Ancêtre direct · Verrier

Anne Barbe Moller

27 août 1724 — 26 frimaire an IV (17 décembre 1795)

Matriarche de la lignée Haour, veuve verrière de Miellin

Ancêtre direct

Une source à partager, une erreur à signaler ? Écrivez-moi →

Biographie

Portrait

Anne Barbe Moller (verrerie Saint-Nicolas de Rougemont, 27 août 1724 — verrerie de Roye, 17 décembre 1795) est la matriarche de la lignée Haour du concepteur de Radix Vitri : épouse du souffleur Jean Baptiste Haour, mère de Claude et de Mathias, elle est la femme par qui la branche s’enracine dans la communauté verrière comtoise. Veuve à quarante ans avec cinq enfants, dont quatre en bas âge, elle ne se remariera jamais et traversera trente années de veuvage sans que la famille se disperse hors du monde du verre — au contraire : ses cinq enfants y font tous souche, et ses filles y nouent des alliances qui consolident le réseau (Griner, Raspiller, Schmid). Elle-même meurt « verrière », encore en activité à la verrerie de Roye, à soixante-et-onze ans.

Sa trajectoire éclaire la jeunesse de ses fils, orphelins de père très jeunes : c’est dans le réseau de leur mère veuve, sous la curatelle de son gendre Joseph Abraham Griner, que la famille s’est maintenue. Si l’aîné Claude Joseph, privé trop tôt de son père, ne fut que chamoiseur, le cadet Claude eut le temps d’apprendre le métier de souffleur — auprès d’un maître que les actes ne permettent pas de nommer avec certitude.

Une fille des grandes lignées germaniques

Anne Barbe naît en 1724 à la verrerie Saint-Nicolas de Rougemont-le-Château, l’un des foyers verriers des confins alsaciens. Par son père, Jean François Moller, elle appartient à la lignée des Moller, maîtres verriers passés par Ligsdorf et Saint-Nicolas, alliés aux Hug. Par sa mère, Anne Marie Greiner, elle descend des Greiner, l’une des plus anciennes et prestigieuses dynasties de souffleurs de l’espace germanique, créateurs de nombreuses verreries (Neulautern, Finsterrot, Lembach) et alliés aux Stenger et aux Grésely. En épousant Anne Barbe Moller, le jeune souffleur alsacien Jean Baptiste Haour — lui-même de Wildenstein — raccorde sa famille à tout cet arbre verrier de la Forêt-Noire et du Jura : l’union de 1747 est, généalogiquement, un acte fondateur.

Épouse et mère à Miellin (1747-1765)

Établie à la verrerie de Miellin par son mariage, Anne Barbe y mène la vie d’une femme de souffleur, donnant naissance à au moins six enfants entre 1748 et 1764 :

  • Anne Ève (1749-1825), épouse dès 1771 du souffleur Joseph Abraham Griner ; le couple travaillera à la verrerie de Roye (elle comme emballeuse) ;
  • Claude Joseph (1754-1821), verrier et chamoiseur (à ne pas confondre avec son frère cadet Claude, ci-dessous) ;
  • Anne Françoise (1756-1833), future épouse de Jean Baptiste Raspiller, morte rue de Lyon à Rive-de-Gier ;
  • Anne Marie (1758-1785), future épouse du souffleur Ours Schmid ;
  • Claude (1760-1831), futur tamiseur et composeur à Givors — l’ancêtre direct ;
  • Mathias (1764-1846), futur souffleur en verre à vitre à Givors puis Rive-de-Gier.

Le 18 mars 1765, son mari meurt à Miellin, « ouvrier verrier de profession ». Anne Barbe a quarante ans. L’aînée, Anne Ève, a seize ans et se mariera six ans plus tard ; le dernier, Mathias, a à peine un an.

Le veuvage : trente ans dans le verre, sans se remarier (1765-1795)

Que devient une veuve de souffleur, à quarante ans, avec cinq enfants, au cœur d’une verrerie forestière isolée ? Le cas d’Anne Barbe Moller est désormais documenté de bout en bout, et la réponse est aussi nette qu’éloquente : elle ne s’est jamais remariée, et elle est restée dans le verre jusqu’à sa mort.

Son acte de décès, en 1795, la dit encore « veuve de Jean Baptiste Haour » — trente ans après son veuvage, elle n’a pas repris d’époux, situation assez rare pour une femme jeune dans ce milieu, et qui dit la solidité du soutien sur lequel elle a pu compter : ses enfants et ses gendres. Le même acte la qualifie de « verrière » : à soixante-et-onze ans, elle travaillait encore à la verrerie de Roye, sans doute comme manœuvre. Loin de l’image d’une aïeule retirée, c’est celle d’une femme qui a porté seule sa famille et n’a jamais cessé de gagner son pain à l’ouvroir. Dures conditions de vie.

La communauté verrière, soudée par ses alliances matrimoniales, a refermé ses rangs autour de la veuve et des orphelins. Tous ses enfants demeurent dans le verre, et trois de ses filles épousent des verriers du réseau immédiat de Miellin — un Griner, un Raspiller, un Schmid. C’est ce mécanisme de solidarité, propre aux sociétés d’ouvreau, qui a tenu la famille debout. Le terme de sa vie le confirme : Anne Barbe meurt à la verrerie de Roye, là où sa fille aînée Anne Ève et son gendre Joseph Abraham Griner s’étaient établis — la famille avait migré de Miellin à Roye entre février 1791 et octobre 1793 (les naissances des petits-enfants Griner permettent de dater ce déménagement, encore à Miellin en 1791, déjà à Roye en 1793). Anne Barbe a suivi, dans le pôle comtois de sa descendance (Roye, verreries de la branche Bolot-Grésely), tandis que ses fils cadets Claude et Mathias descendaient vers Givors.

La clé : Joseph Abraham Griner, curateur et protecteur

L’intérêt majeur de la trajectoire d’Anne Barbe est qu’elle éclaire la jeunesse de ses fils, orphelins de père très jeunes. À la mort de Jean Baptiste Haour, en 1765, un homme prend en charge la famille : Joseph Abraham Griner, le gendre, mari de l’aînée Anne Ève.

Son rôle de protecteur est solidement établi. Griner est juridiquement le curateur des fils Haour : au mariage de Claude Joseph en 1778, le marié, encore mineur à vingt-quatre ans, agit « du consentement de ses parents et curateur » — et ce curateur est nommément Joseph Abraham Griner. Dix-sept ans plus tard, c’est encore lui qui déclare le décès d’Anne Barbe à Roye, où il travaille : il veillait sur la belle-mère comme il avait veillé sur les enfants. Il avait toutes les raisons de tenir ce rôle : lui-même orphelin depuis 1755 (ses deux parents morts à deux jours d’intervalle), il était de surcroît parent par le sang d’Anne Barbe — les Griner et les Moller se croisent chez les Griner/Grésely de Ligsdorf, dont les deux familles descendent.

Mais il faut se garder d’aller trop vite, et distinguer la curatelle (une fonction juridique : être le tuteur légal d’un mineur) de la formation (une fonction technique : être le maître qui transmet un métier). Griner était le tuteur légal des fils Haour ; il n’était pas nécessairement le maître qui leur apprit le verre — et, dans un cas au moins, il ne pouvait pas l’être. Né en 1750, Griner n’avait que quatre ans de plus que Claude Joseph (1754) : un tel écart interdit qu’il l’ait formé au métier.

Le destin des deux frères, du reste, ne se ressemble pas, et c’est là que la mort précoce du père se fait sentir. Claude Joseph, l’aîné, perd son père à onze ans ; or il n’était pas souffleur mais chamoiseur — il polissait les verres, un métier qui ne réclame pas le long apprentissage du soufflage. Orphelin, il est vraisemblablement rentré à la verrerie en acceptant l’emploi qu’on pouvait lui offrir : non une déchéance, mais une contrainte, celle d’un garçon privé trop tôt de la transmission paternelle. Claude, plus jeune (cinq ans à la mort du père), a eu le temps, lui, de bénéficier d’une véritable formation de souffleur, celle qui mène au métier complet — ce que confirme sa carrière de tamiseur, composeur et souffleur à Givors. Si Jean Baptiste avait vécu quinze ans de plus, nul doute que tous ses fils seraient devenus souffleurs ; sa disparition a brisé cette transmission directe, et chacun s’est arrangé selon son âge.

Qui, alors, fut le maître de Claude ? On ne peut le nommer avec certitude. Ce pourrait être Griner, dix ans les séparent, le lien de parenté et la proximité familiale plaident pour lui, mais ce pourrait tout aussi bien être un autre souffleur du réseau de Miellin, un beau-frère (Raspiller, Schmid) ou le grand-oncle Joseph Haour, déjà à Givors. Ce qui demeure établi, en revanche, c’est que l’orphelin de Miellin n’a jamais été seul : la parenté verrière, Griner en tête, l’a porté ; juridiquement à coup sûr, et probablement aussi en lui ouvrant la voie du métier.

Points non résolus

  • L’identité du maître qui forma Claude au soufflage reste incertaine. Griner, son beau-frère (curateur de la famille), est possible — dix ans les séparaient —, mais ce pourrait être un autre souffleur du réseau de Miellin (un Raspiller, un Schmid) ou le grand-oncle Joseph Haour de Givors. La curatelle de Griner est établie ; son rôle de formateur ne l’est pas.
  • Le degré exact du lien de parenté entre Anne Barbe Moller et son gendre Joseph Abraham Griner (tous deux issus des Griner/Grésely de Ligsdorf) mériterait d’être précisé branche par branche.
  • La qualité précise de son travail à Roye (« verrière » = manœuvre ? emballeuse comme sa fille ?) reste à affiner.

Frise chronologique

Naissance

Fille de Jean François Moller et d'Anne Marie Greiner.

27 août 1724
vers 1747 — vers 1780 ?
Femme puis veuve de souffleur (présence)

Réside à la verrerie de Miellin de son mariage (1747) à une date indéterminée. Après son veuvage (1765), elle y demeure vraisemblablement le temps d'élever ses enfants, avant de gagner Roye. Le détail…

Mariage

Épouse Jean Baptiste Haour, souffleur, « à la verrière ». Présent : Michel Robichon.

8 janvier 1747
18 mars 1765
Événement

Veuvage : mort de son mari Jean Baptiste Haour. Anne Barbe a 40 ans et cinq enfants vivants (Anne Ève 16 ans, Anne Françoise 9, Anne Marie 7, Claude 5, Mathias 1).

Verrière (manœuvre, auprès de sa fille et de son gendre)

Qualifiée de « verrière » à son décès (1795) : elle travaillait à la verrerie de Roye, sans doute comme manœuvre, jusque dans sa dernière année, à 71 ans. Elle y avait suivi sa fille aînée Anne Ève et…

vers 1791-1793 — 1795
26 frimaire an IV (17 décembre 1795)
Décès

Morte « verrière », 73 ans (selon l'acte), veuve de Jean Baptiste Haour. Déclarée par son gendre Joseph Abraham Griner et son ami Claude François Picquard.

Parcours géographique

1 verrerie

Sources

  • etat civil Mariage de Jean Baptiste Haour et Anne Barbe Moller — Paroisse de Servance (AD Haute-Saône, Servance, BMS 1746-1753, 3 E 489 2, vue 28/203) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vta3468510716b877f7/daogrp/0/28

    8 janvier 1747. « Barbe Moler âgée d'environ vingt et un ans fille de Jean Moler et de Anne […]. » Établit la filiation et l'âge (donc la naissance vers 1724-1726).

  • etat civil Inhumation de Jean Baptiste Haour (veuvage d'Anne Barbe) — Paroisse de Servance (AD Haute-Saône, Servance, BMS 1761-1765, 3 E 489 4, vue 179/209) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vtad325673b000fb597/daogrp/0/179

    18 mars 1765. Acte de décès du mari, point de départ du veuvage.

  • etat civil Décès d'Anne Barbe Moller (« verrière », veuve) — Commune de Roye (agent municipal Jean Claude Cordier) (AD Haute-Saône, Roye, NMD 1793-1802, vue 165-166/201) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vta024818c27b89103f/daogrp/0/165

    26 frimaire an IV (17 décembre 1795). « Anne Barbe Mosler [Moller] verrière âgée de soixante et treize ans, veuve de Jean Baptiste Haour, demeurant dans ladite commune » de Roye, morte la veille à cinq heures du soir en son domicile. Déclarée par Joseph Abraham Griner, verrier, 46 ans, son gendre, et Claude François Picquard, journalier, 40 ans, son ami. Établit qu'elle ne s'est jamais remariée, qu'elle était « verrière » (active) à Roye, et que c'est Griner qui veillait sur la famille.

  • etat civil Mariage d'Anne Ève Haour et Joseph Abraham Griner (fille aînée et futur curateur) — Paroisse de Servance (AD Haute-Saône, Servance, BMS 1771-1775, 3 E 489 6, vue 7/237) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vta38372193f4792218/daogrp/0/7

    3 février 1771. Anne Ève Haour (fille aînée de Jean Baptiste et d'Anne Barbe Moller) épouse Joseph Abraham Griner, souffleur, fils de feu Jacques Griner, maître verrier de Miellin. Griner deviendra curateur des frères Haour mineurs et déclarant au décès d'Anne Barbe.

  • etat civil Mariage de Claude Joseph Haour (curatelle de Joseph Abraham Griner) — Paroisse de Servance (AD Haute-Saône, Servance, BMS 1776-1780, 3 E 489 7, vue 144-145/262) https://archives.haute-saone.fr/ark:/77977/vtafaa16748b6dc9b77/daogrp/0/144

    29 octobre 1778. Claude Joseph Haour, chamoiseur de la verrerie de Miellin, mineur à 24 ans, se marie « du consentement de ses parents et curateur » : son curateur est son beau-frère Joseph Abraham Griner. Preuve juridique que Griner était le tuteur des enfants Haour mâles orphelins de père.