Verrerie

Verrerie de Combeplaine

vers 1820 — après 1865

Aussi connue sous : Allimand, Mathieu et Donzel · Boichot, Aroud, Haour et Cie · Allimand (direction reprise) · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône · Chavas frères et Desvignes · Chavas frères · Jean Pierre Delay et Cie · Sébastien Delay fils

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Allimand, Mathieu et Donzel
Raison sociale vers 1820 — 1849
Boichot, Aroud, Haour et Cie
Raison sociale 13 septembre 1849 — 14 juin 1852
Allimand (direction reprise)
Nom d'usage 1852 — 11 septembre 1854
Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône
Raison sociale 11 septembre 1854 — ?
Chavas frères et Desvignes
Raison sociale 1er avril 1855 — 12 novembre 1856
Chavas frères
Raison sociale 12 novembre 1856 — 6 juillet 1858
Jean Pierre Delay et Cie
Raison sociale 7 avril 1860 — 9 février 1861
Sébastien Delay fils
Raison sociale 9 février 1861 — après 1865

Histoire

Résumé

La verrerie de Combeplaine recouvre en réalité deux établissements distincts situés dans le même quartier de Rive-de-Gier, souvent confondus dans les sources. Le premier, fondé vers 1820 par Mathieu Allimand, est une vaste verrerie à vitres avec plusieurs fours, entre la route nationale et le canal de Givors, au voisinage du quartier de la Roche. Le second, identifié aux sections 981 et 982 du cadastre de 1811 au confluent du Gier et du ruisseau le Firgerin, est plus éloigné vers Lyon — il passe successivement par les mains des Chavas, des Delay et disparaît dans une faillite en 1865.

Au cœur de l’histoire de la verrerie Allimand se trouve un épisode remarquable : en 1849, après la faillite de Mathieu Allimand, quatorze ouvriers et artisans constituent la société Boichot, Aroud, Haour et Cie pour louer et exploiter la verrerie à leur propre compte. Parmi eux figurent Pierre et Joseph Criner (futurs Crine de Saint-Étienne), Nicolas et Pierre Haour, Célestin Raspillaire, et Philippe Aroud fils — réunion exceptionnelle de trois familles verrières que Radix Vitri documente par ailleurs séparément.


Historique

La verrerie Allimand (vers 1820 — 1854)

Fondation et premières années

Mathieu Allimand fonde son établissement vers 1820 sur des terrains acquis en août et novembre 1819 : un tènement à Combe-Plaine, acheté à Jean-Baptiste Robert et Antoine Hervier de Saint-Paul-en-Jarrêt, et une partie de maison au lieu de la Roche, achetée à Jean-Claude Berlier, négociant à Rive-de-Gier — à rapprocher des Berlier verriers dont la verrerie est l’une des plus durables de la commune. La première mention dans les almanachs date de 1825, sous la raison sociale “Allimand, Mathieu et Donzel”.

L’établissement est une vaste verrerie à vitres avec plusieurs fours dont trois fours à étendre — une capacité significative pour l’époque. Allimand est mentionné dans les annuaires jusqu’en 1849.

La faillite et la société ouvrière (1849 — 1852)

Le 10 avril 1849, la faillite de Mathieu Allimand est prononcée par le Tribunal de commerce de Saint-Étienne. Une vente par expropriation forcée est fixée au 22 août 1849 (mise à prix : 20 000 francs). Allimand évite cependant la maison d’arrêt.

Cinq mois après la prononciation de la faillite, le 13 septembre 1849, quatorze personnes constituent devant Me Frécon, notaire à Rive-de-Gier, la société Boichot, Aroud, Haour et Compagnie pour la fabrication de verre à vitre, dont le siège est fixé “dans l’établissement de M. Allimand, quartier de Combe-Plaine”. Parmi les neuf souffleurs associés figurent Pierre Criner et Joseph Criner — qui rejoindront leurs frères et cousins à la verrerie du Mont-Bellevue dès 1854 — ainsi que Nicolas Haour, Pierre Haour et Célestin Raspillaire. Philippe Aroud, teneur de livres, est le fils du fondateur de la verrerie de la Madeleine.

La société est constituée pour six ans, mais elle est dissoute prématurément le 14 juin 1852. L’hypothèse la plus vraisemblable est que Boichot et ses associés avaient loué la verrerie à Allimand après l’échec de la vente forcée de 1849, lui permettant de conserver son bien tout en assurant la poursuite de la production.

Reprise par Allimand et cession à la Compagnie Générale (1852 — 1854)

Mathieu Allimand reprend la direction de son établissement après la dissolution de juin 1852. La vente de la verrerie est organisée le 10 septembre 1852 — sans suite apparente. Allimand apporte finalement son établissement à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône le 11 septembre 1854, alors domicilié à Rozières (Haute-Loire). La purge d’hypothèques est publiée le 18 février 1855.

Le second établissement de Combeplaine : Chavas, Delay (vers 1855 — 1865)

Un second établissement verrier, distinct du site Allimand et localisé aux sections 981 et 982 du cadastre de 1811 (environ 200 mètres au nord du confluent du Gier et du ruisseau le Firgerin), apparaît dans les sources à partir de 1855. La continuité entre les deux établissements n’est pas établie.

La société Chavas frères et Desvignes est formée le 1er avril 1855 pour une verrerie à bouteilles à Combe-Plaine. La participation de Pierre Desvignes est rétroactivement annulée en novembre 1856, la société continuant sous la seule raison “Chavas frères” jusqu’à la faillite du 6 juillet 1858.

Après une période intermédiaire, la société Jean Pierre Delay et Cie — associant Jean Pierre Delay (rentier, ancien maire de Rive-de-Gier), François Joseph Allimand (ingénieur civil, probablement fils de Mathieu) et Sébastien Delay fils — exploite la verrerie à bouteilles de Combeplaine à partir du 7 avril 1860. Dissoute le 9 février 1861, elle laisse Sébastien Delay seul maître de l’établissement. Un incendie frappe la verrerie le 20 janvier 1863. La faillite de Sébastien Delay est prononcée avant le 20 juin 1865 ; la vente aux enchères est organisée le même mois (mise à prix 6 000 francs), reportée au 29 novembre 1865, et remise en vente le 27 décembre 1865 (7 030 francs) après une surenchère d’Antoine Boiron fils. La suite est inconnue.


Situation géographique

Localisation

Premier établissement (Allimand) : quartier de Combeplaine, Rive-de-Gier, confiné au nord par la route nationale de Lyon à Toulouse et au midi par le canal de Givors. Plus précisément au voisinage du quartier de la Roche, parcelles acquises en 1819.

Second établissement (Chavas-Delay) : sections 981 et 982 du cadastre de 1811, environ 200 mètres au nord du confluent du Gier et du ruisseau le Firgerin, en direction de Lyon.

Les deux sites sont dans le même quartier de Combeplaine mais à des emplacements distincts — source de confusion fréquente dans les sources secondaires.

État actuel

Le quartier est entièrement transformé. Aucun vestige identifié.


Personnages liés

Tours Allimand — maître souffleur, né à Saint-Antoine, décédé à Rive-de-Gier le 24 mars 1811. Père de Mathieu. Pelletier le cite comme l’un des premiers maîtres souffleurs à s’installer à Rive-de-Gier.

Mathieu Allimand — fondateur de la verrerie vers 1820. Faillite en 1849, reprise en 1852, apport à la Compagnie Générale en 1854. Domicilié à Rozières (Haute-Loire) lors de la cession.

François Joseph Allimand — ingénieur civil, associé dans Jean Pierre Delay et Cie (1860-1861). Vraisemblablement fils ou neveu de Mathieu — la reconversion en ingénierie civile après la faillite paternelle est un cas courant dans ces familles industrielles.

Jean-Baptiste-Florian Boichot aîné — verrier, directeur de la société Boichot, Aroud, Haour et Cie (1849-1852). Seul à avoir la signature sociale.

Pierre Criner et Joseph Criner — souffleurs en verres à vitre, associés dans Boichot, Aroud, Haour et Cie (1849). Membres de la famille Criner/Crine de Rive-de-Gier, dont plusieurs frères et cousins fondent la verrerie du Mont-Bellevue à Saint-Étienne en 1854. Voir fiches nicolas-crine et jean-baptiste-crine.

Célestin Raspillaire — souffleur en verres à vitre, associé dans Boichot, Aroud, Haour et Cie (1849). De la famille Raspillaire/Raspiller documentée dans Radix Vitri depuis les verreries de la Forêt-Noire (Sankt Blasien) jusqu’à Ingrandes-sur-Loire.

Nicolas Haour et Pierre Haour — souffleurs en verres à vitre, associés dans Boichot, Aroud, Haour et Cie (1849). Membres de la famille Haour présente dans le réseau verrier de Rive-de-Gier. À rapprocher de Jean Pierre et Barthélémy Haour présents à la verrerie de la Madeleine dès 1834.

Philippe Aroud — teneur de livres dans Boichot, Aroud, Haour et Cie (1849). Fils de Jean Aroud, fondateur de la verrerie de la Madeleine. Devient ensuite fabricant de verrerie à Brassac (Auvergne) puis rachète les verreries d’Alais (Gard).

Jean Pierre Delay — rentier, ancien maire de Rive-de-Gier. Associé dans Jean Pierre Delay et Cie (1860-1861). Père de Sébastien.

Sébastien Delay — maître de verreries, fils de Jean Pierre. Seul propriétaire de l’établissement de Combeplaine à partir du 9 février 1861. Faillite avant 1865.

Jean-Claude Berlier — négociant à Rive-de-Gier, vend en 1819 une parcelle au lieu de la Roche à Mathieu Allimand. À rapprocher des Berlier verriers ripagériens.


Éléments techniques

Verrerie Allimand : verre à vitres, plusieurs fours dont trois fours à étendre — une spécialisation dans le verre plat qui distingue cet établissement des verreries de bouffeterie voisines. La société Boichot, Aroud, Haour et Cie (1849) continue dans la même production (“fabrication du verre dit verre à vitre”).

Second établissement (Chavas-Delay) : verrerie à bouteilles et production distincte. Ce changement de spécialité est l’un des indices suggérant qu’il s’agit bien d’un établissement différent du site Allimand.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

Pelletier (1887) mentionne le four de Combeplaine “dirigé par M. Allimand” parmi les établissements intégrés à la Compagnie Générale en 1853-1854. Il traite implicitement l’ensemble du quartier comme un seul établissement. Or la coexistence de deux sites distincts (confirmée par les sections cadastrales et la différence de production (vitres vs bouteilles)) rend cette simplification trompeuse.

Points non résolus

  • La relation exacte entre les deux sites : le document de synthèse conclut qu’il est “à peu près certain” que la verrerie Chavas puis Delay n’est pas la verrerie Allimand. Cette distinction mérite d’être confirmée par le cadastre napoléonien de Rive-de-Gier (AD42) et les actes notariaux.
  • Le sort de la vente forcée de 1849 : la vente du 22 août 1849 a-t-elle abouti ou échoué ? L’hypothèse d’une location par Boichot et associés reste à confirmer.
  • François Joseph Allimand, ingénieur civil : son lien exact avec Mathieu Allimand reste à établir par les actes d’état civil.
  • La verrerie entre 1858 et 1860 : que se passe-t-il entre la faillite Chavas (juillet 1858) et la formation de Jean Pierre Delay et Cie (avril 1860) ? L’établissement est-il resté à l’arrêt ?
  • Le sort de la vente aux enchères de fin 1865 : Antoine Boiron fils surenchérit le 27 décembre 1865 pour 7 030 francs. L’établissement est-il ensuite exploité ou abandonné ?
  • Pierre et Joseph Criner : leur lien précis avec la famille Nicolas/Jean-Baptiste Crine reste à établir formellement — cousins ? frères ? Les actes d’état civil de Rive-de-Gier permettraient de trancher.
  • Célestin Raspillaire : son lien avec la lignée Raspillaire/Raspiller de la Forêt-Noire et d’Ingrandes reste à documenter.

Personnages associés

Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.

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Sources

livre Histoire des verreries lyonnaises — Pelletier, Pierre

Pages 208, 210-211. Attribue la fondation à Mathieu Allimand « vers 1820 », fils de Tours Allimand, maître souffleur né à Saint-Antoine, décédé à Rive-de-Gier le 24 mars 1811. Précise que les fils Allimand « ont été les premiers à diriger des verreries dans cette commune ». Mentionne le four de Combeplaine parmi ceux intégrés à la Compagnie Générale en 1853-1854. À utiliser avec les précautions habituelles.

archive notariale Acte de constitution de la société Boichot, Aroud, Haour et Cie — 13 septembre 1849 (Me Frécon, notaire à Rive-de-Gier, 13 septembre 1849)

Publié dans L'Avenir républicain du 21 septembre 1849, p. 4. Quatorze associés : Boichot aîné (directeur), Frantz, Waible (x2), Pierre Criner, Joseph Criner, Célestin Raspillaire, Nicolas Haour, Pierre Haour (tous souffleurs en verres à vitre), Bonnard (coupeur), Bouilloux et Payre (emballeurs), Richard (forgeur), Philippe Aroud (teneur de livres). Document exceptionnel réunissant dans une même société les Criner (futurs Crine stéphanois), les Haour et les Raspillaire. Siège : « dans l'établissement de M. Allimand, quartier de Combe-Plaine ». Durée : 6 ans depuis le 10 septembre 1849.

archive notariale Dissolution société Boichot, Aroud, Haour et Cie — 14 juin 1852 (Me Frécon, notaire à Rive-de-Gier, 14 juin 1852)

Dissolution anticipée de la société, trois ans avant son terme prévu (10 septembre 1855). Conditions non connues à ce jour.

article Mémorial de la Loire — vente par expropriation forcée verrerie Allimand

Annonce de la vente par expropriation forcée de la verrerie de Mathieu Allimand, quartier de Combeplaine, fixée au 22 août 1849. Mise à prix : 20 000 francs. Description : « vaste verrerie à vitres, plusieurs fours dont trois fours à étendre ». Confinée au nord par la route nationale de Lyon à Toulouse, au midi par le canal de Givors. Faillite prononcée le 10 avril 1849.

article Mémorial de la Loire — purge d'hypothèques Allimand / Compagnie Générale

18 février 1855 : purge d'hypothèques suite à l'apport par Mathieu Allimand, « ancien maître de verrerie à Rive-de-Gier, actuellement domicilié à Rozières (Haute-Loire) », de son établissement à la Compagnie Générale le 11 septembre 1854. Précise les deux acquisitions foncières de 1819 : tènement de Combe-Plaine (27 août 1819, vendeurs Robert et Hervier de Saint-Paul-en-Jarrêt) et partie de maison au lieu de la Roche (2 novembre 1819, vendeur Jean-Claude Berlier, négociant à Rive-de-Gier).

article Mémorial de la Loire — dissolution rétroactive Chavas frères et Desvignes

12 novembre 1856 : dissolution rétroactive de la participation de Pierre Desvignes dans la société Chavas frères et Desvignes (formée le 1er avril 1855 pour une verrerie à bouteilles à Combe-Plaine). La société continue sous la seule raison « Chavas frères ».

article Mémorial de la Loire — faillite Chavas frères et Desvignes

26 août 1858 : annonce de la faillite de Chavas frères et Desvignes, « ex-exploitants d'une verrerie située à Combeplaine à Rive-de-Gier ». Faillite prononcée le 6 juillet 1858 par le Tribunal de commerce de Saint-Étienne.

article Mémorial de la Loire — dissolution Jean Pierre Delay et Cie

16 février 1861 : dissolution le 9 février 1861 de la société Jean Pierre Delay et Cie (formée le 7 avril 1860), exploitant une verrerie à bouteilles à Combeplaine. Associés : Jean Pierre Delay (rentier, ancien maire de Rive-de-Gier), François Joseph Allimand (ingénieur civil) et Sébastien Delay (maître de verreries). Sébastien Delay devient seul propriétaire.

article Mémorial de la Loire — vente aux enchères verrerie Delay

20 juin 1865 et 12 novembre 1865 : deux annonces de vente aux enchères par expropriation forcée de la verrerie à bouteilles de Sébastien Delay, quartier de Combe-Plaine, en état de faillite. Mise à prix 6 000 francs (26 juillet 1865), puis 29 novembre 1865. Surenchère d'Antoine Boiron fils, remise en vente le 27 décembre 1865 (7 030 francs). Site localisé environ 200 mètres au nord du confluent du Gier et du ruisseau le Firgerin, sections cadastrales 981 et 982 (cadastre de 1811).

cadastre Cadastre de Rive-de-Gier — 1811

Sections 981 et 982 identifiées comme le site de la verrerie Delay (et vraisemblablement Chavas), environ 200 mètres au nord du confluent du Gier et du ruisseau le Firgerin, en direction de Lyon. À distinguer du site Allimand, plus proche du quartier de la Roche.