Verrerie

Verrerie Donzel

v.1823 — v.1845

Aussi connue sous : Fabrique de noir de fumée (Donzel) · Verrerie Donzel

Disparue — sans vestiges

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Noms et raisons sociales

Fabrique de noir de fumée (Donzel)
Nom d'usage avant 1823 — v.1823
Verrerie Donzel
Nom d'usage v.1823 — v.1845

Histoire

Résumé

La verrerie Donzel est un établissement éphémère du quartier de la Pomme à Rive-de-Gier, né de la reconversion d’une fabrique de noir de fumée entre 1811 et 1826. Son fondateur, Fleury Donzel, est un bourgeois ripagérien atypique : négociant en charbon, adjoint puis maire de Rive-de-Gier, poète et fabuliste, inventeur d’un procédé de traitement des silicates de fer, et investisseur dans les mines ardéchoises. La verrerie n’est pas son métier, c’est l’une de ses nombreuses aventures industrielles.

L’établissement compte deux fours dès 1826 et bénéficie d’une position favorable entre la route de Lyon et le canal de Givors, face aux terrains de Bolot et Neuvesel. Associé de Mathieu Allimand dans les premières années, Donzel disparaît des almanachs pendant son mandat de maire (1835-1839) avant de reparaître brièvement comme producteur de bouteilles jusqu’en 1844. La vente de succession de 1854 (une verrerie mise à prix 4 000 francs, des héritiers agissant sous bénéfice d’inventaire) dit tout de l’état des finances du défunt et du sort de l’établissement.

Historique

De la fabrique de noir de fumée à la verrerie (v.1823 — 1833)

La parcelle 1013 de la section C du cadastre napoléonien est vide sur le plan de 1811. En 1826, l’état de section la recense comme portant déjà deux verreries (deux fours). L’établissement avait donc été construit entre ces deux dates, sur l’emplacement d’une ancienne fabrique de noir de fumée — produit issu de la combustion incomplète du charbon, que la famille Donzel, négociante en charbon, connaissait bien. L’almanach de commerce de 1827 le formule explicitement : « Donzelle. Remplace la fab. de noir. »

La première apparition dans les almanachs date de 1825, où Donzel figure comme associé de Mathieu Allimand, non pas sur la parcelle 1013, mais à la verrerie de Combeplaine, l’établissement fondé vers 1820 par Mathieu Allimand fils de Tours sur des terrains acquis en 1819. Cette association perdure jusqu’en 1829. Sa logique est vraisemblablement la suivante : Mathieu Allimand avait besoin de capitaux pour lancer sa verrerie à vitres de Combeplaine ; Fleury Donzel, négociant en charbon disposant de fonds mais ignorant tout du verre, les lui apporte en échange d’un accès au savoir-faire. La parcelle 1013 est vide en 1811 mais déjà pourvue de deux fours dans les états de section de 1826 — soit pendant que dure l’association à Combeplaine. Donzel a donc construit son propre établissement pendant qu’il était encore associé chez Allimand, fort de ce qu’il y avait appris. L’almanach de 1827 le signale pour la première fois de façon autonome : « Donzelle. Remplace la fab. de noir. »

Le site est bien implanté : entre la route de Lyon (à l’ouest) et le canal de Givors (à l’est), avec un magasin sur le canal (parcelle 1020) et des dépendances aux parcelles 1012, 1015 et 1017. Le voisin immédiat au sud est la Compagnie du Canal, qui exploite sur les parcelles 1018-1019 le moulin de la Pomme et ses magasins, à l’angle de la rue de Lyon et de la rue de la Pomme. En face, de l’autre côté du bief du moulin, se trouvent les parcelles de Bolot et Neuvesel, établis depuis le partage d’avril 1819.

La parenthèse du mandat de maire (1834 — 1839)

L’almanach de 1833 est la dernière édition à mentionner Donzel avant une interruption de plusieurs années. Dès 1834, il est qualifié d’« adjoint à la mairie » dans l’acte de mariage de sa fille Charlotte. Le 4 mars 1835, il accède à la mairie de Rive-de-Gier et en reste titulaire jusqu’au 5 mai 1839, soit exactement la période d’absence des almanachs (1835, 1837, 1838). La coïncidence est trop parfaite pour être fortuite : la fonction de maire occupait l’homme, et la verrerie tournait au ralenti ou sous direction déléguée, sans figurer dans les répertoires commerciaux.

La seconde vie et l’effacement (1839 — v.1845)

À peine son mandat terminé, Donzel reparaît dans l’almanach de 1839 comme « verrerie à bouteilles », la spécialisation a peut-être évolué par rapport à la première période. Cette relance est courte : la dernière mention date de 1844. Le recensement de 1841 confirme la faible activité du quartier, où ne résident qu’une poignée de verriers sur la rue de Lyon et le quartier de la Pomme.

Fleury Donzel meurt le 28 août 1852 comme « propriétaire rentier », sans mention de la verrerie. Il a de toute évidence cessé toute activité manufacturière avant sa mort.

La succession et la vente (1852 — 1854)

L’acte de décès de Donzel est à son image : singulier. Les deux déclarants sont son gendre Louis Henry Barthélémy Laget de Larentière (capitaine au 2e dragons, qui venait d’épouser sa fille Agnès un mois auparavant à Grigny) et Étienne Vital Delesgallery (commissaire de police à Lyon, fils d’un procureur guillotiné en 1793). Deux figures à particule, aux origines radicalement différentes, pour signer la mort d’un bourgeois ripagérien entré dans la petite histoire industrielle de sa ville par la porte du noir de fumée.

En avril 1854, le Mémorial de la Loire annonce la vente des immeubles de la succession Donzel en cinq lots. Le quatrième lot, c’est-à-dire la verrerie avec ses bâtiments de chambres à pots, logements d’ouvriers, cour et accès au bief du moulin de la Pomme, est mis à prix pour 4 000 francs seulement. Les cinq lots réunis dépassent à peine 25 000 francs, et les héritiers agissent uniquement sous bénéfice d’inventaire, signalant que le passif excède peut-être l’actif. Le jardin attenant (parcelle 1014) est vendu séparément en juillet 1854, à 3 500 francs. On ne sait ce qu’il est advenu des bâtiments après ces ventes, mais il est très probable que la verrerie avait été démantelée bien avant et qu’elle ne fonctionnait plus depuis environ 1845.

Situation géographique

Localisation

La verrerie était établie le long de la route de Saint-Étienne à Lyon (dite grande route de Lyon, puis rue de Lyon), dans le quartier de la Pomme. Elle occupait la parcelle 1013 de la section C du cadastre napoléonien, entre la route à l’ouest et le canal de Givors à l’est, position idéale pour combiner transport routier et transport fluvial.

Sources cadastrales

L’état de section de 1826 (AD Loire, cote 1678VT8_28, section C) recense les propriétés de Fleury Donzel ainsi :

  • 1012 : magasin
  • 1013 : 2 verreries (2 fours) — vide en 1811, construit entre 1811 et 1826
  • 1015 : dépendances de verreries
  • 1017 : bâtiment rural
  • 1020 : magasin sur canal (partie acquise par Donzel)

Voisin immédiat au sud : la Compagnie du Canal (parcelles 1018-1019), exploitant le moulin de la Pomme et des magasins à l’angle de la rue de Lyon et de la rue de la Pomme (perpendiculaire). En face, de l’autre côté du bief du moulin : les parcelles de Bolot (puis Raspillaire et Jalabert) et de Neuvesel.

État actuel

Disparu sans vestiges identifiés.

Personnages liés

Fleury Donzel (1778-1852) : le fabricant polymorphe

Né le 22 juin 1778 à Rive-de-Gier, fils d’Hugues Donzel (bourgeois) et Benoîte Meunier, dans une famille de négociants et marchands ripagériens spécialisés dans le charbon. Cette origine charbonnière explique directement le choix de la fabrication de noir de fumée, avant la conversion en verrerie. Adjoint à la mairie dès 1834, puis maire du 4 mars 1835 au 5 mai 1839, il occupe une position centrale dans la vie publique de Rive-de-Gier — Joseph Michel Robichon est l’un des témoins au mariage de sa fille Charlotte en 1834.

Ses activités débordent largement le verre : en 1842, il dépose un brevet d’invention pour le « traitement des scories de grosse forge ou silicates de fer » (14 décembre 1842) et sollicite une concession de mines de fer en Ardèche (Journal de Montbrison, 29 octobre 1842). Il est parallèlement membre de la Société littéraire de Lyon, poète et fabuliste : un recueil de fables paraît en 1849.

Il meurt le 28 août 1852 au quartier de la Pomme comme « propriétaire rentier » : la verrerie n’est plus qu’un souvenir industriel. Il laisse deux filles : Charlotte Anne Laure (née 1814, mariée à Étienne Revol de Givors en 1834) et Agnès Hortense Chérie (née 1825, mariée un mois avant sa mort au capitaine Laget de Larentière). La succession est déficitaire.

Éléments techniques

L’état de section de 1826 recense deux verreries (deux fours) sur la parcelle 1013. La conversion depuis la fabrique de noir de fumée impliquait un réaménagement complet des bâtiments : les deux activités n’utilisent pas les mêmes installations. La production était orientée vers les bouteilles (almanach 1839). L’accès au bief du moulin de la Pomme (mentionné dans l’annonce de succession de 1854 comme confinant la parcelle) fournissait probablement la force hydraulique nécessaire à la pilerie et à la forge.

Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • La date précise de conversion (fabrique de noir → verrerie) : entre 1811 (parcelle vide) et 1826 (2 fours attestés). L’almanach de 1825 suggère une activité déjà établie. Un acte notarial de constitution de société ou de location des bâtiments (études Bidault, Barrier ou Ronat, AD Loire) permettrait de préciser.
  • L’acquéreur du lot 4 (la verrerie) lors de la vente de succession d’avril 1854 : inconnu. L’acte d’adjudication aux AD Loire (études Guillot ou Mallassagny) clôturerait l’histoire du site.
  • Le sort du site après 1854 : démolition, reconversion, absorption dans une autre propriété ? Les matrices cadastrales postérieures à 1854 permettraient de suivre la parcelle 1013.
  • Le nombre de fours en activité pendant la seconde période (1839-1845) : les deux fours de 1826 étaient-ils tous deux en service, ou l’un d’eux avait-il été démantelé entre-temps ?

Personnages associés

Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.

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Sources

etat civil Baptême de Fleury Donzel (AD Loire, Rive-de-Gier, BMS 1778-1779, cote 2NUM9 187 23, vue 18/89) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtae77bc2737629d8ec/img:AD04209_1MIEC187X3_00224

22 juin 1778. Père : Hugues Donzel, bourgeois de Rive-de-Gier. Mère : Benoîte Meunier. Parrain : Fleury Meunier (oncle maternel). Famille bourgeoise ripagérienne de négociants et marchands, spécialisés dans le charbon.

etat civil Mariage de Charlotte Anne Laure Donzel et Étienne Revol (AD Loire, Rive-de-Gier, Mariages-décès 1834, cote 3 E 187 16, acte n°82, vue 182/286) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta9f8d8cb31c6d1f53/img:AD04212_3E187_016_0183

24 décembre 1834. Fleury Donzel qualifié de « négociant manufacturier adjoint à la mairie ». Témoins : Joseph Michel Robichon (négociant manufacturier) et le docteur Baron. Oncle paternel de l'épouse : Hugues Fleury Donzel, propriétaire rentier demeurant à Lyon.

etat civil Décès de Fleury Donzel (AD Loire, Rive-de-Gier, Mariages-décès 1852, cote 3 E 187 25, acte n°245, vue 188/221) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta9ad054d8d35e11f2/img:AD04212_3E187_025_0302

28 août 1852. « Propriétaire rentier, âgé de soixante-quatorze ans, natif de Rive-de-Gier, demeurant quartier de la Pomme. » Déclarants : Louis Henry Barthélémy Laget de Larentière (capitaine au 2e dragons, gendre), et Étienne Vital Delesgallery (commissaire de police, beau-père par alliance).

cadastre États de section 1826, Section C (AD Loire, cote 1678VT8_28) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtaae210ffc8b0cde7a/img:AD042_06_1678VT08_0028

Parcelles Donzel : 1012 (magasin), 1013 (2 verreries/2 fours, vide en 1811), 1015 (dépendances de verreries), 1017 (bâtiment rural), 1020 (magasin sur canal). Voisin au sud : Compagnie du Canal, parcelles 1018-1019 (moulin de la Pomme et magasins). La parcelle 1013 est vide sur le plan de 1811 — la verrerie a donc été construite entre 1811 et 1826.

article Almanachs de commerce

Éditions 1825-1844. Apparaît comme associé de Mathieu Allimand en 1825, 1827 et 1829. Listé indépendamment comme « Donzelle. Remplace la fab. de noir » dès 1827 jusqu'en 1833. Absent en 1835, 1837 et 1838 (période du mandat de maire). Reparaît en 1839 comme « verrerie à bouteilles ». Dernière mention en 1844.

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — vente de succession Donzel https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k43041693/f4.item

24 avril 1854. Vente de 5 lots dans la succession de Fleury Donzel, quartier de la Pomme. Lot 4 (la verrerie) : mise à prix 4 000 francs. Les héritiers agissent sous bénéfice d'inventaire — passif excédant l'actif. Jardin vendu séparément en juillet 1854, mise à prix 3 500 francs.

archive Brevet d'invention — traitement des scories de grosse forge https://archives.inpi.fr/ark:55749/1ef0430bb886643c809e0050568c1d46

14 décembre 1842. Brevet de Fleury Donzel pour « le traitement des scories de grosse forge ou silicates de fer » — témoigne de son intérêt pour les industries du métal, parallèlement à la verrerie.

article Journal de Montbrison — demande de concession de mines de fer https://www.archives.ville-montbrison.fr/idviewer/4129/4

29 octobre 1842. Demande de concession de mines de fer en Ardèche. Illustre les ambitions industrielles diversifiées de Donzel en dehors du verre.