Verrerie

Verrerie Janériat (Porte de Lyon)

vers 1786 — vers 1791

Aussi connue sous : Verrerie de la Porte de Lyon

Disparue — sans vestiges

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Noms et raisons sociales

Verrerie de la Porte de Lyon
Nom populaire vers 1786 — vers 1791

Histoire

Résumé

La verrerie Janériat est le premier établissement verrier connu de Vienne (Isère). Implantée au nord de la ville, sur la rive droite de la Gère, dans le faubourg de la Porte de Lyon, d’où partait la route de Lyon, elle relève de l’ancienne paroisse Saint-Sévère, aujourd’hui disparue. Elle est l’œuvre de Jérôme Janériat, bourgeois de Lieudieu issu d’une vieille famille de maîtres verriers de la forêt de Bonnevaux, qui y porte son activité vers 1786 pour profiter de la houille. Verrerie à charbon vouée au verre creux, elle produit des bouteilles de verre noir.

Son existence, longtemps connue par la seule mention qu’en fait Raymond Moyroud, est désormais corroborée par deux sources primaires : un acte de baptême de 1788, qui nomme deux de ses ouvriers (Louis de Belle Duplan et Joseph Girard) et la situe dans la paroisse Saint-Sévère ; et une annonce de mise en location de 1791, qui décrit une verrerie de bouteilles noires à la Porte de Lyon. L’établissement est cédé vers 1791, son exploitant s’étant retiré ; il ne faut pas le confondre avec la verrerie du Champ-de-Mars, fondée la même année au sud de la ville par Melchior-Gaspard Esnard, qui lui succède comme unique verrerie viennoise.


Historique

Antécédents : les Janériat, maîtres verriers de Bonnevaux

La forêt de Bonnevaux, en Dauphiné, fut un foyer verrier actif du XVe au XVIIIe siècle. Les Janériat y exploitaient plusieurs sites, dont les domaines de Chambaran (aux Janériat depuis 1709) et de Bossieu (acquis par Jérôme Janériat en 1749). Ces établissements pouvaient fonctionner simultanément ou tour à tour, le déplacement de l’activité répondant tantôt à l’épuisement du bois, tantôt à la création d’une unité nouvelle sans abandon de l’ancienne. Au cours du XVIIIe siècle, Chambaran fut exploitée sous Claude Janériat (de 1709 à environ 1740), puis sous Thérèse Lacombe (jusque vers 1744 au moins), tandis que Bossieu — la dernière verrerie en activité de la forêt de Bonnevaux — resta aux mains de la famille jusqu’à la fin des années 1780.

C’est de ce milieu que vient Jérôme Janériat (ou Janeyriat), bourgeois de Lieudieu, fief familial. Il appartenait à une lignée verrière ancienne : fils de Joseph Janériat (1703-1740), maître de la verrerie de Chambaran et bourgeois de Semons, lui-même fils de Claude Janériat ; par sa grand-mère Marie de Marin, il descendait de la famille Marini, originaire d’Altare — ces verriers italiens établis à Bonnevaux qui avaient repris la verrerie de Chambaran en 1693.

Le transfert à Vienne (vers 1786)

Vers 1786, Jérôme Janériat porte son activité verrière à Vienne, sur la rive droite de la Gère, dans le faubourg de la Porte de Lyon, afin de profiter de la houille — combustible qui supplante alors le bois dans les verreries du bassin rhodanien. Il y établit une verrerie à charbon vouée au verre creux, prolongeant en milieu urbain une tradition forestière dauphinoise déjà teintée d’influences altaroises.

Cette date de 1786 est donnée par Raymond Moyroud sans qu’il en cite la pièce justificative ; mais elle s’accorde avec les actes qu’il produit pour la sortie de Janériat de la forêt de Bonnevaux : la vente du domaine de l’ancienne verrerie de Chambaran le 7 août 1787 et celle de Cholley l’année suivante. En revendant ses domaines de Bonnevaux, Janériat aurait pris soin d’y insérer une clause interdisant de les exploiter à nouveau sans son autorisation — manière de protéger son nouvel établissement viennois de toute concurrence sur ses anciennes terres.

La verrerie en activité (1788)

L’établissement est attesté en pleine activité par un acte de baptême du 27 août 1788 (paroisse Saint-Sévère de Vienne, AD38, 9NUM/5E547/17). L’enfant, Joseph, est le fils de Louis de Belle Duplan, « ouvrier verrier en cette paroisse », et de Marie Marthe de Fassion ; son parrain est Joseph Girard, « aussi ouvrier à la dite verrerie ». L’acte établit ainsi qu’une verrerie fonctionnait alors dans la paroisse Saint-Sévère — c’est-à-dire à la Porte de Lyon — et nomme deux de ses ouvriers. C’est, à ce jour, le plus ancien acte connu nommant des verriers à Vienne.

Le personnel de la verrerie relève de la même mouvance verrière dauphinoise et altaroise que son maître. Louis de Belle Duplan appartient à une lignée de gentilshommes verriers de la Chartreuse ; son épouse, Marie Marthe de Fassion, descend doublement des Marin du Mollard — donc, comme Janériat lui-même, de la famille Marini d’Altare (voir Personnages liés). L’établissement de la Porte de Lyon apparaît ainsi comme un foyer où se retrouve, transplanté à Vienne, le réseau verrier de Bonnevaux et de Chambaran.

Cession et abandon (vers 1791)

Le 30 janvier 1791, une annonce propose à la location une verrerie complète de bouteilles noires, située à Vienne, Porte de Lyon, capable de fabriquer « toute espèce de verre ». Cette annonce marque vraisemblablement la cession de l’établissement Janériat : son exploitant se retire en effet des affaires à cette période. Le 26 ventôse an II (16 mars 1794), Jérôme Janériat est attesté rentier à Saint-Jean-de-Bournay (alors « Toile-à-Voile »), aux côtés de son épouse Marguerite Glandut, lors de la naissance d’un enfant de sa fille Victoire.

La verrerie de la Porte de Lyon ne paraît pas avoir survécu à ce retrait. Elle est supplantée, la même année 1791, par un nouvel établissement fondé au sud de la ville, au Champ-de-Mars, par Melchior-Gaspard Esnard. Le « clos de l’ancienne verrerie » mentionné dans la banlieue nord de Vienne en 1841 désigne vraisemblablement le site abandonné de la Porte de Lyon.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était située au nord de Vienne, sur la rive droite de la Gère — l’affluent qui débouche dans le Rhône au nord de la ville —, dans le faubourg de la Porte de Lyon, point de départ de la route de Lyon. Elle relevait de l’ancienne paroisse Saint-Sévère.

Cette paroisse, l’une des plus anciennes de Vienne, était dédiée primitivement à saint Étienne, avant de prendre le nom de son fondateur, le prêtre Sévère, arrivé à Vienne au Ve siècle. L’église, bâtie sur la rive droite de la Gère, existait encore au début du XVIIIe siècle ; abandonnée ensuite, elle fut détruite par un incendie en 1836. Des vestiges en subsistent, encastrés dans un immeuble au 5, place Saint-Sévère, ainsi qu’une crypte. C’est ce secteur qui accueillait la verrerie Janériat.

Distinction avec la verrerie du Champ-de-Mars

Il importe de ne pas confondre la verrerie Janériat avec celle du Champ-de-Mars, qui lui succède. La première est au nord (Porte de Lyon, rive droite de la Gère, paroisse Saint-Sévère) ; la seconde au sud (quartier de la Porte-d’Avignon, paroisse Saint-George), comme l’établit le plan cadastral de 1824. L’annonce de 1791, longtemps rattachée à tort au Champ-de-Mars, concerne en réalité la verrerie Janériat de la Porte de Lyon.

État actuel

Aucun vestige de la verrerie n’est identifié. Le faubourg a été absorbé par l’extension de Vienne au XIXe siècle.


Personnages liés

Jérôme Janériat (ou Janeyriat) : bourgeois de Lieudieu, fondateur et exploitant de la verrerie. Héritier des domaines verriers de Bonnevaux (Chambaran, Bossieu), il porte son activité à Vienne vers 1786 puis se retire des affaires vers 1791 (rentier à Saint-Jean-de-Bournay en 1794). Issu d’une lignée verrière remontant, par les Marin, à la famille Marini d’Altare. Fiche individu à créer.

Louis de Belle Duplan (Corbel, Savoie, 18 novembre 1753 — Rive-de-Gier, 1er février 1814) : ouvrier verrier, attesté à la verrerie en 1788. Issu d’une lignée de gentilshommes verriers de la Chartreuse (les de Belle, branche Duplan, descendant de Gabriel de Belle par son fils Antoine — l’autre fils, François sieur des Champs, étant la tige de la branche illustre des de Belle de Gachetière, généraux et notables d’Empire). Son épouse Marie Marthe de Fassion (Primarette, 1753 — Lieudieu, 1801) descend des Fassion de Rizet et, doublement, des Marin du Mollard / Marini d’Altare. Le couple, dont les enfants naissent au gré des déplacements (Saint-Pierre-de-Chartreuse 1786, Vienne 1788, Semons 1790), achève sa trajectoire verrière à Rive-de-Gier.

Joseph Girard : ouvrier verrier à la verrerie, parrain du fils de Louis de Belle Duplan en 1788, et lui-même qualifié de « sieur » dans l’acte. Il est vraisemblablement issu de la famille des de Girard, gentilshommes verriers du Languedoc dont une branche s’était implantée en Dauphiné dès le XVIIe siècle autour de la verrerie de Chambaran (Antoine de Girard, maître verrier de La Garde-en-Chambaran ; son fils Zacharie épouse en 1670 Françoise de Fassion La Batie). Le rattachement précis de Joseph à cette lignée reste toutefois à établir.


Éléments techniques

Verrerie à charbon (houille), spécialisée dans le verre creux, bouteilles de verre noir, selon l’annonce de 1791. La production de verre noir est caractéristique des verreries alimentées à la houille, par opposition au verre à vitres ou au verre blanc des verreries au bois. L’établissement reprenait ainsi, sous une forme adaptée au combustible urbain, la spécialité de verre creux déjà pratiquée dans la forêt de Bonnevaux depuis quatre siècles.


Contexte social

Le peu que l’on sait du personnel (Louis de Belle Duplan, Joseph Girard) suffit à montrer que la verrerie recrutait dans le réseau verrier dauphinois et altarois dont était lui-même issu son exploitant. La présence d’un gentilhomme verrier de la Chartreuse, marié à une descendante des Marini d’Altare, parmi les ouvriers de la Porte de Lyon illustre la continuité sociale entre les verreries forestières de Bonnevaux et leur prolongement urbain viennois.


Erreurs et incertitudes

Ce qui converge, ce qui reste à établir

L’existence et la datation de la verrerie reposent sur une convergence de sources plutôt que sur une pièce unique et décisive. La date de fondation « 1786 » provient de Raymond Moyroud, qui ne la documente pas — alors qu’il source précisément la sortie de Janériat de Bonnevaux (ventes de 1787 et 1788). Mais deux sources primaires indépendantes confirment l’essentiel : l’acte de baptême de 1788 prouve une verrerie en activité à la Porte de Lyon (paroisse Saint-Sévère) avec deux ouvriers nommés, et l’annonce de 1791 décrit une verrerie de bouteilles noires au même endroit. La fondation se situe donc entre la sortie de Bonnevaux (1787-1788) et l’attestation de 1788, soit vers 1786-1787.

Points non résolus

  • L’identification formelle : l’acte de 1788 nomme « la dite verrerie » de la paroisse Saint-Sévère sans la dire « Janériat ». L’attribution à Janériat repose sur la coïncidence du lieu (Porte de Lyon), de la date (en pleine fenêtre du transfert) et sur l’absence de toute autre verrerie connue au nord de Vienne à cette période. L’identification est solide mais demeure une déduction.
  • La date exacte de cession et d’abandon : l’annonce de 1791 marque vraisemblablement la fin de l’exploitation par Janériat, mais on ignore si un repreneur a poursuivi brièvement l’activité, ou si le site a été abandonné aussitôt. La fondation du Champ-de-Mars la même année rend peu probable une coexistence durable de deux verreries à Vienne.
  • Le lien éventuel avec Esnard : on ignore si Melchior-Gaspard Esnard, fondateur du Champ-de-Mars en 1791, a eu un quelconque rapport avec la cession de la verrerie Janériat (rachat de matériel, reprise d’ouvriers), ou si les deux établissements sont entièrement indépendants. Aucun acte ne les relie.
  • Joseph Girard : son origine et sa trajectoire restent à documenter.
  • La durée exacte du séjour des de Belle Duplan à Vienne : la famille n’y est attestée que par le baptême de 1788 ; l’enfant précédent naît à Saint-Pierre-de-Chartreuse (1786) et le suivant à Semons (1790), ce qui suggère un passage bref.

Personnages associés

Verriers

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Sources

livre Les verriers de la forêt de Bonnevaux (Isère) — Moyroud, Raymond

1992, p. 139-140. Attribue à Jérôme Janériat le transfert de la production verrière de la forêt de Bonnevaux vers Vienne en 1786, pour profiter de la houille. Cette date du transfert n'est toutefois pas étayée par une pièce citée, alors que Moyroud source abondamment le reste (reventes de terrains de Bonnevaux dès 1781, vente du domaine de l'ancienne verrerie de Chambaran le 7 août 1787, acte Cholley de 1788, avec références notariales). L'affirmation converge néanmoins avec deux sources primaires indépendantes (acte de baptême de 1788 et annonce de location de 1791, voir ci-dessous).

etat civil Acte de baptême de Joseph Debelle Duplan, fils de l'ouvrier verrier Louis de Belle Duplan, paroisse Saint-Sévère de Vienne (AD38, Vienne — Saint-Sévère, BMS 1778-1791, 9NUM/5E547/17, vue 236/314)

27 août 1788 (enfant né le 20). « Joseph fils légitime de Sr noble Louis Debelle Duplan natif de St Jean de Corbeil [Corbel] en Savoye, ouvrier verrier en cette paroisse & de dame Marie Marthe de Fassion son épouse native de Primarette. Parrain Sr Joseph Girard aussi ouvrier à la dite verrerie. » Atteste une verrerie en activité dans la paroisse Saint-Sévère (rive droite de la Gère, faubourg Porte de Lyon) et nomme deux de ses ouvriers : Louis de Belle Duplan et Joseph Girard. Plus ancien acte connu nommant des verriers à Vienne.

article Annonce de mise en location d'une verrerie, Porte de Lyon, Vienne

30 janvier 1791. Une verrerie complète de bouteilles noires, située à Vienne, Porte de Lyon, est proposée à la location, décrite comme capable de fabriquer « toute espèce de verre ». La production de verre noir signe une verrerie à charbon. Marque vraisemblablement la cession de l'établissement Janériat, son exploitant s'étant retiré des affaires.