse.