Verrerie
Verrerie Colombe et Quaillard, rue Piscatoris
vers 1767 — vers 1867
Aussi connue sous : Coulomb / Colombe (Jacques-Philippe père) · Colombe et Quaillard · Quaillard et Colombe
Disparue — sans vestigesNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie de la rue Piscatoris est l’héritière d’une tradition verrière marseillaise qui remonte à moins 1767 au moins, date à laquelle Jacques-Philippe de Bouillanne Colombe père s’installe à Marseille, comme l’atteste son acte de mariage de 1783 qui précise qu’il réside dans la ville « depuis plus de seize ans ». Les Bouillanne Colombe, gentilshommes verriers originaires de la Drôme, portent ce patronyme depuis l’Ancien Régime, la première mention attestée datant de 1755 à Félines 1. Après le décès de Jacques-Philippe père le 10 septembre 1795 rue Piscatory n°33, le quartier reste entre les mains du réseau des familles verrières de Ferry et d’Escrivan, qui dominent la rue Piscatoris et le boulevard du Musée depuis au moins la fin du XVIIIe siècle. Son fils Jacques Philippe Sébastien Bouillanne Colombe revient à Marseille au début des années 1820 non comme ouvrier mais comme entrepreneur : il reprend vraisemblablement la petite fabrique de la rue Piscatoris avant de construire en 1833 une usine neuve sur une place à bâtir boulevard du Musée, à deux pas du four de son père mais sur un site vierge. Il s’associe avec François Du Quaillard, issu d’une lignée de gentilshommes verriers du Var alliée aux Ferry depuis 1770, pour former la société « Colombe et Quaillard ». En 1860-1861, l’association ouvre un second site à Pont-de-Vivaux, qui supplante progressivement le site d’origine. La rue Piscatoris cesse d’être mentionnée en tant que fabrique dans les Indicateurs entre 1867 et 1868.
Historique
Le quartier verrier : rue Piscatoris et boulevard du Musée
Avant même l’arrivée des Bouillanne-Colombe, le quartier compris entre la rue Piscatoris et le boulevard du Musée est un territoire verrier structuré autour des grandes familles de gentilshommes verriers provençaux. Le cadastre de 1819 (section U dite de la Palud, AD13 cote 3 P 2110) en livre une photographie précise : trois fabriques de verre se jouxtent dans ce périmètre restreint, alors qu’on en trouve aucune ailleurs dans toute la section 2.
La fabrique A (parcelle 1306, n°21 rue Piscatoris) est une petite fabrique propriété d’un certain Pierre Poullet, raffineur en soufre — un propriétaire non verrier qui loue ou a laissé à l’abandon un outil industriel hérité d’une époque antérieure. La fabrique B (parcelle 1324, n°46 boulevard du Musée, au fond d’une vaste cour) est une grande fabrique appartenant à Henry Roubaud et exploitée par la famille de Ferry : en 1815, Noble Jean Joseph de Ferry et Noble Jean Baptiste Léon de Ferry y sont tous deux domiciliés 3. La fabrique C (parcelle 1325, n°56 boulevard du Musée, propriété Boze) est désignée « ancienne fabrique en reconstruction » : c’est l’ancienne fabrique Barthélémy, reprise après 1815 par Thomas Ferry Duvallon qui vient justement d’épouser la fille du fabricant de verre Antoine Alexandre Barthélémy.
Ce quartier est donc, en 1819, un fief de la famille de Ferry, avec les Barthélémy comme alliés par mariage, les d’Escrivan comme cousins, et les Bouillanne-Colombe comme famille liée par les alliances contractées à Trets. Léon d’Escrivan, fabricant de verre, demeure lui-même rue Piscatoris n°14 en avril 1819 4.
Les origines des deux familles
Les Bouillanne-Colombe : de la Drôme à Marseille
La famille de Bouillanne, noble et verrière, est originaire de la Drôme (Truinas, Montjoux, Félines). Un ancêtre, Ozée de Bouillanne (sieur de la Serve), épouse Anne de Ferre (ou de Ferry), dame de Colombeau, le 24 avril 1690 à Grignan, et meurt le 4 septembre 1730 au Poët-Laval. C’est probablement de cette alliance avec les de Ferre-Colombeau que la branche des verriers de Marseille tire son second patronyme, ajoutant progressivement « (sieur) de Colombe » à leur nom dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Jacques Philippe de Bouillanne Colombe père, baptisé le 14 mars 1753 à Félines (Drôme), est qualifié d’« écuyer et verrier » : un gentilhomme verrier dans la tradition des grandes dynasties de l’Ancien Régime. L’acte de mariage du 18 mars 1783 à Marseille, paroisse Saint-Martin, révèle qu’il est alors « résident en cette ville depuis plus de seize ans » 5, ce qui repousse son installation à Marseille à vers 1767, soit à l’âge de 14 ans. Il n’est donc pas arrivé adulte pour exploiter un four : il a suivi son père, a grandi à Marseille, s’y est formé, s’y est installé durablement bien avant la Révolution. Son domicile en 1783 est rue du Pavé d’Amour, une rue de négociants de la paroisse Saint-Martin, proche du Vieux Port, qui, correspondant à peu près au tracé de l’actuelle Rue Albert 1er, non dans un quartier industriel, mais dans un quartier bourgeois et commercial cohérent avec son statut d’écuyer.
Il épouse Marie-Thérèse Imbert, fille mineure de Sébastien Imbert et Marie Sornay, demeurant rue Sainte-Barbe sur la même paroisse. Le patronyme “de Bouillanne Colombe” figure explicitement dans l’acte de 1783 : preuve définitive qu’il s’agit d’un patronyme d’Ancien Régime, non d’une adoption révolutionnaire et encore moins d’une déformation d’un autre patronyme verrier, “de Coulomb”, comme Serra le suggère.
Les témoins du mariage sont : François de Bouillanne, frère de l’époux ; Jean Baptiste Roux, beau-frère de l’époux ; Charles Antoine Lauzier, avocat au Parlement de Grenoble ; et Adrien Massot, bourgeois. Tous savent signer, tout comme les époux, leurs pères et mères, ce qui souligne le rang social de la famille.
Il exploite vraisemblablement un four dans le secteur marseillais, rue Piscatoris. Il décède le 10 septembre 1795 à Marseille, à 42 ans, rue Piscatory n°33, île 48, dans la rue même où son fils reviendra quarante ans plus tard.
À sa mort, ses enfants sont très jeunes : son fils Jacques Philippe Sébastien, né le 30 décembre 1787 à Marseille, n’a que 8 ans, l’aîné seulement dix (et il ne sera jamais verrier). La veuve, Marie-Thérèse Imbert, s’installe à Trets (commune voisine de Peypin et de La Destrousse, un fief des de Ferry), où elle se remarie le 13 février 1797 avec Auguste de Ferry (fils de Marc Auguste Toussaint de Ferry, décédé à Trets le 11 février 1816 à 56 ans, dix jours après avoir été veuf de Marie Imbert 6). Ce remariage de Marie-Thérèse Imbert avec un membre éminent de la famille de Ferry illustre le lien entre les Bouillanne-Colombe et les grandes familles verrières provençales. Marie-Thérèse Imbert décède à Trets le 1er février 1816. Son père à elle, Sébastien Imbert, est attesté en 1803 comme “marchand de verres” rue de Rome, île 54, maison 1 à Marseille [^note_mazet1803]. C’est donc un marchand, non un fabricant, mais qui gravite dans le même réseau commercial que les Ferry et les Bouillanne Colombe.
Jacques Philippe Sébastien de Bouillanne Colombe épouse Julie Césarine Victoire de Ferry « fille majeure de Sieur Dominique Alexandre [Pompée] Ferry, verrier, et de dame Marguerite Ferry », le 13 février 1809 à Trets, encore une alliance avec cette autre grande famille de gentilshommes verriers (Dominique Alexandre Pompée de Ferry est lui aussi fils de Marc Auguste Toussaint de Ferry). Ses enfants naissent tous à Trets jusqu’en 1820, puis à Marseille à partir de 1823, signe d’un retour dans la cité.
S’établir à Marseille : l’héritier naturel d’un réseau
Sébastien ne “revient” pas à Marseille au début des années 1820, il s’y établit, après une vie entière passée à en faire partie. Né rue Piscatoris en 1787, il a grandi dans ce quartier verrier où sa mère Marie-Thérèse Imbert est restée domiciliée rue du Pavé d’Amour après le décès de Jacques-Philippe père, puis s’est remariée en 1797 avec Pierre Auguste Ferry, marchand de verre marseillais, fils de Marc Auguste Toussaint de Ferry. Ce remariage n’est pas une rupture avec Marseille, c’est une intégration encore plus profonde dans le réseau Ferry qui domine les verreries de la ville.
C’est vraisemblablement vers 1797-1800, à l’âge de 10-12 ans, que Sébastien est envoyé à Trets se former au métier chez Dominique Alexandre Pompée de Ferry, frère de son beau-père et maître d’une verrerie au charbon héritée de son père Marc Auguste Toussaint. C’est la pratique normale dans ces dynasties : on confie les fils aux oncles ou beaux-pères, qui les forment et leur donnent éventuellement leur fille. Sébastien épouse effectivement la fille de Pompée, Julie Césarine Victoire de Ferry, en 1809 à Trets.
Mais cette formation tretsoise n’implique pas une rupture avec Marseille. Les fours à charbon, comme les fours à bois, s’arrêtent une à deux fois par an pour réparation et remplacement des creusets, des périodes pendant lesquelles les souffleurs basculent naturellement d’un four à l’autre dans le réseau. Sébastien fait vraisemblablement ces rotations entre Trets et la rue Piscatoris dès ses années d’apprentissage, travaillant sur les fours de Léon d’Escrivan ou de la famille de Ferry selon les saisons. Quand il est dit “fabricant de verre” à Trets en 1814 (à 26 ans, dirigeant vraisemblablement la verrerie de son beau-père Pompée) il est déjà un entrepreneur aguerri qui connaît les deux sites.
Pendant ce temps, la fabrique familiale rue Piscatoris (île 48) est entre d’autres mains. Le Guide marseillais de 1803 et le Guide Chardon de 1806 (deux sources d’époque indépendantes) attestent un certain Joseph Vence comme “fabricant de verres, au boulevard Piscatori, île 48, maison 37” [^note_mazet1803], exactement l’île et la maison voisine de celle où résidait et exerçait Jacques Philippe père jusqu’en 1795. Vence est donc vraisemblablement l’exploitant intermédiaire de la fabrique familiale entre la mort de Jacques Philippe et le retour de Sébastien, soit pendant au moins une quinzaine d’années. Il s’associe par ailleurs commercialement avec les frères Toussaint et Jean-Claude Dervieux sous la raison sociale “Vence et Dervieux, négociants, rue Paradis” : des hommes extérieurs au clan des gentilshommes verriers (les frères Dervieux viennent de Condrieu où leur père est voiturier dur le Rhône) qui occupent provisoirement le terrain laissé vacant. Toussaint sera même le fondateur en 1821 de sa propre verrerie, à Saint-Louis.
Son installation définitive rue Piscatoris vers 1821-1823 est donc la conclusion logique d’une trajectoire entièrement préparée : Pompée prend sa retraite, le site Piscatoris a besoin d’un repreneur. Sébastien n’arrive pas comme un entrant dans un quartier inconnu : il reprend un four qu’il connaît depuis l’enfance, dans une rue où sa mère a vécu, exploité par des hommes qui sont sa famille. C’est une succession naturelle dans un réseau familial intégré, pas une initiative entrepreneuriale isolée. Son retour n’est pas celui d’un ouvrier cherchant une place dans un atelier existant : il vient créer sa propre verrerie, en terrain connu.
En 1823, à la naissance de sa fille Marie Silvie Pauline le 17 mars, Sébastien est dit « fabricant de verre, demeurant rue Piscatoris n°10 », c’est-à-dire en face de la petite fabrique Poullet, à deux pas de la grande fabrique Ferry qui donne sur le Boulevard du Musée, n°46. Il est vraisemblablement en train de reprendre la petite fabrique (parcelle 1306), dont le propriétaire Poullet n’est pas un verrier et qui attend un repreneur du métier depuis le décès ou le départ du précédent exploitant.
Le paysage verrier du quartier est d’ailleurs en plein bouleversement au moment précis de son retour : Thomas Ferry Duvallon fait faillite en décembre 1823, emportant avec lui la troisième fabrique (l’ancienne fabrique Barthélémy en reconstruction en 1819) ; Philippe Lagrange quitte le boulevard du Musée pour reprendre la verrerie des Catalans, qu’il exploitera jusqu’en 1831 7. Sébastien arrive au bon moment, dans le bon réseau.
Les Quaillard : une lignée de gentilshommes verriers du Var
François Du Quaillard, qui s’associera à Sébastien en 1833, est l’héritier d’une longue lignée de gentilshommes verriers du Var. Son grand-père Jacques Joseph Quaillard, « noble verrier » de Callian, épouse en 1770 à Callian Anne Claire Pauline de Ferry, fille de Joseph de Ferry (lui aussi, noble verrier) et d’Élisabeth Brigitte d’Escrivan 8, fille elle-même de François d’Escrivan et Lucrèce de Rougemont, de Pourcieux. L’alliance Ferry/d’Escrivan/Rougemont/Quaillard est donc scellée dès 1770, une génération avant les événements marseillais, et rattache directement les Quaillard au même réseau généalogique que les Bouillanne-Colombe et les du Queylar.
Son père est Joseph Quaillard (fils de Jacques Joseph et Pauline de Ferry). François, né à Callian vers 1782, s’installe à Trets et y épouse en 1808 Magdeleine Pierrette Savournin 9. François est alors “verrier” (un souffleur) mais il suit exactement la même trajectoire ascendante que Sébastien : dès 1813, lors de la naissance de sa fille Claudine, il est dit « travaillant actuellement à Marseille », signe qu’il fait déjà les allers-retours entre les fours de Trets et de la rue Piscatoris. En 1816, à la naissance d’un autre enfant, il est de nouveau absent de Trets sans précision de lieu (mais il y a fort à parier qu’il s’agit encore de Marseille). Entrepreneur itinérant, il s’élève progressivement au rang de « fabricant de verre », statut qu’il porte lors de l’achat du terrain boulevard du Musée en 1833. Les deux associés se sont nécessairement croisés à Trets dans les années 1810, bien avant leur association formelle.
Sa fille Claudine Marguerite Quaillard épouse en 1837 à Marseille un certain Auguste Laurent Fabre Queilar, né en 1807 à Saint-Paul de Fayence, un patronyme quasi identique aux du Queylar, qui mériterait d’être étudié 10.
En 1842, au mariage de son fils Jean Baptiste François Joseph Duquaillard (né à Trets le 5 décembre 1811), François est toujours qualifié de « fabricant de verre » et demeure boulevard du Musée n°32, voisin immédiat de son associé Sébastien de Bouillanne Colombe au n°14 11. Le fils Jean Baptiste sera le signataire de la société formelle de 1848, après le décès de Sébastien. À noter que ce même Jean Baptiste signe l’acte « François Du Quaillard fils », distinction explicite (et utile pour les historiens !) d’avec son père François, tous deux présents et tous deux fabricants de verre à cette date.
L’association et la nouvelle fabrique boulevard du Musée (1833 — vers 1848)
Le 25 mai 1833, les deux familles formalisent leur première alliance commerciale : J. P. S. de Bouillanne-Colombe cadet et F. du Quaillard, tous deux qualifiés de « fabricants de verres », acquièrent du sieur Aubert une place à bâtir boulevard du Musée n°72 pour 10 000 francs 12. Le vendeur est sans doute un des frères Aubert dont le cadastre de 1819 montrait les parcelles 1339-1341 (n°60-62 boulevard du Musée) : deux maisons à l’angle exact avec la rue Piscatoris, avec des terrains vierges à l’arrière formant un ténement d’un seul bloc longeant la rue Piscatoris côté nord sur 30 à 40 mètres : idéalement situé pour implanter une nouvelle fabrique communicant avec le boulevard. C’est précisément ce que font les deux associés : construire une usine neuve sur un site vierge, à deux pas du four de Jacques-Philippe père, mais sans lien direct de continuité physique avec lui.
La fabrique proprement dite s’installe donc à cet emplacement, avec une adresse boulevard du Musée pour l’usine et rue Piscatoris pour l’accès ou l’entrepôt attenant. L’Indicateur Marseillais de 1843 la mentionne pour la première fois : « Colombe et Quaillard, rue Piscatoris 40, et boulevart du Musée, 86 » 13. Deux adresses distinctes : la rue Piscatoris pour la fabrique ou son accès, le boulevard du Musée pour l’entrepôt et le commerce. Les Indicateurs de 1844 et 1845 confirment la présence, avec une légère variation du numéro de rue (40 puis 18) qui reflète probablement une renumérotation progressive plutôt qu’un déménagement.
La carte de Serra pour 1832 montre déjà « Collombe » rue Piscatoris, et celle de 1840 « Collombe Queylard » (mal orthographié) au même emplacement 14. La fabrique est donc active dès 1832-1833 au moins.
La société formelle et la mort de Jacques-Philippe (1848)
Le décès de Jacques Philippe (Sébastien) de Bouillanne Colombe cadet le 27 mai 1848 impose une restructuration juridique. Le 30 novembre 1848, une société en nom collectif est formellement constituée entre Joseph François Duquaillard fils et les six héritiers Bouillanne Colombe (Joseph-Stanislas, l’aîné, Louis de Gonzague, Émilie-Mathilde, Marie-Thérèse-Caroline, Pauline-Silvie, Anaïs), sous la raison sociale « Colombe et Quaillard » 15. Capital : 83 450 francs 20 centimes, versés moitié par chaque partie. Durée prévue : jusqu’au 1er janvier 1851. La signature sociale appartient à Duquaillard seul, remplaçable en cas d’absence par Joseph-Stanislas de Bouillanne-Colombe.
Cette société est formellement nouvelle, mais elle prolonge une collaboration déjà ancienne de quinze ans. Sa constitution est une réponse au décès d’un fondateur, non la création d’une entreprise ex nihilo.
En février 1853, Joseph-Philippe-Stanislas de Bouillanne-Colombe se marie : son adresse est toujours boulevard du Musée 84 16, confirmant la continuité du site commercial.
L’incendie de 1857 et la maturité de l’établissement
Le 8 mars 1857, un violent incendie ravage l’entrepôt de la rue Piscatoris : 6 000 francs de marchandises perdues, 1 000 francs de dégâts à l’immeuble 17. Rien n’était assuré. L’établissement survit et continue.
À partir de 1856, les Indicateurs inversent l’ordre des noms : c’est désormais « Quaillard et Colombe », signe possible que Duquaillard a pris la direction opérationnelle au détriment des héritiers Bouillanne-Colombe, moins actifs dans la gestion quotidienne.
En février 1863, une souscription nationale pour les ouvriers sans travail révèle que les ouvriers de la « verrerie Colombe et Quaillard, rue Piscatoris, 16 » ont contribué à hauteur de 450 francs, soit une demi-journée de travail 18. La fabrique est donc encore active à cette date, malgré l’ouverture simultanée de Pont-de-Vivaux deux ans plus tôt.
L’ouverture de Pont-de-Vivaux et la fermeture progressive (vers 1860-1865)
En août 1860, une enquête comodo-incomodo est ouverte pour l’installation d’une machine à vapeur dans la verrerie des sieurs Colombe et Quaillard, au pont de Vivaux 19. C’est la première mention officielle du nouveau site. Dès 1860-1861, Pont-de-Vivaux est mentionnée dans les Indicateurs comme seul site de fabrication. Mais l’adresse “rue Piscatoris, 16” est toujours affichée : la fabrique semble donc fonctionner partiellement, mais elle est en train de devenir un entrepôt et un comptoir commercial, rôle qu’elle tiendra juqu’à la fin de la société, en 1888. Dans l’Indicateur de 1866, l’adresse devient “Rue Piscatoris, 23”, marquant sans doute la fin de toute activité résiduelle, pour devenir un simple entrepôt.
Pour la suite de l’histoire, voir la Verrerie de Pont-de-Vivaux.
Situation géographique
La rue Piscatoris
La rue Piscatoris (actuelle rue Armand-Bédarride) est une rue du centre de Marseille, dans l’actuel 1er arrondissement, dans le secteur Noailles. Elle relie d’est en ouest les actuels cours Julien et cours Lieutaud, à environ 400-500 mètres au sud de la place Notre-Dame du Mont. Son tracé en ligne brisée est un vestige rare du parcellaire d’Ancien Régime. À la fin du XVIIIe siècle, elle débouchait sur les remparts est de la ville ; après la Révolution, ces remparts furent remplacés par le boulevard du Musée (puis cours Julien), créant le débouché et l’axe commercial qui structureront l’expansion de la fabrique au XIXe siècle.
Les numéros varient dans les sources (40, 18, 16) selon les décennies — renumérotation progressive de la rue, non déménagements successifs.
Le boulevard du Musée
Le boulevard du Musée (absorbé par le cours Julien après le milieu du XIXe siècle) accueille l’entrepôt commercial et le domicile de la famille. L’acquisition du n°72 en 1833 auprès des frères Aubert, dont les parcelles 1339-1341 du cadastre de 1819 formaient un ténement à l’angle exact du boulevard et de la rue Piscatoris, correspond à l’implantation de la nouvelle fabrique sur un terrain vierge. Les mentions ultérieures aux n°86 et 84 correspondent à des ajustements de numérotation sur le même site.
État actuel
Zone entièrement urbanisée. Aucun vestige identifié.
Personnages liés
Jacques Philippe de Bouillanne Colombe père (Félines, Drôme, 14 mars 1753 — Marseille, 10 septembre 1795), écuyer et verrier. Résident à Marseille depuis vers 1767 (seize ans de résidence attestés en 1783). Domicilié rue du Pavé d’Amour (actuelle rue de l’Arbre, 1er arrondissement) en 1783, puis rue Piscatory n°33 à sa mort. Épouse Marie-Thérèse Imbert le 18 mars 1783, paroisse Saint-Martin. Fondateur de la présence Bouillanne-Colombe rue Piscatoris. Son patronyme “de Bouillanne Colombe” figure dans l’acte de mariage de 1783 — preuve que c’est un patronyme d’Ancien Régime, non une adoption révolutionnaire.
Jacques Philippe Sébastien de Bouillanne Colombe fils (Marseille, 30 décembre 1787 — Trets, 27 mai 1848), fabricant de verre. Revient à Marseille vers 1821-1823 en entrepreneur, non comme souffleur. Époux de Julie Césarine Victoire de Ferry (mariage à Trets, 13 février 1809). Co-fondateur de l’association avec Quaillard en 1833. Son décès en 1848 entraîne la constitution de la société formelle.
Léon d’Escrivan (né vers 1767-1768 — ?), fabricant de verre, rue Piscatoris n°14 en avril 1819, boulevard du Musée n°18 en février 1816. Cousin de Henri d’Escrivan Labaume (simple souffleur). Époux de Françoise Elisabeth de Ferry, sœur d’Auguste de Ferry : ce qui fait de Léon le beau-frère d’Auguste de Ferry et l’oncle par alliance de Sébastien de Bouillanne-Colombe. Représentant de la branche marseillaise des d’Escrivan, établie de longue date dans le quartier Piscatoris. C’est vraisemblablement lui que Serra désigne sous le nom “Descrivan” en 1820.
Antoine Alexandre Barthélémy (Saint-Zacharie, vers 1764 — ?), fabricant de verre, boulevard du Musée n°50. Arrivé à Marseille depuis au moins 1786 (mariage à Ollioules). Exploite la fabrique C (parcelle 1325) jusqu’au mariage de sa fille Pauline avec Thomas Ferry Duvallon en 1815, qui lui succède. Voisin immédiat de la fabrique Ferry au n°46.
Thomas Joseph Clair Ferréol de Ferry Duvallon (Carniol, Basses-Alpes, 19 juin 1771 — vers 1823), verrier. Fils de Pascal Clair de Ferri du Valon de Valsainte (Basses-Alpes). Épouse Pauline Barthélémy le 9 décembre 1815 à Marseille et reprend la fabrique de son beau-père. Fait faillite en décembre 1823, à sa mort ou à son départ — la fabrique C cesse définitivement d’exister.
François Du Quaillard (Callian/Trets, vers 1781-1782 — Marseille, 8 février 1879 ?), fabricant de verre. Fils de Joseph Quaillard et Pauline de Ferry, petit-fils de Jacques Joseph Quaillard (marié en 1770 à Callian avec Anne Claire Pauline de Ferry, fille d’Élisabeth d’Escrivain). Ouvrier verrier en 1808 à Trets, fabricant de verre avant 1833 à Marseille. Co-fondateur de l’association avec Sébastien en 1833, domicilié boulevard du Musée n°32 en 1842.
Jean Baptiste François Joseph Duquaillard (Trets, 5 décembre 1811 — ?), fabricant de verre. Fils de François. Signataire de la société formelle de 1848 après le décès de Sébastien, détenteur de la signature sociale.
Joseph-Stanislas de Bouillanne-Colombe, fils de Jacques Philippe Sébastien. Représentant des héritiers dans la société de 1848, remplaçant potentiel de Duquaillard pour la signature sociale.
Éléments techniques
- Production : bouteilles et articles courants de verre soufflé. Le montant de la souscription de 1863 (450 francs pour une demi-journée) et l’incendie de 1857 (6 000 francs de marchandises) suggèrent une production régulière à l’échelle d’une petite manufacture urbaine.
- Combustible : charbon de houille, comme toutes les verreries marseillaises de la période.
- Machine à vapeur : installée à Pont-de-Vivaux en 1860 — pas de mention d’une machine à vapeur rue Piscatoris, site probablement plus artisanal.
- Effectifs : difficile à estimer précisément. Une vingtaine d’ouvriers au moins, d’après le montant de la souscription de 1863.
Erreurs et incertitudes
Serra et la confusion “Coulomb” / “Colombe”
Serra affirme que le patronyme “de Colombe” serait une adoption révolutionnaire, “De Coulomb devenant Colombe”. C’est doublement faux : l’acte de mariage du 18 mars 1783 à Marseille, paroisse Saint-Martin (AD13, 201 E 502), porte explicitement « Jacques Philippe de Bouliane Colombe Écuÿer » — soit douze ans avant la Révolution. Le patronyme est d’Ancien Régime, hérité de l’alliance Ozée de Bouillanne / Anne de Ferre-Colombeau en 1690.
Par ailleurs, le point “Coulomb” que Serra positionne à l’ouest de la rue de Rome sur ses cartes de 1797 et 1806 est vraisemblablement un autre établissement sans lien avec les Bouillanne-Colombe, mal positionné ou mal identifié. La fabrique de Jacques-Philippe père était rue Piscatoris, où il a vécu et est mort — non dans un quartier à l’écart.
Serra et la distinction verrier / fabricant de verre
Serra n’opère aucune distinction entre “verrier” (souffleur, ouvrier qualifié) et “fabricant de verre” (entrepreneur propriétaire d’un four). Cette confusion fausse plusieurs de ses identifications. Les actes d’état civil consultés montrent que cette distinction était parfaitement claire dans le milieu : Henri d’Escrivan Labaume est dit “verrier” dans tous ses actes — il est souffleur, non entrepreneur. Léon d’Escrivan est dit “fabricant de verre” — il dirige un établissement. De même, François Quaillard est “ouvrier verrier” en 1808 mais “fabricant de verre” avant 1833, marquant sa montée sociale.
Serra et les positions géographiques
Les cartes de Serra comportent des erreurs de positionnement systématiques de 200 à 500 mètres. Le cadastre de 1819 (section U, intégralement consulté) établit qu’il n’existe aucune fabrique de verre dans le quartier en dehors du périmètre strict rue Piscatoris / boulevard du Musée — notamment pas à Châteauredon, contrairement à ce que suggèrent certaines cartes de Serra. Ses cartes sont utiles pour la séquence des raisons sociales, non pour la géographie précise.
Points non résolus
- Le four de Jacques-Philippe père entre 1795 et 1819 : qui l’exploite après son décès ? Léon d’Escrivan, rue Piscatoris n°14 en 1819, est le candidat le plus vraisemblable, mais aucun acte ne l’établit formellement.
- L’acte de reprise par Sébastien entre 1821 et 1833 : un acte de bail ou d’acquisition auprès de Poullet (ou de Léon d’Escrivan) confirmerait la continuité du site. Les notaires marseillais (AD13) sont la piste naturelle.
- Le devenir de Joseph-Stanislas de Bouillanne-Colombe après 1848 : a-t-il pris une part active dans la direction, ou les héritiers se sont-ils progressivement désengagés au profit de Duquaillard ?
- L’identité du “François du Quaillard” décédé en 1879 (67 ans, “ancien fabricant de verre”, époux d’Anaïs Richard) : est-ce un fils de François Duquaillard père, ou un autre membre de la famille ? Son âge (né vers 1812) le place dans la même génération que Jean Baptiste François Joseph Duquaillard (né 1811) — ils pourraient être frères.
Notes
Footnotes
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baptême de Pierre Daniel « du Bouliane » le 12 septembre 1755 à Félines (Drôme). Le père, « noble Philippe du Bouliane » signe « Colombe ». (Jean) Philippe est le père de Jacques Philippe Bouillanne Colombe (orthographié ainsi dans son acte de mariage de 1783 à Marseille). AD Drôme, Félines, BMS, 1671-1757, cote 5 Mi 180/R1, vue 227/229 : https://archives.ladrome.fr/ark:/24626/5t3pdqm1l0gv/577e66e3-0ffc-4e95-b814-d720faebd57c ↩
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Cadastre napoléonien de Marseille, section U dite de la Palud, AD13, cote 3 P 2110. Plan de 1819, états de section intégralement consultés. ↩
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Acte de mariage de Thomas Ferry Duvallon et Pauline Barthélémy, 9 décembre 1815. AD13, Marseille, Mariages 1815/Décembre, registre 3, cote 201 E 3126, vue 13/43 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vtaf2e537dfb08c2a93/img:AD13_201E_3126_0044 ↩
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Acte de décès de Thérèse Rose Zoë Ferry, 18 avril 1819. AD13, Marseille, Décès 1819/Avril, cote 201 E 2844, vue 23/43 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta261484dcef1f7d7e/img:AD13_201E_2844_0171 ↩
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Acte de mariage de Jacques-Philippe de Bouillanne-Colombe et Marie-Thérèse Imbert, 18 mars 1783. AD13, Marseille, paroisse Saint-Martin, BMS 1783, cote 201 E 502, vue 74/277 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta768330ee0852e0ad/img:AD13_201E_502_0074 ↩
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Acte de décès de Pierre Auguste de Ferry, 11 février 1816. AD13, Trets, Décès, 1816, 202 E 595, vue 4/15 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta70b8bb714aa3a6c2/img:AD13_202E_592_0487. Pierre Auguste de Ferry (né à Marseille vers octobre 1761, †Trets 11 février 1816, 56 ans environ) (qui signe habituellement “Auguste”) est le fils de Marc Auguste Toussaint de Ferry (dit aussi “Toussaint Augustin”, marié à Pourcieux en 1738, †Trets 10 août 1802, ~90 ans) et Françoise de Rougemont. Il est également le frère de Dominique Alexandre Pompée de Ferry, beau-père de Sébastien de Bouillanne-Colombe. Sa veuve désignée “Marie Imbert” dans l’acte est Marie-Thérèse Imbert, veuve en premières noces de Jacques-Philippe de Bouillanne-Colombe père (†1795), qu’il avait épousée à Marseille le 26 pluviôse an V (14 février 1797). AD13, Marseille, Municipalité du Centre, cote 201 E 1395, vue 52/101 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vta13f660cb1d3962a9/img:AD13_201E_1395_0124 ↩
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Le Sémaphore de Marseille, 27 avril 1828 (annonce de Philippe Lagrange) et 2 avril 1831 (cessation d’exploitation des Catalans). ↩
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Acte de mariage de Jacques Joseph Quaillard et Anne Claire Pauline de Ferry, 21 août 1770. AD Var, Callian, BMS 1761-1774, cote 7 E 31_2, vue 122/185 : https://archives.var.fr/ark:73531/s00512dcec88c9ec/512dcec8a1420.fiche=arko_fiche_6863df3d94d57.moteur=arko_default_68638fc9de3cb ↩
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Acte de mariage de François Quaillard et Magdeleine Savournin, 5 juillet 1808. AD13, Trets, Mariage, 1808, cote 202 E 591, vue 17/24 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vtaad9f660414fcd22b/img:AD13_202E_591_0519 ↩
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Mariage de Claudine Marguerite Quaillard et Auguste Laurent Fabre Queilar, 2 février 1837, Marseille. AD13, lien : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vtaaf245c888ae5498a/img:AD13_202E_592_0233. Le patronyme “Queilar” de l’époux, natif de Saint-Paul de Fayence, est à rapprocher des “Queylar/Quaillard”, une piste généalogique non encore explorée. ↩
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Acte de mariage de Jean Baptiste François Joseph Duquaillard, 9 mai 1842. AD13, Marseille, Mariage, 1842/Mai, registre 1, cote 201 E 3215, acte n°235, vue 1/25 : https://www.archives13.fr/ark:/40700/vtab2f4916d5de57414/img:AD13_201E_3215_0125 ↩
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Le Sémaphore de Marseille, 25 juillet 1833 : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/25-juillet-1833/4/cad7d298-8b3e-44c8-9d1b-a1dd8e245f8b ↩
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Indicateur Marseillais, édition 1843 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9685029h/f286.item ↩
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Serra, Laurence. Provence historique, fascicule 236, 2009, cartes pp. 18-20. ↩
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Le Courrier de Marseille, 7 décembre 1848 : https://www.retronews.fr/journal/courrier-de-marseille/07-decembre-1848/4/36fbc93f-8693-4492-981d-7757b15da4d1 ↩
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La Gazette du Midi, 3 février 1853 : https://www.retronews.fr/journal/gazette-du-midi/03-fevrier-1853/4/c711aac2-83a6-4f3a-acd6-4150cb90397e ↩
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Le Sémaphore de Marseille, 8 mars 1857 : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/08-mars-1857/2/8a3265af-112e-40cc-a505-7da02e1b5e96 ↩
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Le Sémaphore de Marseille, 5 février 1863 : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/05-fevrier-1863/2/4c4224ed-a279-48f6-aa20-b20952ca07e0 ↩
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Le Sémaphore de Marseille, 10 août 1860 : https://www.retronews.fr/journal/le-semaphore-de-marseille/10-aout-1860/2/76807026-d7bb-4bc1-805e-fd4c180ed564 ↩
Personnages associés
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18 mars 1783. 'Mre Jacques Philippe de Bouliane Colombe Écuÿer, fils majeur de Mre Jean Philippe et de dame Françoise Olivier du lieu de Phéline diocèse de Die, résident en cette ville depuis plus de seize ans, demeurant sur notre paroisse rue du Pavé d'Amour.' Établit : (1) la présence à Marseille depuis vers 1767 ; (2) que 'de Bouillanne Colombe' est un patronyme d'Ancien Régime, non révolutionnaire ; (3) le domicile rue du Pavé d'Amour (actuelle rue de l'Arbre). Témoins : François de Bouillanne (frère), Jean Baptiste Roux (beau-frère), Charles Antoine Lauzier (avocat au Parlement de Grenoble), Adrien Massot (bourgeois). Tous signent.
11 février 1816. 'Auguste de Ferry, verrier, natif de Marseille, veuf de Marie Imbert [décédée à Trets le 1er février 1816], fils de feu Auguste de Ferry et de feue Françoise Rougement, décédé à 56 ans dans sa maison de campagne quartier de la Font du Theille.' Établit qu'Auguste de Ferry fils (témoin de naissance de César du Queylar à Marseille en 1804) est bien le fils d'Auguste de Ferry père (Marc Auguste Toussaint de Ferry, marié à Pourcieux le 11 février 1738 avec Françoise de Rougement, décédé à Trets le 10 août 1802 à environ 90 ans). Marie Imbert, veuve d'Auguste de Ferry fils, est très probablement la Marie-Thérèse Imbert veuve de Jacques-Philippe de Bouillanne-Colombe père — ce remariage explique le lien entre les deux familles.
9 décembre 1815. L'époux, 'Noble Thomas Joseph Clair Ferreol de Ferri Valon, Verrier, né à Carniol département des Basses-Alpes le 19 juin 1771, demeurant boulevard du Lycée n°46', est fils de 'Noble Pascal Clair de Ferri du Valon, propriétaire domicilié à Valsainte'. L'épouse Pauline Agathe Justine Barthélémy, née à Marseille le 6 février 1792, demeure 'boulevard du Musée n°50' avec son père Antoine Alexandre Barthélémy, 'Fabricant de Verres'. Témoins : Jean Joseph Gabriel Dumollard (verrier) ; Noble Jean Joseph de Ferry, 52 ans, 'fabricant de Verres, demeurant boulevard du Musée n°46' ; Noble Jean Baptiste de Ferry, 54 ans, verrier, rue du Pavé d'Amour n°22 ; Noble Jean Baptiste Léon Deferry, 49 ans, 'fabricant de verres, demeurant boulevard du Musée n°46'. Acte capital : révèle que le n°46 boulevard du Musée est en 1815 le domicile et la fabrique de la famille de Ferry (Jean Joseph et Léon de Ferry), que le n°50 est la fabrique Barthélémy, et que Thomas Ferry Duvallon est un gentilhomme verrier des Basses-Alpes (Carniol, Valsainte — même région que les d'Escrivan de Saint-Zacharie).
18 avril 1819. Décès de Thérèse Rose Zoë Ferry, 34 ans, 'épouse de Joseph Marie Caillard, profession de verrier', rue Belloy. Déclarants : Joseph Pierre Deferry, 45 ans, verrier, rue Saint-Victor n°1 ; et 'Léon D'escrivan, âgé de cinquante trois ans, fabricant de verres, demeurant rue Piscatoris n°14'. Acte décisif : établit (1) que Léon d'Escrivan est bien 'fabricant de verre' — entrepreneur, non souffleur — en 1819 ; (2) qu'il demeure rue Piscatoris n°14, soit dans le périmètre exact des trois fabriques identifiées au cadastre ; (3) qu'il est en relation directe avec les Caillard/du Queylar de la rue Belloy, confirmant la cohérence du réseau verrier marseillais.
15 février 1816. 'Jean Baptiste Marie Henri d'Escrivan Labaume, Verrier [souffleur, non fabricant], né à Saint-Zacharie département du Var le 4 février 1768, demeurant à Marseille rue Châteauredon, fils de Noble Jean Baptiste Félix d'Escrivan Labaume, verrier, décédé à Aubagne le 4 frimaire an XI [25 novembre 1802].' Témoins : 'Joseph Marie Duquaillard, âgé de trente huit ans, fabricant de verre, demeurant rue Belloy n°82' — c'est Joseph Marie du Queylar lui-même, encore sous son ancien patronyme — et 'Léon D'escrivan cousin de l'époux, âgé de quarante huit ans, fabricant de verres, demeurant Boulevard du Musée n°18'. Établit : (1) la distinction entre Henri d'Escrivan Labaume (simple souffleur, branche de Saint-Zacharie) et Léon d'Escrivan (fabricant, branche marseillaise établie de longue date) ; (2) que Léon est cousin de Henri ; (3) que Joseph Marie du Queylar signe déjà 'Queillard' en 1816, preuve que le glissement patronymique est antérieur au jugement de 1828.
21 août 1770. 'Sieur Joseph Cailar noble verrier, fils de feu sieur Joseph et de demoiselle Marianne Paul' épouse 'demoiselle Pauline Ferri, fille de sieur Joseph noble verrier et de dame Elizabeth d'Escrivan de la paroisse de Belgentier'. Acte fondateur : établit dès 1770 l'alliance entre les Caillard/Quaillard et les Ferry, avec les d'Escrivain comme famille maternelle de l'épouse. Le curé invente lui-même le futur patronyme 'Queilard' dans le corps de l'acte. Jacques Joseph est l'ancêtre de François Quaillard (associé de Sébastien en 1833) et de Jean Baptiste François Joseph Duquaillard (signataire de la société de 1848).
5 juillet 1808. 'François Quaillard, ouvrier verrier, natif de Callian, fils de Sr Joseph Quaillard, verrier, et de Dame Pauline Ferry.' François est représenté par son père via procuration, le procureur étant Benoît Ferry. François signe 'François Quaylard'. Établit la filiation directe : Jacques Joseph Quaillard (1770) → Joseph Quaillard → François Quaillard (associé de Sébastien en 1833). François est 'ouvrier verrier' en 1808 mais 'fabricant de verre' en 1842 — montée sociale en une génération.
9 mai 1842. 'Jean Baptiste François Joseph Duquaillard, fabricant de verre, né à Trets le 5 décembre 1811, domicilié boulevard du Musée n°32 avec son père.' Son père François Duquaillard, 'fabricant de verre, ci présent et consentant'. Témoin : 'Jacques Philippe Sébastien de Bouillanne Colombe, 57 ans, fabricant de verre, boulevard du Musée n°14'. Établit : (1) la filiation François Duquaillard père / Jean Baptiste fils ; (2) que les deux associés Bouillanne-Colombe et Duquaillard sont voisins boulevard du Musée (n°14 et n°32) en 1842 ; (3) que Jean Baptiste Duquaillard sera le signataire de la société de 1848, après le décès de Sébastien.
Plan de 1819, états de section intégralement consultés. Trois fabriques de verre seulement dans toute la section, toutes rue Piscatoris / boulevard du Musée : parcelle 1306 (n°21 rue Piscatoris, propriétaire Pierre Poullet, raffineur en soufre, désignée 'fabrique de verre' — petite surface, ancienne fabrique du quartier) ; parcelle 1324 (n°46 boulevard du Musée, au fond d'une vaste cour, 'FABRIQUE DE VERRE' appartenant à 'Roubaud Henry, rep. par Ferry Lagrange' — exploitation de la famille de Ferry, Jean Joseph et Léon de Ferry domiciliés à cette adresse dès 1815) ; parcelle 1325 (n°56 boulevard du Musée, propriété Boze, 'ancienne fabrique en reconstruction' — ancienne fabrique Barthélémy, reprise par Thomas Ferry Duvallon après son mariage en 1815). Parcelles 1339-1341 (n°60-62 boulevard du Musée, propriété des frères Aubert) : deux maisons à l'angle exact avec la rue Piscatoris, terrains vierges à l'arrière formant un ténement longeant la rue Piscatoris côté nord sur 30 à 40 mètres — rachetées par Bouillanne-Colombe et Quaillard en 1833. Aucune fabrique identifiée dans le reste de la section (rue Châteauredon, rue Neuve, rue d'Aubagne, boulevard du Musée nord) : le quartier verrier est strictement concentré sur ce périmètre.
25 juillet 1833. 'Par acte du 25 mai 1833, notaire Latil, les sieurs J. P. S. de Bouillanne-Colombe, cadet et F. du Quaillard, fabricants de verres, ont acquis du sieur M.-J.-J.B.-D. Aubert, propriétaire, une place à bâtir, Boulevard du Musée, n° 72, au prix de 10 000 francs.' Les deux associés sont déjà qualifiés de 'fabricants de verres' en 1833 — ils ne s'installent pas à Marseille pour la première fois, ils y étendent leur activité. Sébastien est qualifié de 'cadet', indiquant qu'il avait un frère aîné encore vivant.
30 mai 1848. 'M. Jacques-Philippe de Bouillanne Colombe cadet, fabricant de verre, est décédé dans sa campagne le 27 courant [mai 1848].' Décès à Trets. Son décès entraîne la constitution d'une nouvelle société formelle entre Duquaillard et les héritiers Bouillanne-Colombe.
7 décembre 1848. Acte du 30 novembre 1848. Société en nom collectif entre Joseph-François Duquaillard fils et les héritiers de Bouillanne-Colombe (Joseph-Stanislas, Louis de Gonzague, Émilie-Mathilde, Marie-Thérèse-Caroline, Pauline-Silvie, Anaïs). Capital : 83 450 francs 20 centimes, versés moitié par chaque partie. Durée : du 1er juin 1848 au 1er janvier 1851. Raison sociale : 'Colombe et Quaillard'. Siège : Marseille. Signature sociale : Duquaillard seul, remplaçable par Joseph-Stanislas de Bouillanne-Colombe.
3 février 1853. Mariage le 1er février 1853 à Marseille de 'Joseph-Philippe-Stanislas de Bouillanne-Colombe, fabricant de verre, et Thérèse-Antoinette-Louise Daumas, boulevard du Musée, 84.' Confirme l'adresse du boulevard du Musée comme domicile et entrepôt de la famille.
8 mars 1857. 'Un violent incendie s'est déclaré vendredi à 10 heures du soir, dans l'entrepôt de verrerie, appartenant à MM. Colombe et Quaillard, situé rue Piscatoris, n. 19.' Dégâts : 1 000 francs à l'immeuble, 6 000 francs de marchandises. 'Rien n'était assuré.' Note : le numéro 19 diffère du 16 habituellement cité — probable incohérence de numérotation ou entrepôt distinct de la fabrique.
10 août 1860. 'Il sera procédé [...] à l'information de commodo et incommodo sur le projet d'établissement d'une machine à vapeur dans la verrerie des sieurs Colombe et Quaillard, au pont de Vivaux.' Première mention officielle de l'établissement de Pont-de-Vivaux, encore en phase d'autorisation. La fabrique rue Piscatoris reste active simultanément.
5 février 1863. 'Une demi-journée de travail des ouvriers de la verrerie Colombe et Quaillard, rue Piscatoris, 16 : F. 450.' Deux données importantes : la fabrique rue Piscatoris est encore active en 1863, soit deux ans après l'ouverture de Pont-de-Vivaux ; et le montant (450 francs pour une demi-journée) suggère un effectif d'une vingtaine d'ouvriers au moins.
Série consultée : 1843, 1844, 1845, 1846, 1847, 1852, 1853, 1855, 1857, 1862. Chronologie des mentions : 1843 'Colombe et Quaillard, rue Piscatoris 40, et boulevart du Musée, 86' ; 1845 'rue Piscatoris 18' ; 1847 idem ; 1853 'fabricants, rue Piscatoris 16, boul. du Musée, 84' ; 1856 'Quaillard et Colombe, fab., rue Piscatoris 16' ; 1861 'Quaillard et Colombe, fab., rue Piscatoris 16 ; fabrique au Pont de Vivaux'. Les numéros de rue varient (40, 18, 16) selon les décennies — renumérotation progressive de la rue, non déménagements successifs. Lien édition 1843 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9685029h/f286.item — lien édition 1862 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9687567j/f946.image
9 février 1879. Décès le 8 février 1879 de François du Quaillard, 67 ans, 'ancien fabricant de verre'. Époux d'Anaïs Richard. Il serait né vers 1812. À distinguer de François Duquaillard père (associé de Sébastien en 1833, père de Jean Baptiste François Joseph).
27 avril 1828. Philippe Lagrange se déclare 'propriétaire et exploitant de la verrerie à vitre, dite des Catalans, ci devant exploitée par MM. Audibert frères et Cie.' Puis Le Sémaphore du 2 avril 1831 : 'A dater d'aujourd'hui, M. Philippe Lagrange n'exploite plus la fabrique de verres dite des Catalans. LADITE FABRIQUE EST A LOUER PRÉSENTEMENT.' Philippe Lagrange n'a donc aucun lien avec la raison sociale 'Ferry Lagrange' du cadastre de 1819 — il s'agit de deux individus distincts portant le même patronyme.
Provence historique, fascicule 236, 2009. Cartes chronologiques utiles pour la séquence des raisons sociales, mais à utiliser avec une grande prudence : les positions géographiques sont approximatives (erreurs de 200 à 500 mètres), les patronymes sont souvent déformés, et Serra ne distingue pas 'verrier' (souffleur) de 'fabricant de verre' (entrepreneur), ce qui fausse plusieurs de ses identifications. L'article ne cite que rarement ses sources primaires et ne consulte pas les actes d'état civil, pourtant décisifs pour identifier les exploitants réels.